The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 45 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

36 Rafael

 

 

— Rafael, c’est n’importe quoi ! Je te préviens, je ne te laisserai pas ruiner nos projets ! Ce gamin est un danger public et je ne compte pas le regarder me filer entre les doigts sans bouger !

Je resserre ma prise sur mon téléphone alors qu’un couple me bouscule pour entrer dans le pub devant lequel je fais les cent pas, agacé parce que pour la énième fois, mon père refuse de m’écouter.

— Tu vois, tu l’as déjà jugé ! Tu ne lui laisses même pas le bénéfice du doute !

— Ah, parce que tu crois honnêtement que je devrais ? renâcle-t-il ironiquement. Franchement, Rafael !

Je me mords la langue parce que je sais qu’il a raison. J’ai eu beau essayer de me persuader qu’Archer était innocent, j’admets que je ne suis pas arrivé à un résultat satisfaisant. Et ça m’énerve. D’autant plus lorsque mon père appuie là où ça fait mal.

— Donc, le GPS indique clairement que depuis mercredi, le délinquant ne daigne plus bouger ses fesses jusqu’à chez toi et tu m’affirmes que tout est normal ? Tu ne veux pas lui payer un billet pour l’Australie et lui fournir de faux papiers en plus ?

Il m’agace d’avoir raison !

— Tu ne comprends rien. Tu voulais avoir des réponses ? J’y travaille.

Il inspire lourdement puis tente de se calmer avant de répondre.

— Tu es bien au courant que je ne devrais même pas prendre en compte tes supplications ? Je suis procureur, bon sang ! Élections ou non, ça ne change rien. Et ensuite, pour une raison quelconque, tu viendras me dire que je ne suis pas professionnel. Mais tu es le premier à me positionner dans des situations impossibles à gérer, Rafael !

Et sans plus d’explications, il me raccroche au nez.

Mon père me raccroche au nez.

Je reste un moment dubitatif à observer mon téléphone, partagé entre mon envie de le rappeler pour gueuler, mais très objectivement je ne sais même pas ce que je pourrais lui raconter pour réussir à avoir le dernier mot, et hurler en me frappant la tête contre les murs.

J’en ai marre.

Les nerfs à bout, je range mon portable et pousse à nouveau la porte du pub pour rejoindre Pablo qui m’attend pour statuer du cas des filles Williams. Nous avons décidé de ne pas nous voir dans les locaux de Protect’All parce que si j’y mets les pieds après ma trop longue absence, je risque d’être interpelé toutes les cinq minutes. Or, je ne me sens pas du tout en état émotionnel de me montrer patient et bienveillant.

La preuve, même mon père arrive à péter un câble face à moi alors qu’il est loin d’être le genre d’homme à perdre son sang-froid.

Je fais n’importe quoi, je m’en rends compte, mais je n’arrive plus à me concentrer sur autre chose qu’Archer. Sur ce moment que nous avons passé ensemble. Sur cette question fatidique qu’il m’a posée : est-ce que je le crois innocent ?

J’aimerais tellement que ma réponse soit positive.

Seulement, ce n’est pas aussi simple.

— T’as vraiment une sale gueule, ricane Pablo alors que je m’installe en face de lui et des dossiers qu’il a ouverts sur la table entre nous.

— Merci, c’est sympa ! soufflé-je en attrapant ma vodka qui m’attend bien sagement.

Je crois qu’Angel me manque.

Pourtant, je ne réponds plus à ses appels non plus. Il va encore tenter de me faire entendre raison, et je crois que je n’ai pas envie d’être raisonnable.

Tout ce que je veux, moi, c’est lui. Je veux encore l’entraîner dans ma chambre et me perdre dans ses bras, entre mes draps, et ne plus jamais refaire surface.

Son parfum rôde encore partout chez moi. Il rôde aussi entre mes méninges, sur mes membres et comme une ombre persistante, comme un voile sur mes yeux.

Je le vois presque parfois, encore assis devant ma bibliothèque qui n’est toujours pas montée.

Mal.

Ça fait mal, putain !

