The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 25 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

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— Non, mais ralentis, faut tourner, là !

Je le savais ! Je le savais que lui filer les clés de ma BMW était une idée pourrie.

Accroché à mon siège de la main gauche, je serre littéralement les fesses alors qu’il amorce le virage sans même faire semblant de freiner. Nous rejoignons le quartier le plus défavorisé de la ville, celui dans lequel vit Awa et tant d’autres. J’observe les immeubles tagués, défoncés çà et là. Les devantures protégées par des rideaux de fer et les groupes de types entassés à différents coins de rues.

Je n’aime pas ce coin. Je sais qu’il ne m’aime pas non plus, d’ailleurs. Mon visage, certains de ces hommes commencent à le connaître, et si pour une partie d’entre eux m’apprécie, pour beaucoup d’autres, je représente une menace. L’association que je dirige, Protect’All, arrive à faire bouger les choses pour les plus démunis, de manière légale ou non. Souvent, nous utilisons les uniques règles qui comptent ici, à savoir, celles du quartier. La manière forte et répréhensible, selon mon père. La seule qui fonctionne réellement. Cependant, en agissant ainsi, forcément, nous ne nous sommes pas attirés que des amis. Loin de là, même.

Nous avons dégagé certains immeubles de gangs squatteurs en débarquant de nuit, déjoué à grand renfort de menaces un petit trafic de dealers qui sévissait au sein d’un collège du coin. Nous avons aussi délogé certains maris abusifs, sauvé quelques femmes en détresse. Bref, je ne suis pas le bienvenu ici, et ma voiture commence à être connue. J’aurais peut-être dû utiliser celle que mon père vient de m’offrir. Ou pas, si je considère la manière de conduire d’Archer.

Quoi qu’il en soit, le problème ne réside pas dans mon choix de véhicule. Certains regards peu avenants se posent sur nous à notre passage et j’admets que je préférerais me trouver ailleurs, à cet instant précis.

— Merde !

Archer pile lourdement avant d’enclencher la marche arrière car le GPS lui demande d’effectuer un demi-tour.

— J’ai loupé la rue !

Donc, il recule en pleine artère passante ?

Ce type est un danger public, peu importe la situation. Je suis bien content qu’Awa soit totalement plongée dans un épisode de je ne sais quel dessin animé sur mon téléphone. Les écouteurs sur les oreilles, les yeux rivés sur l’écran, la pauvre n’a pas conscience qu’elle risque sa vie à ce moment même et c’est parfait. Pas besoin d’être deux à flipper.

Il arrive enfin à l’intersection et s’y engage en accélérant à nouveau. Un piéton tente de s’engager sur la chaussée devant nous.

— STOP !

Je hurle en me recroquevillant sur moi, déjà pétri d’effroi par la catastrophe qui arrive.

Il braque à droite, grimpe à cheval sur le trottoir et frôle le cul du mec qui pousse un cri, je crois.

Obstacle évité.

Ce mec est cinglé !

— Il a qu’à regarder où il fout les pieds, ce black de mes deux !

Il faut vraiment qu’il arrête avec sa manière de parler des gens, parce que je me sens à deux doigts de lui balancer mon unique poing valide dans la tronche.

— Eh ! C’est Marcus ! s’exclame Awa saucissonnée contre le siège avec sa ceinture de sécurité. Tu parles pas de lui comme ça, il est gentil ! Et toi t’es co…

— Ta gueule morveuse !

— Je t’interdis de lui parler comme ça ! m’emporté-je en me redressant sur mon siège alors qu’il daigne s’arrêter à un feu rouge. Comme je te l’ai déjà expliqué, elle a droit à bien plus d’égards que toi et moi réunis, d’accord ? Et toi, Awa, remets tes écouteurs sur tes oreilles et regarde la fin de ton épisode, on arrive dans quelques minutes.

Elle obéit sans broncher, ce qui est déjà un point positif, parce que je sens que la suite va encore être une conversation relevée et tellement délicieuse. Avec lui, je m’attends aux pires horreurs qui soient.

Il se tourne vers moi, son avant-bras posé sur le volant et sa seconde main sur sa cuisse.

— Ouais, en revanche, ce que tu ne m’as pas expliqué c’est la raison pour laquelle je devais respecter cette gamine qui me traite de con à longueur de temps et bousille mon carnet de travail sans demander la permission. Quoi, elle est diplômée de Harvard la gosse ? Elle a découvert le vaccin contre la connerie ?

Je lève les yeux au ciel devant les propos totalement ridicules qu’il tient.

