The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 51 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

40 Archer

 

Le regard vide de Lee semble fixer le plafond. Planté devant lui, j’ai l’impression de m’être débarrassé de toute cette brume qui emprisonnait mon existence à mesure que son sang s’est écoulé sur mon carrelage.

Le bout de mes pieds baigne dans toute cette noirceur qui l’a, peu à peu, déserté.

Je me rends compte que j’ai mal agi. Dans tous les sens du terme. Au fil des ans, j’ai multiplié les actes atroces et violents envers les autres. J’ai embrassé son idéologie de merde et m’en suis servi pour évacuer.

En réalité, ma solution n’était pas celle-là. Je me suis planté sur toute la ligne.

Je me suis trompé d’ennemi.

L’ennemi c’était lui. Et moi. Pas les autres.

Un tourbillon d’horreur se forme au-dessus de ma tête et appuie lourdement sur cette petite partie de moi qui a toujours commandé tout le reste.

Ma colère.

La rage.

J’ai envie de le tuer à nouveau.

De lui faire mal. De l’entendre hurler de douleur.

J’ai tiré trop vite, je n’ai pas eu le temps d’apprécier l’instant.

— Monsieur Connors, m’interpelle un agent au milieu du chaos qui sévit dans mon salon. Monsieur Connors, je dois vous passer les menottes, maintenant.

C’est étrange.

Rafael n’a pas cherché à me dissuader de me rendre aux autorités. Il m’a juste enlacé, je crois, m’a promis des trucs, et ensuite, son père a débarqué avec d’autres types et des flics. Pas ceux de Little Rock, j’ai prévenu Rafael que s’il les contactait eux, il y avait de fortes chances pour qu’ils me plantent une bastos en pleine tête, et peut-être dans la sienne aussi, avant de maquiller ce bordel en fait divers et de minimiser les faits.

Quasiment tous les flics ici sont à la solde d’Origin’s.

Comme si je ne sentais plus mon corps, je laisse le type attraper mes bras et les menotter dans mon dos en examinant les individus qui vont et viennent chez moi et je laisse échapper un rire chargé d’ironie.

Des noirs, des jaunes, et quelques blancs. Ils ne sont pas en majorité. Ils fouillent, retournent mes papiers, s’activent dans tous les sens dans les différentes pièces.

Lee, si tu voyais ça !

La cerise sur le gâteau ? Le médecin légiste est une femme… black ! Lui qui baisait comme un castor tout ce qui bougeait tant que c’était bien blanc, qui maltraitait aussi les femmes qui passaient dans son lit en les prenant littéralement pour des boniches, le voilà entre les mains d’une autre qui sans doute, le traitera comme de la merde et l’enfermera dans un meuble au fond d’une morgue où tout le monde l’oubliera.

— Venez avec moi, les procureurs ont demandé à vous parler.

Je crache allégrement sur le visage de mon oncle alors que le flic empoigne mon bras pour m’emporter vers mon arrière-boutique.

Va chier, espèce de connard !

Je détourne définitivement mon regard de lui, et alors que la porte de ma salle de repos se referme derrière moi, je sens que ce lien, cette saloperie de lien qui me raccrochait à lui à chaque seconde de ma vie se brise brutalement.

Ironie du sort, alors que je me retrouve face à deux procureurs, certainement déterminés à me foutre en taule pour le plus de temps possible, je me sens libre comme jamais. Dans cette pièce où j’ai tout offert à Rafael il y a quelques heures, je le sens presque au fond de moi, m’emplissant comme jamais, et ces réminiscences me plongent dans une sorte de béatitude idiote mais parfaite. Parce qu’à cet instant, je crois que je ne me suis jamais senti autant à ma place. Dans ma propre normalité.

Il m’a demandé de me démerder pour la suite. Je crois que c’est la meilleure chose qu’il ait pu faire pour moi. Après m’avoir démontré que je me trompais de chemin. Et sucé la queue, bien entendu. Et défoncé le cul, aussi.

Mes yeux le trouvent entre les hommes en costard qui m’attendent dans la pièce et nous échangeons un regard lourd de sens.

Je sens sa détresse et surtout sa culpabilité. Je comprends qu’il s’en veut d’avoir obéi à mon ordre de me dénoncer et qu’il reste prêt, au taquet, alerte, menaçant clairement de sauter à la gorge au premier qui osera me malmener.

Je ferme doucement les paupières pour le rassurer et lui expliquer en silence que tout va bien.

Il grimace en détournant les yeux.

Il comprendra, je l’espère, que c’était la seule solution pour moi, mais aussi pour lui. Et pour tous ces innocents attendant justice et ceux qui n’auront finalement pas à le faire puisque le monstre a été mis hors d’état de nuire.

— Archer Connors, je vous présente Lewis Charles, commence le père de Rafael en me crucifiant du regard. Il est le procureur de cet État et nous comptons unir nos services sur votre affaire.

Je me laisse tomber sur mon canapé sans qu’on m’en donne l’autorisation en accrochant le regard de l’homme qui, je le suppose aimerait me voir aussi raide que Lee.

— Je sais des choses. Je connais tout d’Origin’s, déclaré-je, bien déterminé à ne pas me laisser mener à la baguette.

