The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 21 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

14 Archer

 

 

— C’est trop beau, Arch ! Maintenant je suis pressée que tu me le tatoues ! T’es vraiment le roi, sérieux.

Je referme mon carnet pour le glisser dans la poche arrière de mon jean. Inutile de faire trainer ça ici, je ne suis pas en terrain pacifiste.

— Pour le rendez-vous, vois avec Sammy, mais dans tous les cas je ne pourrai pas te le faire avant au moins plusieurs mois. J’ai un truc qui vient de me tomber sur le coin de la tronche, du genre incontournable.

Je grimace en balayant la pièce du regard. Putain de baraque de bourges ! Ce type n’a finalement rien à voir avec Juan. Pourtant…

— Oui, j’ai entendu ça, me répond Marylin en adoptant un ton de voix désolé. C’est vraiment la loose, sérieux. Mais si on me demande, t’as bien fait de lui casser la gueule à cette petite tafiole de portos.

Ouais, mais en fait, justement, je n’ai rien demandé. J’ai pas besoin de ton approbation ma grande.

— Ouaip ! Donc, appelle Sammy au salon et dis-lui que t’en as pour au moins cinq heures. Qu’il te case sur un après-midi. Salut.

— Oui, je fais ça, sal…

Je raccroche, balance mon téléphone sur le canapé et récupère la télécommande pour zapper.

Me faire venir pour ça ? Mater la télé ? Est-ce que franchement j’ai une tronche à glander dans un canap à vingt mille boules ?

Ce portos est un véritable tocard.

Lassé par la bouse qui défile depuis des heures sous mon nez, j’éteins le tout et me laisse glisser contre le cuir des coussins.

Ce type se fout royalement de ma gueule et ça commence à me titiller les glandes. S’il y a bien un truc que je déteste, c’est attendre et me sentir inutile.

L’inaction laisse le champ libre aux questions de merde.

Pas du tout mon truc.

— Putain !

Machinalement j’attrape une clope dans mon paquet et l’installe entre mes lèvres en cherchant mon briquet des yeux, mais avant que je le trouve, une sonnette, que je suppose venant de la porte, me coupe dans mon projet hautement intéressant.

Je repose mon graal, presque content d’avoir un truc à faire, et me dirige vers la porte pour ouvrir à….

Un gnome. Ou une gnomette, pour me montrer exact. Une espèce de black miniature vêtue d’un manteau trop grand et dégueulasse, avec quatre tresses échevelées plantées sur son crâne.

— T’es pas Rafael, toi ! T’es pas Angel non plus ! déclare-t-elle en fronçant les sourcils.

— Toi non plus ! rétorqué-je en la considérant avec mépris.

Je me suis levé de mon siège cent pour cent confort pour que cette morveuse me balance une connerie ?

— J’suis pas un putain de concierge, bordel !

Je lui claque la porte au nez et m’apprête à repartir vers mon canapé, mais cette fois elle frappe lourdement la porte.

Putain, je sens qu’elle va me faire chier !

Je tourne les talons, ouvre à nouveau et lui balance un regard de tueur. Mais manifestement elle s’en fout. Elle m’observe, tout simplement.

— Faut pas rester là, OK ? Ici t’es chez les bourges, c’est pas ta place. Et d’ailleurs, comment t’as fait pour entrer ?

— J’ai attendu que le gardien sorte les poubelles ! J’ai besoin de voir Rafael.

Ouais, bien sûr. Si elle compte sur moi pour aller réveiller Monsieur, elle peut toujours attendre.

— Il est pas dispo ! Reviens ce soir. Là, j’suis occupé je dois fumer une clope.

Cette gamine me met mal à l’aise, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je suis programmé pour haïr ce genre de morveuse, à cause de sa couleur, ou peut-être parce que son regard me paraît bien trop vrai pour son âge.

J’entends : bien trop humain. Adulte. Terni.

Et ouais, ce genre d’éclat dans le fond d’un regard me dérange comme pas possible. J’ai déjà croisé ce genre de vérité planquée habilement derrière des pupilles angéliques, je sais ce que cela peut signifier. Je le sais même parfaitement. Un peu trop à mon goût. Et ça me fait clairement chier de réagir à celui-là puisqu’il provient d’une cible potentielle.

Bref, on ne va pas y passer la journée.

Je m’empresse de donner de l’élan à la porte pour la claquer une nouvelle fois, mais elle avance d’un pas et la retient avant que j’arrive à mon but.

Cette fois, elle me gonfle. Je veux bien tenter un brin de gentillesse, mais faut surtout pas pousser. Je me penche vers elle en la menaçant de l’index.

— Écoute, morpionne, j’suis une saloperie de suprémaciste blanc et des gamines comme toi j’en bouffe au petit déj, OK ? Alors dégage ! C’est mon dernier avertissement.

Elle me zieute, la bouche entrouverte puis fronce les sourcils à nouveau.

— J’sais même pas ce que c’est un sumaciste ! Il est là, Rafael ? Faut que je le voie, c’est urgent.

— Je viens de te le dire, il est occupé !

Soudain, elle semble désemparée. Totalement dévastée. Même, pire, des larmes lui montent aux yeux.

— C’est urgent et j’sais pas où aller. Il est là, Angel ?

Putain, mais je ne sais même pas qui est ce type ! Je crois très honnêtement que j’aurais dû aller en taule. C’est une évidence. Je n’ai rien à foutre là et déjà cette situation me fout les glandes.

On remercie Lee pour ses directives de merde, au passage.

Elle commence à renifler et je m’attends au pire.

— Si tu chiales je te colle une baigne, je te préviens !

Elle sursaute presque sous mon regard froid mais je m’en bats les roustons. Je veux juste qu’elle se tire d’ici.

