Vila Emilia : Tome 4 : émancipation 2ème partie (French Edition)

Epilogue

Vœux renouvelés.

Emilia

 

Ocean Atlantique

24 Novembre 1888

Profitant du silence matinal de la promenade principale je chemine vers la proue, éblouie par cette étendue infinie qui ne cesse chaque jour de m’émouvoir par sa beauté faussement placide.

Arrivée à destination, je m’accoude à la rambarde, le visage offert aux premiers rayons de soleil. À l’annulaire de ma main gauche, l’astre lumineux s’amuse à provoquer les reflets dorés de l’ouroboros.

Deux jours avant notre départ pour l’Amérique, Dorian m’a demandée en mariage, prenant à témoin la lune et les étoiles pour me faire son univers. J’ai accepté, épousant ainsi au passage le nom d’Emilia Gray.

Et bien que tout le long de sa déclaration la phrase « je t’aime » n’ait jamais été proférée, il me suffit de l’entendre m’appeler en danois « mon amour » pour savoir que j’ai pris la bonne décision.

— Il te faut un symbole, a-t-il réitéré en glissant l’alliance à mon doigt tremblant de bonheur.

Mais ce symbole, mon amour, le plus beau à mes yeux, n’est autre que tes lèvres posées sur les miennes. Dans ce vœu que tu as fait de nous appartenir pour l’éternité.

Soudain, quelque chose percute mon talon, m’extirpant des souvenirs d’union, entourés de nos amis ; d’une nuit de noces entourée de ses bras.

Intriguée par un petit éclat brillant, je m’agenouille et ramasse l’objet : une bille aux reflets argentés.

— Elle est à moi ! revendique une ravissante fillette aux cheveux blonds.

Je souris et la lui tends.

— En effet, il me semblait bien avoir laissé ma collection en Angleterre.

Elle éclate d’un petit rire mutin et s’empare avidement de son précieux. Mais au moment où nos regards s’accrochent, une lueur familière m’assaille de sordides pensées.

Elle est comme toi, Emilia.

Non. Non, cela ne se peut pas. Pourtant, derrière ce masque de parfaite poupée je peux déjà entendre les fragments meurtriers qu’elle laissera un jour derrière elle.

— Quel est ton prénom, petite fille ?

— Lizzie, madame. Mes amies m’appellent Lizzie.

Mes doigts serrés autour de son jouet elle tire désespérément dessus, l’incompréhension maculant à présent ses charmants yeux émeraude. — Lizzie, répété-je d’une voix absente. Je te nommerai ainsi puisque nous deviendrons un jour amies. Ne dit-on pas que les âmes tourmentées finissent toujours pas se retrouver ?

Elle hausse ses petites épaules et mordille ses lèvres encore trop jeunes pour me répondre.

— Puis-je récupérer ma bille, s’il vous plaît, madame ? — Emilia ? Que fais-tu ici, je t’ai cherché partout. Nos draps réclament ta présence séance tenante.

Je sursaute au son de la voix rauque de mon mari et relâche ma prise. Sans demander son reste, la fillette détale à perdre haleine.

Sa galanterie m’aidant à me relever, Dorian emprisonne mon bras sous le sien et nous reconduit aussitôt vers la chaleur de notre cabine. — Une amie ?

J’acquiesce, évasive, mon cœur encore éprouvé par cette singulière rencontre.

— Seul l’avenir nous le dira.

Mon beau serpent se penche pour m’embrasser. Sa langue impudique force le barrage de la bienséance, amenant ma raison à se perdre dans les délices d’un mariage passionné.

— Alors il me tarde d’y être, chuchote-t-il en ramenant une mèche derrière mes oreilles. Mais en attendant, que dirais-tu de revivre une nouvelle fois notre nuit de noces ?

En guise de réponse, je parsème sa joue d’une pluie de baisers. Blottis l’un contre l’autre dans le froid d’hiver, nous continuons notre chemin, riant comme des enfants pris en flagrant délit de s’aimer un peu trop.

Nous engouffrant enfin dans le corridor, mes yeux peu à peu habitués à la pénombre descellent au loin une silhouette près de l’entrée de nos appartements.

À mesure que nous nous en approchons, je dévisage l’intruse évanescente aux traits si semblables à ceux de mon époux. Ses lèvres pleines s’étirent sur un sourire bienveillant. Un sourire d’ange que je reconnais aussitôt pour le provoquer si souvent chez mon démon. — T’arrive-t-il encore de voir Élise ?

