The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 41 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

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J’avoue que je n’attendais que ça. Rentrer chez moi et espérer souffler un peu. Passer une bonne partie de la journée à attendre que la petite se réveille, pendu au téléphone pour trouver de quoi accueillir convenablement les deux filles, m’a totalement vidé de toute énergie.

Je laisse le soin à Archer de fermer la porte derrière nous. Nous ne sommes que tous les deux, parce que j’ai considéré que Gregory ne servait plus à grand-chose auprès de moi et que nous avions besoin de lui ailleurs. Comme pour aider les deux filles Williams en ne les quittant pas d’une semelle et se montrer à leurs petits soins. Il doit d’ailleurs aller acheter quelques vêtements pour elles. Dès la sortie d’Awa, elles seront recueillies par une famille d’accueil à la retraite, la cousine de Pablo et son mari, qui n’ont pas hésité un seul instant à accepter de donner un coup de main. Sylhia étant en âge de vivre seule, et après la leçon qu’a reçue leur beau-père, je crois que nous ne risquons pas grand-chose. Ce qui ne m’empêche pas de les garder en sécurité avec mon garde du corps.

Juste le temps de trouver mieux.

Je balance mon sweat sur un fauteuil dans le salon puis me dirige vers la cuisine pour récupérer deux verres, un paquet de chips et… le whisky d’Angel, puis tout caler sous mon bras pour aller m’installer au salon. Parce qu’après une journée pareille, je crois que nous avons tous besoin de décompresser.

Et tant pis s’il n’est même pas seize heures. Tant pis si j’ai du boulot. Et tant pis si je me trouve seul face à Archer et que le monde entier pourrait bien y trouver quelque chose à redire.

Ce dernier se dirige d’ailleurs vers son chantier du bout du couloir, comme d’habitude, sans un mot. Retranché derrière son silence.

Je l’observe un instant, parce que je crois que je suis devenu un pro dans cet art, puis je laisse échapper un grognement bruyant qui l’interpelle. Il se tourne vers moi, machinalement, et je crois lire en lui qu’il regrette aussitôt.

Parce qu’il s’est acharné à m’ignorer depuis l’épisode Williams. Dans la voiture, dans la salle d’attente de l’hôpital, puis dans la voiture, encore… Aucun regard, même pas un noir ou belliqueux. Rien.

L’animal blessé a perdu de sa confiance en lui, c’est une évidence. Le moment pour moi de le pousser encore un peu, car je n’oublie, au-delà de tout le reste, que derrière nous, mon père guette et attend. Il attend des réponses, des justificatifs. Des raisons pour ne pas le coffrer une bonne fois pour toutes et éblouir tous ses électeurs potentiels d’un tel coup d’éclat.

— Et si on prenait un verre ? Tous les deux. Imaginons qu’on recommence ? Bonjour, je m’appelle Rafael, j’étudie le droit, et toi ? Ou peut-être que nous pouvons prétendre que nous sommes à Noël et, car même les pires guerres s’accordent des trêves durant cette période, nous devons nous en accorder une, nous aussi. Ou… peut-être peut-on envisager que ma peau est plus blanche que de la nacre et mes cheveux blond vénitien. Tu veux que je me rase la tête, éventuellement ? Si ça peut aider à se projeter ? Les sourcils aussi peut-être ? En revanche, je garde ceux entre mon bide et mes couilles, parce que ça fait viril et que je kiffe, si ça ne te dérange pas trop, bien entendu !

Je fais semblant de vouloir me lever et soudain, je m’arrête en plein mouvement, car… il ricane. En vrai. Naturellement. Ses lèvres, même, s’étirent dans une sorte de sourire qui l’illumine un quart de seconde…

J’en reste bouche bée. Et pendant que je beugue prodigieusement, il vide ses poches sur la table basse. Son portefeuille. Le carnet dans lequel il dessine. Son téléphone. Deux trois trucs sans importance. Et il s’assoit. Juste face à moi.

Son regard plonge au fond du mien et provoque un frémissement le long de mon corps tout entier. Débutant sur ma nuque, longeant ma colonne, vibrant entre mes jambes et se fanant dans mes orteils.

Son sourire se fige, puis disparaît bien trop vite, laissant le champ libre à son indécrottable mine renfrognée.

— Je crois que je vais aller me rendre aux flics, déclare-t-il, finissant définitivement de briser mon état fébrile.

— Je te demande pardon ?

La douche froide qu’il m’assène ravive mes sens et mon inexorable esprit de rébellion.

— Je te l’ai dit, je n’ai pas de limite, Rafael. Alors, je le prends, ce verre avec toi, et ensuite je retourne voir cet inspecteur et…

Ah, mais non ! Absolument pas possible que ça se passe comme ça.

— Et quoi ? m’emporté-je, épuisé de cet ascenseur émotionnel bien trop virulent à mon goût ces derniers temps. Tu vas faire quoi, là-bas ? Dire que tu m’as amoché la tronche et que tu mérites d’être enfermé ? Je n’ai pas porté plainte, donc, pas possible. On n’arrête pas les gens sans plainte. Et Williams ne portera pas plainte non plus. T’as cru que l’hôtel de police était un véritable hôtel ou quoi ? C’est pas vraiment le concept du truc, en fait !

Et surtout, si tu mets les pieds là-bas, mon père et ses acolytes te mettront le grappin dessus et je ne pourrais plus rien pour toi. Plus personne, d’ailleurs, ne le pourra.

Je sens Archer tellement sur le fil. Se retrouver enfermé avec d’autres délinquants le ferait repartir dans sa colère de plus belle. Et… même si ce n’est pas mon problème, techniquement, même si ce n’est pas à moi de décider pour lui, je ne peux pas non plus le laisser faire sans tout tenter pour l’en dissuader.

