The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 26 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

18 Archer

 

Ce mec commence franchement à me taper sur les nerfs avec ses grands discours. Forcément, je devais m’attendre à ce genre de préceptes complètement cons venant d’un caramel.

C’est tellement facile de victimiser tout le monde. La vérité c’est qu’on ne sait pas. Personne ne sait vraiment jusqu’où peut aller le vice des gens.

Mon avis à moi, c’est chacun sa merde. Personne n’atterrit nulle part par hasard. Le hasard n’existe pas, déjà. J’en sais quelque chose. Et une fois qu’on y est, le cul dans la boue et la tronche dans les emmerdes, il ne reste qu’une chose à faire : accepter et faire en sorte que ça passe. Attendre qu’un gentil génie sorte de sa boîte pour sauver tout le monde est une pure connerie.

Pour en revenir à ces gamines dont il parle, eh bien…

J’en sais rien. J’en sais rien et franchement je m’en fous.

Rien à battre.

Car derrière les portes, il se passe des choses que l’on ne découvrira jamais et c’est là que se trouve l’unique vérité. Est-ce qu’il faut chercher à comprendre ? Personnellement, j’essaie de me persuader que non. Supposer qu’il existe d’autres explications que la détresse me convient plutôt bien. C’est même souvent la meilleure option.

Donc, si lui veut incriminer n’importe qui, se persuader que sur cette terre, il existe des gentils et des méchants, libre à lui. Si ça peut le rassurer, alors qu’il s’en donne à cœur joie. Moi, je ne rentre pas dans ce jeu-là.

Je me gare enfin à l’adresse qu’indique le GPS et jette machinalement un regard autour de moi en grimaçant intérieurement.

Des noirs. Des Mexicains. Tout à l’heure, nous sommes aussi passés devant une meute de bridés.

Je déteste ce genre de coins. Je me demande bien ce que ce type vient foutre dans ce trou glauque et craignos.

Un type au crâne enrubanné d’un foulard arborant un emblème de gang me fixe sans discontinuer en passant devant la caisse de bourge de Rafael et je ne me prive pas pour lui rendre son regard insistant.

Qu’ils ne me chatouillent pas trop aujourd’hui, parce que j’ai clairement passé une journée de merde.

Sans quitter l’objet de mon observation du regard, je déboucle ma ceinture tandis que Rafael se met à soupirer de soulagement en bataillant de son unique main libre avec sa ceinture, lui aussi.

— La seule chose qui m’impressionne chez toi, c’est que tu aies toujours ton permis.

Pauvre petite chose qui a flippé de deux ou trois coups d’accélérateur.

— J’ai pas de permis, lâché-je en ouvrant ma portière alors que le type que je fixais tourne à l’angle de la rue, au loin.

— Quoi ? se met-il à vociférer. Tu m’as dit que…

— J’ai dit que je savais conduire ! Pas que j’avais l’autorisation du gouvernement de le faire ! Allez, on livre la morveuse et on rentre.

— Oui, eh bien, savoir conduire, c’est un concept très relatif, je viens de le comprendre…

Il me saoule. Je préfère l’ignorer car à cet instant précis, tous mes sens sont en alerte. Ce type est timbré de m’amener jusqu’ici. Je crois qu’il n’a pas encore compris celui que je suis. Vraiment pas. J’ai l’impression d’être un loup plongé au cœur d’une bergerie. Avec la tension qui plane depuis ce matin sur mon système nerveux, j’admets qu’ici je pourrais largement trouver de quoi me détendre les glandes.

Mais, je ne suis pas là pour foutre la merde.

Je sens très mal ce quartier, putain ! Un duo de mecs me frôle alors que je rejoins le trottoir. Nous échangeons quelques coups d’œil clairement hostiles mais ils ne s’arrêtent pas.

Rafael continue de marmonner dans son coin en sortant la gamine de sa caisse derrière moi puis me hèle alors que je détaille un groupe de petits cons qui fument des joints contre un container à poubelles.

— Tu viens ?

— J’arrive.

J’arrache mon attention à cette rue et le suis jusque dans l’immeuble dégueulasse dans lequel il pénètre. Cage d’escalier taguée, ascenseur en rade, escalier défoncé. Odeur de merde et vacarme émanant de je ne sais pas trop où au-dessus de nos têtes.

De mieux en mieux. Nous grimpons deux étages sans rencontrer personne, ce qui me convient très bien, puis enfin, il frappe à une porte crade et taguée, elle aussi.

J’observe un moment ce type venu des quartiers chics et je me demande franchement ce qu’il fout dans ce genre d’immeuble, avec ces gens. Il n’a rien à branler dans le coin. Tout comme il n’avait rien à foutre dans cette boîte où je l’ai rencontré.

Il n’a pas mieux à faire, sérieusement ? De mon point de vue, y a vraiment des gens complètement tarés qui préfèrent aller ramasser la merde dans les caniveaux alors qu’ils pourraient juste se la couler douce dans les beaux quartiers.

La porte s’ouvre enfin sur une autre black au visage… tuméfié.

Putain de merde !

Malgré moi, je ferme les yeux un instant parce que tout ceci me rappelle bien trop ce que j’ai pu constater sur Juan. Si je considère également ce que m’a appris Rafael sur ce qui se passe derrière cette porte pourrie, je ressens un relent de nausée monter en moi. Parce que, j’ai beau m’être persuadé depuis des années que je ne suis pas responsable de la merde des autres, constater ce genre de choses me fout les nerfs au garde à vous.

