Vila Emilia : Tome 4 : émancipation 2ème partie (French Edition)
Chapitre 40
Est-ce l’heure, milord ?
Dorian
Petit salon, Manoir Soulridge
Holland Park, Londres
11 Novembre 1888
Un silence de mort règne sur le manoir au gré de ses corridors plongés dans le noir, comme si Soulridge tout entier avait déjà revêtu sa crêpe de deuil.
Depuis ma naissance, cette demeure est destinée à devenir ma tombe, mais ce soir, alors que je me dirige vers ma seule source de lumière, j’ordonne à sa pierre détestable de se faire berceau de nos adieux.
Arrivé à hauteur du petit salon, je remets de l’ordre à ma mise malmenée par ce grotesque combat et pousse la porte entrouverte. Le feu de la cheminée crépite à mon approche, reflet de celui dans mes veines dès que je l’aperçois.
Assise sur son fauteuil habituel, ses divines jambes croisées devant elle, sa tasse de thé abortif à côté, mon apparition porte une robe de chambre arachnéenne sur le satin de nuit vaporeux. Trop de tissus, néanmoins rien que ma lame ne peut déchirer. Désirables à se damner, ses lèvres ourlées prononcent silencieusement les phrases de papier logées entre ses doigts graciles. Les miens, attirés par cette gorge nue prête à subir mes morsures, s’étirent d’une obscure fierté préhistorique : celle de posséder une aussi belle créature.
Pressé de capturer cette tentation évanescente, je m’approche à pas feutrés, bien que je ne trouve plus la nécessité d’une telle prudence. Le lien qui nous unit est comme une sonnette de porte d’entrée, tintinnabulant au moindre frémissement de désir, au moindre frisson de contrariété. Semblable à celui affairé à remuer l’océan de ses prunelles désormais ancrées à moi.
— Je suppose que tu ne l’as pas attrapé, m’incrimine-t-elle sèchement.
Je souris, charmé par cette autorité dont je me laisse parfois devenir victime au lit et la contourne afin de picorer son cou de baisers. Vaincue un instant par mes caresses, sa colère bascule en arrière et gémit de plaisir, me laissant ainsi libre accès à son décolleté.
Mais au moment où mes mains plongent sur leur propriété, elle se détache de moi et se lève d’un bon enragé.
— Quand comptais-tu m’en parler, Dorian ? QUAND ?
Mes doigts encore figés sur son fantôme, je hausse un sourcil préoccupé. Bon sang, il nous reste si peu de temps à nous étreindre ! Je me refuse à passer ces jours en solitaire dans mes draps à ourdir une nouvelle fois mes plans de reconquête. Emilia m’appartient, elle est à moi et à personne d’autre.
Je croyais cet accord acté par nos âmes, toutefois, ce regard enfiévré appelle une nouvelle fois à l’alliance de nos corps. — Je suis confus, min sommerfugl , ronronné-je. Parles-tu de Jack ou de cette délicieuse et scandaleuse position où je compte te prendre ce soir ?
Ses joues se colorent aussitôt de cette captivante nuance de rouge. Un rouge passion. Je pousse un rictus narquois face à cette timidité chimérique, objet de tous mes fantasmes. Des jours à la posséder en lui murmurant d’ardentes obscénités, pourtant, hors de mes bras elle demeure aussi prude qu’une vierge. Ce n’est qu’une fois sa pudeur réchauffée par ma peau que ses vices s’accouplent à mes perversions.
Cela me plaît, plus que je ne pourrais jamais me l’avouer. Savoir que je suis le seul à lui permettre d’exprimer sans retenue sa sensualité. Le seul à pouvoir exciter ces courbes nées pour s’unir aux miennes.
Oui, elle m’appartient.
Même si au fond de moi je lui souhaite de trouver un jour le bonheur, mon égoïsme légendaire prie chaque nuit le Diable de la condamner à l’hiver éternel. Pour qu’enfin lorsqu’elle me rejoindra, moi seul puisse à nouveau la réchauffer.
