The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 20 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

13 Rafael

 

Cette fois, nous y sommes.

D’après les documents que m’a confiés mon père, il devrait arriver dans dix minutes.

Ou huit, exactement.

Quant à moi, je suis réveillé depuis au moins trois heures. Peut-être cinq. En réalité, cela fait quatre heures et vingt-cinq minutes que j’ai mal à cette foutue épaule et que les antalgiques ne servent à rien.

Je ne pouvais pas bouger dans mon lit sans me retourner pile sur le mauvais bras, forcément, et du coup, la douleur réapparaissait, fulgurante, et même si je me rallongeais sur le dos, elle ne repartait pas.

J’ai voulu m’offrir une nouvelle douche pour me détendre, mais je n’ai pas réussi non plus. Trop mal.

Donc, me voilà, au milieu de mon appartement vide, en proie à la douleur et à une angoisse démesurée, alors que les minutes filent comme des secondes et que je suis en train de comprendre que j’aurais dû me taire et laisser ce type en prison.

Encore ma sale habitude de vouloir tout régenter comme je l’entends.

Ma vie pourrait réellement être facile. C’est vrai, quoi !

Mon père m’aime, prend soin de moi et il finance même mes études. Mon appartement est déjà totalement réglé, grâce à l’héritage que m’a laissé ma mère, et je suis bien entouré, même si mon départ dans la vie ne le présageait pas.

Je pourrais vivre tranquillement et m’arrêter là.

Mais non.

Non, moi, je cherche à compliquer tout. Je monte une association, je ne me sens attiré que par les mecs à problèmes et pour couronner le tout, je négocie un deal totalement stupide avec un inconnu violent et sans doute totalement fasciste.

Parfois, j’ai envie de me coller des baffes.

Mais vraiment.

En attendant, l’horloge annonce maintenant 7 h 56 et tout ce à quoi j’aspire, c’est mon lit.

J’ai envie de dormir et qu’on me foute la paix. Que l’humanité tout entière continue sans moi et m’oublie.

Sauf que ça ne risque pas de se passer comme ça.

Soudain, l’interphone sonne et…

Au lieu d’aller répondre, je me fige, incapable de bouger une oreille.

Mon cœur se met à battre abusivement vite et mon sang déserte mes extrémités sans prévenir.

Ma tête bourdonne et ma douleur revient, plus vive, au niveau de mon épaule.

En bas, à la porte de l’immeuble, se trouve celui qui a violé ma dignité. Celui qui m’a fait mal intentionnellement. Un adversaire de taille que je n’ai plus envie d’affronter, tout à coup.

Mon père et Angel avaient encore une fois raison.

Mais pourquoi suis-je incapable de les écouter, bon sang !

Second appel à l’interphone.

Merde !

Cette fois, plus le choix.

Gregory, mon garde du corps, à qui j’ai laissé la troisième chambre de l’appartement, apparaît à l’entrée du couloir en me questionnant du regard.

Il serait tellement simple de lui passer le relais…

Non.

C’est justement parce que ce mec m’a effrayé que je dois l’affronter. Juste moi et lui.

— N… non.

Merde ! Ce n’est absolument pas le moment que cette prononciation de merde se barre en cacahuètes.

Et forcément, cela arrive justement maintenant. Ma dernière crise doit dater de quatre ans, de mémoire, et là ? Bim ! En plein dans ta face, Raf ! Merveilleux !

Putain ! Je régresse.

Encore une preuve que je dois guérir de cet Archer Connors, et le plus vite possible.

J’inspire lourdement et souffle calmement.

Raf, tu es plus fort que ça.

— Merci, Gregory, prononcé-je tranquillement. Je n’aurai pas besoin de vous aujourd’hui. Ce soir, oui.

De toute manière, je compte dormir, beaucoup. Je me sens vraiment épuisé.

Il tente de répliquer, mais je lui lance un regard explicite lui rappelant toutes les conditions que je lui ai exposées clairement hier soir. Il hésite, puis, comme nous l’avons convenu, repart s’enfermer dans sa chambre, hors de vue. Mon père peut bien tenter d’imposer sa vision des choses où il veut, mais pas ici. Après, s’il tient à tendre l’oreille derrière la porte, libre à lui. Moi, je ne veux pas le voir entre Archer et Moi. Quoi qu’il m’en coute d’affronter cet homme, je dois le faire, seul.

Je gonfle le torse et me dirige vers l’interphone alors qu’il émet une troisième sonnerie.

Bien entendu, monsieur est impatient.

