The Origin Of Violence (French Edition)
39 Rafael
Il attrape mes hanches et me soulève comme si je ne pesais rien pour m’entraîner vers la pièce dont il est sorti à mon arrivée en kidnappant à nouveau mes lèvres. Ses gestes deviennent empressés dès qu’il claque la porte derrière nous et la verrouille rapidement. Une fois que nous nous retrouvons enfermés dans la pièce, il m’embrasse, encore et encore. Laisse sa langue longer mon menton, mon cou.
Ses mains me parcourent avec une sorte d’empressement qui me déroute. Mon cœur bat trop vite, de soulagement, de désir, d’une passion qui n’attendait que ce moment. Nos corps fusionnent littéralement l’un à l’autre pendant qu’il remonte son visage vers le mien pour lécher mes lèvres en enroulant ses bras à mes épaules.
Un baiser. Un vrai baiser qu’il m’offre, comme ça, sans que je n’aie eu à le quémander. Un baiser long et pressant, lent et beau. Son corps se presse un peu trop contre mon bras, mais je m’en contrefous. Je le laisse faire naviguer ses mains sur moi, comme il le souhaite.
Mon discours m’a vidé de toute énergie, de toute envie de lutter, et lui, m’emporte dans un ailleurs que je n’attendais plus.
Au fil de ses baisers, nous arrivons au niveau d’un vieux canapé qu’il déplie rapidement en lit avant de m’y entraîner avec délicatesse.
Son regard plongé dans le mien, il m’allonge puis s’installe à côté de moi. Nous nous emboitons si bien que j’ai l’impression de planer. Son érection s’impose contre la mienne et ses mouvements de bassin attisent un feu au creux de mes reins qui ne demandait qu’à exploser.
Puis, soudain, il arrête. Tout. Enchevêtrés l’un dans l’autre, nous restons immobiles. Mon cœur bat trop fort. Vraiment trop fort. J’ai encore peur qu’il change d’avis. Qu’il me vire. Mais j’attends.
Mon cœur a menacé si souvent de sombrer ces derniers temps que je prends le temps de respirer, même si je sais que je ne devrais même pas me trouver là, encore moins dans cette position et que je ne me sens pas à ma place ici.
En réalité, je me fous pas mal de la ville dans laquelle nous nous trouvons. D’ailleurs, personne ne sait que je m’y trouve et c’est encore plus dangereux. Mais j’avais besoin de lui. Je ne pouvais plus attendre et je refusais de croire qu’un jour, ça passerait.
Archer ne passera jamais. Cet homme marque à jamais le sol qu’il foule, le cerveau qu’il piétine. Il a totalement broyé le mien et tant pis si je fais n’importe quoi. L’avoir là, entre mes mains, contre moi, sentir son souffle sur ma peau, ses bras m’enlaçant fermement, donne un sens à mes rêves démentiels et improbables.
Certains attendent désespérément de leurs espoirs qu’ils deviennent réalité.
Je préfère faire des miens ma normalité.
Juste pour l’aimer tout de suite et l’autoriser dès maintenant à me détester.
— Rafael, souffle-t-il en se décalant pour m’observer.
Son regard me détaille longuement. Je crains tellement qu’il me rejette une nouvelle fois. J’en suis même effrayé, parce que s’il ne m’accepte pas tout de suite, alors je n’ai plus aucun moyen de le rattraper. Je viens d’user de mes dernières munitions, je n’en possède aucune autre.
— Archer, murmuré-je en effleurant son visage du bout des doigts.
Il continue de me scruter alors que je navigue sur son menton pas rasé depuis quelques jours. Sur son cou. Que je remonte sur ses joues. Me gavant de ce contact qu’il m’autorise sans rechigner. Je continue sur son front. Descends le long de son nez.
Puis ses yeux.
Mon index passe sur sa paupière pour la fermer comme il l’a déjà fait avec moi.
Pareil pour l’autre.
Je contemple cet homme tellement insaisissable. Cet animal sauvage qui semble se laisser apprivoiser. Sans doute le plus merveilleux des cadeaux que le ciel m’envoie.
Il paraît baisser les armes. M’autoriser à entrer.
Les yeux clos, la bouche entrouverte, il m’offre sa confiance et je la prends.
Je me penche pour cueillir un baiser sur ses lèvres. Dérober le goût de son âme encore une fois pour le graver dans mes plus merveilleux souvenirs. Ceux qui brisent et galvanisent. Ceux qu’il m’a appris à adorer.
Il ouvre à nouveau les yeux et lâche un énième soupir, comme s’il ne savait pas quoi faire de moi.
Eh bien, désolé pour lui, mais il va falloir qu’il trouve par lui-même parce que de mon côté, j’ai beaucoup cherché, mais je n’ai pas trouvé la solution.
