The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 44 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

35 Archer

 

 

— Archer ! Ce papillon est vraiment trop… Les couleurs que tu as données à ces ailes sont… Merci !

Lavinia se jette à mon cou en sautillant de joie et plante un baiser sur ma joue d’un air heureux.

Puis elle recule légèrement la tête, laissant volontairement ses bras enroulés autour de ma nuque. Son regard frôle le mien.

Je sais ce qu’elle attend. D’ordinaire, je ne me dérange pas pour exécuter ce qu’elles attendent de moi. Comme si je m’étais programmé volontairement selon les rites ancestraux des bons vieux machos américains que revendiquent tous les membres d’Origin’s.

Ici, chacun sa place, chacun son rôle. Lee se montre assez clair dans sa vision des choses.

Virginia ou pas Virginia dans ma vie, je devrais me foutre de mon statut de mec casé et emporter cette nana, l’une de ses meilleures amies d’ailleurs, dans mon arrière-boutique et la culbuter sur mon canapé.

D’autant plus que je viens de tatouer l’intérieur de sa cuisse. Elle pouvait demander l’épaule, le dos, les bras, le ventre… tout. Elle a choisi de me condamner à rester penché pendant quatre heures le visage et les mains presque collés à son minou alors qu’elle restait les pattes écartées.

Je ne nourris pas beaucoup de doute quant à ses intentions profondes à mon sujet.

Cependant, ce midi, alors qu’elle presse sans pudeur sa poitrine contre mon torse, que ses yeux me dévorent sans équivoque, rien ne se déroule comme ce à quoi je les ai toutes habituées. J’attrape ses hanches et l’écarte de moi fermement pour me lever du tabouret sur lequel j’étais perché. Je retire mes gants, les balance dans ma poubelle et quitte mon box sans me retourner.

— Je te laisse te rhabiller.

— Ah, OK…

Elle est sans doute dépitée, mais c’est franchement le dernier de mes soucis. Je crois que j’en ai marre de jouer la comédie.

Elle ne me fait pas bander. Pas plus que les autres. Enfin, si… ce n’est pas totalement exact. En me concentrant un peu, je pourrais réussir à la lever plus que correctement. Lavinia propose un cul sympa et a réussi à se forger une réputation plutôt flatteuse au sein du clan. De quoi garantir un bon moment. Mais non. Je ne réagis pas.

Et ça me fait particulièrement chier de le constater.

Je commence à croire que rester détaché de tout ce qui peut se dérouler au cours de sa vie, comme je m’y employais avant, est une solution moins éprouvante que s’autoriser à ressentir.

Depuis avant-hier, je doute. De tout. Enfin, juste de l’essentiel. À savoir, à propos de Rafael.

Je suis persuadé que je lui ai donné de quoi réfléchir correctement à mon sujet. Forcément que s’il se pose la bonne question, à savoir si je suis digne de confiance à propos de mes agissements, il va en conclure ce qu’il doit. Il va comprendre que je ne suis qu’un pourri et qu’il ferait mieux de me classer dans la case de ses ennemis plutôt que de vouloir se percher sur ma queue pour s’envoyer en l’air.

Il doit comprendre par lui-même qu’il n’a rien à faire avec moi. Tout seul, comme un grand. Parce que quand c’est moi qui tente de lui faire comprendre, et je crois que j’ai usé de tous les moyens dont j’étais capable pour y arriver, il ne capte pas.

Il espère, encore et toujours. Il essaie tellement fort de trouver en moi quelque chose à sauver qu’il en devient aveugle.

J’ai tout tenté, vraiment. Sauf le mensonge. Parce que comme face à ma mère, je n’arrive pas à dire les choses qui les repousseraient à jamais. Je n’arrive pas à poser les mots, à m’accuser moi-même, à m’enterrer à leurs yeux.

Au mieux, je laisse planer les doutes et les vérités qui pourraient effrayer, mais l’un comme l’autre semblent ne pas vouloir entendre.

Je devrais m’en foutre.

Mais non.

