Soudain, l'amour

Guégan · Chapitre 54 sur 55

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Soudain, l'amour

Vingt-huit

 

 

ILS S'AFFRANCHISSENT DE LEURS DERNIERS TABOUS. Quand l'imagination de Jenny s'épuise, Max, qui ne veut pas apparaître moins sacrilège, s'oblige à l'entraîner dans les sombres soubassements de ses instincts. La mort plus d'une fois est de la partie, mais jamais ils ne tremblent, jamais ils ne la fuient. Comme s'ils avaient admis qu'en l'associant à leur folie, ils ne se mentiraient plus. Ils rêvent de ne plus se disjoindre, mais le pourront-ils ? À chaque fois que leur désir retombe, il leur semble que non. Et puis que oui, et puis que non, et les voici de nouveau ne formant qu'une seule chair convulsive.

 

– Réveille-toi, Max, c'est l'heure.

– Quoi? L'heure! Quelle heure?... Il fait encore nuit, non ?

– Justement, je veux assister au lever du soleil, et je tiens à ce que tu sois à côté de moi.

– Vois-tu, autrefois...

– Non, non, aujourd'hui, ce n'est pas hier. Et je peux te promettre que ce ne le sera plus jamais. Plus de regrets, plus de mensonges.

– Le temps de me passer le visage sous l'eau froide, et je suis à toi.

– Max, je me trompe ou tu ne boites plus ?

– Ni l'un ni l'autre. Tu ne te trompes pas, mais je dissimule, je camoufle, en attendant que Cartier sorte son bistouri et taille dans le vif.

– Couvre-toi, il fait frais.

– Comment le sais-tu ? Ne me dis pas que tu es déjà sortie courir?

– Qui te parle de courir? Non, j'ai pris en charge l'organisation.

– Organiser, mais qu'est-ce que tu as organisé?

– Le café est en train de passer, j'ai pressé le restant d'oranges et, si j'ai déjà avalé mes céréales, je ne t'ai pas oublié. J'ai débouché notre dernière bouteille de sauternes.

 

– Mince, réveihe-moi tous les matins, et je te jure qu'en retour je fermerai la porte aux mauvais rêves.

– Ce n'est pas tout, j'ai sorti, à la force du poignet, les deux fauteuils du salon sur la terrasse et j'ai aussi prévu des couvertures.

– Mais tu ne crois pas qu'on est un peu en avance?

-jamais de ce foutu « un peu» entre nous, m'avais-tu dit.

– Pardon... Bon, ça y est, je suis prêt... Prêt à tout.

– À tout? Comme cette nuit?

– Un peu moins, quand même.

– Qu'est-ce que je viens de te rappeler?

– Sauf que, des fois, c'est bien pratique ces « un peu ».

– On se fout de ce qui est pratique ou de ce qui ne l'est pas. Nous, on n'a besoin que de l'inutile, du superflu. Vive le considérable, à bas l'insignifiance.

– Si tu te mets, dès l'aube, à la déclamation, il ne me reste plus qu'à remballer ma méfiance et à te suivre comme un petit chien... Hé, regarde, l'horizon s'éclaircit

 

– Merde, fonçons.

– Essayons.

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