Soudain, une lettre jetée à ma figure interrompt mes funestes pensées. Amusé par sa bravade, je peaufine en songe sa punition charnelle quand mes yeux rencontrent mon propre châtiment signé par la plume de Jack.
Cher comte,
Je vois que vous n’avez pas voulu jouer avec mon beau couteau, quel
dommage ! Nous aurions pu tellement nous amuser tous les deux. Au lieu
de cela, vous avez triché ! Vouloir me piéger était une erreur alors, laissez-
moi la rectifier. Ha ha .
On va utiliser mes règles, vous en dites quoi ? Bien sûr que vous êtes
d’accord, après tout c’est vous qui souhaitez m’attraper.
Moi je souhaite vous tuer, mais il semble que nous devions faire chacun des
compromis, ha ha. Alors voilà le nôtre :
Procédez le 16 novembre au rituel, tout comme la malédiction l’exige. Si
vous ne le faites pas, votre pute mourra. Si vous le faites, c’est vous qui
mourrez, mais en guise de cadeau d’adieu, je me livrerai à votre papillon .
Enfin… si elle gagne.
Je combattrai votre pute sans tricher et vous, vous payerez pour l’avoir fait.
J’estime que c’est équitable, non ? Un insecte contre un reptile.
Vous savez ce qu’il vous reste à faire. Vous l’avez toujours su, n’est-ce pas ?
Ce fut un plaisir de croiser le fer avec vous, comte. Mais n’ayez crainte,
mon frère, je vous rejoindrai un jour en enfer pour terminer notre guerre.
Adieu
Votre dévoué
Jack
— Explique-moi ! exige Emilia. Qu’est-ce que ce rituel ? Et pourquoi lui est-il au courant ? Je croyais que tu avais confiance en moi ! Le seize est dans cinq jours, Dorian ! Qu’attendais-tu pour me le dire, que j’enlace ton cadavre ? Tu n’es qu’un lâche !
Je soupire, malgré tout reconnaissant envers Jack. Si seul mon cadavre peut tout lui révéler, ce cœur encore vivant peut quand même s’essayer à la sincérité. Au moins le temps d’un battement pour elle.
Je plie la lettre et plonge mon regard froid dans celui désemparé de ma moitié.
— Je vais te répondre dans cet ordre étrange choisi par ta colère. Le rituel est une cérémonie pratiquée par les hommes de ma famille, plus exactement par les garçons premiers-nés. Il a lieu le jour de notre naissance afin de correspondre à celui de notre mort. Pourquoi l’éventreur est-il au courant ? J’ai le regret de t’informer que je n’en ai aucune idée. Pour l’instant. Quant à ma lâcheté, je dois avouer qu’elle attendait le dernier moment pour se révéler. Contrairement à ce que je t’ai affirmé autrefois, je ne voulais pas que tu conserves uniquement ce jour maudit en mémoire. — « Je naîtrai lorsque tu m’achèveras. Seul ce jour mérite d’être retenu », murmure-t-elle.
J’acquiesce, ravi que son affection ait gardé en mémoire sa haine. — En effet, min sommerfugl . La mort doit avoir lieu le jour de nos trente-trois ans.
— Comme l’âge du Christ ?
Je précise d’un ton enjoué.
— Heureusement pour moi, mon splendide corps ne sera point cloué sur une croix.
Elle tressaille, horrifiée. Un sanglot s’échappe de sa bouche au moment où elle s’enquiert des formalités :
— Pourquoi un procédé aussi occulte ? Jack a parlé d’une malédiction dans sa lettre, est-ce vrai ? Est-ce que cela concerne le duc de Lambai ? Il n’est pas humain, je le sais ! J’ai vu ses yeux et… autre chose, quand nous valsions.
