The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 53 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

42 Archer

 

Des mois plus tard.

 

Coupable.

Coupables.

Tout autant que nous sommes, nous avons reçu notre jugement. Sammy et les autres en ont pris pour des années.

Virginia et ses copines ont écopé de Travaux d’Intérêts Généraux.

Origin’s a disparu, presque totalement. D’autres instructions sont engagées pour tous les pourris qui ont camouflé les actes, supporté les crimes et magouillé pour tout et n’importe quoi, ou même juste accepté de l’argent pour leur silence.

Mon père, le sombre et écœurant Davis Connors, a écopé de nouvelles peines, qui viennent s’amonceler sur celles déjà existantes qu’il purgeait. Et en bonus, lui et beaucoup de membres actifs Origin’s ont été emportés dans d’autres États, dans des prisons de haute sécurité Supermax. Dispersés de manière à ne jamais pouvoir se réunir. Loin. Très loin d’ici. J’ai tout balancé. Jusqu’aux meurtres perpétrés avec la collaboration des matons par son équipe de taulards depuis son incarcération.

Il m’a gratifié de beaucoup d’insultes et de cette phrase, prononcée avec une haine indiscutable : « tu n’es plus mon fils, tu ne l’as jamais été ».

Je l’ai simplement remercié. Il a sans doute cru me blesser, en réalité, ses quelques mots ont brisé à jamais les liens qui me retenaient à lui. Je ne suis plus son fils, je ne l’ai jamais été. Il m’a débarrassé de ce fardeau dont je pensais avoir hérité. En quelques mots, il a lavé mes gènes, épuré mon cerveau et distillé la violence que je portais en moi jusqu’à la rendre bien plus supportable.

Je ne suis plus son fils. Je ne l’ai jamais été.

Pour le reste ?

Le juge fait cogner son marteau sur son pupitre et le sort en est jeté.

Trois ans.

Je méritais plus. Tellement plus. Mais d’après Ulenzki, j’ai aussi évité d’autres crimes et même si j’ai participé à beaucoup de ceux qui ont déjà eu lieu, il paraît que ça compense. Quant au décès de Juan, la cour a décrété que je n’étais pas coupable. La seule véritable réponse que j’attendais. Elle a gommé un poids si ancien qui squattait mon cœur que je n’avais même plus conscience qu’il existait. Ulenzki avait parié que ce fait ne serait pas retenu contre moi et je ne le croyais pas. Il avait raison. Sans doute sur le reste aussi.

Peut-être qu’il aurait même réussi à tout transformer en sursis, enfin, c’est ce qu’il a proposé, mais j’ai refusé.

À présent, je me retrouve face à ma mère, livide, qui semble réellement au bout de sa vie. Je me doutais que ce serait compliqué pour elle, et j’aurais presque envie de l’engueuler parce qu’elle n’a jamais voulu comprendre. Parce qu’elle s’est acharnée à croire, encore et encore, que je n’étais pas celui que je laissais paraître.

La vérité c’est que je n’ai jamais rien laissé penser d’autre. Que c’est elle qui s’est accrochée à ses espoirs.

Le flic censé me mener en taule, dans celle définitive que je m’apprête à investir, me laisse manifestement quelques minutes pour une série d’adieux, autorisés par un hochement de tête du procureur dirigeant l’accusation, monsieur Miguel Alvarro.

Pendant ces heures interminables qu’a représentées notre procès, nous avons échangé tellement de regards, d’avertissements muets, d’accusations, de haine puis d’abdications… C’est un peu comme si nous avions tissé une étrange complicité.

Je hoche la tête à son intention pour le remercier et laisser ma mère m’enlacer en sanglotant.

— Tu as été… fort, mon fils. Je viendrai te voir très bientôt.

— Maman, tu n’as pas besoin de…

— Archer Connors, tais-toi ! se rebiffe-t-elle en séchant ses larmes. Tu es peut-être têtu, mais je le suis encore plus. Je viendrai.

Elle arrive à me faire sourire, parce que pour la première fois depuis longtemps, plus aucun secret ne se trouve entre nous. Tout est limpide, et peut-être un peu réparé. Et je réalise que son regard, plus détendu que jamais, même s’il reste triste, me fait du bien. Je voulais la soigner ? Je crois que la seule manière était d’accepter mes fautes.

Elle s’éloigne et soudain, je me retrouve face à lui. Je n’ai rien à lui dire, je refuse de lui promettre quoi que ce soit. Depuis mon arrestation, j’ai évité tout tête-à-tête et refusé de le revoir plus que nécessaire.

