Vila Emilia : Tome 4 : émancipation 2ème partie (French Edition)
Chapitre 9
Existe-t-il ?
Ezra Farrell
Le purgatoire, Manoir Soulridge
Holland Park, Londres
27 septembre 1888
La rouille sur ma langue. La mort sur ma peau. L’enfer sous mes pieds.
Mes paupières sont des rideaux troués, des volets entrouverts sur ces abysses écroués. Je cligne des yeux, je bats des cils. Mais elles restent désespérément closes. Ont-elles décidé de fermer boutique sur ma vie ? Suis-je à ce point piètre vendeur de mon destin ?
Non ! Il y aura bien forcément quelqu’un pour venir me le racheter. Ne dit-on point que tout se marchande dans l’autre monde ? Oui, je pourrais soudoyer, menacer, mutiler ou me céder au plus offrant de ses démons. Si le commerce est mon métier, celui avec le Diable est ma vocation.
Je l’attends ! Qu’il vienne tout me prendre ou ne rien me donner, peu importe ! Le prix de mes veines vaut bien le poison qui les gangrène.
La rouille sur ma peau. La mort sur ma langue. Le paradis devant moi.
Existe-t-il un marchand d’âme pour ce cher Ezra ?
Un gémissement près de moi. Un parfum de jeunesse mêlé d’espoir et d’effroi. Je me contorsionne dans ma cage trop petite, avide de me sentir moins marchandise qu’humain. Mon univers devenu fer, je me blesse sur les barreaux et parviens à tourner mon horizon vers cette lumière.
Mes jambes sont écorce, mes doigts sève écarlate, peu importe puisque mon soleil est là. Un astre obscur s’agite contre le mur dans une prison identique à la mienne. Si je tends ma main, je pourrais presque toucher cette étoile du lendemain. La splendeur de ses ombres se faufile sur le sol à travers ma forteresse solitaire, effleure ma peau glacée par mon exil en terre mortuaire.
Frustration et colère déferlent. Était-ce l’intention du Diable d’enfermer le jour si loin de moi ? Ma plainte brisée clopine jusqu’à lui afin de le goûter. Brume droguée, nuage supplicié dans un ciel de terreur partagée.
— Qui es-tu donc, petite luciole, à briller pour un condamné ? — Je… Matthias, monsieur, répond une voix muée d’adolescent. Et vous ? — Ezra. Pas de « monsieur », je t’en prie. Après tout, seul le prénom se grave sur l’épitaphe.
Un sanglot s’échappe de sa gorge prépubère.
— Pourquoi sommes-nous là, Ezra ?
J’éclate d’un rire aussi corrodé que ces briseurs de liberté. — Pour expier nos péchés, mon fils.
— Mais… moi je n’ai rien fait de mal ! Je faisais juste… je survivais. — Comme nous tous depuis notre naissance, Matthias. Mais il semblerait que notre conservation soit arrivée à expiration.
La luciole grogne un chant injurieux en changeant la position de son corps frêle. Dans la pénombre de la bougie laissée sur l’établi, je peux enfin discerner les traits de mon compagnon de trépas.
Sous sa casquette miteuse, ses cheveux courts et crasseux laissent entrevoir le visage angélique d’un jeune garçon d’environ quinze ans. Sa grâce d’éphèbe à peine souillée par la sortie de l’enfance ravive en moi des souvenirs de chairs tendres dégustées sur un lit de soie. Mon sexe durcit alors dans sa cage de coton, clamant de rejoindre l’hospitalité juvénile de ses entrailles.
Trop vieux pour toi, Ezra .
C’est vrai, je les préfère plus proches du berceau. Mais cela était avant d’avoir moi-même enfoui un pied dans la tombe. — Qui… qui est cet homme ? pleurniche-t-il.
— Le Diable, quelle question ! ricané-je d’une voix rauque. — Moi, je n’y crois pas, mons… Ezra.
