The Origin Of Violence (French Edition)
33 Archer
Ce type me rend dingue. Jamais il ne lâche. Et ce qui me rend encore plus barge c’est de ne pas réussir à l’envoyer voler jusqu’à son canapé et me barrer de cet appart de merde pour ne plus jamais y remettre les pieds.
Il me titille et me pousse, toujours plus, là où je refuse d’aller.
J’ai juste envie qu’il ferme sa gueule et disparaisse.
Mais il est là, un nouveau fantôme qui me harcèle, mais que je ne peux pas contrôler. Lui, j’ai beau fermer les yeux, il revient. J’ai beau ne pas écouter, je l’entends. J’ai beau tenter de l’oublier, il s’accroche. Et autant je ne le supporte plus, autant je n’ai pas envie qu’il s’efface, qu’il m’abandonne. J’aime ce regard vert. J’aime cette manière qu’il a de ciller, si particulière. J’aime sentir son souffle se hachurer lorsque je le menace, comme maintenant. J’aime qu’il tremble et qu’il kiffe ça. J’aime qu’il n’ait pas peur de sa peur.
Je dois être totalement maso, en plus du reste, parce que je ne sais pas refuser ça. Je ne sais pas le refuser, lui.
— Tu veux savoir ? craché-je en sentant une boule de douleur se souder au fond de mon bide. Eh bien écoute. Et après, tu me laisses partir et tu n’ajoutes rien. Pas un mot, pas un geste pour me retenir.
— D’accord, accepte-t-il après une hésitation.
Je le rapproche encore de moi, parce que je ne peux plus le lâcher, en l’état actuel des choses. J’ai besoin de lui, de sa propre force, pour la retourner contre lui.
— Juan, c’était mon mec. Mon soleil. Ma seule raison de vivre. Mon père est en taule parce que c’est un connard, et ma mère ? Ma mère elle a fait ce qu’elle a pu, mais ça n’a pas suffi. Juan ? Je l’ai aimé, et puis je l’ai tué. Son père lui défonçait le cul et le battait et il n’a jamais voulu m’en parler. Il n’a jamais, au grand jamais demandé d’aide. Pour tout ce qu’il a subi, ou peut-être accepté, j’en sais rien, il a fermé sa gueule. Il m’a laissé dans l’ignorance, moi. Son mec. Son meilleur ami. Celui qui aurait pu donner sa vie pour lui. Il m’a laissé de côté, tu comprends ? Et quand j’ai compris, quand j’ai attrapé son père pour lui défoncer sa sale petite gueule de connard d’enculé, Juan a voulu m’arrêter. Je ne sais même pas s’il l’a fait pour me sauver moi, ou le sauver lui ! Son putain de père de merde ! Je ne le sais pas et je ne le saurai jamais parce que je l’ai tué avant qu’il puisse expliquer quoi que ce soit. Je l’ai poussé, il est tombé. Ça s’est arrêté là. Pour lui, mais aussi pour moi, parce que jamais je ne pourrai continuer à exister si lui n’est plus. Tu comprends, putain ?
Je m’emporte. Je m’enflamme. Mon bide se tord de douleur et l’amertume m’étouffe. Ces mots, je ne les ai jamais prononcés et les entendre, de ma propre voix, dans mon propre souffle, me tue une nouvelle fois.
Parce qu’ils deviennent réels, ils dessinent l’enfer au-dessus de ma tête à mesure que l’histoire s’esquisse dans le silence, que ma voix percute mes tympans et qu’encore une fois, pour la énième fois dans ma vie, je comprends que je n’ai pas rêvé. Que je n’ai rien imaginé. Que je suis celui qui a blessé. Qui a pris, volé, dérobé une vie et qui n'arrive même pas à donner la sienne en échange parce que de toute manière, elle ne vaut pas le quart de ce qu’aurait certainement été la sienne.
— Je l’aimais, tu comprends, et je l’ai assassiné. Que peut-on espérer après ça ? Tu crois peut-être que je pourrais t’aimer comme lui je l’ai adoré ? Même pas en rêve ! Tu crois que je permets aux autres de m’accorder la moindre affection ? Jamais ! Jamais je ne laisserai personne croire que je porte en moi quelque chose de bon. Croire et espérer que peut-être, toute cette merde que je me trimbale pourra disparaître, s’effacer comme par magie. Alors, grande nouvelle, ça n’arrivera jamais. Parce que je ne laisserai jamais personne croire en moi ni m’aimer. Même ma mère doit se faire à cette idée. Si Juan n’y a plus droit, alors, moi non plus. C’est tout ce que tu as à savoir.
