Vila Emilia : Tome 4 : émancipation 2ème partie (French Edition)
Chapitre 43
Happy end .
Emilia
Salle de bal, Manoir Soulridge
Holland Park, Londres
16 Novembre 1888
Immobilisée devant les grandes portes fermées de la salle de bal, je cache mes mains tremblantes dans les plis de ma robe de débutante. Celle que Dorian m’a demandé ce matin de revêtir au nom d’une « dernière volonté » invoquée par son humour macabre.
Encore endolorie de sommeil, j’ai néanmoins protesté, scandalisée par sa requête de mauvais goût, lorsque ses bras puissants m’ont portée nue hors du lit pour me plaquer près de notre portrait ; sa tenue d’Adam diabolique logé entre mes cuisses.
Surprise par son humeur plus égayée que condamnée, j’ai relevé la tête vers lui, plongeant ainsi dans ses iris devenus étrangement solennels :
— C’est cette image que je désire emporter avec moi, Emilia, m’a-t-il murmuré en caressant ma joue avec affection. Non un sosie de peinture.
— Eh bien, ai-je dégluti, empourprée. Cela aurait été avec grand déplaisir, milord. Cependant, je crains que cette robe ne sied guère à ma silhouette actuelle. Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, je n’ai plus le corps d’une fillette de seize ans.
Me rappelant la futilité de ce rappel anatomique, ses yeux malicieux se sont égarés plus bas sur ma poitrine. Plus bas à la jonction de nos intimités pressées de s’unir de bon matin.
— Et il est heureux qu’il en soit ainsi, sinon je ne pourrais faire cela, a-t-il soufflé en me pénétrant d’une seule poussée.
Nous avons ensuite fait l’amour sauvagement contre le mur avant qu’il ne nous ramène au lit pour une ultime étreinte saturée de tendresse. Puis, alors que ma jouissance atteignait les cimes du plaisir, sa duperie m’a fait promettre dans un cri de porter cette satanée robe.
Et c’est ainsi, grâce aux talents innés de Sarah, que cette toilette de drapée prune et taffetas noir a pu être rajusté afin de convenir aux formes d’une jeune femme de dix-neuf ans.
Une jeune femme dont la vie s’arrêtera à 15h20.
L’heure de sa naissance, l’heure de notre mort. Jadis, ma haine aurait tout donné pour connaître la deuxième. Mais à présent figé devant ces portes, mon amour pleure son regret de les savoir tous deux.
Tout à coup, mon affolement se rappelle à notre présent détruisant la moindre trace de lucidité dans mon esprit dévasté.
Il va mourir ! Mon Dieu, Dorian va mourir ! Et c’est moi… moi qui vais le tuer ! MOI !
Emprisonnée dans mon corset retaillé, ma cage thoracique se révolte à chaque inspiration manquée. Une main sur mon ventre je me plie en deux, broyée par le chagrin et la colère de le perdre. Étrécie par ma terreur, ma trachée s’engorge de larmes que j’avale dans l’espoir de m’y noyer. Mes cordes vocales, aussi faibles qu’un instrument de musique en fin de vie, poussent des gémissements qui se perdent dans le corridor dépeuplé de domestiques.
Prise d’une panique grandissante, ma respiration se met à galoper dans les plaines arides de la douleur. Torturée par les démons du chagrin, ma peau s’écorche, mes muscles se déchirent, mes os se broient. Je disparais, je m’évanouis, déjà poussière avant même de l’avoir fait cendres. — Ma mie, est-ce que tout va bien ? Vous êtes livide.
Bâillonnant un sanglot, je me redresse péniblement pour rencontrer le regard soucieux du renard. Ses cheveux roux soigneusement peignés en arrière associés à sa mise entièrement rouge le font ressembler à un feu prêt à dévorer mes angoisses.
Malheureusement, malgré toute sa volonté, seul le regard glacé de son maître détient ce sombre pouvoir.
— Comme quelqu’un qui s’apprête à tuer l’homme qu’elle aime, Lucius.
