Vila Emilia : Tome 4 : émancipation 2ème partie (French Edition)

Prologue

Une soif de papillon.

Dorian

 

Bureau de Dorian, Manoir Soulridge

Holland Park, Londres

2 Septembre 1879

 

— Comment a-t-elle seulement osé me faire ça, à moi ?

La bête rugit en se servant un verre de whisky sec, sa rage entière concentrée sur cette fillette de dix ans. Cette chose pitoyable surgit dans son existence pour le voler !

— Cette gamine ! Des années à me préparer à sa dégustation et c’est pourtant elle qui croque mon met ducal ! Je vais t’écorcher, petit papillon ! Oh, oui, je vais t’arracher les ailes et les épingler sur le maudit mur de mon cabinet !

Je lève mon verre et porte un toast meurtrier.

— Je le jure sur ce poison ambré. Bientôt, tu connaîtras le purgatoire et je te réexpédierai tout droit dans cet enfer qui est tien !

Nôtre.

Non.

Non, ce n’était qu’une illusion.

Elle n’est pas celle que je crois. Sa place est dans une tombe, non dans mes bras.

Furieux, je vide mon verre et m’apprête à m’en verser un autre lorsque la porte de mon bureau s’ouvre pour révéler une ombre miniature. — Que fais-tu ici ? aboyé-je. Tu devrais être couchée à cette heure-ci ! Remonte dans ta chambre !

La petite fille tremble de tous ses membres chétifs, mais elle s’achemine courageusement vers moi ; son petit nez relevé en signe de défi. La part la plus sombre et égoïste de ma misérable carcasse fantasme un instant sur l’adulte qu’elle pourrait devenir si ma lame lui en laissait le choix.

Une magnifique jeune femme qui pourrait m’appartenir.

Non.

Elle est déjà à moi. 

— Je n’arrive pas à dormir, chouine-t-elle. Le berger ne veut pas me laisser tranquille.

Son petit poing frotte son œil rougi d’insomnie. Un soupir contrarié puis je balaie d’une main impatiente ses jérémiades et m’empare à nouveau de la bouteille. Mais au moment où le cristal se pose sur le verre, un souffle venu de nulle part effleure mon oreille pour se faire l’écho de ses larmes solitaires.

Le cœur soudain comprimé d’une effroyable sensation, je repose brusquement le whisky.

Un rire hystérique gratte ma gorge asséchée d’une soif nouvelle.

Une soif de papillon.

Et si c’était elle ?

Mon regard se pose une nouvelle fois sur cette fillette au visage d’ange. Un démon pourrait-il s’occuper d’un être aussi céleste ?

Je m’approche doucement et m’agenouille devant elle pour relever son menton. Mes gestes sont guidés par une inhabituelle précaution. Et, aussitôt, ce phénomène étrange se reproduit, insufflant à mes poumons ce souffle sacré, feu de nos deux âmes réunies.

Je respire. Pourquoi donc est-ce que je respire uniquement dans ce regard ?

Je croyais qu’elle m’avait uniquement volé la mort de Develton, toutefois, il semblerait que j’ai eu tort. Ces yeux d’un si beau bleu m’ont volé ma vie.

Si je continue. Si je demeure à ses côtés pour lui enseigner l’art de me tuer, aurais-je seulement envie de la lui reprendre ?

La réponse se forme peu à peu dans mon esprit, faite de fragments de rires, de pleurs et de cris enveloppés de soie noire. Comment un avenir peut-il être aussi beau et sordide à la fois ?

Parce qu’il est à notre image.

Mes doigts effleurant à présent sa peau mouillée de larmes, mon papillon s’envole dans mes bras pour nous faire un.

Curieusement soulagé de la sentir contre moi, je soupire cette fois d’aise et observe derrière elle les nombreuses bouteilles vides alignées sur l’étagère.

D’un sourire enfin sobre, je presse un peu plus mon nouveau poison sur mon cœur envenimé et proclame sans regret mon adieu à l’ancien.

Nevermore.

 

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Première partie

« J’ai toujours eu le désir d’infliger de la douleur aux autres et que

les autres m’en infligent à leur tour. Il me semble que j’ai toujours aimé

tout ce qui fait mal. »

Albert Fish

Surnommé le vampire de Brooklyn

 

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