The Origin Of Violence (French Edition)
Epilogue
Rafael
Un an plus tard.
De toutes les fois où je me suis posé la question, je n’ai jamais regretté ma décision. Et ce soir, après avoir remporté une petite victoire qui ne changera pas la face du monde mais aidera une famille à garder un toit sur leurs têtes sans pour autant les avilir à accepter tout et n’importe quoi, je me félicite une fois de plus d’avoir franchi ce pas.
— Rafael, attends !
Je referme la porte de mon bureau en me tournant vers Raymondo qui remonte le couloir délabré, un dossier sous le bras.
— Je crois que c’est ce que tu cherchais. Il avait été classé dans la mauvaise boîte.
Il me tend le pavé de documents encerclé d’une couverture usée en cuir et je comprends instantanément.
Mon cœur fait un bond puis se pince légèrement, débordant subitement d’émotion.
— Merci Raymondo. Je l’emporte chez moi, je le ramènerai très prochainement.
— Il est à toi. Personne ne le cherchait de toute manière.
Je presse le dossier contre moi en le remerciant encore d’un hochement de tête.
— Alors, à demain.
— À demain. Il faudra qu’on se penche sur le dossier Tijones.
— Je vais déjà en prendre connaissance ce soir, l’assuré-je en désignant du menton mon sac à dos dans lequel le dossier attend que je l’ouvre.
— Tu as certainement mieux à faire ce soir, non ? Il faut penser à te reposer.
— Non, pas vraiment.
— Alors…
Il me sourit et nous nous quittons ainsi. Je ne traine pas dans les locaux de l’association et sors pour rejoindre la rue bondée, écrasée par la chaleur et les gaz d’échappement émanant de la circulation trop dense. Je décide de prendre mon temps pour traverser l’avenue, puis remonte tranquillement en longeant les façades colorées. Des enfants jouent dans la rue. Des femmes papotent d’une fenêtre à l’autre. Je me sens bien dans cet univers. À ma place. Et c’est le meilleur sentiment qui soit.
Le seul petit truc, c’est que j’ai vraiment trop chaud.
Alors, dès que je claque la porte du petit appartement qui m’attendait, je pose mon sac et le dossier si précieux sur le lit et retire toutes mes fringues sans exception en les envoyant dans le panier de linge sale, puis pénètre dans la salle de bains rudimentaire pour allumer la douche directement.
L’eau fraîche me réveille les sens et m’offre un sursaut d’énergie qui commence à me déserter sérieusement ces dernières semaines.
Coup de fouet de courte durée. Lorsque je réintègre, totalement nu, l’espace de vie de l’appartement, la chaleur de la saison me prend à nouveau d’assaut et je me sens soudain lourd et mou.
Incapable de résister, je fais l’impasse sur mon dîner et me laisse tomber littéralement sur le lit qui me tend les bras. Normalement c’est un canapé-lit et à l’origine, il devait retrouver sa fonction première tous les matins. La bonne résolution a duré environ deux semaines. Depuis, il n’a jamais été replié.
Un gémissement de bien-être s’échappant de mes lèvres, j’attrape le dossier en calant ma joue dans l’oreiller.
Mes yeux papillonnent déjà et mon cerveau me supplie d’arrêter les frais. Je manque de me laisser sombrer lorsque la porte s’ouvre à l’autre bout de la pièce et la simple vision de cet homme qui apparaît me réveille les sens comme jamais.
Je lui souris, heureux de le revoir, alors que je l’ai quitté juste ce matin.
Il me répond par un regard tendre, car c’est la meilleure manière qu’il a pour me faire comprendre ses sentiments.
Il se débarrasse de ses fringues sans juger utile de prononcer un mot, les éparpille partout dans la pièce puis, une fois nu, sculptural, sa peau bronzée et recouverte de tatouages, il pose un genou au bout du lit, puis un autre, avant de placer ses mains également sur le drap et d’avancer sur moi, son regard bleu comme le ciel ancré au mien.
Il arrive au-dessus de moi, perché sur ses bras, et j’abandonne mes documents pour passer mes bras autour de sa nuque et l’attirer à moi. Nos lèvres se rejoignent pour ne plus se quitter. Ses mains naviguent sur mon corps avec tendresse et retenue. Mon sexe dur percute sensuellement le sien lorsqu’il laisse son corps se rapprocher du mien.
Il attrape nos deux membres raides entre l’une de ses mains et dévale ma joue d’une série de baisers qui s’achève au creux de mon cou.
Un frisson trahit mon impatience. Il s’interrompt malgré tout pour poser ses lèvres sur mon oreille.
— Je n’arrive toujours pas à te détester, Rafael Alvarro.
— Alors, essaie encore, murmuré-je en réponse.
— Je vais m’y atteler plus durement.
Mes doigts passent sur son crâne rasé. Je récupère ses lèvres contre les miennes tandis que sa paume masse nos deux érections fermement et que je me sens déjà partir. Sa peau sent ce pays. Elle sent sa fougue, aussi. De plus en plus décorée, les fresques de sa vie me passionnent chaque fois que mes yeux les dévorent. Parce qu’à présent, ses tatouages retracent aussi notre histoire. Tout comme cette cicatrice, entre ses côtes, représentant ma vie, qu’il a sauvée.
Le bourreau transformé en héros. Le paradoxe Archer dans toute sa splendeur. Cette bizarrerie, cette particularité singulière qui le rend unique et tellement parfait. L’homme au cœur aussi pur que sa colère.
Lentement je parcours les derniers dessins qu’il a apposés sur sa peau.
Un œil vert entouré de longs cils sous son oreille. Un, deux, dix R stylisés qui ont aussi trouvé leur place.
Il me porte sur lui, et j’adore dessiner les contours de ma présence sur son épiderme.