Je lui ai encore fait du mal, je le sais. Il sait que je le sais. Nous savons. Comme toujours finalement, nous savons et nous choisissons l’autre voie.

Encore cette fois, je sais. Je sais qu’il me suffirait de lui demander de m’attendre et il le ferait. Je sais qu’il attend mes mots. Il sait que je ne les prononcerai jamais.

Pour toutes les raisons que je lui ai déjà données, et parce que je tiens tellement à lui que j’ai mal, et peur. Atrocement peur de briser à nouveau celui qui pourrait bien prendre la place d’un nouveau soleil dans mon ciel si sombre. J’ai bien plus la frousse de lui que de la taule. Je suis d’ailleurs presque pressé de partir pour abréger ce face-à-face qui me bouffe l’intérieur.

Lui, son regard vert, ses deux bras valides à présent, son corps que je n’ai pas assez découvert, dont je n’ai pas assez profité. Ses mains. Ses cils. Un battement rapide. Un battement lent. Son air perdu et sensible. La détermination qui perce au cœur de ses pupilles. Nous ne nous connaissons même pas tant que ça. Cependant je sais que si je m’autorisais à apprendre à le connaître, si je l’autorisais à rester en contact, si j’autorisais le destin de s’en mêler, alors, je tomberais encore plus pour lui.

Un trop grand risque que je refuse de prendre. Je n’ai aucune certitude de sortir un jour de cette prison dans laquelle je me suis enfermé alors que je n’étais même pas majeur. Aucune idée de ce que la suite me réserve. Aucun espoir réel que quelque chose changera réellement en moi. Je suis incapable de l’entraîner dans le bordel qui m’attend et qui menace de squatter ma vie éternellement.

Je suis incapable de risquer de l’aimer pour m’en priver ensuite. J’ai déjà donné. Une fois. Les conséquences bousculent encore ma vie. Je ne me sens pas assez fort pour affronter une autre tempête de ce style.

Il avance vers moi et je ne bouge pas. Incapable de m’enfuir ou de le repousser, incapable d’assumer le fait que j’aimerais qu’il m’enlace et me berce pour me promettre que tout ira bien.

Je deviens faible, au milieu de ces murailles que j’ai bâties pendant ce procès. Je le sais.

Rafael est devenu ma faiblesse au moment où j’ai posé les yeux sur lui.

Lentement, il lève la main et la pose sur ma joue. Ma peau frémit malgré moi à son contact. J’aimerais céder à ce besoin qui m’appelle, de me laisser fondre contre lui, de regretter cet éloignement que le destin va nous imposer dans quelques instants, de hurler à l’injustice et demander à mon avocat de réclamer un simple sursit.

J’aimerais recommencer et cette fois, paver mon chemin correctement pour dissimuler et éradiquer les ornières qui m’ont fait dévier.

— Promets-moi de toujours au moins me détester, souffle-t-il en s’approchant de mon visage.

— Je t’ai déjà dit que je ne pourrai jamais te détester.

Son regard agrippe le mien alors qu’il se penche vers mes lèvres. Les battements de mon cœur se fanent en même temps qu’ils redoublent en vigueur. Ses lèvres, sur les miennes. Je les ai fantasmées ces derniers mois, sans pour autant m’autoriser à en rêver. Mais maintenant qu’elles se frôlent, je sens la plénitude, la sérénité, m’envahir délicatement. Maintenant que mon âme s’est purgée, en partie, maintenant que je me suis avoué certaines vérités, je me prends en pleine tronche ce manque de lui, ce besoin de le sentir, cette nécessité de le toucher, et j’en crève.

Parce que cela reste impossible. Parce que, si je pense à lui, alors je dois oublier de penser à moi. Même s’il ne veut pas l’entendre.

— Essaie quand même. Je suis certain que tu peux y arriver !

Encore une fois, il ne lâche rien et ne me facilite pas la tâche.

Un ricanement nerveux m’échappe et il l’avale dans un baiser. Un baiser que j’attendais tant. Un baiser interdit que je n’arrive pas à lui refuser. Un baiser qui fait chialer mon cœur et l’agite un peu trop fort. Un baiser qui fait flipper.

— C’est bon, on y va.

Le maton pose la main sur mon épaule et m’éloigne de lui. Je recule en le suivant vers la porte, gravant dans ma mémoire cette image de lui, planté et immobile au milieu de la foule du tribunal, indifférent au monde qui le bouscule et qui me fixe, sans même ciller, jusqu’à ce que la porte se referme entre nous.

La scène est finie, le spectacle est terminé. Maintenant, ne me reste qu’à affronter ma propre réalité.

 

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