The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 3 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

Archer (-2)

Jonesboro, juin.

 

Je n’ai peut-être que seize ans, mais déjà, il y a une chose dont je suis persuadé. Il n’y a rien de plus beau que des iris bruns, presque noirs, si sombres que j’ai l’impression de toucher l’infini lorsque je me prends à plonger dans leur abyme.

— Archy ? Tu m’écoutes ?

— Mm…mm…

Je pose mon coude sur le bord du bureau et laisse un sourire songeur s’accrocher à mes lèvres. Juan fronce les sourcils, provoquant un nouvel éclat dans l’ébène de ses yeux.

Mon cœur s’emballe et j’oublie totalement la raison de ma présence dans sa chambre.

Devant nous, des bouquins de cours sont ouverts sur la leçon du jour, que nous devons apprendre et comprendre.

Rien à foutre.

Mes pensées voguent ailleurs. Quelque part au cœur d’hier soir. Lorsqu’il m’a embrassé. Ou peut-être était-ce moi ?

Je dirais que nous sommes tous les deux coupables d’avoir succombé.

Et c’est merveilleux.

Merveilleux baisers, merveilleux frissons qui me parcourent alors que le parfum de son gel douche embaume l’air autour de nous.

Merveilleuse envie de me pencher et de capturer ses lèvres à nouveau.

J’aime un mec, je crois.

Follement.

Totalement et démesurément.

Depuis si longtemps.

Juan, mon voisin, mon ami, mon meilleur fantasme. J’aime tellement qu’il prenne tous les rôles.

— Archy ? fredonne-t-il en penchant la tête avec douceur. Tu sais qu’il est tard et que tu n’as plus que quelques heures pour tout comprendre ?

— Mm…mm… J’ai envie d’écrire un roman sur toi, réponds-je, hypnotisé par ses yeux. De le tatouer sur ma peau.

Juan s’esclaffe en secouant la tête, dépité, et rougissant légèrement.

— On fait des maths !

Je m’en fous.

Tellement…

Sans prendre en compte sa volonté de réellement m’aider sur cette matière qui dépasse mes compétences, je tends le bras pour caresser sa joue légèrement colorée par ses émotions.

Son regard couleur café se visse au mien, et mon cœur menace de succomber. Alors, je me penche jusqu’à lui et dépose un baiser sur ses lèvres.

Parce que ce qu’il m’a donné hier ne me suffit pas. Parce que j’en rêve depuis des mois, peut-être bien des années. Parce que c’est comme ça, et que je me fous du reste.

Il sourit, étrangle un soupir charmant, et laisse ma langue l’envahir en posant une main sur ma nuque pour m’interdire de repartir.

Embrasser Juan est comme s’envoler sur un nuage. Nos lèvres écrivent une mélodie dont nos cœurs sont les uniques métronomes.

— Viens, souffle-t-il entre deux couplets.

Sans plus d’explications, il m’entraîne sur son lit. Nous nous allongeons et reprenons nos baisers alors que mon corps commence à frémir dangereusement.

L’appréhension, le désir et surtout le bonheur bouillonnent en moi et toutes les dernières barrières qui me retenaient s’écroulent lamentablement.

Juan pose sa main sur ma hanche et je me rapproche de lui jusqu’à m’encastrer à son corps, mon érection écrasée contre sa cuisse.

Nos bouches n’arrivent plus à se lâcher. Nos souffles tournent court. Ses mains, les miennes. Ma peau qui devient moite. La sienne qui m’embrase. Le bout de ses doigts sous mon tee-shirt. Nos jambes qui s’emmêlent.

— Archy.

Mon surnom dans un souffle. Cet accent qui le fait chanter sur sa langue. Mon bassin qui s’emporte pour assouvir ce besoin incandescent qui s’accumule au bas de mes reins.

J’ai envie de lui… trop.

Mon cerveau se noie et la plume qui écrit notre histoire entame une nouvelle page.