À ces mots, sa main tendue vers moi se fige à quelques centimètres de mon bras. D’une grimace navrée, le domestique rapatrie sa sollicitude vers sa nuque qu’il frotte nerveusement.
Ses joues désormais de la même teinte que sa chevelure m’interroge un bref instant sur la teneur de ses sentiments. Depuis quelques semaines, la jalousie de ma moitié est persuadée qu’il nourrit bien plus que de l’admiration à mon égard. Cependant, même si cela se révélait être vrai, son affection, aussi agréable soit-elle, finirait écrouée dans le cachot de mon indifférence. Il n’a existé aucun homme avant Dorian et il n’en existera aucun après lui.
Il n’y a qu’un cadavre pour avoir envie d’en enlacer un autre. Et le mien appartient à cet homme derrière la porte. — Je suis désolé, Ma mie. Si je le pouvais, soyez assurée que je donnerais ma vie pour qu’il vous reste.
Étonnée par cet élan de générosité insolite, je scrute les traits du renard à la recherche de la moindre ruse. Ce que j’y vois ne parvient qu’à raviver ma propre souffrance.
Du chagrin. De la douleur. De la résignation. Et du regret.
Tout comme pour les autres domestiques, Dorian a sauvé sa fourrure des griffes d’un destin qui voulait s’écrire sans lui. Un pacte au purgatoire récité a fait de l’arme tendue sa plume. Son rôle d’homme de main, son parchemin. Toutefois, sans narrateur pour guider ses pas, l’histoire de Lucius ne demeurera qu’un banal récit oublié. Une fable dont il sera à jamais le personnage secondaire quand sa jeunesse voudrait en être le héros.
Mes doigts fébriles effleurent la fiole de ciguë dans ma poche alors que mon attention se tourne vers sa jumelle blottie dans ma serre. Restera-t-il ainsi au manoir après la mort de son maître pour enterrer la mienne ou m’abandonnera-t-il pour réécrire la sienne ?
Même si j’apprécie énormément Winston, ma sépulture aurait tendance à faire davantage confiance à l’homme de main. Au moins pour être ensevelie au bon endroit : dans la tombe de Dorian. — Je sais, maître renard, réponds-je, le cœur déjà six pieds sous terre. Je sais.
Mes yeux embués papillonnent sur la maudite horloge du corridor : 15h. Confirmant mes craintes, Lucius racle sa gorge et m’offre son bras d’une moue contrite.
— Il est l’heure, Ma mie, Sa tartelette vous attend. Cependant, dans ma grande bonté, je vous laisse respirer une dernière fois avant d’ouvrir les portes.
Reconnaissante d’une telle attention, je tente de lui rendre son sourire, mais mes lèvres demeurent cachetées par le seau de la peur.
Alors, le corps parcouru de frissons atroces, je les entrouvre, calcine mes poumons d’une flambée d’air criminelle puis pose ma main sur son bras. Telle une mourante expirant une dernière fois.
Rideaux tirés et instruments de kung-fu rangés, la salle de bal est plongée dans une pénombre censée représenter celle des enfers. Donnant vie aux nombreuses écailles incrustées dans le sol noir, des bougies rouges ont été disposées en cercle. À l’intérieur de cet étrange office se dessine un obscur symbole, tracé à l’aide du sang de Dorian.
— Un pentagramme, m’a-t-il expliqué hier soir, le signe du Diable. Je dois me saigner et le graver de mon éther, car seul le sang d’un Jacobson est en mesure d’abreuver le pacte.
Suite à cette révélation, j’ai passé la plus grande partie de la matinée à m’inquiéter qu’il ne se vide de son essence vitale bien qu’il m’ait assuré que cela soit impossible.
— Le seul à pouvoir le faire est le duc de Lambai, s’est-il esclaffé face à mon teint blême. Mais crois-moi, il n’en voudra pas. À quoi bon déguster un vin frelaté quand mon âme est le mets le plus délicat qui soit ?
Horrifiées par la perspective de ce repas animique, mes prunelles épouvantées s’accrochent aux obscures silhouettes dressées tout autour de cet autel sacrificiel, à distance respectueuse des flammes.
