The Origin Of Violence (French Edition)
25 Rafael
Je reste immobile au milieu de ma salle de bains, effleuré par la brise passant depuis la fenêtre de ma chambre.
Un frisson frappe ma peau durement alors que mon corps se remet à peine de ce baiser dévastateur. Je ne comprends pas et je crois que je n’en ai pas envie. Deux fois qu’il m’allume et me laisse comme une merde pour s’enfuir. La voiture hier et maintenant ici.
Par-dessus la musique, j’entends la porte d’entrée claquer. Mon père a sans doute perdu patience et ça me convient très bien. Après cet instant hors de toute réalité, je n’ai plus envie de me confronter à lui ni à rien d’autre que cet homme accroché à ma fenêtre.
Mon esprit en ébullition me guide et je ne cherche pas à résister.
Je me débarrasse de mon tee-shirt et quitte la pièce pour traverser ma chambre. Pris d’une sorte de transe sensuelle que je refuse de voir se terminer, je pose une main sur son épaule qui lui provoque un sursaut.
Il pivote vers moi et son regard heurte brutalement le mien.
— Dégage ! me lance-t-il en tentant de se faufiler loin de moi.
Mais cette fois, je refuse de le laisser mener la danse. Nous sommes deux dans cette histoire et j’ai envie de lui. Plus que jamais. Son baiser a allumé un feu au creux de mes reins qui incendie tout mon corps et qui me torture déjà les membres.
— Non ! déclaré-je en attrapant son col. Je ne suis pas ce Juan, mais ce n’est pas pour ça que tu peux me prendre et me jeter quand ça t’arrange. Les règles du jeu, nous sommes deux à les décider.
Nous nous affrontons un court moment du regard. Pendant ces quelques secondes qui paraissent durer des heures, je sens mon corps se tordre d’impatience, ma queue s’ériger durement sous mon froc et ma peau se recouvrir d’une sueur d’angoisse ridiculement prenante.
Après ce baiser, je donnerais n’importe quoi pour qu’il m’emporte à nouveau dans son univers. J’ai besoin de cette douceur qui lui fait mal. J’ai besoin de frôler le danger qu’il représente. J’ai besoin qu’il continue à jauger les blessures qu’il m’a infligées et qu’il me montre qu’elles le brisent, lui aussi. Et j’ai besoin de ses mains, de ses lèvres, parce qu’il me plaît bien trop, parce que je sens cette attirance illogique et démesurée qui se tisse trop vite et trop efficacement entre lui et moi.
Il ne bouge pas et préfère rester impassible, planté comme un roc au milieu d’une mer tourmentée, déstabilisant mes espoirs ridicules et attisant ma faim.
Rag’n Bone entre en piste dans les baffles avec son Human. La basse vibre soudain dans l’atmosphère. Sensuelle et dévorante. Frémissant dans mon bide, frétillant sur mes sens.
Je lâche son col pour laisser glisser ma main le long de son buste, nos regards toujours vissés l’un à l’autre et je m’attends à ce qu’il me repousse à chaque instant.
Mais il ne le fait pas.
Il me laisse continuer. Atteindre le bas de son tee-shirt pour glisser mes doigts sur sa peau et remonter. Lentement. Je sens qu’il frémit. Qu’il perd le rythme de sa respiration. Toujours immobile. Je le suis aussi. Seule ma main prend ses aises sur lui. Trouve son téton et y découvre… un piercing.
Nom de Dieu, ce mec va avoir ma peau. Je laisse échapper un soupir étranglé lorsque mes doigts se mettent à tordre le bijou sur sa peau et qu’il ferme les yeux en plantant durement ses dents sur sa lèvre inférieure, luttant visiblement contre ses propres pulsions.
Au cœur de mon âme, la musique déchire mon self-control, attise une certaine douleur sourde, parce que je me rends compte que j’aime le voir en proie à la douleur, perdre pied, se laisser envoûter par moi.
Puis soudain, il ouvre les yeux et cette fois, j’aperçois la rage, la fureur qui le caractérise si bien. Une seconde reste en suspens. Mon cœur dérate. Mes doigts se figent sur son bijou.