Je le pousse pour m’installer sur lui en retirant mon tee-shirt. La passion déferle en moi et je l’embrasse, encore et encore, avide de lui, pressé de fondre en lui, impatient de tout partager avec lui.

Un simple regard, un nouveau plongeon dans ses iris ensorcelants, et je laisse ma main voyager vers son sud, s’imposer entre nous, passer l’élastique de son short et enfin, empoigner son érection ferme et imposante.

Mon meilleur ami laisse frémir un soupir sur ses lèvres. Son corps se tend et ses paupières se ferment un instant.

— Archy ? Tu es certain ?

J’aime tellement sa voix. La manière dont il prononce mon nom, avec cet accent infime qu’il a gardé de son pays. Ses mains se crispent sur mes épaules et j’adore déjà le voir partir dans un nouvel univers. J’adore encore plus le fait que je sois celui qui lui paie ce voyage. Depuis le temps que je ne pense qu’à cet instant…

J’ai envie de le faire durer si longtemps. Qu’il ne finisse jamais.

Il écarte ses cuisses sous moi et je m’installe un peu mieux. J’enfouis mon nez au creux de son cou en découvrant ce que c’est de caresser un autre mec que moi.

Je ne suis pas puceau, mais Juan est le premier garçon que je touche. Le premier homme qui me fait bander. Le premier, et surtout l’unique. Bien plus excitant, intéressant et merveilleux que les conquêtes que j’ai déjà à mon actif.

Je hume son odeur naturelle de mec. Je frotte ma joue contre la sienne, un peu rugueuse, et ça m’excite encore davantage. Au point que je me laisse prendre au désir de le mordre. Je plante mes dents sur son lobe et provoque un sursaut chez lui.

— Mais aïe ! couine-t-il en me repoussant. Je ne suis pas ton casse-dalle, Archy !

Je me laisse tomber à côté de lui, ma main arrachée à son short malgré moi.

Je pourrais m’y accrocher, mais comme je l’ai dit, j’ai envie que ce moment dure le plus longtemps possible. C’est tellement bon d’attendre tout en profitant.

Je pose ma tête sur son oreiller en ricanant. Nos regards s’agrippent à nouveau et le silence revient dans sa chambre.

Ses doigts se posent sur mon menton, longent lentement mon cou et esquissent à sa base le contour de mon nouveau tatouage.

— J’aime bien celui-là, murmure-t-il, songeur.

Ma dernière création. Mon nouveau dessin.

— Ouais, je le kiffe pas mal aussi.

Pour ne pas dire que j’en suis ultra fier. Cette arabesque protège en fait un J dissimulé au milieu des couleurs. Il ne le saura jamais, mais j’avais besoin de le savoir ici, inscrit sur ma peau. Comme une sorte de talisman mêlé à une promesse.

Je suis un adepte des tatouages, j’ai réussi à convaincre ma mère de m’autoriser à en porter quelques-uns et tous ceux sur moi sont mes œuvres. Uniques et personnelles. Il sait déjà ce que signifie chacun d’entre eux, alors je ne m’étale pas sur le sujet. Je préfère me concentrer pour l’admirer sans me priver. Dans la pénombre de sa chambre, sous la lumière de sa lampe de bureau, je le trouve toujours plus beau, à chaque instant.

Je crois que je suis sacrément mordu de mon meilleur ami. À un point qui m’effraie moi-même.

Il baisse légèrement ses paupières et ses cils, longs et courbés, ombrent légèrement ses joues.

Voilà, j’ai encore envie de le toucher.

J’aime tellement tout de lui. J’en ai tant rêvé. Je n’arrive pas à faire durer, finalement.

Alors, je pose ma main sur son ventre et décide de relever son tee-shirt pour explorer son corps. Mais il attrape mon poignet lorsque mes doigts longent ses côtes et laisse échapper une grimace de douleur.

J’oublie instantanément mon état d’excitation avancée pour me laisser envahir par une colère froide et diffuse. Un autre sentiment qui ne me quitte plus depuis des mois, depuis que j’ai compris certains éléments de sa vie. Sentiment lourd et persistant que j’arrive de moins en moins à juguler. La rage. La haine. La fureur. Un savant mélange de tout ça.

