The Origin Of Violence (French Edition)
Archer
Rafael, cet éternel passionné.
Lorsque je me réveille, mes jambes enlacées aux siennes, je m’aperçois que mon buste est recouvert de documents.
— Euh… il se passe quoi ?
Je capture le regard étrangement ému de mon soleil.
— Ils ont retrouvé les archives de maman, souffle-t-il en récupérant une photo qu’il lève devant mes yeux. Là, c’était deux mois avant qu’elle se fasse attaquer. Tu vois, le petit garçon, là ? Il est orphelin et est atteint du sida. Je te passe les détails. Eh bien, parce qu’elle a publié des photos de lui à l’époque, il a été pris en charge par une organisation internationale. Maintenant il est âgé de vingt-deux ans et il a fondé une famille. Il vit sur la côte. Je le sais parce qu’il m’a écrit un mail lorsqu’il a appris que je venais bosser ici avec l’ONG. Et puis, là, ces gens…
Il ne termine pas sa phrase, les yeux perdus dans ses souvenirs.
Je repousse avec précautions les dossiers dont il m’a recouvert, puisque visiblement il m’a pris pour son bureau, les pose au pied du lit et passe mes bras autour de lui en l’obligeant à s’installer contre moi.
— Tu m’expliqueras tout à l’heure, décrété-je alors qu’il se blottit contre moi. On mange quoi, au fait ?
— Je crois qu’il reste du pain et des légumes quelque part, souffle-t-il nonchalamment.
Je crois que nous sommes irrécupérables. Il se laisse submergé par son travail. Je me laisse dépasser par le mien. Un merveilleux job, d’ailleurs. Je bosse aussi au sein de l’ONG, dans le service protection de l’enfance. J’apprends à dessiner à des gosses depuis mon arrivée ici, il y a onze mois, et nous avons comme projet à long terme de redécorer les écoles en repeignant les murs.
Il faut croire que ma mère avait raison. Mon foyer, à moi, ne se trouvait pas là-bas. Ici, la colère frémit toujours en moi, mais elle sert la bonne cause. J’ai compris que si je n’arrivais pas à l’éradiquer, je savais en revanche comment la gérer. La diriger selon ma propre volonté, et pas la laisser aux mains des autres.
Et j’ai décidé de la mettre au service des gosses. Étrangement, ici j’ai retrouvé quelque chose que j’avais perdu à seize ans. Ma passion, le dessin, un soleil, l’homme de ma vie, et je me suis découvert une vocation, les gosses. Peut-être parce que je n’en ai jamais été vraiment un ?
J’en sais rien et je m’en fous.
Avec moi, les mômes se sentent protégés, c’est le seul point important. Ils sont devenus les miens. Le premier qui y touche…
Mamamia… Je le plains énormément.
Quant au sujet de la couleur de leur peau… J’ai fini par décider ce que je devais en penser. Les démons n’ont pas de couleur, ni de religion, ni de préférence sexuelle. Les démons sont ceux qui condamnent justement ceux qui portent en eux des nuances. Ces si belles nuances qui forment la principale richesse de notre humanité.
Les démons sont ceux qui ont peur et ne savent pas combler leur trouille autrement que par leur violence. J’en sais quelque chose puisque je faisais partie de ceux-là. À présent j’aime toutes les nuances, je le portais en moi sans m’en apercevoir. Je suis un fan des arcs-en-ciel. Un protecteur. C’est ici que je l’ai appris.
Ici, grâce à lui, j’ai aussi compris une chose.
L’innocence, une fois perdue, ne se retrouve jamais vraiment. Chacun se doit donc de la protéger. En n’importe qui, de n’importe quelle manière.
J’ai enfin trouvé ma rédemption. J’ai trouvé comment racheter toute cette haine qui m’a propulsé si loin. Et même s’ils sont insupportables et me rendent fou les trois quarts du temps, les mômes me le rendent bien. Face à eux, je me découvre tellement humain. Je crois que ce sont eux, tous ici, qui ont réussi à dompter cette rage dont je ne savais que faire. Ils portent en eux ce que j’ai perdu lorsque mon père a été envoyé en prison. La violence, elle venait de là. Lorsque j’ai appris que les mains de mon père pouvaient tuer. Mon innocence s’est fait la malle avec lui, ce jour-là. Maintenant je sais que l’enfance est précieuse et délicate. Fragile. J’ai décidé de la protéger plus que tout. Parce qu’un mal se combat par la racine et que tous ces enfants en quête de leur avenir ont besoin que quelqu’un les guide sur la bonne voie.
Je connais les mauvaises qu’ils doivent éviter. Je suis le candidat parfait pour les aider à bien choisir.
Lentement, j’embrasse le crâne de Rafael et resserre mes bras autour de lui. Je laisse trainer mon regard sur notre studio et pour la énième fois depuis notre arrivée ici, je me rends compte que j’ai enfin atteint le paradis, le mien, celui d’un mec qui ne croyait qu’à l’enfer.
Un jour, j’ai cru mourir sur un trottoir. Je crois que finalement, c’est vraiment ce qu’il s’est passé. Quelques jours après, je prenais l’avion en direction du paradis.
Un nouveau soleil m’a éclairé.
Un battement rapide.
Un lent.
Un regard de jade qui m’a ressuscité.
OceanofPDF.com