The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 34 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

26 Rafael

 

J’aurais préféré ne pas remettre le nez dans mes cours si tôt. Pour tout dire, même si je me concentre pour focaliser mon attention sur la vidéo du cours magistral de droits civiques, je n’arrive pas à retenir quoi que ce soit. Les paroles de mon prof glissent sur moi sans trouver mes tympans et encore moins mes neurones.

Comme d’hab, nous avons déjeuné chacun de notre côté. À présent assis à mon bureau depuis le début de l’après-midi, planqué dans ma chambre, loin de lui, je pensais être en mesure de suivre ce concept simple et facile. Ne pas le remarquer. Ne pas porter mon attention sur lui. L’ignorer. Continuer ma vie normale.

Eh bien non, je n’y arrive pas.

Trois jours que je m’y essaie, trois jours que mes oreilles ne suivent pas mes yeux et que mon cœur bat abusivement dès que j’entends ses pas dans le couloir.

Je me demande ce qu’il fait. Où il est.

Alors que je connais les réponses.

Ce qu’il fait ? Il installe et range ma nouvelle bibliothèque. Avant-hier, il a trié les cartons que j’ai récupérés chez mon père il y a presque un an. Hier il a rangé le coin débarras du fond du couloir, qui se présente comme un bow-window offrant une vue apaisante sur la ville, que ni Angel ni moi n’avons eu le courage d’aménager, et aujourd’hui, il est censé déballer les bibliothèques de ma mère, qui ont été démontées pour le transport, les mettre en place, et installer tout ça.

Je sais que ce n’est pas ce qu’il était censé faire durant ma convalescence, mais après tout ce que nous avons déjà affronté, j’ai trouvé que cette option se révélait la meilleure. Et surtout l’unique possible.

Je ne me sens pas capable de passer du temps près de lui sans succomber à l’envie de le titiller, d’une manière ou d’une autre. Car entre nous… Depuis cette matinée durant laquelle je l’ai découvert si fragile, au fond de lui, une sorte d’ambiance électrique s’est installée. Dès que nous nous trouvons dans la même pièce, quelque chose de puissant se produit. Quelque chose qui me dépasse totalement.

Dans le même temps, je ne peux plus non plus supporter qu’il tourne les talons chaque fois que nous nous rapprochons. En proposant ce deal, je voulais qu’il me respecte, pour flatter mon petit ego, très certainement. Mais finalement, chaque fois qu’il me repousse, parce qu’indirectement c’est ce qu’il fait lorsqu’il me laisse choir en plein dans les bribes d’un orgasme, cela équivaut à un rejet brutal à mes yeux, et je me sens encore plus mal.

Donc… cohabitation forcée, de loin, et chacun dans son coin.

Même cette solution reste compliquée.

La preuve. Trois fois que je redémarre la vidéo de mon cours, et mon esprit s’évade, imaginant Archer à genoux entre les planches de ma bibliothèque, en marcel blanc, ses tatouages luisant sous les rayons du soleil traversant la fenêtre.

Je laisse échapper un soupir en plantant mon menton dans mon poing, détournant mon regard de mon écran pour me lancer dans la contemplation de mon pot à crayons, de la couverture d’un bouquin sur les nouvelles législations sociales, sans réellement m’y arrêter non plus.

Mon prof continue de scander ses grands principes qui échouent dans un coin abandonné et déconnecté de mon cerveau.

— J’y vais !

La voix toujours aussi suave et sèche d’Archer me fait littéralement sursauter.

Juste à temps pour que je détourne la tête et aperçoive sa silhouette passer devant ma porte de chambre. Juste à temps pour me laisser l’occasion de me gaver une nouvelle fois de sa carrure, des muscles de ses bras, de sa nuque rasée que j’ai adoré caresser. Juste à temps pour me provoquer un début d’érection. Parce que…

Bon sang, pourquoi faut-il que je bande pour ce genre de type ?

J’en ai marre de moi !

Je reporte mon attention sur un portrait de ma mère posé sur mon bureau en lui adressant une grimace puérile et ridicule dès que j’entends la porte de mon entrée claquer brutalement.

— Tu sais que tout ça, c’est de ta faute, hein, m’man ? On est bien d’accord que tes gènes se sont échoués en moi… Et pas les meilleurs ! Vive l’aventure, hein ? Encore, si tu étais là pour écouter mes lamentations ! Mais non. Et bien entendu, papa ne comprendrait absolument pas !

Dépité, soudain seul dans mon silence, je claque l’écran de mon PC sur son clavier, décidant que je me fiche pas mal de ce cours et que ce soir il n’existe aucun moyen de me forcer à me concentrer.

Nous sommes vendredi soir et pendant deux jours, Archer ne viendra pas. Ce sont les termes du contrat. Je devrais sans doute m’en sentir soulagé, cependant, au lieu d’une sérénité que j’attendais avec impatience, une sorte d’agacement s’installe pile sur mes nerfs.