Il ne bouge pas. Stoïque, il continue de me mater comme s’il n’avait rien entendu. Comme si tout ce que je viens de lui balancer en pleine tronche n’avait jamais été prononcé.
— Mais jusqu’où faut-il que j’aille dans le détail pour que tu comprennes ! hurlé-je pour le faire réagir. Déteste-moi, bordel de merde ! Je ne changerai jamais ! Je suis violent, con, alcoolique et mes mains portent le sang des autres. Je suis un facho débile comme mes pieds qui suit un abruti dans ses pires délires sanguinaires et suprémacistes. La lie de la société. Mon univers est pourri et si loin du tien ! Faut vraiment que tu sois taré pour ne pas m’avoir déjà collé en taule ! Déteste-moi et vire-moi une bonne fois pour toutes !
— Non !
Sa réponse me coupe l’envie de continuer. D’autre part, je n’en trouverais même pas le temps, car au lieu d’essayer de me convaincre par des mots, il attrape ma nuque et m’attire contre ses lèvres.
Ce nouveau contact agit sur moi comme un électrochoc. Après mes coups, mes angoisses et mes mots, je ne me sens plus de taille à lui tenir tête. Encore moins à le repousser. Alors j’abdique tandis qu’il m’offre la paix dans un baiser. Quelque chose de doux. D’atrocement tendre. Et ça me percute le cœur. Me berce au-dessus des flammes. M’enivre d’un vitriol plus puissant que cette violence que je connais si bien.
Alors qu’il m’empêche de reculer, que nos lèvres prennent leur temps pour glisser les unes contre les autres, et que sa langue adopte le même rythme, je me laisse sombrer dans une affection qui me brise en morceaux si infimes que j’ai l’impression de m’évaporer.
— Ce soir, Archer, tu oublies ta méthode de merde, et on tente la mienne.
Je pose ma main sur sa joue en fermant les yeux pour ne pas le voir. Ne pas plonger dans cet océan scintillant et entêtant que représentent ses iris. Ne pas flancher et me perdre dans l’immensité qu’ils contiennent.
— Viens…
Il m’attire à travers le couloir et je trébuche dans tout ce que je suis. Comme si pour quelques instants, je me défaisais de mes armures, de cette cuirasse rigide et inconfortable que j’ai revêtue il y a des années pour ne plus jamais la quitter. Je la laisse choir à mes pieds. Un peu. Parce que ce mec m’attire. Toujours plus. Chaque jour à ses côtés est devenu un supplice qui ne cesse de croître.
Nous arrivons dans sa chambre puis jusqu’à son lit et alors que je tente de l’y pousser, il s’écarte et lâche un simple mot.
— Non.
Surpris, je reste interdit, immobile, et il en profite pour tirer de son unique main mobile mon tee-shirt. Puis il embrasse mon épaule en prenant son temps. Descend lentement jusqu’à mon téton et s’amuse de sa langue sur mon piercing. Mon corps frémit pour toute réponse. J’attrape sa nuque et tente de le diriger, mais il se libère à nouveau.
— Archer, moi je veux te faire l’amour, déclare-t-il en kidnappant mon regard. Toi, tu ne sais que faire la guerre. Laisse-moi gérer. Et surtout… ferme-la !
Je laisse fuser un rire, parce que…
Bref, comme ça.
Au demeurant, il profite de son petit effet et me pousse sur son matelas sur lequel je m’affale sans demander mon reste.
Il veut de moi sans rien me demander ?
Parfait, au moins je n’aurai pas à faire semblant. Je le laisse donc déboutonner mon froc et l’aide à peine lorsqu’il me le retire, emportant mes bottes et mon boxer dans le même temps.
Puis il se penche sur moi à nouveau. Laisse ses lèvres effleurer ma peau sans se presser. Sa langue me lèche, me lape, dessine des arabesques sur mes tatouages. Sa main m’explore également, flatte mes côtes, passe sur mon ventre, joue avec mon piercing. Et comme ça, sans aucune précipitation, il me recouvre d’une sorte de sensualité sirupeuse qui me blesse, si fort. Qui m’effraie même, parce que je sens qu’elle s’infiltre en moi. Me fait tourner la tête. Se répand sous mon épiderme, se propage dans mes veines et aiguise mes sens.
