The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 30 sur 66

Pages du PDF

The Origin Of Violence (French Edition)

22 Archer

 

Huit heures pétantes.

Cette fois, j’ai attendu pour sonner, car il est absolument hors de question que je le laisse me traiter comme de la merde en poireautant comme un toutou à sa porte deux jours de suite.

Il ouvre sans un mot, comme hier, et je monte en prenant mon temps, comme hier aussi.

Tout ce que j’espère, c’est que cette journée ne ressemblera pas à la précédente. Si Rafael pense qu’il peut me tester et me pousser à bout indéfiniment, je prédis que je vais bientôt finir en taule pour l’avoir scalpé ou un truc dans l’idée.

Je ne tarde pas à découvrir l’ambiance de la journée lorsque je passe la porte entrouverte de son appart. Parce qu’il se trouve là, assis à la place que j’occupais hier sur son canapé, en train de feuilleter…

— Putain ! vociféré-je en me précipitant jusqu’à lui. Tu peux pas toucher à ton cul, sérieux ?

Je récupère mon carnet entre ses doigts en me maudissant de ne pas avoir insisté pour remonter jusqu’ici hier avant de rentrer. Je pensais que je n’avais zappé que mon sweat, mais finalement, mon carnet, que la morveuse a salopé proprement, était resté là également.

J’inspecte la page qu’il était en train de mater et me rends compte qu’évidemment, il est tombé pile-poil sur mes essais pour mon prochain motif sur la nuque.

— Tu dessines pas mal ! déclare-t-il en se levant pendant que je referme mon bien pour le glisser dans ma poche.

— Je ne savais pas que tu étais expert en dessin ! Et merci, mais c’est un peu mon job, et de toute manière, ton avis, je m’en branle.

En réalité, ce que je crée en ce moment est déplorable, je le sais. Auparavant, avant de m’installer à Memphis, dessiner était une véritable passion, et j’adorais que Juan aime mes œuvres. Mais sans lui, cette activité est devenue un truc banal sans passion. Je ne fournis aucun effort depuis des années et me contente du minimum. Si ça ne tenait qu’à moi, j’arrêterais d’ailleurs, mais je ne sais réellement faire que ça, donc, je continue, même si créer ne me fait plus du tout voyager. J’ai espéré, un moment, que cela me sauverait. Mais non. Je n’arrive pas à retrouver cette évasion dans le crayon qui me faisait tant de bien.

Encore un truc que mon esprit me refuse, parce que je ne le mérite pas plus que le reste.

Rafael m’examine un moment alors que je le scrute en lui envoyant un avertissement muet. Il ouvre la bouche puis la referme en me matant avec insistance.

J’avais pourtant prévu de rester cool, et déjà, il me gonfle prodigieusement.

— Qui est Juan ? lâche-t-il abruptement.

C’est plus fort que moi, je me fige comme un con sous son regard lourd et saoulant.

— Je vais fumer une clope !

Il n’arrivera pas à m’atteindre. Je refuse de le laisser m’atteindre. Je vais l’empêcher de m’atteindre, coûte que coûte. Je suis zen. Hyper zen !

Ces moments, durant lesquels j’arrive à respirer un peu mieux, sont assez rares pour que j’aie envie de les faire durer.

Même si je ne comprends pas comment j’ai pu me détendre hier soir alors qu’il m’a trainé en plein dans le quartier black du coin. Et finalement, si je lui ai fait du bien à lui, je me la suis collée sur l’oreille pendant au moins les trois heures suivantes, ce qui n’est absolument pas dans mes habitudes, mais soyons honnêtes, seul le résultat compte : je suis zen.

Je n’ose même pas imaginer qu’il en porte la responsabilité, puisqu’en réalité, il me titille les nerfs constamment et je suis à présent certain que je ne le supporte pas.

Bref, le pourquoi, le comment, le combien de temps, je m’en fous. Tout ce que je veux, c’est qu’il me foute une putain de paix royale !

