The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 13 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

6 Archer

 

La musique sonne à l’intérieur de moi tandis qu’il approche.

Mes yeux se rivent à son corps souple qui slalome entre les danseurs. Ils s’accrochent à ses hanches étroites, son torse bien proportionné à peine dissimulé sous son tee-shirt marine et ses cuisses fermes enserrées dans son jean brut.

Mon cœur se met à battre plus fort et mon esprit rugit sauvagement. Je sens mes poings se crisper malgré moi et le sang affluer aussi bien dans ma queue que sous mes tempes.

La voix de la chanteuse m’agace prodigieusement tout comme ce déferlement de sexe autour de nous. Une infime partie de moi se sent rassurée au milieu de tout ça, mais tout le reste s’insurge de cette ambiance dégueulasse.

D’habitude, j’assume ces quelques heures que je vole à ma vie, mais cette fois, rien ne se passe de la sorte.

J’ai envie de me griffer la peau, de la déchirer, de m’enfuir de mon propre corps pour en devenir un autre. N’importe lequel d’entre eux, ces connards insouciants qui ne se privent pas pour afficher ce qu’ils sont.

Comme si leur vie se résumait à ça. Comme si eux avaient le droit, alors que moi non.

Je les hais tous ces portos de merde, ces blacks, et ces enculés de blancs qui se mélangent sans vergogne. Ces fils du démon qui me harcèle constamment.

Il s’approche significativement et je comprends en détachant mon regard de son corps pour le visser au sien, que je suis venu le trouver lui.

Uniquement lui.

Ses putains d’iris qui ressemblent à ceux de mon fantôme tout personnel, autant qu’ils diffèrent totalement.

Je n’arrive même pas à déceler si je déteste ce type parce que ses yeux ressemblent aux siens, ou si je le hais parce qu’il n’est qu’une copie même pas fidèle de ce putain de regard qui me hante depuis tant d’années.

Il m’attire parce qu’il me dégoûte. Ou il me dégoûte parce qu’il m’attire. Je n’arrive même plus à définir ce qu’il m’inspire.

Il porte en lui tout ce que je ne supporte plus d’attendre. Dans ce rêve récurrent qui squatte mes nuits, je l’imagine revenir à moi, me souffler à l’oreille qu’il me pardonne, m’avouer qu’il n’aimait pas ce que lui imposait son père. Que non, il n’y prenait pas plaisir.

Qu’il haïssait ça. Qu’il est désolé d’avoir cru que me le cacher était la bonne solution.

Le type se rapproche encore.

Mes nerfs se figent et j’ai soudain envie qu’il prononce ces paroles. J'ai aussi envie de l’étrangler parce qu’au milieu de mon chaos, je comprends trop bien qu’il ne m’apportera aucun soulagement. Aucune excuse.

En outre, mes ressentiments ne s’arrêtent même pas là. Ce serait sans doute trop simple.

En plus du reste, j’attends qu’il me fasse bander. Parce que, bordel de merde, la baise avec lui l’autre soir a laissé des traces sur mes fantasmes. Je peux d’ores et déjà affirmer que j’aime son cul, sa saloperie de bouche et ses connasses de lèvres parfaites pour sucer.

Je n’arrive pas vraiment à gérer tout ce bordel sous mon crâne et encore moins la tension qui s’empare de mes membres à mesure qu’il avance vers moi.

Et lorsqu’il se trouve enfin assez près pour que nos corps se touchent, que je m’aperçois qu’il est sensiblement plus grand que moi et qu’il se penche à mon oreille pour me parler, je préfère fermer les yeux pour tenter de me raccrocher à quelque chose.

En cet instant précis, pétri de multiples contradictions qui bataillent de plus en plus durement en moi, je ne sais plus du tout ce que je suis et quelle voie suivre.

Me barrer parce que je n’ai rien à foutre ici ?

Le baiser parce que c’est ce que je suis, finalement, une putain de fiotte attirée par ces caramels ?

Le frapper parce qu’il porte tous mes démons en lui et semble super heureux d’en jouer sous mes yeux ?

Je déglutis lorsque son souffle atteint mon oreille et que son parfum discret et entêtant se propage autour de moi.

— Est-ce que je suis venu ici juste pour te revoir ? me demande-t-il en posant une main sur mon torse. Oui, je plaide coupable.

Ses doigts descendent sur mon entrejambe sans demander la permission et provoquent un frisson que j’accueille en me mordant durement la lèvre. Je ne supporte que très difficilement le soupir de soulagement qui écorche ma gorge contre mon gré.

Et je bande, putain ! Comme un dément, alors que ses doigts me pétrissent les bourses et qu’il ondule contre moi, se frottant allégrement à mon bras.

Sale petite chienne !

Les lights changent au-dessus de nos têtes et un nouveau morceau débute. La foule autour de nous semble soudain survoltée et cette voix serine toujours ses paroles, parlant de putes et de je ne sais quoi d’autre.

