The Origin Of Violence (French Edition)

Marie HJ · Chapitre 59 sur 66

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The Origin Of Violence (French Edition)

+6. Archer

 

Les petites jouent encore dans le jardin. Dès qu’elles rentrent de l’école et de la crèche, elles déposent leurs sacs sous l’arbre que Juan adorait et se roulent sur la pelouse.

Elles rient. Ne se préoccupent de personne autour.

Une voiture de couleur sombre à la carrosserie pas mal abîmée passe entre nous. Lentement. Vitres teintées. Je n’arrive pas à apercevoir le conducteur, mais une chose est certaine : cette caisse passe souvent ici, et je n’aime pas vraiment ça.

Voire, sa présence régulière me rappelle de vieux démons.

La colère.

Elle n’est pas partie. Jamais. Elle continue de ramper sous ma peau, de titiller ma patience, de ronfler au cœur de chacun de mes membres. Il suffirait d’un rien, je le sais bien. Même le quartier paisible de ma mère n’arrive pas à l’endormir totalement.

À l’ombre du porche de la maison, j’abandonne mon dessin, puisque de toute manière je n’ai pas retrouvé mon envie ni mon inspiration, et observe plus attentivement le tacot continuer sa route à son allure habituelle d’escargot.

Puis elle passe et les filles reviennent au centre de mon attention. Elles n’ont rien remarqué, forcément. Je récupère mon crayon, et me concentre sur ma page blanche, tellement blanche et… vide.

J’abandonne. Le dessin n’est plus du tout mon ami.

— Archer… soupire ma mère en arrivant à mes côtés, son traditionnel plateau de thé entre les mains. Tu sais, tu aurais été âgé de soixante-deux ans, j’aurais vraiment trouvé génial que tu occupes tes vieux jours à contempler les voisins. Vraiment, je te promets que je trouve ça sympa comme activité. Mais tu n’as même pas vingt-cinq ans, je te signale.

Je planque mon carnet dans ma poche, juste pour éviter qu’elle pose des questions et s’inquiète et préfère lui répondre sans dévoiler le fond de mes pensées.

— Ça signifie que tu refuses de m’offrir des pantoufles pour mon prochain anniversaire ?

— Non ! Non, si tu y tiens, ça, ça peut s’arranger.

Elle me jette un coup d’œil amusé en posant sa main fine et fraîche sur mon poing encore serré. Ce qui m’enjoint à détendre mes doigts presque instantanément.

— Mais, Archer… Jonesboro, ce n’est peut-être pas le meilleur endroit pour toi. Je veux dire… Enfin tu vois ? Tu es tatoueur et tu bosses dans un entrepôt à vider des camions. Ce n’est pas forcément un mauvais job, mais peut-être que tu pourrais trouver mieux. Tu sais, ton père et moi avons décidé de nous installer ici, et après tout ce qui a pu se passer, j’ai choisi de rester. Parce que ma vie se trouve ici. Ça me convient. Mais ça ne signifie pas qu’il en est de même pour la tienne. Et crois-moi, ma franchise me brise le cœur. Je t’ai à peine récupéré que je te suggère déjà de partir. Mais… tout ce que je souhaiterai toujours, c’est ton bonheur. Et clairement, depuis deux mois, je commence sérieusement à me demander si tu le trouveras dans cette ville.

Je lui réponds par un long regard en me demandant si je dois tout avouer ou me planquer derrière un silence qui s’avèrerait plus simple que de longues explications. Et surtout, je ne me sens pas vraiment capable de lui dévoiler le cœur du problème.

— M’man…

— Archer, me coupe-t-elle en resserrant ses doigts sur les miens. Je sais. Je suis ta mère, ne l’oublie pas. Pendant cinq interminables années, tu m’as évincée de ta vie parce que tu pensais me protéger comme ça. Maintenant, tu sembles avoir décidé de t’exclure complètement de la société pour préserver tout le monde de toi-même. Archer, il faut que tu arrêtes de penser que tu es un monstre et que tu ne sais que répandre le mal autour de toi.

— Maman, je sais ce que je fais ! déclaré-je en reprenant ma main alors que du coin de l’œil, j’avise la bagnole pourrie qui passe en sens inverse, toujours à une allure trop molle pour être honnête.