Avant, seules mes relations avec ma mère me posaient de véritables problèmes, et avec le temps, j’ai réussi à les ignorer. Mais avec Rafael ?

J’ai l’impression que je dois tout recommencer.

Donc, j’aimerais qu’il fasse le job tout seul. Qu’il décide qu’il ne peut que douter de moi et que je ne mérite pas son attention.

Qu’il me foute la paix.

Simplement…

S’il en est arrivé là, tout seul dans son coin, alors pourquoi ne suis-je pas en taule ? Mon bracelet GPS est toujours accroché à ma cheville, et donc, je suppose que tout le monde sait que je ne me rends plus chez lui. Sans avoir prévenu, sans avoir d’excuse.

Pourtant, je suis là, je tatoue, je pionce sur mon canapé, et pas l’ombre d’un flic de Memphis dans les environs.

Arrivé à la banque d’accueil de ma boutique, je pousse Sammy pour accéder à l’ordinateur et enregistrer le tatouage de Lavinia.

— Ça fait quatre heures, mais compte trois, annoncé-je à Sammy lorsque ma cliente nous rejoint, l’air dépité, sa carte bleue à la main.

Mon pote, enfin, je ne sais même plus si je peux le considérer comme tel, saisit sa carte sans faire de manières et enregistre la transaction pendant que je valide le truc sur mon logiciel de compta.

Elle part sans s’éterniser, ce qui me convient très bien, puis nous nous retrouvons seuls, tous les deux.

Comme depuis plusieurs jours, Sammy me considère à peine, ou en tout cas, ne le fait pas devant moi. Je sais qu’il m’observe. Qu’il se demande intérieurement s’il peut toujours me considérer comme son mentor ou pas.

Le problème, mon problème plus précisément, c’est que je porte le même nom que Lee. Si ça n’avait pas été le cas, je serais déjà mort. J’en connais trop pour qu’ils me laissent vivre peinard, et si je ne m’appelais pas Connors, je n’aurais même pas eu le temps de tenter de justifier mes choix.

Là, je n’essaie même pas de leur servir des excuses. Au contraire, je les titille en agissant comme d’habitude, sans trembler un seul instant. Et personne ne bouge. Personne ne change vraiment ses habitudes non plus.

Ce matin, Gros Bob est venu prendre son café pour discuter des agissements dans le quartier négro de Little Rock. Dans une heure Virginia viendra avec son frère, elle se juchera sur mes cuisses et nous boirons une bière pendant que son frangin passera des coups de fil pour une livraison d’armes du côté d’Atlanta.

Tout roule.

Comme d’hab.

Mais chacune des personnes qui pénètre ici me scrute, prête à mordre. Il suffirait que Lee décide que je ne suis plus l’ami, le neveu-toutou qu’il a toujours espéré en moi, et en deux minutes, je me retrouverais égorgé sur mon carrelage à damier, mon sang s’éparpillant autour de moi sans que personne ne cherche à me sauver.

Ce serait l’unique solution. Je me suis persuadé, depuis ce jour où je suis monté dans la voiture de Lee il y a cinq ans, que toute cette histoire finirait comme ça. J’ai parfois lutté contre mes certitudes, parfois non. J’ai adhéré à des choses parce que je pensais qu’elles me permettraient de contrôler cette douleur qui me dévore le bide. J’ai rechigné aussi, au cours de quelques moments de lucidité, parce que je savais que défoncer des tronches ne changerait pas ma vie en mieux.

Mais dans l’ensemble, quoi que j’aie pu espérer, la seule issue logique était déjà dessinée.

Sammy soupire lourdement alors que je vérifie mes stocks sur un présentoir et le silence continue.

Je lui tourne le dos. Volontairement. Pour qu’il se décide à me balancer une bastos. Ici, l’un de ses flingues attend sagement depuis des années qu’on l’utilise, planqué à portée de main dans un tiroir du comptoir, chargé, sans sécurité, prêt à tirer. Ce serait si simple.

Mais bien entendu, rien ne se passe.

J’attends.

Encore.