Il hausse un sourcil, étonné de ma requête.

— En effet . D’ailleurs si tu veux tout savoir, elle est justement à côté de notre porte en train de nous saluer. Navré de t’annoncer que ton époux demeurera à jamais fou.

Je claque un baiser sur sa peau rougie par mon amour. — Je le préfère ainsi. Fou de moi.

Il sourit et porte ma main à ses lèvres.

— Fou à lier, min elskede. Mais au fait, pourquoi cette question ? — Uniquement pour le plaisir d’entendre le son harmonieux de ta voix,

mon chéri [41] .

Son éclat de rire malicieux résonne dans l’obscurité du couloir. Diable que j’aime cette mélodie. Puisse-t-elle à jamais bercer mes jours et mes nuits.

Pendant que mon mari s’affaire à déverrouiller la porte récalcitrante de notre cabine, le regard d’Élise glisse sur ma robe et s’attarde sur une zone précise de mon anatomie.

Outrée par cette hallucination intrusive, je m’apprête à invoquer la cause de fatigue lorsqu’une présence chaleureuse frappe doucement à la porte de mon esprit. Curieuse, je la laisse entrer ; nullement apeurée par ce phénomène venu d’outre-tombe.

— Seuls ceux qui portent le sang des Jacobson en eux peuvent me voir et m’entendre.

— Le sang des Jacobson ? Mais je n’en suis pas une. Vous devez faire erreur, je…

Tout à coup, le sens de sa phrase se prend dans les filets de mon cerveau en émoi. Son beau visage devenu radieux, elle hoche la tête lorsque je pose ma main fébrile sur cet endroit désigné que je croyais demeurer à jamais inhabité.

— La poudre abortive. C’est impossible, je l’ai prise chaque soir depuis le meurtre de Tobias.

Elle ne répond pas et je comprends.

À la manière d’Alice au pays des merveilles, son sourire félin s’évanouit me laissant ainsi seule face à mon avenir.

Non, pensé-je en contemplant mon mari. Pas seule. Plus jamais seule.

Triomphant enfin de la serrure rancunière, Dorian ouvre la porte de nos appartements et m’invite à le précéder. Non sans laisser sa perversité me presser d’y entrer par le biais d’attouchements plus que douteux.

Je pouffe de rire, les joues enflammées d’envies charnelles, et observe avec avidité ma moitié affairée désormais à se déshabiller. Son corps rapidement dévêtu m’appelle, sa raideur virile aussi pressée que moi de nous unir.

Mon trouble capturé par notre lien, son désir se fige. Ses yeux flamboyants plongent à travers nos âmes entremêlées. Désireuse de conserver encore un temps mon secret nouveau-né, je réponds à sa question silencieuse d’une moue provocante et me retourne, l’invitant ainsi à venir défaire ma robe.

D’un pas fluide de prédateur libertin, il s’approche de moi. Sa bouche goûte ma nuque pendant que nos doigts s’entrelacent délicieusement sur mon ventre.

Il ne le sait pas encore, pourtant ce geste est déjà nôtre.

Dans la folie, comme dans la mort.

Je te retrouverai pour t’aimer plus encore.

Remerciant le ciel et l’enfer de pouvoir partager ce futur avec lui, je souris et prononce en silence la fin de nos vœux d’église.

Ceux-là mêmes que je lui murmurais à l’oreille aussitôt redescendus de notre paradis terrestre.

Et je te le prouverai, de cette vie que porte mon corps.

 

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Fi n …

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Cher lecteur,

 

 

Avez-vous vraiment cru que l’histoire d’Emilia et de Dorian s’arrêtait là ?

Que l’ouroboros cesserait d’exister au mot fin ?

Ce dénouement est certes heureux et empli de promesse, mais la vie n’est-

elle pas pleine de surprises ?

Si vous voulez le découvrir, libre à vous de poursuivre votre lecture.

Sachez donc que deux autres épilogues vous attendent. Vous pouvez ainsi

faire le choix de tous les lire ou de vous arrêter à votre convenance.

Toutefois, si vous décidez d’aller jusqu’au bout du voyage, il vous faudra

répondre à la question finale.

Cette question qui n’attend que votre curiosité.

Qu’en dites-vous, mes libellules ?

Êtes-vous prêtes à poursuivre votre apprentissage ?

Lady Elodie Faiderbe

 

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