Moi non plus, ma douce luciole, puisqu’il t’a fait flamboyer dans mon obscurité. En cet instant, il n’y a rien qui le rapproche le plus de Dieu à mes yeux. Cachot céleste mis à part bien entendu. Mais toi et moi allons bien trouver les clés de notre paradis, n’est-ce pas ? Et dès que nous serons enfin dehors, je me ferai alors une joie de pénétrer tes croyances de ma foi charnelle.
— Je ne veux pas mourir, gémit-il soudain. Je n’ai rien fait ! JE N’AI RIEN FAIT !
— Calme-toi, mon garçon, respire tant que tu le peux encore. Cela ne sert à rien de hurler, si ce n’est de le faire revenir plus vite.
Je contemple pour la énième fois cette geôle, à la recherche d’une illusion tranchante ou d’un spectre aiguisé. Seulement, la pièce sombre est aussi stérile de vengeance que prolifique de tourment. Compte-t-il vraiment rendre nos corps martyrs ou n’est-ce qu’une oubliette pour nos squelettes ? Je ne veux point être oublié, pas plus que je ne souhaite mon cadavre auréolé.
— As-tu trouvé quelque chose autour de toi qui pourrait nous aider, Matthias ?
— Non, bégaye-t-il. Et je n’ai rien sur moi non plus, désolé.
Je ferme les yeux, cédant brièvement au désespoir avant de me raccrocher à ses trémolos savoureux.
— Ce n’est rien, ne t’inquiète pas. Nous allons trouver un moyen de nous en sortir, je te le promets, Matthias.
Il pleure tout bas, comme un chiot de plusieurs jours privé de sa mère. L’envie de le réconforter dans mes bras paternels enflamme mes reins incestueux.
— Nous n’y arriverons jamais, murmure-t-il entre deux sanglots. On va mourir !
Toi oui, moi peut-être. Nous, sûrement si tu restes l’amant épris de dame panique. Mais ne crains rien, ma luciole, je saurai me faire ton aimé pour te rassurer. Je pose alors ma tête contre la froideur du métal et le supplie de me réchauffer de ses prières.
— Parle-moi de toi, mon garçon. Raconte-moi la survie d’un homme nommé Matthias et peut-être ensemble arriverons-nous ainsi à détruire ces épitaphes.
La porte s’ouvre, ma vie défile. Celle de ma luciole se blottit contre son mur de lamentations, attirant le Diable aux abois. Le jeune garçon implore, plaidoie, mais le juge qui s’approche de lui a depuis bien longtemps prononcé sa sentence. La clé insérée éventre la cage, la gorge de Matthias s’étrangle de sanglots.
— Non, non, non, je vous en supplie ! Pitié !
Le démon ricane, amusé par sa proie repliée au plus loin de lui. Il penche la tête de côté et soudain la bougie fait fondre de sa clarté ce masque de cire diabolique.
Sa beauté me poignarde d’une vile lame de jalousie. Pourquoi donc la mort se serait-elle éprise de la perfection quand la vie a répudié ma laideur ? Si j’avais eu un visage aussi sacré, nul doute que mes fidèles se seraient comptés par milliers. Au lieu de cela, je me retrouve impuissant à lui voler ce jeune angelot déchu de sa volière d’acier.
Les mains de notre bourreau le tirent violemment à l’extérieur, pressant le corps frêle contre son torse puissant de prédateur. Le regard paniqué de Matthias croise le mien, et je lui remémore d’un hochement de tête notre plan d’évasion.
— S’il s’empare de toi d’abord, repousse-le de toutes tes forces, et cueille son visage de ton poing.
Les chevaux de l’espoir galopent dans mes artères, cavalent jusqu’à mon cœur pour sauter les obstacles de ma détresse. Il va y arriver, cela ne peut en être autrement. Il est faible et fragile, mais l’effet de surprise est le plus puissant des fortifiants. Combien ne l’ai-je utilisé jadis sur des proies plus agiles ?
Oui, il va y arriver !
Impatient, je guette ce pas qui viendra sceller notre tombeau. Mes doigts fébriles agrippent les barreaux lorsque Matthias écarte enfin notre ravisseur d’une poussée farouche. Le tourmenteur vacille, la stupeur déforme ses traits majestueux.