À mesure que mes sens de prédatrice s’habituent aux ténèbres, les noms de ces fidèles anonymes se matérialisent : Trudy, Millie, Winston, Elbert, Luther, Sarah, Anthony… Toutes les âmes de Soulridge se sont réunies pour livrer en pâture celle de leur maître.
Parmi elles, j’aperçois Johanna dont les boucles d’or s’enfouissent dans une cape digne du chaperon rouge. En quête désespérée d’un signe de soutien, j’essaye de capter son regard, mais sa tête demeure inexorablement baissée ; son attention absorbée par la valse lente des cierges.
Abattue par le rejet de mon amie, je suis Lucius qui m’accompagne jusqu’au bord du cercle écarlate.
— Il n’y a que vous qui ayez le droit de le franchir, Ma mie, m’explique-t-il.
D’un timide hochement de tête, j’accepte son aide à me faire enjamber les bougies. Désormais séparés par un muret de flammes, son clin d’œil ondule jusqu’à moi au moment où sa main gantée me relâche pour rejoindre la droite d’Anthony.
Esseulée, je me raccroche à son spectre rouge lorsqu’une voix suave m’interpelle.
— Approche, min sommerfugl . Laisse le renard derrière toi pour vénérer ton cobra.
Je lève les yeux au ciel, amusée malgré moi par son arrogance indestructible et me retourne. Ma candeur fugace figée aussitôt par cette vision royale.
Agenouillé au centre du pentagramme, le comte se tient le dos droit dans sa redingote pourpre de bal, les mains posées avec déférence sur ses cuisses dessinées par un pantalon à toile serrée.
Ma salive péniblement avalée, je m’approche d’un pas incertain jusqu’au coussin moelleux disposé en face de lui. Face à ma mine perplexe, il sourit et m’invite à m’y installer d’un timbre susurré : — La mort devrait toujours être confortable, Emilia. Assieds-toi, je te prie.
D’un soupir haché, je relève le bas de ma robe et l’imite, bien que mon humeur sinistre soit loin de partager sa funeste coquetterie.
Ravi de mon inhabituelle obéissance, ses doigts s’empressent de s’entremêler aux miens, comme si ces quelques heures séparées l’un de l’autre avaient été des siècles. Ma respiration apaisée par ce contact, j’inspire son odeur boisée alors qu’une pointe d’angoisse persiste à tyranniser mes côtes.
Non, Dorian, je ne veux pas être immortelle. Pas si cela signifie être séparée une seule seconde de toi.
Alarmée par mes doutes croissants, son autre main relève soudain mon menton, asphyxiant mes pensées à l’aide de sa beauté à couper le souffle.
Idolâtrant leur souverain de leur ferveur de cire, chaque lueur de bougie vacillé lèche la moindre parcelle de son teint nacré, fait pour régner sur ce brasier. Que cela soit de son port altier à son regard enfiévré, tout chez cet homme respire le surnaturel et le désir profane. Un désir que je sens cavaler dans mes veines, rugir dans mon ventre affamé de lui. Car si la chaleur des flammes suffit à réchauffer mon épiderme, seul son sourire parvient à dégeler mon cœur.
Mes pensées capturées par notre filet de complicité, l’incube passe une langue gloutonne sur ses lèvres pleines.
— Il nous reste peu de temps et je ne te prendrai jamais devant public, Emilia. Même si l’idée de te voir me chevaucher à la lueur des bougies dans mon sang est très tentante.
— Je ne pensais pas à cela, milord.
— Menteuse.
Je souris tristement tandis que ses doigts courent sur ma joue empourprée. Les paupières fermées, je me laisse attendrir un instant par cette caresse, savourant ces miettes de tendresse qu’il éparpille sur ma peau frémissante.
— Reste, soufflé-je. Reste avec moi.
Je sens son front se poser sur le mien, son souffle recueillir mes larmes.
— Mais je ne pars pas, Emilia. N’oublie pas ce que je t’ai dit un jour : je serai l’ombre dans ta lumière. À chacun de tes pas, à chacune de tes pensées je le partagerai avec toi. Tu ne seras jamais seule, je te le promets.