Pendant qu’il discute avec la renoi, je scotche malgré moi sur sa lèvre écorchée et sur le sang séché qui y squatte.

Je sais qu’il suffirait que je pousse la porte pour aller défoncer le pif à ce tocard qui lui a fait ça. Je sais, mais je ne bouge pas d’un cil.

Déjà parce que je m’en fous.

Ouais, putain, je m’en fous à fond.

Ensuite parce que je tente de me convaincre que tout ça n’est qu’une histoire de culture. Juste… de culture. Pas mon putain de problème.

Je détourne le regard en m’exhortant au calme. La colère se réveille pour la énième fois, aujourd’hui, mais cette fois, elle revêt la fougue sauvage et bestiale de celle que je n’arrive vraiment pas à contrôler.

Soudain, dans cette cage d’escalier qui sent la merde, je n’arrive plus à respirer. Il faut…

Putain, il faut que je bouge de là, et vite.

Une petite mamie descend l’escalier et nous sourit en fourrageant les cheveux de la morveuse qui n’a toujours pas passé sa porte.

Elles échangent deux mots pendant que Rafael continue sa discussion avec l'autre nana. Il compte passer la journée dans ce trou ou quoi ?

Machinalement, je fais la connerie de reporter mon attention sur la nana qui est sortie de l’appartement, à présent. Affublée d’un vieux sweat trop grand pour elle et d’un legging troué, elle m’apparaît toute chétive et… minuscule.

Bordel de merde.

L’image de Pedro sur lui me heurte brutalement le crâne et le cerveau.

Non, il a raison, personne ne peut accepter ça. C’est Rafael qui a raison. Mais s’il a raison, alors cela implique que Juan a souffert… tellement… alors que j’habitais si près, je n’ai rien fait et…

Une panique morbide s’en prend brutalement à moi.

Une sueur désagréable dévale ma nuque. Mes poings se resserrent d’eux-mêmes. Ma vision se brouille. Je me sens clairement au bord de l’éruption. Mon cerveau bouillonne, se perd dans ses chemins, trouvent des portes, ne les ouvre pas, mais cherche, putain, cherche si fort une autre solution. Imaginer la douleur insoutenable que Juan subissait en silence, seul, finalement et…

Un choc frappe sous mon crâne, comme une tumeur attendant que je la réveille pour exploser.

Stop, Archer !

J’inspire en silence pour retrouver un air sain à insuffler dans mon âme.

Je vrille. Ce caramel m’a retourné le crâne et j’ai laissé faire. Je m’aperçois que loin de ce monde qu’est Little Rock, jeté en plein dans un univers crade et brutal, je ne trouve plus mes marques et mes bases. La violence, je la connais lorsqu’elle émane de moi, et j’arrive à la gérer. Mais lorsqu’elle me tombe en plein sous les yeux ?

Je ne veux pas voir ça, putain ! Je ne veux pas me poser ces questions, ne pas remettre en cause ce que j’ai eu tant de mal à accepté comme véridique. Je ne veux pas croire qu’il ait subi, qu’il ait eu mal, qu’il a tellement souffert, seul… Une tristesse incommensurable me prend d’assaut et tente de me faire chanceler.

Humainement, je ne peux pas supporter ce postulat. Je ne peux pas, c’est tout… Rafael se trompe forcément.

Si ! Il est tout à fait possible que cette petite nana ait choisi son sort. En fait, ça ne peut être autrement.

La culture… C’est ça… C’est forcément ça. On ne peut pas affirmer des choses sur ce qui se planque au fond d’un cerveau, protégé derrière une porte.

En chancelant d’un pied sur l’autre, l’impatience commençant clairement à me rendre dingue, je lâche un soupir douloureux et récolte un regard étrange de la part de la gamine.

Et enfin, Rafael décide que la plaisanterie a assez duré.

Il embrasse les deux nanas, leur sourit et leur raconte je ne sais trop quoi puis nous reprenons le chemin vers la sortie.

Je sens mes poumons retrouver leur oxygène alors que nous dévalons l’escalier.

La main fermement agrippée à la rambarde, je tente de contrôler ma respiration pour éviter de faire une connerie, comme remonter, par exemple, jusqu’à cet appart, et aller fracasser la gueule de ce connard qui abuse de ses enfants.

Parce que, putain ! J’en ressens le besoin sourd et incisif au fond de mes entrailles. Cette pulsion, suscitée par le doute qui vient de pénétrer mon crâne, qui fait vriller mes sens, continue de se débattre contre mon self-control qui s’effrite proprement.

Je me concentre sur le dos de Rafael devant moi alors que nous atteignons le rez-de-chaussée. Sa nuque. La naissance de ses cheveux. Ses mèches.

Étrangement cette vision m’apaise. Mais elle me trouble en même temps. Pourquoi a-t-il fallu que je tombe sur ce type ? De tous les mecs qui ne cherchent qu’à se faire défoncer dans cette ville je suis tombé sur lui, et je ne sais par quel sort qu’il m’a lancé, il a réussi à faire la différence. Au point que j’ai commis cette connerie, fatale, de revenir pour le trouver à nouveau.

Oui, ce soir-là, après que ma mère m’a foutu les boules, c’est lui que je cherchais. Comme si j’étais dirigé par une entité invisible. Lui…

Lui qui a bien foutu la merde dans ma vie, on peut l’affirmer sans aucun doute.

Et maintenant ? Il me traîne dans ce quartier merdique pour me foutre face à ces deux gamines.

Je crois que je suis maudit, je ne peux pas l’envisager autrement.

 

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