Il pose ses mains sur mes joues.
— Tu m’as dit que tu voulais que je te voie. Que je te respecte. Mais tu te plantais. Tu n’as pas besoin de briller dans mon regard. Tu te débrouilles tellement bien tout seul. Je ne pourrais jamais te détester…
Je ne sais même pas déceler si ses mots augurent le meilleur ou le pire. Tout en sachant que le meilleur pour moi serait le pire, et inversement.
Mais j’ai passé ce stade. Je ne veux plus me demander s’il est mauvais, mais penser qu’il peut faire du bon.
Il pose sa paume contre ma joue, sa grande main recouvrant pratiquement tout le côté de mon visage.
— Jamais… répète-t-il presque pour lui.
— Alors, essaie encore, soufflé-je tandis que son pouce passe sur mes lèvres.
Il se penche et m’embrasse. Son regard vissé au mien.
— Je m’excuse, Rafael.
Ses quelques mots me choquent presque. Tellement, en réalité, que j’en reste muet. Incapable de répondre quoi que ce soit.
— Je m’excuse pour avoir été ton bourreau, répète-t-il encore une fois. Je m’excuse des coups, des bleus et de t’avoir fait penser que tu méritais ma violence.
Je déglutis, presque trop surpris pour comprendre exactement le but de tout ça… J’ai presque l’impression qu’il abandonne. Qu’il me dit adieu.
Mais avant que j’arrive à répondre quoi que ce soit, il continue.
— Je veux que tu me baises, Rafael, déclare-t-il calmement. Tu n’as pas besoin de prendre la place de Juan, il en existe d’autres… encore… vierges…
Il a hésité pour prononcer ces derniers mots et je prends cet aveu comme un réel cadeau qu’il me fait. Il m’étonne, m’épate, même, parce que je ne m’attendais pas à ça, mais je prends. Bien sûr que je prends. Tous les jours, même s’il veut. Au-delà de l’évidence, ce qu’il me demande symbolise énormément à mes yeux. Lui qui n'acceptait pas ce qu’il était…
Peut-être est-ce sa manière à lui de trouver de nouvelles solutions ?
Je n’ai pas envie de creuser le sujet maintenant. Nous avons déjà trop parlé.
Lentement, je me lève sur mon coude valide et l’oblige à s’allonger sur le dos en l’embrassant avidement. Sa demande me transcende comme jamais. J’en bande à m’en faire mal sous mon froc. Son corps qui frémit alors que je tente maladroitement, à cause de mon bras immobilisé, de soulever son marcel me rend dingue, totalement.
Lorsqu’il me repousse doucement pour se déshabiller, il me manque déjà. Et lorsqu’il se retrouve là, totalement nu, et qu’il s’occupe de me délester de mes pompes et de mon jean, je retiens mon envie de le supplier d’aller plus vite. Ses mains qui longent mes cuisses lorsqu’il me dégage les jambes. Ses doigts qui effleurent ma peau lorsqu’il s’attaque à mon boxer. Son regard qui me caresse d’une lueur étrange et incendiaire m’oblige à attraper son poignet lorsqu’il s’attaque à mon tee-shirt.
— C’est bon ! déclaré-je en me redressant. On verra ça plus tard !
Il laisse échapper un ricanement et m’embrasse à nouveau. Un baiser puissant qui monte la tension entre nous de plusieurs degrés. Je me sens fébrile, fiévreux, impatient.
J’embrasse son visage, son cou, son menton et l’oblige à se rallonger. Son sexe tendu attire ma main libre et je m’empresse de l’empoigner fermement. Il attrape le mien de son côté, pendant que je récupère le piercing accroché à son téton entre mes dents.
Je m’approprie son corps, ses muscles, sa peau recouverte de ses maux. Son parfum qui a déjà marqué mon âme, mon quotidien.
Nous nous touchons, nous masturbons, montons toujours plus haut dans cette extase qui nous attend. Nos gestes semblent se coordonner ensemble. Nos lèvres se retrouvent sans cesse et nos corps glissent l’un contre l’autre, comme s’ils se connaissaient par cœur.
Je m’enivre de lui, me drogue au bleu de ses yeux et perds le fil du temps.
À un moment donné, je me retrouve entre ses jambes, mes lèvres autour de sa queue magnifique, ma main flattant ses bourses.
Allongé sous mes yeux, il se tend, se cambre, attrape mon crâne pour caresser mes cheveux, le regard voilé, un peu loin de moi, ou peut-être tellement proche.
Puis lorsqu’il gémit encore, moi-même totalement transi de la nécessité absolue de le prendre, de le posséder entièrement, j’attrape mon jean au sol, récupère mon portefeuille et en sors un étui de lubrifiant. Je pourrais juste le lécher, mais si effectivement je suis le premier, alors, je préfère assurer un maximum ses arrières, si je peux m’exprimer ainsi.