— Non, on n’en est pas là. T’as vu le quartier où elle vit ? Son beau-père la frappe et viole sa sœur. Leur mère est décédée il y a quelques années maintenant. Nous avons voulu les pousser à porter plainte, mais Sylhia refuse de le faire et Awa est trop petite pour être prise sérieusement en considération. Et les services sociaux, je n’en parle même pas, ils ont peur de tout et de tout le monde, et finalement, ils ne brassent que de l’air dans le coin. De toute manière, ce n’est même pas le problème. Elles n’ont nulle part où aller si Henry, leur beau-père, disparaît. Il les a reconnues toutes les deux, par ailleurs, et donc, il reste leur responsable légal.

Il m’observe un moment, sans prononcer un seul mot, mais l’expression qu’il arbore laisse présumer une partie de ses pensées. Manifestement, il ne semble pas plus ému que ça par cette histoire poignante, à mon sens. Le destin tragique des gens, l’injustice, me rendent malade. Lui, apparemment, il s’en fout pas mal.

— Y a quelque chose qui te touche, à part ta propre petite personne ? ne puis-je m’empêcher de demander alors qu’il redémarre d’un coup sec.

— Ouais. Mais pas ça, désolé, répond-il d’un ton soudain glacial. Avec ces gens-là, on peut s’attendre à tout, d’après mon expérience.

Cette fois, il va trop loin.

— Qu’est-ce que tu entends par « ces gens-là », exactement ? Qu’est-ce que tu sous-entends ? Qu’elles l’ont cherché ? T’es vraiment aussi bouché que t’en as l’air, en fait !

— Et pourquoi ne pas l’imaginer ? marmonne-t-il entre ses dents en accélérant à nouveau, visiblement agacé.

Il me laisse sans voix. Cette fois, pas parce que je crains de bégayer, mais parce que…

— Tu veux dire que tu penses, sérieusement, que Sylhia souhaite peut-être réellement que son beau-père la viole, c’est ça ? Non, mais t’es complètement con, mec ! Désolé, mais je ne trouve pas d’autre mot !

Il freine subitement, sans prévenir, dirige la voiture vers une place de stationnement puis, une fois arrêté, il se tourne vers moi, le visage tendu par la colère.

— Et qu’est-ce qui m’empêche de le penser, exactement ? Qu’est-ce que t’en sais, après tout, de ce que souhaite cette gonzesse, hein ? T’arrives là, tu penses que tu peux sauver tout le monde et tu décides qu’elle doit porter plainte, mais elle refuse de le faire, pour des raisons pourries. Ça ne t’interpelle pas, ça, monsieur je sais tout ?

— Comment peux-tu juger ses raisons comme pourries puisque je ne te les ai même pas expliquées, demandé-je, soupçonneux. Et…

Je le dévisage un moment, et il ne me quitte pas de son regard noir et furieux. Je n’arrive même pas à répondre à sa théorie complètement hallucinante. Je ne trouve pas les mots parce que… Il n’y a rien à dire, en réalité.

— Je les imagine, ses putains de raisons, faut pas être un génie pour les deviner. Dans tous les cas, tu te mêles d’un truc auquel tu ne connais rien. C’est peut-être pas ta culture, mec, et encore, ça reste à prouver, mais c’est peut-être la leur ! complète-t-il avant de se concentrer sur la route en redémarrant.

— Leur « culture » ?

J’hallucine de nouveau.

— Ce sont des êtres humains, poursuis-je en me redressant sur mon siège. Elles ont le droit de choisir, et dans tous les cas, dans l’éventualité où elles croiraient qu’elles désirent que tout se passe ainsi, ce serait de toute manière de l’inceste et de la manipulation. Et, merde ! Ce n'est pas une culture, putain ! C’est du viol ! Du VIOL ! Tu comprends, ça, putain de merde !

Je m’énerve, je hurle, et j’attends qu’il fasse de même, parce que c’est de cette manière que nous interagissons depuis ce matin.

Cependant, contre toute attente, il ne réplique rien. Pas un mot. Il ne me jette même pas un coup d’œil et reste concentré sur sa route. Le visage on ne peut plus fermé.

Le silence se fait dans la voiture et même Awa ne prononce pas un mot. Je me rends d’ailleurs compte que je ne devrais pas hurler comme ça devant elle, encore moins employer certains mots. Même si elle a les oreilles protégées par le casque, je suppose que je crie plus fort. Mais ce type est tellement irritant qu’il me fout les boules.

Une culture ?

Putain !

— Tu n’en sais rien ! rétorque-t-il, finalement d’une voix blanche. Tu n’en sais foutrement rien. Que dalle !

Je suis presque choqué par le coup d’œil noir qu’il me lance. Cette fois, il n’est pas empreint de colère ou de fureur, mais de quelque chose d’autre que je n’arrive pas à traduire. Comme si le sort des filles Williams lui importait, alors que je sais pertinemment qu’il s’en fout.

Et parce qu’il reste ancré dans une humeur glaciale et renfermée, je n’arrive même plus à répondre ou à tenter de lui expliquer que sa théorie est totalement stupide.

Je n’en sais rien ?

Mais il se passe quoi dans sa tête, à lui ?

 

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