Je pensais qu’il m’avait déjà blessé de tous les moyens possibles, mais c’était faux. La blessure fatale, celle qui risque de me terrasser, il est justement en train de me l’asséner en ce moment même. Sa meilleure arme ? Son absence.

J’ai l’impression que plus rien n’a de sens et ça me tue. Pourtant, depuis des jours, je m’acharne à me raccrocher à mon ancienne existence. Mes cours, mes potes, l’asso. Tout ce petit rituel régulier qui rythmait ma vie avant notre rencontre. Même ce pub que je connais par cœur, mon havre de paix. Ce soir il me gonfle et m’ennuie.

Je liquide mon verre cul sec en laissant échapper un grognement d’agacement.

Pablo me jette un regard inquiet.

— Tu ne devrais pas ne pas boire ? T’as pas un traitement ou un truc contre la douleur ?

— Ouais. J’m’en fous.

Et c’est vrai. Au contraire, même, j’espère que l’alcool fera le job plus rapidement.

Comme ça, j’arrêterai peut-être de me demander si Archer ceci, Archer cela, combien de temps mon père mettra avant de se décider à effectuer son boulot correctement en allant faire arrêter Archer.

Archer,

Archer,

Et encore Archer.

Putain, je craque. Je n’en peux plus. Ce mec me rend dingue, soit parce qu’il est là, soit parce qu’il ne l’est pas. Peu importe la situation, il arrive à foutre la merde dans mon crâne. Je me demande ce qu’il fait, comment lui arrive à respirer alors que moi, non. Et je suis jaloux ! Jaloux comme une teigne parce que j’imagine qu’en fait, lui n’a aucun souci à ne plus me voir. Sinon il serait revenu, au-delà de ses problèmes, des merdes qui encombrent ce chemin compliqué qui nous relie, lui et moi.

Pourquoi ne m’appelle-t-il pas ?

Pourquoi ne passe-t-il pas ma porte ? Et moi ? Pourquoi est-ce que j’attends tous les matins qu’il le fasse ?

Et cette foutue question me hante sans que je n’y trouve de réponse satisfaisante.

Ce qui, normalement, serait justement une réponse, non ? LA réponse ultime. Je n’arrive pas à le considérer comme innocent. Donc, à mes yeux il est coupable. Si je me trouvais en pleine possession de mes moyens, je comprendrais qu’il m’a abandonné pour me donner l’opportunité de comprendre tout ça et de continuer ma vie comme je le devrais.

Je le soupçonne même de n’être parti que pour cette raison.

Et le fait de croire en cette idée, de me persuader qu’il le fait pour moi, me ramène encore une fois à la certitude que j’ai réussi à percer sa carapace et qu’il ne reste pas indifférent face à moi.

Donc, forcément, j’oublie que c’est un sale connard, en l’état exact des choses, et me prends à me toucher la queue, allongé sur mon lit en jouissant comme un con, fort et intensément, juste en me rejouant le film de ses yeux se posant sur moi. De ses lèvres me kidnappant sur le palier des Williams. De ses doigts sur mes paupières. De son corps, son putain de corps contre le mien, en moi, me perforant si fort qu’il a brisé mon âme.

Ce type est un putain de psychopathe qui s’acharne encore et encore sur mon état mental.

Je ne supporte plus de subir son omniprésence, de le sentir partout, et souvent nulle part. J’en deviens fou. Il rampe sous ma peau, le long de mes membres, s’enroule à ma gorge, à mon bide et tente de s’infiltrer encore plus profondément.

— Eh merde ! déclaré-je en reposant brutalement mon verre. Pablo, viens, on danse. Faut que je baise !

— Euh, baiser c’est pas danser, mec… tu comptes allonger un mec au milieu de la piste ?

— S’il le faut, je n’y manquerai pas ! marmonné-je en quittant mon tabouret. Amène ton cul !

J’attrape son bras sans lui demander son avis et l’entraîne avec moi sur la piste alors que, comme par hasard, un morceau de Lady Gaga débute dans les baffles autour de nous.

Poker Face.

Ben tiens ! Si même le hasard s’en mêle, alors… Je ne donne pas cher de ma peau.

 

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