The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 61 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

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— Encore une ! déclaré-je en agitant au-dessus de ma tête une poignée de billets.

— Fais gaffe quand même, si tu picoles de trop, tu vas louper ton avion demain ! ricane Pablo en se laissant tomber sur mon épaule. Putain, je n’aimerais pas être à ta place. Demain, moi, je dors !

Demain. Je ne veux même pas y penser. Pourtant, nous y sommes déjà. Minuit est passé depuis un nombre incalculable de minutes et l’heure de mon départ approche à grands pas. Moins de douze heures. Douze heures et mes pieds ne fouleront plus le sol de cette ville que j’ai appris à haïr en un temps record, alors qu’elle est celle qui m’a vu grandir.

Peut-être que je me montre totalement ingrat, mais franchement, à cette heure précise de la nuit, je m’en tamponne l’oignon.

Tiens, d’ailleurs en parlant de ça… Assis au centre d’une immense banquette saturée de potes tous tout aussi ivres que moi, je décide de terminer ma dernière nuit ici en beauté. Et pas forcément avec eux.

Une dernière fois. Une dernière baise entre deux rideaux pour terminer cette étape de ma vie dignement.

Symboliquement, je sens qu’il faut que je me tape un mec, que je suce une queue inconnue. Pour profaner les derniers souvenirs de lui. Pour lui prouver, même s’il ne le saura jamais et qu’il s’en fout pas mal, là où il est parti se planquer, qu’il ne représente rien de plus qu’une queue que j’ai sucée un autre soir de beuverie.

J’en ai besoin. Virer Archer Connors de son putain de piédestal à coups de pied au cul !

Mon regard s’évade sur la faune du club qui danse sur la piste à quelques mètres de nous. Mon esprit vaporeux se laisse prendre très facilement au jeu, il faut croire car un homme au visage légèrement sombre et aux fringues de mec dangereux accroche mon regard.

J’analyse son cul, ses hanches, et la manière dont il évolue sur la piste berce divinement ma libido.

Oui, lui, je le vois bien enfoncé au fond de mon cul !

Un peu, beaucoup, chancelant, j’arrive à me hisser sur mes pieds en m’appuyant sur les épaules qui se trouvent autour de moi.

— Bordel de merde, je crois que j’ai légèrement abusé ! grommelé-je en faisant rire Angel qui termine son verre cul sec.

Je lui balance les billets froissés que je conservais dans ma main et m’élance tant bien que mal au-devant de ce type qui…

Merde, il a disparu.

Je suppose que j’ai mis trop de temps à bouger mes fesses de la banquette.

Pas grave.

Mes pas me guident vers les danseurs, pendant que la musique bat son plein sur mes tympans. La lumière change de couleur et mes yeux peinent à établir un focus. Je cogne contre un dos, me retiens à un bras, avance au radar. Mon crâne me semble presque trop petit et mes jambes se meuvent toutes seules à travers les clubbeurs déchaînés.

— Euh, doucement ! marmonné-je alors qu’un type trébuche sur mon pied et se rattrape à mes épaules.

Au fond de la pièce, j’aperçois Gregory. Je ne sais pas pourquoi mon père me l’a recollé sur le dos depuis plusieurs jours.

Sans doute a-t-il peur que je parte à la recherche du facho qui m’a brisé le cœur.

Il n’a pas tort, j’aurais pu m’y décider. Sauf que ça n’aurait pas été pour me jeter à ses pieds mais pour lui balancer une paire de mandales en pleine tronche.

Sale con !

Je continue mon avancée à travers les gens. Trop de gens, si on me demande mon avis. Je me sens soudain tellement épuisé. Perdu au cœur de ce bordel de sexe, de luxure et de corps en sueur.

Moi aussi je veux baiser, merde !

Soudain, mon regard accroche le type de tout à l’heure qui semble avoir trouvé une proie. Une proie qui n’est pas moi.

Sérieusement ?