Je le laisse glisser jusqu’à mon torse, mordre mon téton, d’abord doucement puis plus fort.
Un jour, je lui ai montré comment aimer. Il m’apprend tous les jours comment nous adorer.
— Arch… soufflé-je alors qu’il décide d’accentuer notre étreinte.
Sa main presse durement mes bourses et l’un de ses doigts cherche déjà mon entrée.
— Oui ? me demande-t-il innocemment.
— Tu ne m’auras pas, cette fois !
D’un coup de bassin, je le vire de sa place et le retourne, dos sur le matelas pour lui grimper dessus.
— C’est moi qui te suce ! grogne-t-il en attrapant mes hanches.
— Bon, OK ! Mais c’est tout !
Il m’a déjà placé sur son visage et se met à lécher férocement ma queue. Ses doigts, qu’il humidifie rapidement, se retrouvent au fond de moi. Pas un, pas deux, mais trois, directement.
Je beugle un cri de plaisir qui ne demande pas la permission pour franchir mes lèvres. À califourchon sur lui, j’écarte mes fesses pour lui ouvrir le chemin et pousse brutalement mon sexe au fond de sa gorge.
— Vas-y ! m’étouffé-je presque d’extase. Tu suces comme un putain de dieu, bordel !
Il accélère ses gestes. Il les approfondit. J’entre en incandescence, la chaleur régnant dans la pièce attisant l’incendie qui me ravage.
Je sens la pression, le feu qui se propage, la démence qui m’atteint. Au bord du gouffre, transi d’un désir qui me rend dingue, je m’arrache à ses mains, à sa bouche et recule en me plaçant entre ses jambes, atrocement affamé. J’attrape ses cuisses, les pose sur mes épaules en me penchant sur le matelas et enfouis ma langue entre ses fesses sans sommation.
Il s’écartèle pour m’accueillir, attrape brusquement le drap sous lui pour s’y accrocher fermement. Ses yeux roulent en arrière tandis qu’il se cambre pour m’accueillir. Je le lèche, le lape, torture ses muscles du bout de ma langue, sentant mon sexe s’impatienter lourdement contre mon bas-ventre.
Ses jambes tremblent, ses abdos se tendent et soudain, il attrape son sexe large et dressé en l’empoignant fermement.
La température monte sous mon crâne, mes neurones disjonctent, mes ongles s’enfoncent dans la peau bariolée de ses cuisses.
Il pousse un gémissement étranglé lorsque j’insère deux doigts en lui puis se redresse sur l’oreiller pour me lancer un regard voilé, suppliant, impatient.
Fin de la blague.
Je me redresse et repousse l’une de ses cuisses et la colle à la seconde, passe ma paume sur mon sexe à bout de tension, et écarte son sillon pour trouver mon chemin.
Nous poussons un cri commun lorsqu’enfin je me sens l’envahir d’un geste long et sec. Moi. En lui. Cet endroit dont je suis l’unique propriétaire. Jamais personne n’a profané cette intimité qui, à présent, est devenue mienne. Chaque fois que je le prends, je ravale ce sentiment possessif presque maladif. Il est à moi. Il m’appartient. Pour toujours.
Je pourrais jouir rien qu’à cette idée.
Agrippé à lui, pris d’une frénésie démoniaque, je me penche pour récupérer ses lèvres et attraper sa langue avec la mienne. Nous nous lançons dans un baiser décadent, sensuel, indécent et atrocement sexy.
Mon bassin le pilonne, encore et encore, mes limites sautent les unes après les autres, comme chaque fois que je me retrouve en lui.
Au bord de la délivrance, je recule drastiquement, m’échappe de son antre et prends une seconde pour apprécier la frustration qui se déverse en moi. J’en bande encore plus.
Haletant, il se tourne en se dressant sur ses genoux et attrape le montant du lit, m’offrant son cul comme un cadeau. Il connait par cœur ce qui me rend dingue et en joue si bien qu’il m’agacerait presque si je n’avais pas mieux à faire que de m’arrêter à ce sentiment.
Mes mains sur ses hanches, je replonge rapidement en lui et colle mon torse à son dos ruisselant.
J’encercle son corps, sa taille, son buste et arrime mes lèvres à son épaule lorsqu’il se dresse entre mes bras.
Je pousse brutalement ma queue au fond de son cul. Prends le temps de caresser ses abdos. Ses hanches. Il noue ses doigts aux miens. Je me gave de la puissance qui émane de lui. De cette violence qu’il dompte entre mes bras, de sa fureur apprivoisée. J’en perds la tête. M’envole en pleine transe. Attrape son membre et le masturbe à une cadence infernale, ses doigts toujours accrochés aux miens.
Et nous partons, si étroitement enlacés pour ce voyage terrassant. Anéantis par l’orgasme qui déferle en nous.
Je me vide en lui, il se déverse sur mes doigts.
Puis nous restons là, à bout de souffle. Tous les deux à genoux au milieu du lit, comme deux statues figées pour l’éternité. Incapables de remuer le moindre cil.
Comme chaque fois, il va falloir qu’il me vire car si cela ne tenait qu’à moi, je camperais toute la nuit dans son cul. Bien planqué au fond. Le déserter ressemble trop à un moment douloureux pour moi. Je crois que toute ma vie j’aurai besoin de sa présence aussi proche que possible. Je l’ai trop attendu. J’ai usé mon quota de solitude en attente de lui.
Je l’aime au point d’en souffrir. J’en souffre au point de l’aimer.
Il lève la main pour saisir ma nuque en soufflant les bribes de son plaisir.
— Je n’arriverai jamais à te détester, murmure-t-il au milieu de notre moment d’extase.
Mes bras se resserrent sur lui. Plus jamais je ne le laisserai me quitter.
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