The Origin Of Violence (French Edition)
+5 Rafael
Au début, j’ai pensé qu’il viendrait immédiatement me rejoindre.
Puis les jours ont passé. Les nuits leur ont succédé.
J’ai alors imaginé qu’il attendait, prenait son temps.
Encore d’autres nuits interminables. D’autres jours insupportables.
Peu à peu, toutes mes certitudes se sont distillées dans une réalité qu’il a fallu que je reconnaisse comme unique vérité. Il n’est pas venu.
Après cinquante-deux matins, cinquante et une nuits, il faut croire que j’ai compris.
Le positif dans tout ça ?
C’est qu’à présent, j’ai décidé de la suite. Ma suite. Je l’aurais bien conjuguée à deux, mais ça ne sera pas le cas.
Assis à ma table de cuisine, j’ouvre mon dossier rose et récupère le contrat. La Colombie.
Fut un temps, j’imaginais que ce moment, celui où je signerais ce passe pour mon avenir, n’arriverait jamais, et chaque fois que j’y ai pensé, j’ai redoublé d’efforts, je me suis donné encore plus pour atteindre mes rêves.
Et maintenant que j’y arrive, que je suis sur le point de parapher chaque page et m’engager dans une cause qui me tient à cœur, je n’arrive plus à y trouver mon bonheur.
Angel avait raison. Archer n’a finalement réussi qu’une seule chose : me pourrir la vie. Il a saisi mes rêves entre ses mains et les a brisés comme s’ils n’avaient aucune importance.
Tous, sans exception, il les a anéantis.
Connard !
Qu’il aille se faire foutre !
Et le pire de tout ? C’est que j’ai laissé faire sans agir. C’est moi l’abruti finalement. Il a raison d’être passé à autre chose.
Agacé, par ma propre attitude, et sous les regards de mon père et de mon cousin, je signe toutes les pages et sur la dernière, dans la case laissée libre attendant que j’y appose une date de prise d’effet, j’inscris en toutes lettres le 1er septembre, ce qui signifie que je pars définitivement d’ici dans quinze petits jours.
Inutile d’attendre, d’accepter de macérer encore trop de temps dans cet appart, dans cette ville, que j’ai appris à détester au fil des jours.
J’ai besoin de changer d’air. D’urgence.
Je balance mon stylo, referme ma pochette et mon père la récupère aussitôt, s’attendant sans doute à ce que je change d’avis.
Ça n’arrivera jamais.
Nous échangeons tous les trois un regard et ils font preuve d’une pudeur qui me soulage en évitant de claironner cette phrase insupportable que je ne me sens pas prêt à entendre : « on te l’avait bien dit ».
J’étais pourtant persuadé qu’ils étaient ceux qui se plantaient.
J’avais tort.
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