The Origin Of Violence (French Edition)
+3 Rafael
— Tu devrais carrément aller t’installer sur le trottoir, soupire Angel derrière moi. Au moins tu n’aurais pas mal au cou !
Accoudé au balcon, je préfère l’ignorer et relever les yeux vers le ciel. À force de regarder en bas, j’ai le tournis.
— On devrait aller prendre un verre, parce que j’ai encore mal au crâne ! continue Angel sans se soucier d’avoir mon attention ou non.
— Vas-y sans moi.
Celui qui me fera bouger mes fesses de ce balcon n’est pas encore né.
— Tu sais que ton attitude est ridicule ? Et ne crois pas que je ne suis pas touché par cette fixette que tu entretiens merveilleusement depuis le procès en essayant de ne rien montrer.
— Si tu continues comme ça, je crois que je vais t’accrocher au balcon pour faire le guet à ma place. De toute manière, je n’ai rien d’autre à faire.
— Genre ! Si c’est uniquement ça ton problème, alors je peux y remédier. Tu pourrais me gratifier d’un massage du cuir chevelu, ou décider de nous payer une soirée mortellement arrosée pour fêter ton diplôme en petit comité. On pourrait aussi aller faire un tour à Protect’All, ou alors…
Je laisse échapper un grognement qui l’incite à se taire. Oui, bien entendu que je pourrais faire tout ça, ou même, juste, ranger mes cours et les enfermer dans un carton, me décider à choisir mon avenir, faire une machine, bref, peu importe, j’ai des trucs qui m’attendent un peu partout.
Le seul souci, c’est que je n’arrive pas à faire semblant une seule seconde de plus que je me fous de ce qu’Archer va faire aujourd’hui. J’ai tenu tout ce temps, je craque.
Je veux le voir, même pour qu’il me dise que c’est la dernière fois, je m’en fous. Mon besoin de le contempler, de peut-être le toucher, de sentir son être tout près du mien me dévore l’intérieur avec tant de force que j’ai envie de me rouler par terre en me tordant de douleur et ainsi tenter de soulager ce mal qui me ronge les nerfs et me perfore les muscles.
J’en ai besoin et rien ne vient.
Ma fureur, cette colère noire que je refuse d’alimenter depuis qu’il m’a quitté sans me demander mon avis, reflue en moi comme une vague trop immense et destructrice, impossible à éviter.
— Tu sais qu’il est en train de te gâcher ton moment, là ? insiste mon cousin en se rapprochant de la rambarde sur laquelle je suis littéralement accroché, un verre d’eau à la main.
Sans déconner ?
Cette fois je me retourne vers Angel en m’apprêtant à céder. Mais j’imagine déjà mon humeur si jamais je sors d’ici. Je visualise extrêmement précisément le stress monter à l’idée que je loupe la venue éventuelle d’Archer durant chaque seconde que je passerais loin d’ici. Je devine mon angoisse à mon retour devant l’incertitude de l’avoir manqué.
Oui, non, pour la sérénité de tout mon univers, il vaut vraiment mieux que je ne bouge pas et que je reste à attendre pathétiquement ici.
— Dis-toi que je t’épargne. Va vivre ta vie, moi, je vais attendre que la mienne réapparaisse.
Il soupire. Je vais me préparer un énième café.
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