J’ouvre sa porte-fenêtre et sors pour allumer ma clope en espérant qu’il comprenne le message, mais, bien entendu…

— En fait, t’es réellement gay alors, c’est ça ? Tu aimes la queue ? Juan, c’est un prénom latino. Donc, par déduction, pas ton frangin et sans doute pas un cousin non plus. Et on n’écrit pas en boucle le prénom d’un pote sur un carnet. J’ai compté au moins quinze pages, des dizaines de polices différentes. Des arabesques, des effets sympas, donc…

Donc, il a gagné !

Je balance ma clope au sol et me retourne vivement, sous l’impulsion que me dictent mes nerfs. J’attrape son col, le fais pivoter et le penche en arrière par-dessus la rambarde de son balcon et me retenant de le basculer totalement. Ce serait tellement facile d’en finir une bonne fois pour toutes avec ses conneries. Qu’est-ce qu’il croit ? Que j’ai les boules de me retrouver en taule ?

S’il savait combien je m’en branle de sa putain de taule, il ferait bien plus attention à ce qu’il me balance en pleine tronche !

— Je commence à me demander si t’es con volontairement ou si c’est congénital ! sifflé-je entre mes dents. Il me semble t’avoir expliqué hier que je n’avais aucune limite ! Tu veux vraiment jouer avec moi, le Portos ? T’es certain de ça ?

Il braque sur moi un regard sombre et déterminé, dans lequel je ne perçois aucune peur, mais au contraire une volonté de prendre le dessus sur moi.

Expression qui pourrait me déstabiliser si je n’étais pas au bord du pétage de plomb total.

Il peut me pousser dans tous les sens qu’il veut, mais je lui interdis de toucher à Juan, bordel de merde ! Pas Juan !

— Alors quoi ? Tu me branles le soir et tu me frappes le matin ? C’est ça le deal ? Tu me fais mal, lâche-moi !

Je baisse les yeux sur son attelle entre nous pour constater qu’effectivement, nos corps l’écrasent littéralement.

Dans d’autres circonstances, je m’en battrais pas mal les grelots, mais je me fais fureur pour me souvenir de la raison de ma présence ici et de toutes les conséquences de mes actes. Lee, le clan. Le bordel que je risque de récolter si je merde. Parce que si je ne vais pas en taule, il faudra que je me coltine leurs reproches et je sais qu’ils sont capables de me pourrir la vie correctement.

Putain, cette mission dans cet appart va me sembler interminable

Je finis par me décider à le lâcher et à m’écarter en le trucidant du regard.

— Me fais pas chier, le Portos, tu risquerais de le regretter.

— J’ai posé une simple question, réplique-t-il en se redressant.

— Ben, évite !

Il me rattrape alors que je rentre dans le salon pour récupérer une autre clope et se place sur mon chemin. Le type ne lâche jamais rien visiblement, et je me demande encore comment j’arrive à ne pas changer d’avis et le balancer par-dessus cette foutue rambarde.

— J’en ai pourtant plein d’autres à te poser.

Ben voyons !

J’avance jusqu’à lui pour forcer le passage, mais il ne bouge pas d’un cil. Nous nous retrouvons face à face, presque collés l’un à l’autre. Mon sang bouillonne et la fureur reprend du terrain. Encore une fois, quelque chose se passe. Tout se mélange. L’attraction s’impose brutalement entre la colère et la haine que nous ressentons l’un pour l’autre.

Comme si nous étions binaires. Comme si entre ces deux extrêmes, rien n’existait. Comme si nous n’étions même pas capables de cohabiter autrement. Bestiaux et primaires.

Finalement, c’est peut-être ce que je suis. Un putain d’animal. Ce qui est plus étonnant, c’est que lui réagisse de la même manière.