— Ça date de quand ? grogné-je en retirant brutalement mon poignet de sa main.

Je soulève d’un geste déterminé son tee-shirt pour découvrir une tache violacée large et dégueulasse sur sa peau hâlée. Du bout des doigts, j’effleure l’hématome en refoulant un grondement de colère qui secoue mes muscles et tend irrémédiablement mes sens.

Il frémit discrètement, ce qui m’incite à écarter ma main pour arrêter de le torturer plus que nécessaire, et le laisser replacer ses fringues sur l’ecchymose.

— Aucune importance, chuchote-t-il en se penchant vers moi. On a mieux à faire que parler de lui !

Il tente de m’embrasser pour changer de sujet, mais je n’ai plus envie. La colère a déjà pris trop de place dans mon cœur et m’étouffe comme jamais.

Je l’aime tellement qu’imaginer qu’un homme ose lui faire du mal me rend dingue. Je pourrais…

— Archy ! me rappelle-t-il à lui. C’est bon, je te dis.

— Non, ce n’est pas bon du tout, putain ! Tu ne peux pas laisser le…

— C’est mon père ! me coupe-t-il, usant des mêmes mots que la dernière fois que nous en avons discuté.

Comme si ça justifiait tout. Comme si ce simple rôle autorisait la violence et l’acharnement. Mais c’est justement tout l’inverse, il me semble, merde !

— On n’a pas besoin d’un père pour survivre, Juan, marmonné-je en me laissant tomber sur l’oreiller. Regarde, le mien n’est plus là et franchement j’en ai rien à foutre.

Je fixe mon attention sur son plafond jauni par les années pour tenter de refouler mes pulsions. Si ça ne tenait qu’à moi, j’ouvrirais la porte de sa piaule pour aller trouver ce tocard qui lui fout sur la gueule depuis toujours.

Avant je ne savais pas, et il arrivait super bien à le dissimuler. Maintenant que je sais ? Des envies de meurtre fleurissent dans mon esprit. Je ne vois presque que ça quand je le regarde.

— Moi, j’en ai besoin, se contente-t-il de répondre en s’installant lui aussi sur son matelas, yeux rivés au plafond. C’est mon père.

Il répète encore cette vérité comme si elle justifiait tout !

Bordel de putain de merde !

Je me mords durement la lèvre pour éviter de l’envoyer chier. Ses excuses à la con m’agacent encore plus. J’ai trop envie de lui ouvrir les yeux, putain !

Ou peut-être que justement, il sait trop bien que ce n’est pas normal, mais qu’il préfère ne pas trop y réfléchir…

J’en sais rien mais ça me démonte totalement.

Nos mains se trouvent dans la pénombre et nous emmêlons nos doigts. Je ressens sa tristesse. Cette douleur plus lourde encore que celle que subit son corps. La souffrance morale. Celle d’un cœur qui aime son bourreau. J’imagine ce qu’il doit ressentir. La désillusion de se faire brutaliser par son propre père.

Si ma mère me frappait ? Je crois que j’en mourrais de désespoir. Ou de rage. Quelque chose grésille en moi rien que pour lui alors si j’étais celui qui recevait les coups ?

Mon corps se tend à cette idée et mon poing se resserre sur le sien sans que je m’en aperçoive vraiment. C’est au moment où il tente de dégager sa main que je me rends compte de mon état de crispation.

— Allez, Archy, on s’en fout.

Trop tard.

Mes pensées ont trop dévié vers le connard qui pionce derrière le mur de cette chambre.

Juan tente de me ramener à lui en saisissant mon épaule pour me faire pivoter jusqu’à lui, mais je n’ai plus le cœur à ça.

La colère m’a enseveli.

Je me redresse vivement et saute du matelas en récupérant mon sweat et mon tee-shirt posés sur le bois de son lit.