Et tout dérape.
Le démon en lui se met à rugir et prend la direction des opérations. Sans plus attendre, il m’attrape par la taille d’un bras en me délestant de mon froc de sa main libre.
Sans rien comprendre à ce qui se déroule, je me retrouve plié en deux au-dessus de mon lit, mes pieds rivés au sol et ses mains sur mes hanches. Il se penche sur mon dos en appuyant son pieu entre mes fesses et plante ses dents sur ma nuque sans aucune douceur. Un cri m’échappe, mais il s’en fout et préfère attraper mon érection devenue douloureuse.
Maintenu en équilibre sur mon seul bras valide, j’oublie la douleur lancinante qui sévit dans mon épaule parce qu’à cet instant précis, elle me sert plus qu’elle ne me dérange. Elle me leste d’une certaine manière à la réalité, me rappelle que tout ceci existe réellement, si j’osais en douter. Au lieu de tenter de la diminuer, je préfère la garder, la faire perdurer, et m’y accrocher comme à une bouée qui m’empêche de me laisser partir totalement à la dérive.
Alors je ferme les yeux et laisse la volupté brutale de ses gestes me pourfendre et me plonger dans un état d’excitation que je ne contrôle plus du tout.
Je m’entends haleter alors que son poing me masturbe avec autorité et que mon sang semble ruer à travers mes veines, comme un torrent déchaîné en pleine tempête.
Lorsqu’il laisse ses lèvres dévaler mon dos, mordiller ma peau, je lutte pour ne pas défaillir et rester immobile, plongé au cœur d’un cyclone qui me dévaste.
Sa langue arrive rapidement entre mes fesses et s’empare de mon intimité avec détermination. Rapide, affamée, précise, elle s’insinue en moi, caresse mes muscles, attise un démon de luxure qui se planquait en moi et ma gorge laisse échapper un cri de plaisir qui me perturbe moi-même.
En rut, les sens en éveil, je n’aspire plus qu’à ce qu’il me prenne, comme il veut, avec rudesse et dureté.
Ses doigts se crispent sur mes hanches, me griffent la peau, mais la punition est encore trop douce.
J’agite mon bassin, le pousse vers lui, quémandant muettement qu’il assouvisse l’appétit de ce démon qui attend qu’il me défonce, qu’il me marque encore une fois.
— Archer ! grogné-je en rejetant la tête en arrière, arqué contre sa bouche qui ne semble pas vouloir m’obéir.
Tout ce que je récolte en retour est un ricanement machiavélique et ses doigts sur ma queue.
Déchaîné, il me maltraite, joue de mon impatience et me porte de plus en plus vite, dans un rythme désaxé, sans logique, toujours plus près de l’orgasme, mais ne me l’autorise jamais.
Un grognement éraillé s’échappe à nouveau de ma bouche. La sueur suinte de ma peau et mon corps se met à trembler, poussé à bout, frôlant ses propres limites. Mon poing sur les draps se resserre et ma gorge s’assèche.
Puis enfin, ses lèvres quittent mon anus et je le sens se relever derrière moi. Le bruit de son jean chutant à ses pieds sur mon plancher me fait gémir par anticipation.
Il trouve sa place entre mes muscles et m’empale sur son membre sans prendre la peine d’user de douceur.
Je lâche un soupir de soulagement en accusant son attaque brutale et directe.
Ma tête se met à tourner alors qu’il me pilonne. Fort. Dans de grands mouvements, amples et fluides.
Me sentant envahi, merveilleusement occupé de la tête aux pieds, j’ai l’impression qu’il percute mon corps tout entier à chaque attaque et je défaille. Mon sang bat contre mes tempes et mes tympans n’entendent plus que cette foutue basse sensuelle et vibrante qui s’empare de mon cœur au bord de l’arythmie.
Sa main se pose sur mon épaule. Large et imposante. Il effleure ma nuque. Passe sa paume sur mon cou. Et continue de me pilonner sans pitié.
