The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 10 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

3 Rafael

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3 Rafael

 

Des coups à la porte de ma chambre me sortent littéralement du lit, alors que

je m’y suis enfoui il n’y a sans doute pas plus de trois heures.

Mon cerveau se rebiffe lorsque je tente de trouver mon équilibre, en boxer sur

mon tapis. Un courant d’air émanant de ma fenêtre ouverte me secoue mollement les neurones pendant que ma peau se contracte sur elle-même, accusant durement l’écart de température entre la douce chaleur de la couette que je viens de délaisser et l’air frais du mat…

Euh… peut-être pas du matin, finalement. D’après ce que j’arrive à percevoir,

le soleil est déjà arrivé à bonne hauteur dans le ciel et indique donc que la matinée est déjà très avancée.

De nouveaux coups me font sursauter de plus belle et me sortent de ma

léthargie. L’observation du paysage et du ciel n’est visiblement pas pour aujourd’hui.

— Rafael ! Je te préviens, je ne partirai pas de ce couloir avant de m’être

assuré que tu es réveillé.

Putain !

Faut-il réellement qu’il squatte ma vie jusque dans mon propre appart ?

Manifestement, oui.

— Rafael !

Cette fois, il hurle littéralement et menace très sérieusement de défoncer la

porte de ma chambre, si j'en crois la puissance du coup qu’il y plante.

— C’est bon ! Je suis vivant.

Je tente de traverser la pièce, mais une douleur lancinante me rappelle que

cette nuit, j’ai légèrement abusé de mon corps.

Je laisse planer un sourire sur mes lèvres en me dirigeant plus doucement

jusque dans ma salle de bains pour y récupérer un sweat, puis continue mon périple jusqu’à ma porte en maintenant mon allure mode escargot.

Ce type dans cette boîte a laissé sur ma peau et mes membres un souvenir

marquant, c’est le moins que l’on puisse dire. Oserais-je affirmer qu’on ne m’a jamais aussi bien baisé ?

Oui, je crois que je peux largement le dire. Et, bordel, ça fait du bien !

Malheureusement pour moi, l’instant ému du souvenir se termine là, bien trop tôt, écourté par les injonctions de mon père depuis le couloir.

Enfin, j’arrive à lui ouvrir, alors qu’il m’attend les bras croisés et le regard

noir.

— Tout de même ! Non, mais tu as vu ta tête ?

— P’pa…

Il parle trop fort et mon cerveau supplie pour obtenir le silence. Mais ce serait

ne pas connaître Miguel Alvarro que croire qu’il est capable de me laisser me réveiller peinard.

— Forcément, quand on se balade dans je ne sais quel quartier mal fréquenté

de la ville, à la recherche de la décadence, on en paie le prix le lendemain. Estime-toi heureux d’être revenu en un seul morceau ! Imagine que des délinquants t’aient reconnu ?

— Reconnu de quoi ? soupiré-je en le contournant pour me diriger mollement

jusqu’à la cuisine, dans laquelle se trouve déjà Angel.

« Déjà »… j’imagine qu’il est levé depuis un sacré bout de temps.

— J’suis désolé, je ne pouvais pas le laisser à la porte, marmonne-t-il en me

voyant arriver.

— T’inquiète. Il serait passé par la fenêtre ou le trou des chiottes si tu n’avais

pas ouvert.

Parce que Monsieur Alvarro n’est pas du genre à se laisser emmerder par une

porte close, j’en sais quelque chose.

Tout comme je sais aussi qu’il n’est pas du genre à prendre en considération

l’état de mes neurones à ce moment précis.

— Et d’ailleurs, il va falloir que l’on débriefe de la réunion d’hier soir !

continue-t-il en débarquant dans la cuisine alors que j’attrape un mug XXL pour y faire couler au moins trois dosettes de café.

— Euh, si tu comptes sur moi pour en discuter maintenant, je crois que ça ne

va pas être possible, p’pa.

— Et quand, alors ?

Et il continue de hurler, de gesticuler, et même si je lui tourne le dos, je le sens

s’agiter dans tous les sens au milieu de l’espace plus que réduit de notre cuisine.

— Bon, donc, je vais vous laisser, déclare Angel en s’apprêtant à quitter la

pièce.

Alors, là, il rêve !

J’attrape fermement son bras pour l’empêcher de s’éclipser.

C’est trop facile.

— Tu restes ! Tu as fait une connerie, tu assumes, murmuré-je alors que mon

père fouille dans un placard pour se trouver une tasse.

— Eh, mais tu viens de dire que je n’aurais pas pu l’empêcher de…

— Peut-être mais comment sait-il où nous avons passé la soirée ?

Mon cousin blêmit légèrement, affichant ainsi clairement sa culpabilité. Je

l’aurais parié. Angel ne sait pas tenir sa langue.

