Soudain, l'amour
Treize
« LA PEUR EST NOTRE MEILLEURE ALLIÉE. » Cette ultime phrase du trop court message de Max, Jenny ne cesse de la ressasser. Si elle n'est pas certaine d'en avoir saisi le sens, elle ne doute pas que l'emploi du possessif ne peut s'interpréter que comme la preuve d'une connivence tacite entre elle et lui. Laura, qui est en train de l'accabler de remontrances, lui paraît à des années-lumière de ce qu'elle ressent. Elle, si prompte à prendre la mouche, écoute sans colère sa petite sœur lui faire la leçon. Son indifférence finit par décontenancer Laura. La jeune fille espérait des cris, elle n'obtient qu'un sourire béat contre lequel ses arguments viennent se briser. Elle doit en convenir, Jenny est salement scotchée à ce mec. Voilà qui, en plus de la scandaliser, ne l'arrange pas. Elle se met à envisager le pire. La fin de leur cohabitation avec, pour conséquence, l'obligation de devoir vivre seule. Voire d'être contrainte à repartir en banlieue s'installer chez les parents. Et tout ça par la faute d'un salopard d'infirme. Mais je suis ignoble, pense-t-elle, atterrée. Là-dessus, Jenny, estimant que la scène est terminée, s'empare du téléphone sans fil et se dirige, toujours sans un mot, vers la salle de bains. Laura se sent perdue. Si sa sœur l'appelle, à coup sûr il lui demandera de le rejoindre. Cela ne peut être! Aussi ne parvient-elle plus à se contenir et donne-t-elle soudain libre cours à sa méchanceté. Il faut être sacrément chtarbée, rafale-t-elle, pour avoir envie de coucher avec un type qui ne tient même pas debout. Jenny se retourne aussitôt vers Laura, fait un pas dans sa direction, la main levée, prête à frapper sa cadette. Elle n'en a pas le temps. Laura éclate en sanglots et se précipite vers la cuisine.
– Allô, Max... Vous dormiez?
– J'attendais votre appel.
– Max... C'est terrible!
– Vous pleurez? Bon sang, que se passe-t-il?
– Laura et moi, nous venons de nous... Et puis non, inutile que je vous raconte. Je vais raccrocher, je voulais juste entendre le son de votre voix. Reposez-vous maintenant. Je vous rappellerai dans la matinée.
– Dites-moi ce qui est arrivé. Vous vous êtes disputées ?
– S'il vous plaît, ne m'obligez pas à en parler. Je suis épuisée. Si ça continue, je vais tomber malade pour de bon.
– Et votre sœur, comment va-t-elle?
– Mal.
– Je suppose que je suis la cause de ce désastre, car il s'agit bien d'un désastre, n'est-ce pas? Voulez-vous me la passer? Je plaiderai coupable s'il le faut.
– C'est idiot. Taisez-vous.
– Vous ne pouvez pas me quitter ainsi. Jamais je ne trouverai le sommeil. Ni vous d'ailleurs.
– Max, plus un mot. Si vous continuez, je vais hurler. Je suis à bout.
– Je raccroche.
– Merci.
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