Un baiser près de ma bouche et il s’écarte de moi, trahissant déjà son serment. Autour de nous, semblables à une seule âme, les domestiques se mettent à psalmodier une étrange et effrayante incantation. Un frisson glacé me grignote l’échine à mesure que je reconnais cette langue occulte pour l’avoir déjà entendue dans la bouche du duc de Lambai.
Intriguée, je tends l’oreille, essayant de traduire ces obscures paroles. Sans succès. Après plusieurs minutes de litanies insupportables, le chant cesse soudainement sous l’expression grave de Dorian. — Il est l’heure, tonne sa voix de maître. Sors la fiole et donne-la-moi, Emilia.
Traînée au bord du précipice par son ordre mortel, je jette un œil affolé aux domestiques dans l’espoir d’une main salvatrice. En vain. Aucun tissu vermeil ne se froisse pour venir nous secourir. — Tu dois le faire, min sommerfugl , s’adoucit-il. Sinon ce n’est pas une seule tombe que tu devras creuser. Pense à Johanna. Pense à Esther.
Je tressaille à l’évocation de la petite fille probablement endormie dans son berceau. Notre amour vaut-il de la rendre orpheline ? Mon incertitude se porte sur le chaperon rouge dont les épaules tressautent d’une vive émotion.
Non. Non, je n’en ai pas le droit.
Alors, le cœur transpercé par un choix impossible, je sors la fiole de ma poche, enlève son bouchon et la tends à Dorian.
Mes yeux troublés de larmes basculent vers la petite montre disposée à ses côtés : 15h18.
Non, je ne peux pas ! Je ne peux pas !
Mes sanglots redoublent, résonnent dans le silence de la pièce à mesure que les aiguilles me lacèrent à chaque avancée.
Non. Je ne peux pas.
Son regard devenu implacable, la main de ma victime s’apprête à s’emparer du poison lorsque je la ramène brusquement vers moi. — NON ! pleuré-je, hystérique. Je ne peux pas, Dorian ! Pardonne-moi, je ne peux pas faire cela ! Je ne peux pas te tuer ! Laisse-moi avaler le poison à ta place ! Peut-être que Lambai voudra de mon âme ! Oui, laisse-moi le faire, je t’en prie ! Je t’en supplie ! Je veux mourir à ta place ! Je…
Soudain, sa main se referme sur ma nuque. Ses lèvres se plaquent férocement sur les miennes dans un ultime geste de possession.
Un adieu.
Une promesse de retrouvailles.
Un dernier acte joué dans cette tragédie qui est nôtre.
Ravagée par ce cadeau inespéré, je gémis contre sa bouche, la goûtant jusqu’à ce que sa saveur devienne mienne. Jusqu’à ce qu’elle me fasse oublier la fadeur et le dégoût des autres.
Contrairement à celles de Taylor ou de Myers, les lèvres de Dorian sont glacées d’une froideur promise depuis longtemps à la mort. Pourtant, elles n’en demeurent pas moins les seules à m’embraser. Les seules dont ma mémoire se plaira à invoquer le fantôme.
Mon premier et dernier baiser.
Sa langue vorace effleurant la mienne, Dorian grogne sa frustration avant de nous séparer brutalement.
Ses iris azurés assombris d’une étonnante stupéfaction, il se reprend et sourit d’une tendresse à nous damner tout en caressant ses chairs encore palpitantes de notre étreinte.
— Tu avais raison, Emilia. Elles ont le goût de ma vie.
Je lui retourne son sourire, mon espoir ressuscité par ses mots lorsque ma main droite se referme sur le vide.
— Pardon, articule ses lèvres traîtresses.
La fiole, comprends-je avec effroi. Il m’a embrassée pour me voler la fiole.
— Dorian, NOOOOOON !
Je me rue sur lui, mais il est déjà trop tard.
Sa bouche qui m’embrassait il y a quelques secondes avec passion avale d’une traite le poison.