— C’est décidé, je te colle un garde du corps aux fesses ! annonce mon père

en inspectant un mug sous tous les angles.

— Je te demande pardon ?

Cette fois, je suis tout à fait réveillé. J’appuie sur le bouton de ma cafetière et

me tourne avec un peu trop de virulence vers lui, accusant par le fait un déchirement au niveau de mon antre. Seul, j’aurais roucoulé à cette sensation délicieuse. Mais ce n’est pas vraiment le moment.

— Tu as très bien entendu ! Il va falloir que tu comprennes que je me présente

au siège de procureur général et donc, par le fait, tu es exposé aussi à ma notoriété.

— Oui, ça, je l’ai très bien compris ! marmonné-je en grimaçant. Mais je sais

aussi me protéger moi-même.

— Ah oui ? Tu m’en diras d’autres ! Si tu te montrais responsable, tu ne

t’amuserais pas à planter tes amis qui t’ont préparé une fête magnifique pour aller te vautrer dans… une discothèque de seconde zone avec n’importe qui.

Euh, je lui demande pardon ?

Mon attention dévie directement vers Angel qui gesticule d’embarras dans un

coin de la pièce, le regard braqué sur ses pieds. Il connaît même les détails ?

— Les nouvelles vont vite à ce que je vois !

— Angel te protège ! répond mon père en dégageant ma tasse de la machine

pour se préparer son café. Et lui a la tête sur les épaules. Il comprend quand le danger est proche.

Si je me trouvais en pleine possession de mes moyens, je répliquerais plein de

choses, comme le fait que mon cousin fume des joints à longueur de temps, qu’il roule comme un crétin sans respecter aucune limite et qu’il couche avec des putes, parce que c’est son kiff. Après tout, œil pour œil.

Mais je n’ai vraiment pas envie d’entamer une discussion avec le futur

procureur général maintenant. Tout ce que j’aimerais, c’est qu’il se casse de cet appart et me foute la paix.

— Et vraiment, en ce qui concerne cette association que tu diriges, il faut

que…

— Que quoi, putain !

Il remet ça. Nous en avons discuté des heures hier, je lui ai dit dans tous les

sens que je n’arrêterai pas mon activité au sein de Protect’all, et il refuse de l’entendre.

— Je te prie de rester poli, fils ! Avec ma candidature, tu ne peux pas te

permettre de continuer à mener des actions coup de poing comme vous le faites dans cette association. Ce n’est pas…

Cette fois, il me tape sur les nerfs.

— Et quoi ? le coupé-je sèchement. Tu veux que ton digne fils marche sur tes

pas ? Que j’oublie mes idéaux pour baisser mon froc et abandonner les laissés-pour-compte qui souffrent et dont tout le monde se fout ?

Voilà, c’était le sujet de cette satanée réunion surprise qu’il m’a imposée hier

soir. Lui et ses conseillers contre moi, tout seul, pour tenter de me convaincre de laisser tomber mon poste au sein de ma propre asso. 

— Baisser ton froc ? C’est ainsi que tu me considères, vraiment, Rafael ?

Monsieur se vexe vite, c’est un fait. Qu’il ne compte pas sur moi pour retirer

une seule phrase. Je me contente de poser mon regard au fond du sien pour le défier.

— C’est moi qui devrais me sentir injurié, p’pa. Ne confonds pas les rôles.

Pour ta carrière, je devrais oublier la mienne. Comme si mon avenir et mes convictions ne comptaient finalement pas.

— Tu es jeune, Rafael, tu ne connais pas la vie, souffle-t-il en tentant de

calmer le jeu.

— Parce qu’il faut connaître la vie pour savoir comment réagir devant les

injustices ?

— Non, pour ça il faut être juge, ou juré, avocat ou procureur. Ce que tu n’es

pas.

— Ce que je serai, sans nul doute.

— Tu feras ce que tu voudras, mais pour le moment, c’est moi qui tiens cette

place, et je t’impose de laisser tomber cette plaisanterie de mauvais goût qu’est cette association.

J’ouvre la bouche, puis la referme, l’ouvre encore puis décide que je n’en ai

finalement rien à foutre de ses conneries. Je refuse de m’énerver davantage. Je sens d’ailleurs que si je le laisse me pousser à bout, et il n’est pas loin de réussir dans l’entreprise, je vais bégayer, m’emberlificoter dans mes mots, m’énerver à cause de ça et ma journée sera définitivement foutue. Je sens déjà ma gorge se crisper abusivement, ce qui est mauvais signe.

J’attrape ma tasse et le contourne pour sortir de la pièce sans écouter

davantage son discours que je connais de toute manière par cœur, et rejoins le salon pour m’installer dans mon fauteuil favori.

Celui de ma mère. Lorsque je me réfugie dedans, je la sens plus présente, à

me soutenir, littéralement, et mes sales habitudes s’effacent significativement dès que je m’y installe.