J’attends que l’ordre tombe enfin, mettant un terme définitif à ce cinéma ridicule.

La porte de ma boutique s’ouvre soudain et Lee apparaît, le regard sombre et un bandana accroché autour de la tête. Je le connais par cœur. Son bandana indique qu’il n’a pas jugé bon de se coiffer parce que trop préoccupé par autre chose. D’habitude, lorsqu’il le porte, quelqu’un rembourse une dette avant la nuit. Ou perd la vie.

Aujourd’hui, alors qu’il franchit l’espace vide de l’entrée de ma boutique, j’imagine que cette fois, je suis la cible. Son élément récalcitrant à effacer.

— Salut. Sammy, tu nous laisses !

Pas une question, mais un ordre auquel mon pote se plie sans discuter. Dès qu’il ferme la porte, Lee s’accoude à mon comptoir en me détaillant d’un regard obscur et tempétueux.

— Tu me poses un véritable problème, Archer, déclare-t-il en préambule.

Je ne perds pas mon temps à répondre, de toute manière, il n’attend rien. Je me demande plutôt ce que je pense de ce moment. Si je tremble et si j’ai peur.

Non.

Je ne crois même pas. J’ai plutôt envie qu’il en arrive au fait. J’en ai marre d’attendre. J’attends depuis bien trop d’années. Pour moi, la torture, le remboursement de ma dette à Juan a suffisamment duré. Je n’ai plus besoin de respirer, j’ai payé. J’ai la réponse à mes questions. Ce connard à qui j’ai démonté la gueule à Memphis a servi de clé. De dernière étape. Il m’a donné ma réponse, j’en suis persuadé.

Alors je m’adosse à mon étagère, je croise les bras et j’attends.

— Dis-moi simplement que tu n’es pas une saloperie de tapette, et j’oublie le reste.

Son regard me sonde assidûment et j’y lis qu’il espère encore. Qu’il croit que l’évidence se trompe, mais pas lui. Comme ma mère, finalement. Comme Rafael.

Pourquoi tentent-ils tous de déceler en moi leurs propres idéaux ? Je pensais que lui, au moins, n’attendait rien de moi.

Manifestement je me trompais.

Toutefois, je ne compte pas le tromper lui. Pas plus que les autres. Et ce moment avec Rafael dans son lit ne laisse plus de doute ni de déni en moi. À présent, j’assume ça aussi. J’aime les mecs et je ne compte plus faire semblant que ce n’est pas le cas. Choix totalement suicidaire, mais comme je l’ai dit, je ne dois plus rien à personne.

Je sais qu’à présent, je connais la vérité que j’attendais. Grâce à cet enfoiré de blanc qui touchait ses belles-filles. Elles ont dit non.

Juan a dit non lui aussi. Pedro n’a pas écouté. Juan était du bon côté. Juan m’aimait. De fait, il a compris que je voulais juste le sauver.

Il ne m’en veut plus.

Fin de l’histoire. Je n’attendais rien de plus.

Bien sûr, il reste ma mère, mais je sais que ma disparition la soulagera, sur le long terme. Je ne suis pas un fils qui égaie une vie. Je fais partie de ceux qui la compliquent un peu trop. J’aspire à ce qu’elle retrouve une paix qu’elle mérite amplement.

Je reste donc silencieux puisque je ne peux pas prétendre que je ne suis pas une pédale. Je n’en ai pas envie.

Il soupire en comprenant enfin véritablement, vacillant entre la colère et la déception.

Puis il serre les poings en me lançant un regard meurtrier. Je m’attends à ce qu’il agisse et machinalement je desserre mes bras, par pur réflexe, pour me préparer à la suite.

Cette fois, nous y arrivons. Le dernier combat.

Je me sens tellement prêt.

— Je me doutais de ta réponse, déclare-t-il en se redressant. J’ai sollicité une entrevue avec Davis. Dès que j’ai la date, je te préviens. C’est à lui de savoir ce que nous allons faire de toi.

Putain !

Il ne pouvait pas juste me tirer une balle entre les deux yeux ?

 

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