— Nous nous en doutons, réplique-t-il en faisant signe au flic qui m’a accompagné ici de ne pas me forcer à me remettre debout.

— Non, justement, je crois que vous n’avez pas la moindre idée de l’ampleur du clan. Bien entendu, mes infos vont se monnayer très cher.

Le procureur de Memphis jette un regard à son homologue et décide d’attraper une chaise pour s’installer en face de moi.

— Alors, je vous écoute. Dites-moi tout, monsieur Connors.

— Non ! nous coupe Rafael en s’approchant pour s’adresser à son père. Archer ne dira rien sans avoir pris conseil auprès de son avocat.

Il ne montre pas les dents, mais c’est tout comme. Sa réaction protectrice provoque une sorte de chaleur en moi. Qui aurait pu affirmer que me sentir protégé par lui me rendrait aussi… flatté ? Content ? Transcendé ?

La prison, je m’en fous pas mal, je crois même qu’inconsciemment je l’attendais depuis longtemps. J’ai l’impression qu’enfin, une sorte d’équilibre est en train de se mettre en place dans mon âme depuis que j’ai planté Lee.

Ce dont je me fous beaucoup moins, c’est de Rafael. Parce qu’avec sa présence à mes côtés, je sais que je peux m’autoriser une pause. Je n’ai plus besoin de tout porter sur mes épaules, tout seul, en secret. Quelqu’un est là, bien planté dans ses convictions, et ne me veut pas de mal, loin de là.

Et vraiment, ça fait du bien.

— Et quoi ? répond son père, exaspéré. Tu veux l’assister ? Je te rappelle que tu n’as encore obtenu aucun diplôme, Rafael, et que tu pourrais plus desservir cet homme que l’aider si…

— Je ne compte pas le représenter, papa, je ne suis pas stupide, et c’est bien dommage si tu me crois capable de commettre cette erreur. J’ai contacté mon prof de droit pénal, qui est bien entendu avocat avant tout le reste. Il est d’accord pour prendre cette affaire. Je l’assisterai. Donc, en tant qu’élément de l’équipe de la défense, j’interdis formellement tout interrogatoire sauvage. À partir de maintenant, papa, nous nous trouvons chacun dans un camp. Je crois même que je vais t’appeler maître, jusqu’au jugement définitif.

Le procureur observe son fils un moment puis finit par soupirer lourdement.

— Rafael… Je ne sais même pas si je dois me montrer fier de toi ou te coller une claque à l’arrière de la tête. Alors, puisque tu veux la jouer comme ça, allons-y. On change d’air. Je préviens l’inspecteur Wayne de préparer les voitures.

— Non, nous sommes sous la juridiction de Lewis, le coupe Rafael. Arkansas.

— Exceptionnellement, rétorque d’une voix ferme le proc du Tennessee, l’affaire sera réglée en dehors de cette juridiction. En accord avec Lewis, justement, qui fera partie de mon équipe. Nous soupçonnons trop de ramifications du clan dans les services de police et peut-être même au niveau des juges, que nous préférons sortir de la zone. Le problème des suprémacistes est un sujet délicat. Souvent, les affaires se perdent pour vices de procédures ou de disparitions de témoins. Cette fois, nous ne comptons pas reproduire les mêmes erreurs. Allons-y, nous n’avons pas une minute à perdre.

— Très bien. Je préviens Ulenzki que nous repartons à Memphis.

— Fais-donc, fais-donc, rétorque son père en se levant de sa chaise, d’un ton las. Embarquez-moi Connors et surtout, ne négligez aucune piste ici. Je ne veux rien louper. Et protégez cet homme comme la prunelle de vos yeux. Tant qu’il ne sera pas en sécurité au poste, rappelez-vous que tout peut arriver. Nous nous trouvons au centre névralgique de cette organisation et nous ne savons même pas ce dont ils sont capables. Sécurité maximum.

— Bien, monsieur le procureur.

— Je l’accompagne ! déclare Rafael fermement.

— Certainement pas ! le contre son père. Oublie tes émotions, fils, si tu veux survivre à la barre ! Tu rentres avec nous, c’est non négociable.

On me relève, et on m’embarque, sans même que je puisse entrer en contact avec Rafael. Je m’en doutais, mais lui n’était pas prêt pour une cassure si nette entre nous. Il lance un regard noir à son père et se retient de me rejoindre, manifestement très irrité.

Le voir comme ça, ressentir la douleur et la trouille qui s’abattent sur lui durement me fout les boules. Simplement, je ne peux pas m’offrir le luxe de m’inquiéter à ce sujet. Mon cerveau est déjà trop occupé à classer les éléments qu’il a emmagasinés pendant cinq ans ici pour ne rien oublier.

J’ai trop conscience que la meilleure des choses que je peux faire pour adoucir un tant soit peu le mal que j’ai commis est de faire payer aussi ceux qui n’ont certainement pas autant de scrupules que moi. Cela me semble primordial. Rafael, moi, nous passons bien après eux.

Le flic me pousse à nouveau dans ma boutique, mais contrairement aux autres fois où l’on m’a embarqué, je peux sentir une sorte de déférence dans ses gestes. Je suppose que même si moi, ils me considèrent comme une merde, à raison, ce qui se trimbale dans ma tête leur semble inestimable.

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