Dieu, il va y arriver !
Ma bouche clame ses encouragements quand son poing se referme sur son courage naissant.
Il va y arriver !
Revigoré, le garçon ébranle alors avec force son coup sur le sourire suffisant du démon. Je trépigne, ris, hurle notre victoire à quelques centimètres de notre délivrance. Mais alors qu’un vent de liberté souffle sa brise salvatrice sur ma nuque, le Diable l’embrase de sa supercherie au dernier moment cruel.
D’une rapidité surnaturelle, il recule d’un pas, s’empare du bras du malheureux et pivote derrière lui pour le tordre avec brutalité dans son dos. Un râle de douleur fait instantanément écho à celui de ma frustration. Non, non, NON ! Il devait y arriver ! Il devait…
La créature éclate d’un rire fourbe, raffermissant sa prise sur ma luciole engloutie dans ses larmes.
— Que cela te serve de leçon, mon mignon, rugit-il à son oreille. Vous ne sortirez jamais vivant d’ici !
Ses yeux inhumains cheminent jusqu’à moi.
— Je suppose que vous êtes à l’origine de ce coup d’État, monsieur Farrell ?
Je déglutis, ma gorge paralysée par la peur. Mes organes se liquéfient, mon esprit décède. Je sens ma vessie répandre son angoisse au sol, comme si alléger cette carcasse de quelques grammes pouvait lui permettre d’échapper à ce prédateur suprême.
Non, je ne sortirai jamais d’ici. Jamais. Jamais. Jamais.
Divertie par mon silence terrorisé, la bête penche sa tête et m’octroie un clin d’œil sépulcral.
— J’accepte votre mutisme comme mea culpa . N’ayez crainte, mon cher, je me sens d’une humeur magnanime aujourd’hui. Je vais donc absoudre d’abord celui-ci…
Sa main libre relève le menton de Matthias, ses lèvres frôlent sa carotide pour y déposer le baiser de la mort. Le torturé s’agite, tente de s’échapper sous les rires flattés du démon.
— Et ensuite, cela sera votre tour. Nous verrons bien si vous brillez plus longtemps que vos lucioles après que ma lame ait avalé vos cris.
Mon cadavre blêmit soudain. Il sait. Bien sûr qu’il sait, sinon je ne serais guère dans ce tribunal de l’horreur, accusé bien avant d’être défenseur.
Reportant son attention sur son premier procès victorieux, il force leurs deux corps entremêlés à avancer d’un mouvement implacable. Le garçon hurle, cri de le laisser s’en aller, mais le cortège funéraire poursuit sa sinistre avancée jusqu’à disparaître dans les ténèbres de l’escalier.
Un bruit de lutte, un claquement de porte et me voilà redevenu étoile morte de ma galaxie solitaire.
Existe-t-il un avocat pour l’âme de ce cher Ezra ?
Le sommeil m’emporte dans son éternité bienfaitrice. Les barreaux deviennent oreiller, le linceul drap. Le marchand de sable semble être le seul à vouloir négocier mon trépas. J’ai froid, si froid, mais au moins ma chair tremblante prouve que je vis encore.
Tout à coup, un éclat de sons brumeux m’extirpe de ce smog chimérique. J’ouvre les yeux, mes jambes engourdies me font grimacer de souffrance, pourtant la silhouette retournée dans sa cage parvient à les faire sautiller d’allégresse.
Elle est revenue ! Ma luciole est revenue ! Mais sa lumière éclatante s’est teintée entre temps de couleur vermeille. Je scrute avec épouvante le sang sur ses lèvres et son ventre abîmé à travers les lambeaux épars de sa chemise. Sa tête basculée en avant laisse échapper un filet de salive écarlate, dont les gouttes perlent sur ses doigts maculés d’éther. Son silence est une tombe qui nous enterre tous deux six pieds sous notre espérance.
Malgré cela, ma voix bredouillante décide de nous en exhumer une dernière fois :
— Matthias ? Mon garçon ? Que s’est-il passé ?