Je sens mon corps partir, se mettre à onduler avec lui. Réagir à ses caresses. Frémir sous ses baisers.
Je plane et je souffre, encore en équilibre entre ce que je veux, ce que je tente de contrôler, et ce qui m’attend entre ses bras.
Voluptueusement, il dessine un chemin imaginaire depuis mon buste jusqu’à la base de mon abdomen. Son corps, navigant au-dessus du mien, encore totalement vêtu, accroche toute mon attention. Son tee-shirt remonte sur la peau hâlée de son dos alors que penché, il mordille ma hanche, le cul en l’air. Mes doigts se dirigent tous seuls sur cet épiderme satiné qui m’attire comme jamais. Je vois mes doigts recouverts de dessins sur cette peau à la couleur qui m’attire finalement depuis toujours. Je sens sa texture fine et douce. Je savoure les légers frissons que je provoque en la caressant.
Et ses lèvres descendent plus bas. Contournent ma queue que je sens battre contre mon bas-ventre. Le désir monte, éjectant peu à peu le mal-être qui trônait sur mes sens. J’entends mes soupirs envahir la pièce, bercés dans une langueur que je ne maîtrise plus.
Mon corps se cambre, mes talons s’enfoncent dans le matelas et ma main, malgré moi, attrape sa nuque alors qu’encore une fois ses baisers évitent soigneusement ma queue.
J’ai envie qu’il me suce, qu’il me déleste de cette pression qui s’agglutine au bout de mes membres et me fait vriller l’esprit.
Ma peau devient moite, mon cœur se déchaîne et je refuse de briser cette magie qui s’empare de moi en succombant à l’envie de le retourner sur le matelas pour le prendre avec toute la fureur qu’il m’inspire.
Sa main, ses lèvres, son corps et ses muscles se mouvent sous sa peau… Je me noie dans cette extase dans laquelle il me propulse.
— Rafael…
Ma voix éraillée balaie encore le silence et j’ai l’impression de prendre feu. Lorsque ses lèvres arrivent enfin sur mon érection devenue douloureuse, je pousse un second cri que je tente d’étouffer bien trop tard. Mon gland bute contre sa langue, s’enfonce dans sa bouche jusqu’à sa gorge, et ses doigts, qui malaxent mes bourses avec détermination, commencent sérieusement à me rendre dingue. Mon dos s’arque, mes muscles se tendent. Mes doigts se perdent entre ses mèches rebelles et tellement douces.
Je grimpe si haut, et reste totalement perché dans une luxure sournoise et entêtante que j’en perds la notion du temps. Chaque pulsation de ma queue contre sa langue représente mon unique mesure. La cadence ultime qui me fait perdre la tête. Je m’enfonce en lui, ressors, reprends mon chemin. Mon bassin s’animant de lui-même, s’acharnant à suivre le rythme de ce plaisir qui me tombe dessus lourdement.
Il redresse la tête pour observer mon visage et nous plongeons tous les deux dans les abîmes du désir.
Sans prévenir, il glisse un doigt entre mes fesses et me surprend si brutalement en s’enfonçant en moi que je me redresse sous l’éclat de volupté qu’il m’inflige.
Ce qui visiblement le fait rire.
Je lui réponds par une grimace peu motivée et retombe sur l’oreiller qui me portait pour le laisser continuer son exploration.
Mais tout part en sucette.
Ma respiration, déjà, puis la sienne. Sa pipe s’intensifie et son doigt devient avide et affamé. Curieux et implacable. Il me tire des gémissements de plus en plus puissants et étouffants. Il attise mes sens qui menacent de céder. Il m’emporte encore plus haut et m’étourdit l’esprit.
— Archer, je veux que tu me baises, maintenant ! déclare-t-il à bout de souffle.
Il se redresse entre mes jambes et retire rapidement son froc, dans des gestes maladroits, guidés par son impatience.
Et, bordel, même s’il a gardé son tee-shirt, ce que je vois apparaître sous mes yeux me semble tellement beau. Son corps massif et ferme, sa peau, encore toute cette peau qui me donne envie de le mordre, de le bouffer, littéralement. Et ce sexe large et tendu qui se dresse contre son bas-ventre.
