Soudain, l'amour
Cinq
IL N'EST PAS LOIN DE CINQ HEURES de l'après-midi lorsque l'entraîneuse siffle la fin des épreuves. Pas une fois, elle n'a accordé un regard à Max Logane. Cette indifférence, trop affectée pour lui paraître fondée, est grisante. Il faut en tirer parti. Max sait d'expérience qu'il doit agir tout de suite, quitte à essuyer le refus auquel il va sans doute avoir droit. Il n'y a que chez Stendhal que les jeunes duchesses s'émeuvent d'être courtisées par de vieux diplomates. Et puis, comment pourrait-il rater son rendez-vous avec le journaliste ? Il n'est pas dans ses habitudes de se défiler.
– Voilà, c'est fini. Nous rentrons au club. Ce n'était pas fameux, n'est-ce pas?
– Vous savez, je ne les ai pas vraiment regardés. J'avais la tête ailleurs.
– Je vous renouvelle ma proposition. Souhaitez-vous qu'après être passés à la douche, on vous raccompagne jusqu'à la sortie?
– Non, ce n'est pas ce que je souhaite.
– Et que souhaitez-vous ?
– Deux choses impossibles.
– Dites toujours. Au point où nous en sommes...
– Avez-vous un portable? Ne souriez pas. Pas encore. Je ne cherche pas à vous arracher votre numéro, j'ai un besoin urgent de téléphoner, il faut que je me décommande.
– J'en ai un dans mon sac à dos, là-bas, je vais aller le chercher.
– Attendez, il ne s'agissait que de la première chose. Je n'aurai aucun besoin de ce portable si vous dites non à la seconde.
– Vous êtes en train de vous moquer de moi ou... ? Ou alors vous êtes fou. Fou à lier en dépit des apparences. Il y a encore une demi-heure, vous me paraissiez rongé par le chagrin, c'est une image, j'en conviens, mais tout de même ! Et vous voici en train de me soumettre à je ne sais quel chantage. Tout bien pesé, vous n'êtes pas fou, vous êtes extravagant, voilà le mot, et j'ai bien tort de continuer à vous écouter...
– Permettez-moi de vous couper, je ne dirais pas ça comme ça. Ce que vous appelez un chantage n'est que ma façon à moi, désuète et maladroite je le reconnais, de vous faire tout bonnement la cour.
- N'est-ce pas trop rapide... et surtout inutile?
– Ne vous arrive-t-il jamais quand vous marchez dans la rue de croiser quelqu'un à qui vous aimeriez... ?
– Plaire?
– Un bien grand mot s'agissant de moi. Non, je dirais à qui vous aimeriez donner un nom.
– Et pourquoi ? Je ne suis pas collectionneuse.
– Il faut quand même que je vous parle de la seconde chose. Celle qui conditionne la première.
– Est-ce indispensable?
– J'aimerais que ce le soit.
– J'écoute.
– Mettrez-vous une robe si je vous invite à dîner?
– Vous me prenez pour qui?
– Pour une femme qui a le choix entre me gifler, ce qui ne me déplairait pas puisque je me sentirais revivre, ou me prêter son portable, ce dont je me réjouirais davantage. Alors?
– Qu'est-ce qui vous permet de penser que je vis seule?
– Rien. Vous vivez seule?
– Non.
– Vous partez? Sans me gifler ? Vous me refusez la charité?
– Je vais chercher mon portable.
– Avez-vous des interdits alimentaires?
– Pas si vite, nous n'en sommes pas encore au choix du restaurant, si restaurant, il doit y avoir... Je peux vous faire de la peine?
– N'hésitez surtout pas.
– Vous me rappelez mon père.
– Je suppose que vous ne l'aimez pas sinon je ne vois pas où est le mal.
– C'est lui qui ne m'aime pas.
– Est-ce physiquement que je vous le rappelle?
– Non.
– Aurions-nous la même façon d'agir?
– Vous me le rappelez, un point c'est tout. Donc, commençons par le portable.
– Dites, dans votre sac, vous n'auriez pas des cigarettes ? Non, tant pis ! Et un nom, vous en avez un ?
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