Arraché à sa torpeur, le jouvenceau gémit et redresse le menton, ses yeux voilés d’un cauchemar perpétuel.
— Il… il m’a fait des choses avec sa lame. J’ai eu si mal, monsieur. Si mal !
Il sanglote et pousse une plainte de petit animal blessé. — Il m’a dit que je n’aurais jamais dû m’en prendre aux autres garçons. Mais je n’ai fait que lui obéir, je vous le jure !
Je fronce les sourcils, agréablement stupéfait de nous découvrir cette passion commune pour la chair immature.
— De quoi parles-tu, mon petit ?
Il cogne son front de son poing ensanglanté.
— De la voix dans ma tête. C’est elle qui me dit de leur faire toutes ces choses. Moi je… J’y suis obligé, monsieur !
— Calme-toi, Matthias, je te comprends, tu sais.
Il renifle et tourne son visage anéanti vers moi. — C’est vrai ?
— Oui. Vois-tu, moi aussi j’aime faire des choses aux petits garçons.
Apaisé par ma confession criminelle, ses pleurs s’étouffent et cèdent place à une curiosité enivrante.
— C’est votre voix qui vous l’ordonne ?
J’éclate d’un rictus mélancolique.
— Non, Matthias. Je suis ma propre voix. — Mais… c’est mal !
— Vraiment ?
Ma tonalité devient onctueuse, vestige de celle empruntée pour attirer leurs ailes innocentes dans ma dépravation. — Que ressens-tu lorsque tu les pénètres de ton membre ? Lorsque tu les fais crier sous tes coups de boutoir ?
Il pousse un hoquet scandalisé avant de me répondre fiévreusement. — Du plaisir, s’extasie-t-il. Beaucoup de plaisir. Et du pouvoir aussi.
Je soupire de félicité et pose mon front contre la froideur de l’acier.
— Alors il n’y a rien de mal, Matthias. Ne dit-on pas que « le plaisir est le
bonheur des fous [21] » ?
— Oui, vous avez raison, concède-t-il d’un murmure soudain transporté.
Il relève la tête, un sourire timide sur ses lèvres meurtrit puis faufile son bras fin entre les barreaux. Sous mes yeux étonnés, il ouvre son poing sur une petite épingle aux promesses délicieuses d’évasion. — J’ai réussi à lui prendre ça pendant qu’il… Enfin, je lui ai volé.
Mon cœur trépigne d’un espoir retrouvé.
— Tu penses pouvoir fracturer la tienne ?
Il hausse les épaules et pousse sans délicatesse la porte de sa cage qui s’ouvre dans un grincement à rameuter le diable. — Doucement, mon garçon ! chuchoté-je avec précipitation. Notre silence doit être aussi fatal que la mort. Quand as-tu… — Pendant que vous dormiez, mais je ne peux pas sortir, je… J’ai trop peur de ce qu’il pourrait me faire encore s’il m’attrape. Vous ne savez pas, monsieur. Non, vous ne savez pas !
Il s’apprête à s’emprisonner lorsque mon intonation se fait martiale. — Veux-tu mourir ici, Matthias ?
— Non, pleurniche-t-il. Non, je ne veux pas.
— Alors ouvre ma cage avant qu’il ne revienne ! — Il vous tuera !
— Pas si nous sommes deux contre lui. Fais-moi confiance, mon garçon. Ne souhaites-tu donc point adorer encore ce plaisir ? Connaître à nouveau le goût du pouvoir sur tes lèvres ? Leur soumission sur ton sexe ?
Il pince ses lèvres et hoche vigoureusement la tête, une lueur mystique nichée dans ses prunelles.
— Oh, oui. Oui, je le veux !
Je rapproche mon visage fervent des barreaux et souris à mon frère religieux.
— Ouvre ma cage, ma luciole.
Il est revenu. Bien plus tôt que notre fugue de ce purgatoire ne l’avait prévu. Néanmoins, le talent de mon partenaire aura eu le temps de forcer le verrou de ma captivité avant de se ruer dans la sienne.