Sans un mot, incapable d’en prononcer ne serait-ce qu’un seul d’ailleurs, je me redresse pour attraper ses hanches et le faire venir jusqu’à moi.
Obéissant et fébrile, il me laisse le guider jusqu’à ma bouche. D’abord ses lèvres, puis je le redresse et le tire encore pour qu’il se positionne juste au-dessus de mon visage.
Et je le lèche. Avidement. Sa queue, ses boules, son périnée. Puis son cul dans lequel je ne me prive pas pour planter mes crocs plusieurs fois alors que je le branle férocement.
— Nom de Dieu ! couine-t-il en s’agrippant à la tête de lit. Encore, putain !
Ses désirs sont mes foutus ordres. Je crève de le bouffer tout entier. L’orgasme gronde en moi, attendant son heure, et régit mes gestes sur lui. Je caresse sa peau, le lèche, le suce, le masturbe, dans tous les sens, reviens, repars, m’introduis dans son intimité. J’y mets tout ce que je peux y foutre. Un, deux, trois doigts, ma langue avec, puis je change d’avis, le fais attendre, avant de l’attaquer à nouveau. Et il gueule, il soupire, il gémit, il supplie.
Et j’adore entendre cette voix qui vient du fond de sa gorge, comme un animal qui ne contrôle même plus son corps, comme un homme sauvage et brut qui laisse le désir le submerger, décadent et offert.
— Archer, murmure-t-il en se penchant en avant, cambrant son cul en arrière, son torse appuyé contre son bois de lit. Prends-moi, putain !
Il ondule sensuellement sous mon nez au point de me rendre totalement dingue, mais je résiste.
— Sers-toi tout seul ! ricané-je à mon tour, en nage et en transe. T’as dit que tu savais mieux faire que moi, non ?
Il laisse échapper un rire désabusé, mais ne se démonte pas. Il s’écarte de mes doigts et recule rapidement, se retenant toujours à sa tête de lit.
Je décide de l’aider en me redressant légèrement et en attrapant ses hanches pour le guider sur moi. Jusqu’à ce qu’il atteigne ma queue et s’empale presque directement dessus. Ses muscles humides que je me suis amusé à titiller se referment et coulissent sur mon membre presque aussitôt.
Comme je me suis presque relevé en position assise, nos torses s’effleurent et nos visages se retrouvent face à face. J’attends qu’il s’installe et qu’il m’embrasse. Mais s’il trouve bien sa place sur mon pieu, s’il se laisse totalement tomber dessus pour me sentir au plus profond de lui, en revanche, il ne cherche pas à m’embrasser.
Si près et pourtant si loin. Sa main tient toujours son lit derrière moi. L’autre en écharpe nous impose une certaine distance. Et nos visages restent éloignés.
Il se hisse sur ses cuisses puis redescend. Encore. Encore. La bouche entrouverte, son regard perdu dans une nébuleuse de plaisir, ses mèches humides de sueur collant à son front.
Mes mains se crispent sur ses hanches pendant qu’il m’utilise tout simplement pour se baiser lui-même. Sans pudeur, sans honte et cette fois, sans douceur. Il souffle, soupire, ronronne, ondule, gesticule à la recherche de l’assouvissement, monte, descend, encore, plus vite, toujours plus…
Bordel de merde, je vais cramer de la queue avec ses conneries !
Je me sens partir dans un truc que je n’ai jamais ressenti. Puissant et décapant. Totalement déstabilisant.
Et ses lèvres, à quelques centimètres des miennes, que j’attends mais qui ne viennent pas.
— Putain !
Cette fois je gronde durement et laisse mes pulsions gagner la partie.
J’attrape sa nuque d’une main et de l’autre, sa queue. Je le branle brutalement et étouffe un cri qui écorche sa gorge dans un baiser ravageur. Nous nous bouffons la bouche, littéralement. Il accélère sur ma queue, il me monte comme un expert et bordel, il sait parfaitement ce qu’il fait.
J’en peux plus.
Je craque et me laisse exploser les neurones par un orgasme qui me dépasse totalement.
Moi aussi je crie contre ses lèvres et me vide au fond de son fondement. Si profondément, dans la moiteur tellement agréable de son satané cul bandant à outrance !
Mon poing continue de harceler sa queue et soudain, il part aussi. Il me souille de son plaisir et je soupire de satisfaction en le sentant dégouliner sur mon ventre.
Bordel… Ce mec me tue. De plus en plus.
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