Soudain, l'amour

Guégan · Chapitre 44 sur 55

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Soudain, l'amour

Dix-huit

 

 

LA CHIMIOTHÉRAPIE DÉMARRERA lundi en huit. D'ici là, chacun des trois médecins invite Max à ne pas quitter Jenny d'une semelle, à lui épargner fatigue, inquiétude, à la protéger de la curiosité et des conseils, toujours perturbants, de ses proches, parents ou collègues de lycée. L'idéal serait de la déshabituer du téléphone qui fait la part si belle au non-dit, et donc aux suppositions. Quand Max leur apprend que Jenny vit avec sa sœur, ils lui conseillent, en particulier le pneumologue que Laura a mitraillé de questions, d'obtenir de son amie, ils ne disent ni femme ni compagne, qu'elle parte quelques jours se mettre au vert. À condition que Jenny leur arrive reposée et confiante, le traitement réussira d'autant mieux. Max leur demande si la mer est contre-indiquée. Bien au contraire, mais de préférence sous un ciel dégagé, indique Cartier. Les deux autres renchérissent. Avant toute chose, cette jeune personne a besoin de soleil et de tranquillité. Max propose Bidart dans les Pyrénées-Atlantiques. Personne ne connaît. Mais on lui fait confiance. Il ne lui reste plus qu'à convaincre Jenny. Cartier lui recommande de manœuvrer avec habileté afin que son amie ne pense pas qu'on lui force la main, sinon elle va somatiser, se persuadant que ces quelques jours de vacances sont ses derniers. Je ne sais pas si je serai de taille, grommelle Max. Allons, de l'audace, et du doigté, faites mieux qu'à l'IRM, imaginez que vous êtes un espion et que vous voulez obtenir d'un général ennemi la clé de son dépôt de munitions. Cartier ponctue son conseil d'une grimace comique. Je ne me sers jamais d'une clé, dit Max en baissant les yeux. Mais à peine se retrouve-t-il dans le couloir de l'hôpital que le doute l'étreint de nouveau. Ces trois-là se méfient de moi, ils jouent un rôle, comme s'ils cherchaient à m'associer à leur mensonge. Les salauds, ils savent Jenny condamnée mais me le cacheront jusqu'à ce que j'accepte de lui fermer les yeux. Ils oublient que Logane n'entre que dans la peau des personnages qu'il crée. Je vais m'employer à le leur rappeler. Comme autrefois ? Oui, camarade, comme autrefois.

– Mais qu'est-ce que tu vas faire, Max, d'ici lundi prochain ?

– Je vais sous-louer une chambre de bonne dans ton immeuble et installer un câble optique jusqu'à ta chambre, et comme ça je pourrai veiller sur toi. Sinon, je dormirai sur le paillasson.

– Il y a des jours comme celui-ci où je regrette d'avoir invité Laura à loger chez moi.

– Le fait est que, ta sœur et moi, on ne s'apprécie guère.

– Ne sois pas si catégorique. Même si elle ne te supporte pas, tu la troubles. Je ne dis pas ça pour te faire plaisir, je le tiens de sa bouche.

– Laura troublée, ça, c'est la meilleure.

– Pas si vite. Elle trouve juste que tu es moins dégueulasse que tu prétends l'être.

– Dis donc, je vais de ce pas aller brûler un cierge.

– Il me vient une idée... Voyez-vous tous les deux, parlez-vous, enterrez la hache de guerre, et profites-en pour lui proposer, mais mine de rien, style « Laura, tu ne peux pas préparer le concours si, en plus de t'occuper de ta sœur, tu dois avoir la charge de l'appart », oui, propose-lui de lui refiler ta chambre d'hôtel, et si ça marche tu t'établiras chez moi.

– Je ne le sens pas, ce coup-là. Elle t'aime trop pour se laisser raisonner. Qu'est-ce qu'un concours en comparaison du rôle qu'elle meurt d'envie d'interpréter ?

– Tu n'as pas tort.

– Rarement avec ta sœur.

 

– Et si je m'installais dans ta chambre?

– Ça te dit?

– Pas des masses. En dehors de l'amour, j'aime bien pouvoir disposer d'un espace qui m'appartienne.

– Laisse tomber. Ne songe qu'à toi.

– Comme si je m'oubliais, andouille ! Tu fais maintenant partie intégrante de mes préoccupations... Et si, autre possibilité, on se tirait de Paris?

– Pas pour l'Ardèche, en tout cas. Tu m'as convaincu. Cette maison ressemble trop à un musée.

– Non, pas en Ardèche, mais en Bretagne, au bord de la mer. Une de mes amies possède sur l'île d'Arz, dans le golfe du Morbihan, une maison de pêcheur qu'elle a retapée de ses propres mains.

– Il y a tout le confort?

– Oui si j'en crois les photos qu'elle m'a montrées.

– En Bretagne, il peut pleuvoir salement en cette saison. Elle est chauffée, cette bicoque?

– Je n'en sais rien, mon amie s'y rend surtout aux beaux jours, mais en même temps ça m'emmerde d'y aller. Je déteste arriver dans un endroit où il y a tout à faire pour le rendre vivant. D'autant que même si on part demain, il faudra en revenir dimanche. Ça laisse peu de temps. Ah! si j'étais riche...

– Ça changerait quoi?

– Je t'offrirais le Carlton à Cannes, ou le Martinez à...

– Comment connais-tu ces établissements?

– À cause de mon amant le facho. Qu'est-ce que tu crois? Il claquait de la thune pour moi.

– Même réponse que pour l'Ardèche, ne jamais mettre ses pieds dans les pantoufles d'un autre.

– Ding, nous voici de retour à la case départ.

– Sans passer par la prison ? C'est mieux que rien, non?

– Débrouille-toi.

– Pardon?

– Eh bien, oui, c'est vrai, il n'y a que moi qui cherche une solution. Tu pourrais participer. C'est à croire que tu es bien content de te débarrasser de moi.

– Ça se voit tant que ça?

– Tu y perds, parce qu'il paraît que, pour la galipette, je suis en parfaite condition physique.

– Alors, là, ça change tout.

– Tu penses à quelque chose?

– À une maison, pas très grande mais fort belle, meublée avec goût, aérée chaque jour, chauffée quand le mercure descend, disons une maison dont tu aurais toi-même refermé la porte une heure auparavant. En plus, elle domine une immense plage, déserte à coup sûr en cette période et, merveille des merveilles, une cuisinière y est attachée.

– D'où sors-tu ce petit bijou? Toi, tu me doubles avec une milliardaire.

 

– Bien sûr, sauf que ce n'est pas elle, la propriétaire. J'ai vu ça dans une annonce immobilière du Nouvel Obs, pas plus tard que ce matin, dans le bureau de Meyer.

– Les prix, ce doit être dément?

– Assez. Dix-huit cents euros par semaine, mais si elle est libre, et vu qu'on n'y restera que cinq jours, on doit pouvoir la négocier à moins.

– J'ai pas un rond, moi.

– Meyer me les prêtera. Il est très content de mon travail.

– C'est où ?

 

– Près de Saint-Jean-de-Luz, au Pays basque. On prend demain matin l'avion pour Biarritz et, une heure après, non, deux heures après, main dans la main qui se promène sur le sable fin, hein?

– Bonjour, le mélo.

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