J’observe la pendule du four et laisse glisser un sourire machiavélique sur mes lèvres en décrochant.

— Il n’est que 7 h 58, déclaré-je dans le micro. J’ouvre à huit heures précises, comme c’est entendu. Ensuite, ce sera le dernier étage, à droite.

Je raccroche, fier de ma connerie.

Normal, non ?

La ponctualité est la politesse des rois. Et j’ai décidé d’être un roi. Ou un prince peut-être.

Bon, en toute franchise, je n’ai rien trouvé de mieux que ça pour retarder l’issue inéluctable.

Appuyé contre le mur, je vide mon cerveau et mes tensions.

Il faut que je retrouve mon calme et me souvienne de la raison pour laquelle j’ai proposé cet arrangement.

Pour mon bien et pour me permettre de passer à autre chose. Un cap compliqué à franchir, mais nécessaire.

J’aimerais aussi comprendre pourquoi. Pourquoi moi ? Cette question résonne dans ma tête depuis mon réveil à l’hôpital.

Pourquoi m’a-t-il frappé ?

L’horloge de mon four annonce à présent huit heures. Plus moyen de reculer.

J’appuie sur l’interphone, rejette toute la pression qui tente de s’inviter sur mes nerfs et me rappelle simplement une chose.

J’emmerde profondément ce gros tocard de mes deux. Je morfle, il morfle. C’est aussi simple que ça.

 

Une tension s’impose dans tout mon appartement dès qu’il apparaît à la porte que je tiens déjà ouverte.

Soudain pris d’une tension insurmontable, je reste figé, accroché à la poignée, incapable de remuer un cil, alors qu’il se plante devant moi, les mains enfoncées dans les poches de son sweat trop grand dont la teinte a dû être noire à une époque mais qui aujourd’hui avoisine plutôt un gris délavé.

Mes yeux s’attardent sur lui, incapables de s’astreindre à la discrétion. Il faut que je le vois. Réellement. Le visage du démon à la lumière du jour. Impressionnant et terrifiant.

Capuche sur la tête, regard bleu pâle fixé au fond du mien, lèvres closes, il ne prononce pas un mot. Froid. Distant. L’homme du club des Atlantes reste fidèle à mes souvenirs, à part que cette fois, il porte sur lui ce danger qui ne m’était apparu que comme sensuel les deux premières fois où nous nous sommes rapprochés.

Maintenant que je sais que rien n’est feint, qu’il est vraiment ce qu’il paraît être, et qu’il ne peut plus se dissimuler derrière une quelconque obscurité, il prend une nouvelle envergure à mes yeux.

Un frisson me parcourt l’échine malgré moi et tout se fige en moi. Je n’arrive même pas à discerner ce qui prédomine parmi mes sentiments à cet instant précis. La peur ? La vengeance ? Le… désir ?

L’éclat dans son regard ferme et déterminé transporte tout ça. Rien n’est simple chez cet homme, c’est une évidence. Et alors que je devais simplement lui rendre la monnaie de sa pièce, je tressaille littéralement dans mes certitudes.

La tension qui anime mes membres me calcine littéralement les reins. Je le détaille, encore et encore. Plus petit que moi, les muscles secs et nerveux, tatoué jusque sur le cou, sourcils froncés comme s’ils ne connaissaient que cette expression et menton mal rasé… Son visage à l’ombre de sa capuche semble presque irréel. Et son regard ? Bleu, gris, je n’arrive même pas à le définir exactement, à part que je le sens aussi vibrant et tourmenté qu’un océan en pleine tempête.

Si les yeux sont réellement le miroir de l’âme, la sienne semble incandescente, sauvage et indomptable. Sur le point de sombrer à tout moment. 

Il est encore plus bandant le jour, bon sang !

Soudain, il retire les mains de ses poches et croise les bras, laissant les traits de son visage afficher un air blasé.

Oui, exact, on ne va pas rester dix heures plantés sur le palier.

Je recule donc pour lui permettre d’entrer et le laisse fermer la porte derrière lui. Puis il reste immobile, à attendre la suite. Suite que je n’ai absolument pas prévue.

De toute manière, maintenant que nous sommes enfermés tous les deux, puisque Grégory a disparu je ne sais où, je reste terrassé par son envergure. J’ai l’impression qu’il occupe tout l’espace dans le petit couloir de mon entrée. Son regard s’attarde sur moi, navigue sur mon corps avec lenteur et mépris, air qu’il arbore depuis le départ face à moi. Cette manière dont il termine son inspection, en me dévisageant d’un air presque animal, prédateur, provoque une fièvre glacée le long de ma nuque.