Je hurle, lui crie de le recracher, mais le mouvement de sa pomme d’Adam prononce l’inévitable.
Je dois le faire vomir, je dois essayer !
Mes doigts bondissent aussitôt sur sa bouche résolument fermée. Et dans cette arène de pentagramme, Dorian et moi luttons tels deux gladiateurs enchaînés à leur destin. Il me repousse, d’abord doucement puis fermement. Contrainte par sa force, je vacille et bascule sur le côté, pourtant, son rejet n’atteint pas ma hargne de le sauver. Revenue à sa hauteur, mes ongles acharnés se mettent à griffer ses joues, sa bouche, profitant de la moindre faiblesse pour s’y faufiler.
Au moment où je crie ma victoire, parvenant enfin à l’entrouvrir tout à fait, un flot de sang rouge vif en jaillit, inondant son beau visage d’un torrent écarlate.
— Non, non, non. Tout, mais pas ça, je vous en supplie !
Ses yeux révulsés, Dorian tombe en arrière, son corps agité de spasmes fatals. Je me jette sur lui et dénoue sa cravate Ascot pour l’aider à respirer. Mais sa chemise imbibée ne laisse présager aucun doute sur l’état de ses poumons.
Il va mourir ! C’est trop tard, je ne peux rien faire : Dorian va mourir ! Seigneur, aidez-moi, je vous en prie ! Sauvez-le ! Prenez-moi à sa place !
Impuissante, je broie sa main, condamnée à devenir spectatrice de son agonie.
Sans antidote. Je suis sans antidote.
La cruauté de Dorian y a veillé en choisissant ce maudit poison. Qu’il aille au Diable, lui, et sa malédiction ! Pourquoi ? Pourquoi a-t-il fallu qu’il prenne celui-là ? Pourquoi ?
Mes larmes, devenues pluie emportée, je me penche sur lui, murmurant toutefois à son oreille des paroles réconfortantes alors que je ne vis déjà plus que pour le rejoindre.
— Ça va aller, sangloté-je en caressant ses cheveux trempés de sueur. Ça va aller. Je te retrouverai bientôt, mon amour, je te le promets. Et plus rien en ce monde ou dans l’autre ne pourra plus nous séparer.
Il s’agite, tente de me répondre, mais un gargouillis incompréhensible déferle de sa gorge nécrosée.
Son regard vitreux chuchote alors à travers ce lien rongé peu à peu par les crocs du démon.
— Je te l’interdis, Emilia. C’est à moi de te retrouver. À moi.
Je hoche la tête, professant mensonge après mensonge, jurant que je l’attendrai patiemment lorsque dans un dernier râle, son corps soulagé de ma trahison s’immobilise.
Inerte et sans vie.
— NOOOOOOOOOON ! DORIAN !
Sa main toujours blottie dans la mienne, je me penche sur sa poitrine et écoute son cœur.
Seul le néant me répond de toute son ardeur.
Déchaînée par une rage incontrôlable, mes poings s’abattent sur son torse, piètre tentative pour faire repartir cet organe lâche. Lâche tout comme lui.
— NON ! hurlé-je à chaque coup. Je t’interdis de mourir, tu m’entends ? Reviens, je te l’ordonne ! REVIENS !
Des minutes.
Des heures.
Des siècles s’écoulent avant que je ne m’effondre, épuisée, sur son corps endormi.
— Je t’en supplie. Je t’en prie, mon amour. Reviens-moi.
J’embrasse ses joues, son front, son cou comme si de simples baisers pouvaient le ressusciter, mais la princesse le sait : jamais elle ne réveillera son prince démoniaque.
Vide. Je suis vide. Je ne ressens plus rien si ce n’est l’envie de m’ouvrir les veines. Lucifer, serais-tu prêt à m’accueillir aux enfers ? Moi je le suis. Je le suis depuis qu’il a choisi de me quitter. « Il n’y aura pas de happy end, Emilia. Il n’en a d’ailleurs jamais été question. »
Alors pourquoi ton amour n’a-t-il cessé de me faire croire aux contes de fées ?
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