Lentement, alors qu’il me scrute, les lèvres entrouvertes et le souffle court, j’essaie de comprendre pourquoi. Pourquoi arrive-t-il à titiller ce qui reste naturellement intouchable par toutes les autres personnes parsemées dans ma vie ? Pourquoi lui, possède quelque chose que les autres n’ont pas ? Pourquoi insiste-t-il constamment, comme s’il cherchait à me pousser là où je tente de ne surtout pas mettre les pieds ? Pourquoi tient-il tant à me faire chier ?

Je passe ma main sur sa joue. Il tressaille mais ne remue pas un cil. Il me laisse faire, attendant clairement la suite. Et la lueur dans son regard m’est étrangère, cette fois. Elle brûle d’un défi, d’une fierté qui le différencie de Juan. Tellement…

Ce regard me rend dingue avec ses nuances qui alternent entre les bons et les mauvais signes, qui me transportent dans le passé, dans le présent, qui jouent avec moi et ma douleur.

Je passe mon pouce sur l’une de ses paupières pour la fermer, puis sur l’autre. La respiration hachurée, il ne m’en empêche pas non plus. Il laisse également mon doigt continuer son chemin sur son nez. Sur ses lèvres. Il les entrouvre même, un court instant, attendant la suite.

Et malgré moi, je le trouve tellement sexy… et courageux, de rester là, les yeux fermés, alors que je viens de le menacer de le balancer par-dessus bord. Il m’attire. Le contact frêle et incertain de mes doigts sur sa peau provoque trop de sensations qui m’étourdissent, qui tentent de chambouler certains points sensibles en moi. Je refuse de me soumettre à ça. Et ça m’énerve de ne pas comprendre. De ne pas savoir trancher sur ce qu’il est. De ressentir cette pulsion de plus en plus torride, au creux de mes reins. Je déteste ce mec, pour tout ce qu’il représente, et bien plus.

Et j’ai envie de lui comme jamais.

Il n’est qu’une pâle copie de mon démon personnel. Même pas le même, même pas différent. Juste… une nouvelle épine dans mon âme qui promet sans donner. Qui attise sans assouvir. Qui me torture au moindre battement de cils.

Ses putains de cils.

J’attrape son menton dans ma paume et pose mes doigts sur ses joues en me retenant de serrer jusqu’à lui broyer la mâchoire. Et il ne bronche toujours pas. Il attend. Il me fait confiance.

Et ça me tue, bordel ! Il sait que je n’ai pas de limite. Alors, qu’est-ce qu’il fout ?

— Tu me demandes ce que je glandais dans ce trou glauque ? sifflé-je entre mes dents dès qu’il ouvre à nouveau les yeux. Mais toi, Rafael Alvarro, fils de procureur général, qu’est-ce que tu y foutais ? Tu m’as dit que tu étais revenu pour me retrouver… Tu as aimé que je défonce ton petit cul, c’est ça ?

— Moi, en tout cas, je n’ai pas honte d’aimer ça ! rétorque-t-il d’une voix blanche.

Il me cherche. Il me cherche beaucoup trop.

Mes doigts descendent et se resserrent sur sa gorge. Sur ce cou à la peau lisse. Je caresse sa carotide en repoussant mes fantômes personnels. Il n’est pas Juan. Il ne ressemble pas à mes souvenirs et une partie de moi lui en veut tellement pour ça. J’ai envie de lui faire mal, comme il me fait souffrir moi-même.

En m’aidant de toute la raison et la volonté disponible en moi, je le relâche tout en inspirant lourdement puis m’écarte de lui.

— Si tu aimes ça, c’est ton problème. Personnellement, j’avais juste besoin d’une petite pute latino pour vider mes couilles. Faut bien vous trouver une utilité.

Je le contourne et entre dans le salon pour récupérer mes clopes comme je l’avais prévu initialement. Mes mains tremblent et mes tempes battent trop fort, mais je reste impassible en ouvrant mon paquet.

Je ne vais pas survivre à ce mec. C’est écrit.

 

OceanofPDF.com