Comment puis-je réagir aussi ridiculement à ce mec alors que tout ce qu’il devrait m’inspirer, c’est de la haine ?

Haine à laquelle je dois me rattacher. Parce que la peur qu’il m’inspire ne suscite rien d’autre que du désir, chez moi. Pas du tout ce que j’avais prévu. Enfin, je craignais quand même cette dérive, mais à ce point ? Certainement pas.

Cet homme vient de foutre le bordel dans mon esprit en moins de trois minutes. Un record.

Raf tu es faible. Faible et ridicule.

Je sais ! Mais on ne se refait pas.

Donc…

La haine…

— J…J…J…

Je me mords la lèvre brutalement, jurant intérieurement sur ce putain de destin qui me fait royalement chier.

Je n’arrive même pas à placer un mot, bordel de merde !

L’effroi se mélange cette fois à la honte et je ne souhaite que disparaître alors qu’il me toise de son air imperturbable.

J’ouvre la bouche à nouveau en essayant de me reprendre, mais la panique a déjà élu domicile sous mon crâne et je n’y arrive pas. Tout simplement. Je beugue.

Putain !

Pas maintenant ! S’il existe un dieu, quelque part, je le supplie d’arrêter ses conneries et de me laisser diriger fièrement cette journée.

Pas maintenant, putain !

— J… J… J…

Merde, merde, merde.

L’homme en face de moi fronce les yeux encore plus que d’habitude et moi, j’ai l’impression de repartir en arrière. Lorsque j’avais douze ans et que Monsieur Peach m’obligeait à répondre à ses questions devant toute la classe, alors que je n’arrivais plus à prononcer la moindre syllabe. La sueur perle de mon front, les frissons dévalent ma nuque, mes mains ne sont pas loin de se mettre à trembler.

— C’… C’… N…Non !

Je m’effondre. Je perds tout ce que je croyais acquis. Je chute devant celui que je voulais impressionner. Comme ça, en même pas deux minutes.

Il penche la tête en se mordant la lèvre, et j’attends qu’il se marre, qu’il se foute de moi. Mon cœur se met à chialer et mon esprit s’embrouille, se prend les pieds dans le tapis et je me ramasse lamentablement la gueule contre mes pires craintes.

En face de lui.

Mais, contre toute attente, alors que tous ces mecs qui lui ressemblaient à l’école se marraient de mon malheur, lui soupire d’agacement et croise à nouveau les bras d’un air furieux.

— Ouais, bon, écoute, commence-t-il d’une voix que je découvre éraillée et profondément veloutée. Je suis là parce qu’on m’a dit que j’avais pas le choix, OK ? Alors, OK pour me pointer à huit heures tapantes. OK pour jouer la soubrette à la con et te faire ton ménage, ou je sais pas trop quoi. Mais si je te fous la trouille au point de te couper la chique, alors, écris ce que tu veux de moi, qu’on en finisse. Grande nouvelle, je sais lire. Sinon, je m’installe dans le canap et je pionce, parce que j’ai super mal dormi en taule. T’as qu’à me siffler quand t’as besoin. Ou t’écris. J’m’en tape pas mal en fait.

Et sans attendre, il se laisse tomber sur mon canapé et attrape la télécommande.

— Et t’en fais pas, je ne vais pas te frapper. Déstresse, mec ! Je ne compte pas allonger la punition, compte sur moi. T’as voulu qu’on cohabite, alors on cohabite. Ensuite, je me barre et je retourne m’occuper de mes petites affaires. Parce qu’accessoirement, j’ai pas que ça à foutre.

Et sur ce, il allume la télé puis sort de sa poche un petit carnet et un crayon qu’il pose sur son genou.

D’accord.

Moi, je reste scotché sur sa voix. Elle traîne encore sur mes tympans un petit instant puis disparaît lorsque la télé se fait entendre. Je réalise surtout qu’il n’a même pas vraiment réagi à mon bégaiement. Enfin si, mais non. Vraisemblablement, il ne trouve pas ça drôle ou ridicule. Juste, il ne s’y arrête pas.

Dans tous les cas, je me sens crevé. Ce face-à-face m’a épuisé les nerfs.

Cette première rencontre ne ressemble pas à grand-chose, mais je ne me sens pas capable de mieux.

Je n’essaie même pas de prononcer une syllabe et regagne ma chambre pour me laisser tomber sur mon lit, toujours avec précautions. Et une douleur vive traverse le haut de mon bras.

Putain d’écharpe de merde. Saloperie d’épaule à la con. 

 

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