J’attrape un plaid et la télécommande de la télé et me blottis comme à mon

habitude, mon café à la main, sous la fenêtre entrouverte.

— Quelle impolitesse ! l’entends-je dire à Angel qui bafouille un truc en

retour.

Je m’en fous.

Je. M’en. Fous.

Rien à battre.

Machinalement, je hausse le son alors que sur l’écran apparaissent une

reporter échevelée et des gens qui pleurent. Les bandeaux défilant en bas de l’image annonçant, je cite : un carnage sans précédent dans trois squats de Little Rock.

Les mots de la speakerine me provoquent un frisson qui efface de mon esprit

toutes mes querelles ridicules avec mon père, qui ne sont finalement que des détails, comparativement à ce genre de drame.

« Torturées, humiliées de multiples manières, blessées, parfois même

retrouvées inanimées dans un état grave, les victimes s’accumulent à mesure que les équipes de pompiers de la ville viennent à bout des incendies allumés par les agresseurs à la fin de leurs attaques. Les locaux, des immeubles vétustes laissés à l’abandon depuis des décennies, n’ont pas mis beaucoup de temps à s’embraser pour être rapidement réduits à des tas de cendre parsemés dans ce quartier défavorisé de la ville. Il va sans dire que le bilan définitif des victimes n’est pas près d’être établi. Tout ce que je peux d’ores et déjà vous affirmer sans trop m’avancer, en revanche, c’est qu’il sera élevé et que les coupables courent toujours.

Au milieu de ce chaos, alors que les brasiers fument encore un peu partout

dans les rues, nous ne pouvons nous empêcher de nous souvenir des mêmes genres de faits survenus l’année dernière, à la même date. La police semble penser à un rendez-vous macabre que les malfaiteurs ont décidé de donner à la ville, et plus particulièrement à cette population défavorisée qui trouve refuge dans les ruines des anciens bâtiments de la cité. »

Écœuré, j’éteins le son pour me tourner vers mon père qui arrive dans la

pièce, son café à la main.

— Et ça, p’pa ? Tu en penses quoi, de ça ? Toi, le futur procureur général, tu

comptes faire quoi pour que ce genre de chose s’arrête ?

Il darde sur moi un regard surpris, puis soupire lourdement avant de se poser

sur mon canapé.

— Rafael, ce n’est pas mon État ! Little Rock est une ville d’Arkansas.

Un rire amer me déchire la gorge alors que je décide de me lever, incapable

d’entendre une nouvelle fois un discours cent pour cent politisé qui ne sert strictement à rien.

— Ben voyons ! Et je suppose que je devrais ne pas me sentir touché par cette

catastrophe, simplement parce qu’elle n’a pas eu lieu dans le Tennessee, c’est ça ? Les droits de l’Homme ne dépassent pas les frontières ?

Je quitte la pièce alors qu’il tente de se trouver des excuses.

— Tu fais vraiment preuve de mauvaise foi, Rafael.

Ben voyons ! C’est moi qui me mens à moi-même ! C’est la meilleure, celle-

là !

Je pousse la porte de ma chambre d’un coup de pied en me sentant bouillir de

l’intérieur.

À moi, on me demande de me tenir à carreau, alors que lui, qui pourrait

vraiment agir pour calmer certaines choses, ne pense qu’à récolter des votes et à ne pas faire de vagues.

Je l’emmerde, putain !

— Et dépêche-toi ! Nous sommes attendus à la maison pour ton anniversaire.

Eh merde ! J’avais oublié cette petite fête.

Je lève les yeux au ciel en me dirigeant vers mon dressing. Je pourrais refuser

de m’y rendre, mais la famille n’y est pour rien et je m’interdis de les décevoir. Foutu anniversaire de mes deux !

Agacé, je fais glisser les cintres sur le portant avec impatience, ne trouvant

rien à me mettre sur le dos qui me convient.

J’ai mal au crâne, au cul, l’odeur de cet inconnu plane encore sur ma peau, et

à présent, une nausée me chatouille l’œsophage. J’aurais préféré me rendre à Little Rock avec des types de mon asso, et Angel, sans doute, mais non.

Je dois me laver, me fringuer, paraître et sourire.

J’attrape une chemise noire et un pantalon assorti puis ressors de la pièce pour

me diriger vers la salle de bains en me convainquant que ma place est avec les Alvarro aujourd’hui. Même si je sens que rester zen va me coûter beaucoup d’énergie. La journée commence atrocement et j’en ai déjà marre. Ma langue aussi fatigue déjà des efforts qu’elle a fournis pour prononcer le fond de mes pensées. Autre sujet exaspérant par excellence contre lequel je ne peux rien.

Je sature.

Je veux retrouver mon inconnu pour qu’il me baise encore. Le pansement

qu’il a appliqué à mon âme s’est déjà disloqué sous les inepties de mon père.

 

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