Je pars, je quitte mon propre corps pour m’envoler dans un endroit où plus rien n’a de sens. Entre la brutalité de son assaut, sa main qui me flatte le cou, et ma détermination à ne pas flancher, à ne pas laisser aller mon bras pour ne pas chuter sur mon matelas, je ne sais plus à quoi me raccrocher. J’ai presque envie de pleurer parce que j’aime trop ce qu’il m’inflige. Parce qu’il me perd dans son univers. Parce que je sais que je deviens accro et que ça n’est absolument pas bon. Parce que je prends un pied d’enfer et que je me sens de plus en plus dépendant de la luxure dans laquelle je me baigne avidement.
Tout à coup, il se fige, m’imposant la même trêve. Le cœur battant, la bouche asséchée, au bord de l’orgasme, je me tourne légèrement, cligne des yeux, incapable de comprendre ce qu’il attend et en me tordant un peu plus le cou, je découvre son regard, dévorant, éblouissant de passion, fixé sur moi.
Sans prévenir, il se penche, m’enlace et trouve mes lèvres pour m’emporter dans un baiser aussi tendre que dévastateur.
Je jouis dès qu’il me balance un nouveau coup de bassin contre les fesses et que sa queue heurte pour la énième fois ma prostate.
Il s’agite encore un moment, mais perché dans mon orgasme, j’ai perdu la notion du monde qui m’entoure.
Je le sens se perdre en moi, à un moment donné, embrasser mon épaule valide puis se redresser, et enfin, me délaisser.
Fébrile, je ne remue même pas un cil, incapable de comprendre ce que je suis censé faire à l’instant.
Ses mains se posent à nouveau sur mes hanches, mais cette fois, elles me guident pour m’allonger sur mon lit. Après qu’il a remonté son jean, je retrouve son visage totalement fermé penché sur le mien une fois qu’il m’a installé contre mes oreillers. Mon cœur reprend une course effrénée dans ma cage thoracique, bousculant mes côtes et mes blessures soudain à vif, dans l’attente de la suite. Avec lui, je n’arrive jamais à deviner à quoi m’attendre. Je sais que c’est en grande partie ce qui m’attire en lui, mais à cet instant, je n’ai pas envie qu’il s’amuse à ce petit jeu angoissant.
J’ai eu ce que je voulais, j’ai gagné la bataille, mais certainement pas le combat. Je ne nourris aucune illusion à ce sujet. C’est d’ailleurs pour cette raison que je redoute les mots qu’il va prononcer dès qu’il entrouvre ses lèvres trop sexy en prenant son temps.
— Ceci ne doit plus jamais se reproduire, déclare-t-il froidement sans me quitter des yeux. Jamais. N’oublie pas, je n’ai aucune limite. Dans le meilleur comme dans le pire. Et tu peux me croire, souvent, c’est le pire qui se produit. N’essaie pas de jouer. Ce n’est vraiment pas une bonne idée.
Il reste penché sur moi, attendant manifestement une réponse de ma part. Totalement perdu dans la foule d’émotions qui se baladent en moi, tiraillé entre les bribes d’un orgasme retentissant, mon corps douloureux et épuisé, et l’expression de pure colère qui émane de ses traits, je ne sais même pas quoi dire. Et de toute manière, je ne me sens pas capable de prononcer le moindre mot intelligible.
J’ai l’impression qu’il vient de m’annoncer la mort de quelque chose qui m’échappe.
Un néant sombre et douloureux s’engouffre en moi mais je refuse instantanément de laisser Archer le discerner.
Je fronce donc les sourcils en déglutissant discrètement.
— Alors, dans ce cas, ne viens pas me caresser lorsque je ne te demande rien.
Il pince les lèvres, l’expression de son visage trahissant son agacement, mais il récupère rapidement son masque impassible puis se redresse enfin, me laissant de l’oxygène dont j’ignorais manquer.
— Nous sommes donc d’accord.
Il n’attend pas cette fois et tourne les talons pour me laisser seul dans ma chambre.
Le corps pétri de douleurs, le cerveau loin de se trouver en meilleur état, je m’écroule entre les oreillers me sentant soudain atrocement vide et presque… démembré.
OceanofPDF.com