Mon esprit dérape. Je tourne le visage vers ce type et entre deux halos rouges et bleus, ses iris m’apparaissent différents. Ou plutôt, identiques. Identiques à ceux que je connaissais par cœur.

— Juan…

Il n’entend pas. Les basses et les cris des gens nous éloignent d’une certaine manière, nous murant dans une sorte de solitude, au milieu de la foule.

Et il continue son cinéma. Il passe sa main sur mon épaule, la laisse dévaler mon dos, atteindre mes fesses et se glisser sous ma ceinture.

Le souffle court, le corps au bord de l’explosion, les nerfs menaçant de rompre à chaque instant, j’essaie de garder le cap, de guider mon esprit à travers le chaos. Je reste vissé à ses pupilles. Je tente de lui envoyer des questions, ces putains de questions qui ne trouvent jamais de réponses.

Et il se colle à moi, affamé, son épaule frôlant mon menton, sa gaule se pressant plus fort contre ma cuisse. Ses doigts atteignant mon sillon.

En fait, il est en chaleur.

L’idée qu’il n’est que ça, que Lee a raison lorsqu’il explique qu’ils n’aspirent tous qu’à se faire défoncer, me ravage subitement le cerveau.

Je ne suis pas venu pour ça, mais il semble n’attendre que ça. Uniquement de se faire baiser dans un couloir comme une petite pute. En plus du reste, il dégueulasse le souvenir qu’il porte sur lui. Le comprendre me ravage le cœur sans préavis.

Je refuse de laisser les traits fantomatiques de Juan se faire pervertir par ce mec en rut.

Mon sang bouillonne comme jamais. Je lance un regard autour de moi et me demande ce que je fous là, totalement répugné par toute cette chair, toute cette luxure qui dégueule de tous ces enfoirés.

Trop !

STOP !

Sans maîtriser mes gestes, poussé par un profond dégoût qui sature mes tripes, j’attrape le poignet de cette petite pute et lui tords le bras en le faisant hurler de surprise et sans doute de douleur.

— Et ça, ça te fait bander, hein ? gueulé-je sans que personne ne m’entende ou même ne fasse attention. Tu aimes qu’on te défonce, c’est ça ? T’en as jamais assez, avoue !

Je lui crache à la gueule alors qu’il tourne son visage vers moi, ses yeux écarquillés sous l’incompréhension.

Putain de regard angélique qui cache bien son jeu.

Je le fais pivoter et le balance contre le poteau sur lequel j’étais plus ou moins adossé sans lui lâcher le bras.

J’entends sa douleur à travers la musique et une sorte de satisfaction se met à crépiter dans mon bide.

Ouais, Juan, tu n’étais qu’une saloperie de connard ! Tu vas le comprendre. J’en ai marre de toi, putain de bordel !

J’attrape ses cheveux et balance sa tête une nouvelle fois contre le poteau puis balaie ses jambes avec la mienne en relâchant son bras.

Il s’écroule à mes pieds et je ne perds pas de temps pour lui asséner un coup dans les couilles, puis dans le ventre, les côtes, et encore sur sa queue. Je vois rouge, bleu, mes nerfs se relâchent et exultent, dirigent mes gestes et je ne réfléchis même plus. Je frappe. Encore, et encore, alors que la loque se recroqueville sous mes coups. Et putain, ça fait du bien. Ou mal, tellement mal. Je réveille le démon, il s’étire, se fait craquer la nuque, pousse mes limites, chatouille mes sens, injecte son vitriol dans mes veines et presse mon crâne entre ses mains, menaçant de le faire éclater.

J’ai chaud, froid, je jubile et je chiale, parce qu’il ne répond pas, toujours pas à ma putain de question !

— Tu aimais ça ? Dis-le, putain ! Tu aimais ça ?

L’homme à mes pieds arrive à tourner vers moi un visage déformé par les coups et son regard… me percute de plein fouet.

Il n’est pas Juan.

Il n’a rien à voir avec lui.

Le souffle saccadé et douloureux, je me fige soudain en constatant les dégâts.

Il n’est pas Juan, putain !

Qu’est-ce que j’ai foutu ?

Soudain je comprends que j’ai merdé. Non pas que défoncer ce type soit grave en soi, mais parce que je viens de tabasser un mec en plein milieu d’une foule qui n’a rien loupé du spectacle.

Je balaie d’un regard mon entourage et constate qu’ils me matent tous d’un air apeuré, frémissant d’effroi.

Soudain, quelqu’un me fonce dessus et m’éjecte littéralement contre le poteau. Une masse se précipite contre mon dos, je heurte durement le béton et mes poumons se vident d’un coup.

Une main autoritaire attrape mon crâne et me balance à mon tour contre la surface.

Mon front émet un bruit sourd et mon nez craque sous le choc.

Je tente de me retourner pour échapper à la prise de mon assaillant, mais une décharge électrique surgit en bas de mes reins et je chute.

 

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