The Origin Of Violence (French Edition)
21 Rafael
Après l’orage, souvent le calme tombe durement. Silencieux. Assourdissant. Épais et étrange. Comme au lendemain d’une apocalypse.
C’est un peu ce que je ressens à cet instant précis. Allongé sur mon lit depuis que je suis revenu chez moi, sans lui, puisque je lui ai dit de rentrer chez lui dès notre arrivée, je me sens planer mollement, exténué et vaseux.
La douleur à mon épaule semble enfin se calmer. Mon esprit se détend lui aussi et je n’arrive plus à réfléchir correctement.
Cette journée m’a ravagé le cerveau proprement.
Tu parles d’une convalescence !
Au loin, depuis l’entrée, la porte claque et des pas résonnent très vite dans le couloir. Gregory apparaît à ma porte, le regard scrutateur.
— Bonsoir. Tout va bien ?
Très bonne question. J’observe mes bras, mes jambes et ausculte brièvement mon état interne.
Je me sens ravagé de l’intérieur, mais pas mal. Ni bien, en fait. Juste… ravagé.
— Oui, je crois que ça va, réponds-je à moitié endormi.
— Parfait. Je comptais commander japonais. Je commande pour deux ?
— Euh… Oui. Bonne idée, merci.
Mon garde du corps hoche la tête en dégainant son téléphone.
— Monsieur Alvarro, votre père tente de vous joindre depuis une heure, je réponds que vous êtes endormi ?
Il me lance un regard entendu auquel je réponds par un sourire. Je me sens tout bonnement incapable de discuter avec le procureur ce soir. Il me demanderait comment cette journée s’est déroulée et je ne saurais même pas quoi répondre.
— Seconde très bonne idée de la soirée, raillé-je en hochant la tête. Vous commencez fort !
— Je sais, je suis en forme, ce soir ! À plus tard.
Il laisse échapper un petit rire et tourne les talons, me laissant seul dans mon silence.
Comment s’est passée cette journée ?
Très bonne question, vraiment. Je n’ai même pas envie de le savoir, je crois.
Juste… je préfère rester dans cet état d’hébétude qui me convient très bien.
Je crois qu’il va réellement falloir que nous calmions le jeu, lui et moi, sinon nous allons très certainement succomber à nos infarctus respectifs avant la guérison de mon épaule.
Sur mon chevet, mon téléphone s’excite tout seul. Pablo, de l’asso, Angel, et avant eux, mon père. Je crois qu’il va falloir que je bouge pour leur répondre.
Je n’en ai pas le courage. Du tout.
Mais… Quand il faut…
Je me demande simplement de quoi demain sera fait, et si j’aurai l’énergie d’y survivre.
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