Impossible, ça, chéri !

Décidé à choper ce bad boy tout à fait intéressant, je m’approche de lui en retrouvant parfaitement l’usage complet de mon corps. D’ailleurs, je crois que je bande déjà. Je m’approche de lui et me colle à son dos alors qu’il semble tenter de brancher un blondinet bien moins sexy que moi, au passage.

Il se fige en me sentant contre son cul et j’en profite pour attraper ses hanches fermement.

Mec, tu vas beaucoup aimer ce que j’ai à proposer.

J’entame une danse langoureuse, obligeant son bassin à s’encastrer contre mon entrejambe et il ne rechigne pas. Il s’adapte à mes mouvements, me laisse passer la main sur sa ceinture, glisser contre sa peau, sous son jean.

Mais soudain, une impression étrange fait frémir ma nuque. Comme si quelqu’un m’observait. Comme si…

Je tourne subitement la tête vers la gauche, puis la droite.

Je me fige. Lâche ma proie qui ne demande pas son reste et part jouer ailleurs. Ou pas. Je ne m’y intéresse absolument plus. Parce qu’à quelques mètres de moi, se trouve Archer. Ou plutôt son image. Immobile, les bras croisés sur son torse et les cheveux un peu plus longs que la dernière fois que je l’ai vu. Pas non plus super longs, mais au moins ils ne sont pas rasés.

Ses yeux sont vissés aux miens et je me fais la réflexion qu’il semble vachement vrai pour une vision.

J’ai vraiment trop bu, c’est à présent une certitude.

Pour autant, même si je sais qu’il n’existe que dans ma tête, je décide de me laisser porter par mon hallucination. Peut-être que je pourrais même me persuader que ce que je prévois de lui dire comptera vraiment, qu’ainsi je délesterai mon âme de sa rancœur insupportable et étouffante.

Mes pas me rapprochent de lui et mes yeux s’ancrent au sien. Mon cœur se met à battre plus fort. Mes tempes rugissent sous la pression et mon âme se brise encore une fois.

Je pars demain.

J’ai décidé de l’oublier. Et cette décision me heurte si fort dans ma fragilité. Elle me dévore et me rend dingue depuis des jours. Presque plus que lorsque je l’attendais inutilement.

Mes yeux se chargent de larmes alors que j’arrive à distance d’un bras de lui. À travers cette eau qui s’accumule sous mes paupières, je le perçois, flou, prêt à disparaître et ce fait n’active que davantage la douleur qui m’étreint.

— P… p… pour…qquoi ? demandé-je en constatant que malgré l’alcool, mon corps retrouve ses troubles tout seul. T…t… tu m’as… aban…ddone…

Je tends enfin le bras et mes doigts n’attrapent que du vide. Il disparaît, s’évanouit sous mes yeux.

Mon cœur chavire et s’effondre totalement sous la tristesse qui se déchaîne en moi.

Et ce monde. Ces lumières. On me pousse, me colle, me touche, mais je ne le supporte plus.

Je quitte la piste en courant presque, et trouve la direction de la sortie. Je me cogne aux murs, heurte les personnes sur mon chemin. Le couloir menant à la sortie du Smart Room me semble si long, et l’issue si lointaine.

Je me mets à courir, me rue vers cette porte qui ressemble à mon unique voie de survie et la pousse pour inspirer lourdement l’air de la nuit.

Quelques mecs fument sur le trottoir et l’odeur du tabac me porte sur le cœur. Ça aussi. La clope. Je ne peux plus en sentir une depuis lui. Le tabac porte des souvenirs dans son odeur qui me terrifie. Parfois, au début de son incarcération, j’allumais des clopes sur mon balcon pour simplement sentir leur puanteur.

Mais ce soir, c’est trop pour moi. Rapidement, je titube le long du mur de la boîte et m’écarte de toutes ces personnes dont la joie et la vivacité me donnent envie de gerber.

 

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