La silhouette infernale de notre gardien étale ses instruments sur l’établi, prenant un soin particulier à faire briller leur éclat assassin. Mon regard attentif glisse sur la machette et la hache posées contre le mur.
Nous allons y arriver !
Il nous suffit de nous faufiler sans bruit dans son dos et de l’égorger. Confiant, je tourne la tête vers Matthias et lève mon pouce en l’air afin de lui donner le départ de notre exode. Il déglutit péniblement et me répond de la même manière. Lentement, nous ouvrons alors tous deux notre échappatoire, sans quitter le serpent des yeux.
Son concerto sifflé de Mozart permet de noyer la symphonie de la rouille dans les notes jouées par les tambours de nos cœurs.
À quatre pattes, je me glisse hors de ma cage et me redresse, primate devenu homme. Sur deux jambes, j’avance et m’empare avec discrétion des deux armes, homme devenu Dieu. Derrière moi, Matthias plaque une main sur sa bouche apeurée. Je lui tends ainsi la machette, plus légère à manier pour sa carrure frêle, et lui fait signe de rester en arrière. Sa petite taille acquiesce, secouée par instant de spasmes craintifs.
Oui, nous allons y arriver !
Mon pas leste se faufile jusqu’au Diable, toujours affairé à l’entretien de son arsenal de douleur. Je me retiens de rire en voyant l’état pitoyable du mien. Peu importe, seul son sang de démon purifiera son acier. L’excitation afflue dans mes veines, commande à mon bras de pratiquer son sacrifice rituel. Je lève alors ma lame à hauteur de son crâne pour fendre en deux cette pomme brune, ô combien tentatrice.
Nous allons y arriver. Nous allons y arriver. Nous… — ALLONS Y ARRIVER !
La hache s’abat au sol dans un fracas assourdissant. Ma vengeance hurlée crie de douleur tandis que des aiguilles glacées viennent s’enfoncer dans mon épaule inerte. Je titube, mes pieds glissent dans une mare de sang aseptisée par la trahison. Mon regard, voilé par les affres de l’hémorragie, se pose alors sur mon membre amputé ; fontaine écarlate au flot dévorant de vie. Trébuchant sur mon membre orphelin, je quitte des yeux le dos du musicien demeuré imperturbable et vacille vers son suppôt. Mes mots murmurés éclatent en bulles d’agonie.
— Pourquoi ?
Un sourire de Judas étire ses lèvres cruelles à mesure qu’il s’approche de moi. Ses doigts lâchent la machette souillée pour venir retirer sa casquette d’acteur tragique. Une cascade dorée déferle alors sur ses épaules et soudain le Diable devient marié à Lilith. — Pourquoi ? répète-t-elle d’une voix horriblement féminine.
Mon corps froid s’écroule sur le ventre. Prosterné en adoration, agenouillé face à cette impératrice du mal qui s’est jouée de son serviteur. — Vous l’avez dit vous-même, Ezra : « le plaisir est le bonheur des fous ». Et il se trouve que j’en suis son plus fidèle aliéné.
Ma Némésis éclate d’un rire dément puis enjambe sans vergogne ma dépouille pour rejoindre son consort satanique. Je les entends au loin disputer leur règne et leur amour destructeur. Moi aussi j’ai aimé avec passion mes lucioles, hélas, je sens leur lumière s’éteindre une à une au fond de mes entrailles privées de sève vitale.
Peu à peu, mon existence me fuit, mon monde s’évanouit. Ma conscience lutte contre la faucheuse venue récupérer sa mise pariée depuis ma naissance.
L’hiver se fait éternel, le printemps souvenir. Mes saisons naviguent sur cette rivière pourpre. Mon espoir se noie dans ce torrent grenat, mais mes doigts continuent de nager à contre-courant vers l’escalier, traînant ce corps vers la liberté.
Je vais y arriver. Oui, je vais y arriver.
La mort sur ma peau. Le sang sur ma langue. Le néant devant moi.
Existe-t-il un fossoyeur pour le cadavre de ce cher Ezra ?
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