Un frémissement secoue son corps tout entier lorsque mes doigts franchissent la barrière de ses muscles. Je le sens tellement avide, palpitant, percuté d’un désir qui anime ses muscles dans des mouvements voluptueux et sensuels qui font vriller mon cerveau.
La pression monte, intransigeante et tyrannique, pulsant dans mes membres, agressant mon esprit, paralysant mes reins dans une attente insupportable.
Il lève son bassin, me scrute, affamé, ses yeux mi-clos évadés dans des brumes sensuelles. Je le trouve tellement magnifique. Il me donne faim, réveille des pulsions trop fortes pour moi.
J’active le mouvement de mes doigts au fond de lui en me retenant de le prendre fort et profondément, tout de suite, comme me l’ordonne cette extase qui grésille sous ma peau.
— Vas-y ! grogne-t-il en poussant son cul sur mes doigts. Condamne-moi, Rafael…
J’adore lorsqu’il prononce mon nom comme si j’étais celui qui détenait tout son univers entre ses mains.
Et je ne résiste pas à son appel. J’ai besoin de l’envahir, de le faire mien, de me retrouver au centre de son monde et d’expulser tout ce qui brûle en moi pour lui. Sa présence entre mes sens devient tellement lourde, envahissante, toute-puissante, qu’il me faut moi aussi l’envahir pour réussir à respirer.
Je retire mes doigts et il écarte ses cuisses davantage, attrapant en urgence un oreiller pour le placer sous ses reins.
Nos yeux s’ancrent dans un silence épais qui pulse de tout ce qui relie. Cette passion devenue incontrôlable, ces murs si hauts qui se dressaient entre nous et que nous avons défoncés violemment depuis notre rencontre. L’incohérence qui nous paraît si logique, le feu qui nous calcine et nous réduit en poussière, la rage qui nous rend déments.
Ma queue s’insère dans son entrée, pousse les barrières, s’installe doucement en lui. Ma main libre se pose sur sa cuisse tendue, mes ongles s’agrippent à sa peau et il ferme un instant les paupières en relevant le visage vers le ciel.
Une chaleur intense se met à rugir dans mes bourses et mon cœur qui n’en peut plus se lance dans une dernière croisade erratique et endiablée.
Je pousse. Je le profane dans un sursaut dominateur et prédateur. Je le veux, lui, tout entier. J’en ai besoin, j’en chancèle d’impatience et lorsque d’un coup de bassin long et fluide, je force le passage, il laisse échapper un gémissement qui me galvanise encore plus.
J’attrape son sexe ruisselant sur son bas-ventre, resserre mon poing sur ce membre pulsant son agonie, et soupire, les neurones en vrac, enfoncé au plus profond de lui.
Cet instant dure et passe, trop long, trop court, trop puissant.
— Vas-y ! ordonne-t-il en gesticulant avec empressement.
Il est le feu qui lèche mes sens, le magma qui m’englue dans une souffrance irrésistible, le bourreau qui demande sa rédemption en se soumettant. Son corps qui bouge devant mes yeux, ses muscles étirant sa peau, la puissance animant ses mouvements, la dureté vénéneuse de ses traits, le gouffre ensorcelant de ses prunelles. Tout me happe, me kidnappe, m’étourdit et attise cet appétit incontrôlable qui me laboure l’intérieur.
Envie de le toucher, de le sentir en moi en le labourant profondément. De le lécher, de le mordre, de le dévorer, mais aussi de sentir ses papilles sur ma peau, de fondre dans son regard, qu’il me malmène, pour que j’en redemande. Je le veux, je le désire, je le fantasme et même ce qu’il me donne ne suffit pas à me rassasier. J’en veux tellement plus. Tellement plus de lui. À m’écœurer, à en souffrir, à me déchirer l’intérieur.
Il me rend dingue.
Alors j’y vais. Je laisse aller ma rage, laisse déferler ma passion, ma folie, mon appétit inextinguible de lui.
Et nous montons, encore et encore, dans un paradis dangereux et infernal, dans la luxure la plus torride et radicale, dans le beau, l’atroce, le magnifique, le destructeur.
Nos mains se rejoignent sur son sexe, je le prends, encore et encore, à m’en échauffer les muscles, à m’en calciner les reins, à m’en griller l’esprit.
Jusqu’à ce que…
— Raf…
Il s’étrangle dans un cri, je perds l’esprit dans un soupir. Nous nous évadons, enfin, de notre geôle trop étroite et libérons nos démons.
Le plaisir, l’extase, la jouissance nous submergent et nous foutent à genoux.
Nos regards se retrouvent et, hors d’haleine, épuisé, je me penche à nouveau sur ses lèvres pour un baiser de paix.
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