— Je peux rentrer ?

En plus elle est du genre pot de colle !

— Nan !

Merde ! Fait chier ! Je sais qu’elle ne va pas lâcher l’affaire. Je le lis dans son regard.

Je la repousse et claque à nouveau la porte sur elle, puis décide d’aller dénicher Rafael, parce que merde, j’ai pas payé pour me coltiner une pleureuse.

Je traverse le couloir en poussant toutes les portes de cet appart de ministre et trouve enfin le portos qui ronfle sur son pieu comme si tout allait bien.

Connard !

Me faire venir pour pioncer ? Ce mec n’a peur de rien ! J’aurais dû fouiller dans les tiroirs et voler tout ce que je pouvais.

Malheureusement, autour de ma cheville, un bracelet GPS squatte la place, assez serré pour me rappeler constamment ma mission débile chez ce type. D’autre part, je sais que si je merde à nouveau, Lee va me tomber dessus et je connais mon oncle, depuis le temps que je vis avec lui. Il va me pourrir la vie d’une force qui risque de me gonfler prodigieusement.

Et franchement ? Je n’ai pas envie qu’il me prenne la tête.

Donc, bref, passons, là n’est pas le sujet.

Rafael pionce sur son lit et la morpionne recommence son raffut contre la porte.

Je traverse donc la pièce pour aller le réveiller et soudain, mon regard s’égare sur lui. Mes pas ralentissent et mon bras, que j’ai tendu vers lui pour lui attraper l’épaule valide reste en suspens. Parce que son tee-shirt est remonté, coincé sous son attelle. Parce que son short a glissé pas mal de sa taille. Parce que sa peau tannée appelle mon attention. Tout comme les quelques poils qui recouvrent le bas de son abdomen, jusqu’à la ceinture.

Cette vision me provoque une gaule d’emblée. Ça fait bien longtemps que j’ai accepté mon attirance ingérable pour les mecs dans son style. Au début, je ne voulais pas l’admettre et avec Lee et ses idées plus qu’arrêtées sur le sujet, j’aurais clairement préféré m’en passer.

Mais cette pulsion, cette préférence, est en moi et c’est encore la seule manière que j’ai trouvée pour me soulager convenablement l’esprit. Donc, je l’accepte, je vis avec, même si je la déteste, et je me repais de ce frisson que provoquent cette peau, ces poils bruns et ces muscles finement ciselés, mais pas à outrance, que dévoile le tee-shirt de Rafael.

Le bout de mes doigts me démange un instant, puis je me souviens des conditions de ma présence ici et j’oublie l’idée.

Toutefois, je contemple malgré moi sa taille large et je me souviens de ma main l’empoignant fermement. Je me souviens tout autant de sa bouche, entrouverte à cet instant précis, et ce qu’elle a su faire sur ma queue. Je me souviens de ses cheveux entre mes doigts.

Et mon observation atteint ses cils. Longs, épais, si noirs… Encore un flash. Un putain de flash qui me renvoie si loin. Dans le passé. Je me rappelle Juan endormi sur son lit, parfois, ou sur le mien. Je me rappelle que j’adorais lui chatouiller le cou pour le réveiller en scrutant ses yeux.

Parce qu’il papillonnait en se réveillant et que je trouvais ça magnifique.

N’obéissant qu’à eux-mêmes, mes doigts atteignent et longent sa carotide. Lorsque je m’en aperçois, il est déjà trop tard. Rafael ouvre les yeux et se tourne vers moi sans comprendre, hagard.

Et…

Bordel de merde.

Il fait ce truc. Le truc !

Il bat des cils. Une fois rapidement puis une autre lentement, comme s’il ne se souvenait plus de l’endroit où il se trouvait. Puis son regard se plante au fond du mien.

Son regard si vert. Si différent. Et pourtant, ce qui brûle au cœur de ses rétines me happe. Me fait déraper. Un frémissement me fait crisper les poings et cette foutue question tourne en boucle au fond de moi.

Est-ce que tu as aimé ça, Juan ? Est-ce que tu aimais te faire enculer par ton daron ? Est-ce que tu le préférais à moi ?

Une nausée bien connue rampe le long de ma trachée et je recule encore au lieu d’avancer vers lui, pendant qu’il me dévisage et que le temps se fige.

Qu’est-ce qu’il me veut, bordel de merde ? Pourquoi m’a-t-il attiré ici ?

Pris au piège face à cette espèce de fantôme revenu à la vie qui me toise sans un mot, je ne sens même plus mes membres et mon cerveau vrille proprement. Des brumes nauséabondes réapparaissent, jamais très loin de toute manière. La noirceur crépite sous ma peau, la colère s’épaissit magistralement, parce que je me sens impuissant, planté face à mon pire souvenir. Entravé sans aucune possibilité d’échapper à ce spectre qui heurte mon équilibre aussi facilement. Désemparé face au retour d’Archer Connors, ce gosse de seize ans qui ne désire qu’une chose, disparaître et oublier l’inoubliable sordide et implacable. Ce gamin aux mains poisseuse du sang de son soleil qui hurle en silence pour demander sa propre fin.

Une violente claque me terrasse le cerveau lorsque je comprends que je rejoue la scène de l’autre soir.

Bon sang, pourquoi ce type est-il… lui ?

Aussi proche de Juan et tellement différent en même temps ?

Je recule de plusieurs pas, jusqu’à buter contre un mur, comme si rester près de lui devenait trop dangereux, alors qu’il m’observe en silence et que je prie pour qu’il arrête de me crucifier comme s’il savait exactement ce que j’avais commis. Comme s’il était lui, revenu pour moi, pour mon jugement final. Ce jugement que j’attends encore et toujours et que je redoute plus que tout.

 

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