— Visiblement, non, rétorque-t-elle sans s’apercevoir que quelque chose cloche dans ce quartier. Parce que, grande nouvelle, lorsque tu as cru me protéger de toi, finalement tu n’as fait qu’aggraver les choses. J’ai supposé que je devais te laisser gérer, et on a admiré le résultat ! Donc, cette fois je ne te laisserai pas faire ! Bouge, réveille-toi. Tu sais que tu aurais pu… mourir, à Little Rock. La vie t’offre une seconde chance, alors, prends-la.

La caisse se met soudain à accélérer et disparaît au coin de la rue.

Vraiment étrange.

Je n’écoute plus ma mère, alerté par mes intuitions. De toute manière, elle a terminé son laïus parce qu’une autre voiture se gare dans l’allée du garage, dernière la sienne.

Je la sens changer d’attitude, sourire et machinalement, elle remet un peu d’ordre dans ses cheveux.

Craig arrive. Elle en est raide dingue, c’est une évidence.

Je ravale un ricanement amusé alors qu’elle redresse son dos lorsqu’il claque la porte de sa bagnole et se dirige vers nous.

— Hello ! chantonne miss Jenny Connors en se levant pour aller à sa rencontre.

Il l’attrape par la taille, l’embrasse et lui glisse deux mots dans l’oreille qui lui provoquent un gloussement.

Une vraie gamine.

Tant mieux pour elle.

Lorsqu’ils ont fini de roucouler, ma mère entre dans la maison, sans doute pour ajouter une tasse sur la table, et son mec vient s’asseoir avec moi.

Je crois que nous nous entendons bien, tous les deux, même si je sais que je perturbe leur petit nid d’amour. Aucun des deux ne me l’avouera jamais, et je sais que le discours que vient de me tenir ma mère n’avait pas pour but de me virer de chez elle, mais bien de me guider dans ma vie.

— Ça va ? demande-t-il en en déboutonnant son col de chemise.

— Ouais.

N’empêche que la caisse pourrie s’est barrée lorsqu’il est arrivé, lui.

Vraiment, quelque chose ne colle pas.

— Euh… commence-t-il après avoir jeté un œil mystérieux à la porte que vient de passer ma mère. Je voulais te parler d’un truc.

Il attire mon attention par son air soudain sérieux et… pro.

— Quoi ?

— Ton ancien ami… Sammy Bradford. Il a été libéré il y a deux semaines. Je viens de l’apprendre par Wayne.

Son annonce me fait l’effet d’une profonde secousse. Un tsunami, carrément.

— Il devait rester enfermé au moins deux ans de plus ! contesté-je en me redressant.

Soudain, je repense à la voiture…

— Il a fait comme toi, il a balancé des potes. Tu sais bien que dans ce genre d’affaires, il y a toujours plus à avouer, et des tas de privilèges à négocier. D’après Wayne, et ces infos qu’il a obtenues je ne sais trop comment, une revanche est en marche. Lewis Charles et lui comptent te proposer une nouvelle fois le programme de protection de témoins. Tu devrais y réfléchir.

Ce programme de mes noix, je l’ai déjà refusé et je ne compte pas changer d’avis.

—Je n’ai pas peur de Sammy, rétorqué-je âprement. Ce type n’a aucune envergure.

— Peut-être mais il a certainement des contacts avec de vieilles relations. Archer, tant que tu es ici, dans cette maison, nous pensons effectivement que tu ne risques pas grand-chose. Entre moi, et aussi ta mère. Nos indics nous ont appris depuis longtemps que ton père ne s’attaquera jamais à elle. Les lignes de conduite de ce genre de type m’étonneront toujours, mais c’est comme ça ! Bref, ici, tu ne risques rien, mais ailleurs ? Tu ne vas pas te planquer toute ta vie.

— C’est justement pour cette raison que je refuse de me planquer sous un faux nom dans une ville qui me fait chier, sous la surveillance d’un service qui me fera tout aussi chier !

Il lève les yeux au ciel, mouché uniquement pour un temps, je le sais. Mais pour l’heure, il ne réplique pas parce que ma mère pousse à nouveau la porte et nous rejoint.

Nous échangeons simplement un regard puis laissons ma mère changer de sujet.

 

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