Je n’ai pas envie de ne pas le voir pendant deux jours. Je suis totalement conscient de l’illogisme de mes ressentiments, mais je n’arrive pas à entendre raison.

Lorsqu’il se trouve entre mes murs, je souffre. Mais là, alors qu’il sera absent pour deux longues journées, je me sens sombrer au fond d’un trou vide et noir comme jamais.

C’est mort, il m’a choppé dans ses filets et je ne sais même pas comment me débattre pour en sortir.

Machinalement je tente de tendre ma main droite vers mon portable et BIM ! bloqué par cette foutue écharpe et cette épaule qui ne veut plus rien faire.

Vie de merde !

Agacé, je récupère mon téléphone de ma main gauche en quittant mon bureau et appelle directement Angel, parce que j’ai besoin de discuter. De tout. De rien. Et surtout pas d’Archer.

Il m’appelle depuis une semaine mais je n’ai pas le courage de lui répondre. Il n’insiste pas plus que ça parce qu’il me connait et sait pertinemment qu’il n’obtiendra rien de moi tant que je ne suis pas prêt à donner quoi que ce soit.

Et ce soir ?

Ce soir j’ai besoin de pleurnicher sur mon sort et je regrette lourdement son absence.

Il décroche à la première sonnerie.

— Eh bien ! J’ai failli attendre. Balance, Alvarro, on gagnera du temps.

Je laisse un sourire étirer mes lèvres en traversant mon couloir pour me rendre dans ma cuisine.

— Je suis un crétin ! soupiré-je en attrapant une tasse dans un placard.

— On pourrait éviter les évidences, je te prie ? Parce que jusque-là, rien de nouveau sous le soleil.

— Tu es un crétin aussi ! ricané-je en choisissant une capsule de latté caramel en bataillant pour coincer mon téléphone contre mon épaule et libérer mon unique main valide.

— Une autre porte ouverte que tu défonces inutilement. Autre chose ?

Je lève les yeux au ciel en souriant. J’aurais dû l’appeler plus tôt. Ou pas.

Je ne sais même pas comment aborder le sujet.

— C’est…

Je laisse un silence terminer mon amorce de phrase ridiculement inutile.

— Ouais, d’accord. Donc, on va changer de tactique. Je pose les questions. Est-ce que l’autre fou furieux t’a fait du mal ?

Très bonne question. Je lance ma cafetière en réfléchissant à une bonne réponse. Je n’arrive pas à envisager qu’il me malmène. Parce que finalement, il a gardé ses distances depuis cette matinée mouvementée dans ma chambre, et m’ignore royalement.

—On va enfin pouvoir profiter de notre coin bibli tant attendu ! réponds-je car j’ai finalement décidé de changer de sujet.

— D’accord. Je suis tellement heureux d’apprendre cette nouvelle qui changera sans nul doute ma vie entière.

— T’es obligé de devenir sarcastique ?

— Oui. Parce que tu ne veux pas répondre et que je trouve ça très inquiétant, tu vois ?

— Mais non, tout va bien, ne t’en fais pas pour moi. Je ne suis pas mort.

— Tu vois, cette phrase prend tout son véritable sens lorsqu’on parle de l’autre sauvage suprémaciste. Ce n’est pas une vision de l’esprit, ce type pourrait véritablement te tuer. On retrouverait ton corps des jours après, baignant dans ton propre sang coagulé et séché. Le parquet serait taché et je galèrerais des jours pour le nettoyer. L’appartement perdrait forcément de sa valeur marchande et ton père me ferait la gueule parce que je ne suis pas rentré pour interférer dans ce tête-à-tête ridicule dans lequel tu t’es lancé.

Nouveau levage d’yeux vers mon plafond.

— Toujours très mesuré dans tes analyses de situation. Je vais bien et le parquet aussi.

— Merveilleuse nouvelle. Donc, on peut en parler maintenant ?

Je récupère mon café et quitte la cuisine pour rejoindre le salon et m’installer sur mon fauteuil favori.

— Oui. Je crois que j’en pince pour lui.

— Eh voilà ! s’exclame-t-il en soupirant. Pourquoi est-ce que j’ai envie de dire que je m’y attendais ? Un mec qui te frappe et te traite comme une merde, forcément que tu le kiffes ! En plus, le gros méchant enfermé chez toi presque H24 ? Du pain béni ! On n’est pas dans la merde !

Sans déconner ? Je ne serais pas arrivé à cette conclusion sans son aide ! Je grimace en portant ma tasse à mes lèvres pour boire une gorgée de café, puis ferme les yeux en me laissant glisser sur les coussins.

— Quand tu en auras terminé avec ton ironie, on pourra parler ou c’est peine perdue ?

— Attends, attends… laisse-moi encore quelques minutes pour savourer mon merveilleux sixième sens : je suis certain que vous avez baisé. Certain qu’il a grogné en mode ours et que tu as trouvé ça tellement mignon…

Il m’emmerde ! Mais tellement…

 

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