— J’ai besoin d’air ! marmonné-je en les enfilant.

— Tu fais la gueule ? me demande-t-il de sa voix douce en s’asseyant contre ses oreillers.

J’observe son regard et mon cœur se serre pour lui. J’aimerais tellement me rallonger et le découvrir. L’embrasser et lui montrer combien je l’aime. Mais je m’en sens incapable parce que… l’envie de frapper son enfoiré de père prend toute la place.

— T’es en colère ? insiste-t-il en attrapant son oreiller. Je n’aime pas quand t’es comme ça. Ton regard… il me fout les boules.

Je marque une pause en inspirant lourdement. Je sais que dans mes gènes, coule le sang de mon père. Orageux. Impétueux. Noir et trop brûlant. Mes poings se resserrent sur l’ourlet de mon sweat alors que je le place sur mon torse.

— Non, je ne suis pas en colère contre toi, finis-je par admettre en retenant mon humeur sombre. Simplement… Merde, Juan ! Je ne vais pas tenir longtemps.

Je me penche vers lui pour poser mes lèvres sur les siennes. J’ai besoin de partir de cette baraque pourrie. La mienne, de l’autre côté de la route, n’est pas dans un meilleur état, mais au moins elle se trouve un peu plus loin de ce con. Vu mon état de nerfs, je préfère mettre un maximum de distance entre lui et moi.

Je ne sais pas jusqu’où je serais capable d’aller si je ne me retenais pas et j’avoue que ça me fout les boules.

Il pose sa main sur ma joue en me gratifiant d’un nouveau regard qui me fait tant craquer. Et fondre, littéralement. J’éprouve une telle envie de le protéger de tout ce qui pourrait le blesser que ça fait atrocement mal. J’aimerais pouvoir devenir son bouclier. Ne plus jamais le laisser seul et m’interposer entre lui et chaque embûche qui parsème sa vie.

Il est mon frère, mon âme sœur, le poumon de ma vie.

— C’est mon histoire, Archy. Je gère. S’il te plaît, ne t’en mêle pas.

— Facile à dire, sifflé-je entre mes dents.

Je dessine le contour de son visage en me gavant une énième fois de ses traits fins, de son sourire merveilleux et de tout ce que j’ai appris à adorer avec les années.

Et je me rends compte que je suis trop con. Nous pourrions passer une soirée à nous branler, à baiser peut-être, mais non. Je préfère réagir comme un crétin et tout gâcher.

— Tu m’en veux de partir ? demandé-je en posant mon front contre le sien.

— Non, répond-il en agitant ses cils. On aura d’autres moments.

Je hoche la tête. Embrasse son nez. Il est temps que je parte. Largement.

Je m’écarte de lui avec difficulté et quitte la pièce en enjambant sa fenêtre.

Ouais, demain je serai plus calme. Il faut que je dompte cette fureur qui me ronge et que j’accepte son choix.

Putain de choix à la con totalement illogique et débile.

En réalité, c’est lui qui fait chier !

Juan !

Pourquoi faut-il que je sois tombé follement amoureux d’un mec encore plus illogique que moi ?

Je lève mon visage vers les étoiles alors que je traverse la rue. Le ciel est clair ce soir et presque sans nuages. Une brise tiède effleure le bitume et s’engouffre dans les arbres qui longent les jardins.

Un dernier coup d’œil à la fenêtre de Juan. Il se trouve là, à m’observer. Son sourire provoque le mien.

Pourquoi suis-je accro à lui ? Parce qu’il reste celui qui me ressemble le plus.

Écorché. Abîmé mais toujours debout.

Nous trimbalons nos failles et nos cicatrices alors que nous n’avons pas encore atteint la maturité. La vie ne nous a pas fait naître dans les bonnes familles, dans le bon quartier, mais plus tard, nous promettons de changer la donne.

Il m’apaise et je le réveille. Il est la douceur, je suis la brutalité. Il est la sagesse et moi le bordel. Nous sommes un tout. Finalement inébranlables et tellement liés.

 

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