— Mais tu attends quoi, de moi ? soupire-t-il d’un ton épuisé. Ne me dis pas que tu crois encore que je suis un enfant de chœur. Ou, que peut-être je pourrais représenter ta bonne action de l’année. Je ne suis pas un mec qu’on sauve, Rafael. C’est tout l’inverse. Je ne veux pas l’être, tu comprends ? Je ne veux pas vivre comme si tout allait bien.

— Pourquoi ? C’est si douloureux que ça, Archer Connors, de sourire parfois et de s’autoriser un peu de bonheur ? Depuis combien de temps ? Depuis combien de temps n’as-tu pas respiré, vraiment ? Et tes seules inspirations, tu les trouves où ? Dans les coups ? Dans la violence ? Tu sais que ce n’est pas vivable ? Que tu te tues toi-même à chaque fois que tu heurtes quelqu’un ?

Il se met à ricaner froidement en attrapant la bouteille entre nous et nous sert calmement deux grands verres avant de la reposer, pensif.

— Et ça te donnerait quoi, de connaître ce pourquoi ? Tout ce que tu as besoin de savoir, c’est que je ne serai jamais un mec pondéré ou cool. Ce n’est pas dans mes gènes. Ce n’est même pas ce que j’attends de ma vie.

— Et donc, tu attends quoi ?

Je le harcèle de questions, parce que même s’il pense rester intouchable, à cet instant précis, il répond. Nous entrons dans une véritable conversation, chose qui n’est absolument jamais arrivée. Et je pressens tellement nettement que les choses qu’il a à raconter seront touchantes que je ne laisse pas passer ma chance.

— Plus rien. Je ne demande rien, à personne, et je n’attends même pas à ce que quelqu’un comprenne.

Il vide son verre cul sec pendant que je récupère le mien en l’observant. J’observe son visage, j’observe ses yeux. J’observe ses mains, j’observe sa pomme d’Adam lorsqu’il avale l’alcool. J’observe encore son regard lorsqu’il repose le verre. J’observe, parce que je pourrais passer mon temps à ça. Pour comprendre. Pour apprendre. Pour apprivoiser ce mystère qu’il représente. Pour tenter de soulever le voile et de percer son cœur qui semble totalement étouffé.

— Qui t’a fait ça, Archer Connors ? murmuré-je alors que nous nous fixons longuement. Qui a brisé tes rêves ? Qui a dérobé la clé de ta sérénité ? Tu voulais savoir ce que j’attends de toi ? Eh bien c’est juste ça. Cette réponse. J’en ai besoin.

— Pourquoi ? répond-il sans jamais me lâcher du regard.

L’atmosphère s’alourdit peu à peu autour de nous. Elle se remplit d’électricité. D’une tension que je commence à bien connaître, puisqu’elle s’installe très souvent lors de nos tête-à-tête. De nos face-à-face, devrais-je plutôt dire. Simplement, les autres fois, la colère règne en maître durant ces moments. Alors que là… tout est calme. Presque trop. Il en devient encore plus impressionnant. Pas emporté, pas furibond, pas à se retrancher derrière ses poings ou ses insultes.

Encore plus… envoûtant.

— Pourquoi j’ai besoin de savoir ? reprends-je après avoir bu une gorgée du whisky de mon cousin. Parce que tu m’as frappé. Parce que je veux comprendre ce qui t’a permis de penser que tu en avais le droit. Et parce que je crois que je mérite ces réponses, tu me les dois. Et j’en ai besoin. Vraiment.

Il laisse passer un instant avant de répondre. Nos regards toujours entremêlés. La tension qui s’installe, de plus en plus évidente, de plus en plus grisante, me fait tourner la tête aussi sûrement que le whisky à déboucher les boyaux d’Angel.

— Des questions, on en a tous, Rafael. Le problème c’est qu’en revanche, on cherche toujours leurs réponses. Parfois on ne les obtient jamais. C’est la vie.

J’essaie de lire entre les lignes. De le comprendre vraiment. J’ai bien assimilé le fait qu’avec Archer, il ne fallait pas se contenter de ce qu’il voulait bien dire. Il faut creuser si on veut s’approcher de ce qu’il est vraiment. Je crois qu’il n’agit pas ainsi volontairement. Je pense plutôt que personne ne lui a jamais appris à discuter. Je veux dire, réellement. Du fond de ses problèmes.

— Tu as eu ta réponse, toi. Tout à l’heure. Chez les Williams. N’est-ce pas ?

Il claque brutalement son verre contre la table et s’apprête à se lever alors que je sursaute sous ce choc inattendu.

— Je vais arrêter là. Tu as eu ton verre, nous avons parlé, c’est parfait. Tout le monde est content.

— Nous avons parlé mais tu n’as rien dit ! m’empressé-je de répondre en me levant d’un bond pour le rattraper alors qu’il tente de récupérer ses affaires sur la table.

Ma main attrape la sienne et machinalement, je l’attire à moi en continuant.

— Tu ne me dis pas pourquoi tu as défoncé Williams. Pourquoi tu m’as écouté lorsque je t’ai demandé d’arrêter. Tu ne m’as pas dit qui est Juan ni pourquoi tu as cru que j’étais lui. Et moi, je ne t’ai pas expliqué non plus que j’attends de toi que tu me respectes, que tu ne me vois pas comme un punching-ball, que tu me considères.

— Je ne te le dis pas parce que je ne veux pas !

Cette fois il s’emporte et tente de s’arracher à ma poigne, mais je ne le lâche pas. Il chancèle dans sa volonté, je le sens. Et puis, tout à coup, il attrape mon col et m’attire contre lui.

 

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