Cette fois, c’est au tour de mes humeurs de s’agiter. Je devrais pourtant n’être nullement étonné par son sens de déduction, moi qui le lui aie enseigné durant ces trois dernières années. — Tout a à voir avec le duc de Lambai, grimacé-je. Quant aux tenants de la malédiction, tu ne le sauras uniquement que… — Que dans cette maudite lettre ? devine-t-elle d’un rictus ironique. Assez, Dorian ! Assez de ces cachotteries, je veux la lire maintenant ! Non, mieux, je veux que tu me la lises ! Oui, je veux entendre ta voix décrire ta mort et prononcer la mienne ! MAINTENANT ! J’en ai gagné le droit ! — À la sueur de nos ébats ? la provoqué-je. Non, Emilia, ce droit tu l’as perdu au moment où je suis entré en toi.
Ma furie cille, mais n’en démord point.
— Je jure de démolir pierre après pierre de ce manoir si tu ne me la donnes pas maintenant ! Donne-la-moi !
— Non.
— DONNE-LA-MOI !
— Non !
Son pied cogne de frustration celui de la chaise tandis qu’elle continue de s’emporter.
— Trois ans, Dorian ! Trois années à m’enseigner l’art de te tuer alors que tu savais ta mort déjà programmée ! Dans quel but, t’amuser ? Te moquer de moi ? Ta cruauté avait-elle fait pari de voir si j’en étais seulement capable après avoir été séduite ? Eh bien, tu as gagné, Dorian ! Tu as gagné, tu m’entends ? J’en suis fichtrement incapable !
La suite s’évapore dans sa voix hantée d’affliction. — Je te déteste. Je nous déteste. Mais par-dessus tout, je me déteste de t’ai… t’apprécier quand même. Comment as-tu pu nous faire cela ? Comment as-tu pu ?
Mes résolutions s’affaiblissent à ce verbe inachevé, encore imprononçable pour nous deux. Malgré tout, je choisis la brutalité afin de les endurcir. Je dois tenir. Moins elle en saura, moins elle me retiendra. — Mon but était uniquement de te former à me remplacer. Que tu réussisses ou que tu échoues, peu m’importait du moment que tu me tenais compagnie au purgatoire et au lit. Et, oui, tu as raison, peut-être que ma cruauté s’est amusée à parier sur tes compétences post-coïtal.
Elle me fixe intensément avant de siffler l’évidence. — Je ne te crois pas, il y a autre chose. Tu m’as protégée toutes ces années alors que tu te savais mourant. Il y avait forcément une raison à cela. Et si j’avais réussi ? Et si je t’avais tué, qu’en serait alors devenue la malédiction ?
Je force ma langue bifide à se faire aussi implacable qu’un reptile. — Seule la lettre te le dira. Je ne répondrai plus à tes questions, Emilia. Soit déjà reconnaissante des réponses que je daigne t’accorder. — Donne-la-moi, m’implore-t-elle.
— Nej .
— Dorian…
— DET ER NOK [38] !
Son corps trémulant de rage, elle recule afin de mettre de la distance entre nous. Cela ne sert à rien, ai-je envie de lui hurler. Puisque tôt ou tard je te rejoindrai. Puisque tôt ou tard tu me supplieras de le faire.
— Nej, répété-je en contournant le siège. Tu sais bien que je ne peux faire cela.
Elle éclate d’un rire hystérique, une larme dévale la pente satinée de ses joues en feu. Ma langue s’irrite de ne pouvoir la recueillir, mais il faudrait à mes lèvres bien plus d’eau pour pouvoir étancher ma soif d’elle.
Suis-je un monstre de la désirer à pleurer ? De la trouver plus magnifique que jamais dans le rôle de la veuve éplorée ? — Non, tu ne l’es point, min storebror. Tu n’es qu’un homme face à une femme qui pleure pour toi.
— Oui, Élise. Et ce spectacle est le plus beau qui soit. — Ton « pouvoir » n’est décidément pas à hauteur de mon « vouloir » Dorian, crache-t-elle.
— Il le sera dans cinq jours.
J’inspire profondément et me lance dans cette dernière croisade en terre damnée.
— Lorsque tu me donneras le poison qui m’achèvera.
Ses yeux s’écarquillent d’épouvante. Son teint se fait livide tandis qu’elle secoue la tête sans répit, ses lèvres bredouillant sa réponse déchirante :
— Non, Dorian, sanglote-t-elle. Je t’en prie, ne me demande pas cela. Non, non, non. Je… je ne peux pas. Je ne le ferai pas. Hors de question, non, je… — Tu étais pourtant prête à le faire il y a peu, lui rappelé-je.
Elle écorche nerveusement ses avant-bras, comme si elle sentait déjà le froid de la mort s’abattre sur nous.
— Non ! Je ne l’aurai jamais fait et tu le sais. Je… je ne peux pas tuer ma moitié et c’est ce que tu es, Dorian. C’est ce que tu es, la meilleure partie de moi. La seule qui vaille la peine d’être sauvée.
Son désespoir appelant mes bras, je fonds sur elle et l’enlace à nous briser les os. Ses pleurs s’étouffent contre mon torse, sa respiration agonise en même temps que la mienne, pourtant, notre étreinte nous faire renaître. — Il n’y a qu’ainsi que tu pourras capturer Jack, chuchoté-je en inspirant son parfum. C’est ce que je comptais te dire ce soir. Ses piètres aptitudes au combat ne le laisseront plus s’approcher de nous. Ce n’est qu’un lâche qui use de ruse pour nous blesser au moment où l’on s’y attend le moins. Si j’accepte, ma mort servira à la sienne. À notre vengeance.
Elle lève ses magnifiques yeux rougis vers moi.
— Je n’ai que faire de la vengeance !
Mes doigts glissent sur ses cuisses, frôlant ses cicatrices. — Il te refera du mal et cela je ne le supporterai pas. Tu dois le tuer, min sommerfugl . Il n’y a qu’ainsi que tu seras protégée de lui. — Mais tu es là pour le faire, gémit-elle. Tu seras toujours là ! — Non, Emilia. Vois-tu, cela fait partie des joies de cette satanée malédiction. Si je ne meurs pas des mains de mon élève à l’heure exacte de ma naissance, toutes les âmes de Soulridge disparaîtront avec moi. Je suis peut-être vaniteux, je n’en demeure pas moins pragmatique : ma vie ne vaut pas autant de morts.
Ébranlée, elle tente de me repousser, mais ma cruauté se fait étau de chair.
— Au diable les domestiques ! hurle-t-elle en frappant mon torse. Je creuserai leurs tombes de mes ongles plutôt que de t’enterrer !
Je ris et emprisonne ses poings emportés.
— Ravi de constater que mon corps noble vaut plus que la fourrure de Lucius. Ou l’amitié de Johanna. Néanmoins, même si tu décides de ne pas me tuer, ma vie ne tiendrait qu’à quelques minutes de plus. Je mourrai quoi qu’il arrive, génocide domestique ou non. Je suis condamné à trépasser, Emilia, et cela depuis ma naissance. Tout comme l’humanité. Tout comme toi. Je prends juste un peu d’avance dans cette course à la mort. Jack a raison finalement : je triche pour gagner. Et tu vas m’y aider.
Alors que je la croyais calmée au contact de ma peau, sa fureur s’ébranle de nouveau :
— Je refuse ! Non, Dorian, je ne le ferai pas !
— Je m’ouvrirai donc les veines, cinglé-je. Le suicide marche aussi pour le Diable. C’est d’ailleurs le seul moyen en ma possession pour me faire périr plus tôt. Toutefois, je préfèrerais tenir ma promesse et mourir de ta délicate main à l’heure anglaise. Tu sais combien la ponctualité me tient à cœur. — Le poison n’a jamais marché, tente-t-elle, désespérée. Je les ai tous essayés, aucun n’a fonctionné sur toi.
— Parce que tu ne les as pas utilisés le bon jour, Emilia. Il fonctionnera, je te le garantis.
Ses prunelles hagardes empruntent ma folie. Mes sentiments, mon aliénation. J’ai mal, mais je tiens face à elle, telle une statue de pierre au cœur d’argile. Durant ces trois dernières années, mon apprenti l’a modelée à sa guise, y sculptant les formes de son affection pour pétrir mes regrets. Comme je voudrais extraire ce fieffé organe, dépecer ses émotions irrationnelles !
Oui, je suis jaloux de Mary Jane Kelly qui n’en possède plus.
Mais je suis aussi reconnaissant d’en avoir un. — Un délai, oui, je suis sûre que nous pouvons lui en demander un. Un délai, psalmodie-t-elle. Reste avec moi, reste, je t’en prie, ne pars pas. Ne me quitte pas !
Ma froideur rongée par ce mal que je répands sur sa raison, je me penche et pose mon front sur le sien afin de lui murmurer dans un souffle douloureux :
— Mon Emilia, j’étais destiné à te rencontrer et à vivre un temps à tes côtés. Non à y demeurer pour l’éternité. Tu en veux à la mort, je le sais, mais moi je le suis reconnaissant de son présent. Car si elle n’avait pas posé son regard sur mon berceau, jamais je n’aurais eu la chance de poser le mien sur toi.
Elle mordille sans douceur ses lèvres avant de clamer un nouveau prétexte. Mais la faucheuse n’a que faire de nos arguments, qu’ils soient sentimentaux ou meurtriers.
— Je n’arriverai jamais à le tuer seule.
— Tu y arriveras, min sommerfugl . N’oublie pas que je t’ai appris tout ce que je sais.
Elle relève la tête. Sa main se libère de mes doigts et caresse tendrement ma joue.
— Mais tu ne m’as pas appris à vivre sans toi.
Mon esprit demeure un instant muselé par la détresse de sa maîtresse avant de se rouler une nouvelle fois dans le mensonge. — Tu apprendras. Après tout, n’est-ce pas l’intitulé de ta dernière leçon ? Un jour, quand tu seras très âgée et lasse de la vie, tu oublieras la mienne. Alors, à ce moment-là, je viendrai te chercher afin de te la rappeler. La mort n’est qu’un labyrinthe de plus, Emilia, et je passerai l’éternité à le parcourir pour te retrouver.
— Laisse-moi du temps, me supplie-t-elle. Je trouverai une solution, j’irai voir le duc et je…
— Non !
Mes griffes affolées s’enfoncent dans ses épaules, lui arrachant un hoquet de stupeur.
— Promets-moi de ne jamais t’approcher de lui ! Il te tuera d’un regard et Katherine avec. Il n’y a que contre lui que je ne peux te protéger.
L’ombre d’un sourire salue le retour de la bête. — Vous êtes pourtant un démon vous-même, milord.
Rassuré, le monstre retourne dans sa cage, plus solitaire que jamais. — Là où je me rends, je risque de me trouver en bas de l’échelle, me forcé-je à plaisanter. Rien que d’y penser ma vanité en tremble.
Devenue à présent mutique, son regard absent quitte notre présent pour se perdre dans un futur esseulé. Sentant la culpabilité commencer à taillader mes veines, je dépose un baiser sur sa joue et abrège nos souffrances. Nos corps morcelés auront toujours le temps d’unir leur supplice cette nuit.
— Je te rejoins dans notre chambre, min sommerfugl . Je dois aller donner mes dernières consignes au personnel.
Sans réponse de ma rose aux pétales fanés de tristesse, je détourne mon cœur transpercé de ses épines.
— Si tu avais eu le choix. Serais-tu resté à mes côtés ?
Sa voix ravagée éparpillant mes cendres sur le seuil, je déglutis et réponds aux ténèbres du corridor.
— Si j’avais eu le choix, jamais tu n’aurais eu à me poser cette question.
Puis, astreignant mes sens à se faire sourds de ses pleurs, je chemine jusqu’à mon bureau où je croise la mine décomposée de mon majordome. — Est-ce l’heure, milord ? me demande-t-il, mal à l’aise.
Je rejette mes cheveux trempés de lâcheté, et anéantis d’un ordre ma lumière.
— Oui, Anthony, prépare le rituel. Il est temps.
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