Correspondance - Tome I
À Ernest Chevalier ......................................................... 79
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 31 parties.
Adieu – boudou – boudou – vieux rat – vieux coquin de rat – mon bon rat – mon pauvre vieux rat.
BOUN.
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CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville, 13 mai 1843.]
Il gentiluomo galantissimo e venuto civa a védéré, caro mio. Assez d’italien, mon vieux, pour toi et pour moi ; ainsi je te disais qu’Hamard était venu hier vendredi 12 mai à 2 heures de l’après-midi. Il nous a fait une bonne longue visite pendant laquelle nous avons été nous promener dans le bosquet avec Mme Strœhlin qui passait la journée avec nous. Orlowski est venu nous y retrouver et a chassé ton ami qui s’est aperçu que j’allais prendre ma leçon. Dis-moi vraiment s’il est affecté de la mort de son frère. Il ne nous a point fait cet effet-là, en tous cas. Ses rides augmentent de plus en plus et seront égales à celles d’Ernest Delamarre. Il a été beaucoup question de toi, cher ami, de ton logement délicieux et de ton amabilité augmentant en raison directe du nombre de visites que tu fais aux dames Collier. Maman est aujourd’hui à Rouen pour ordonner et rapporter des denrées qui figureront demain sur notre table, car tu sais que c’est demain la fête à papa et qu’il y a toujours une espèce de petite fête à la maison. Demain nous avons la famille Écorcheville et le père Dumée sans compter la famille des Achille. Juliette est de plus en plus gentille. Nous lui avons fait part de ton invitation et elle voulait tout de suite partir avec Aimée pour voir mon on atave. C’est lundi le grand jour, le mariage d’Amand, la haute coiffe. Je me réjouis beaucoup à l’idée d’aller à la suite de la noce avec un violon en tête ; Olive ne se souciait pas du violon qu’elle appelle du luxe, mais les mariés ont été fermes et ont obtenu enfin ce cher violon qui conduira leurs pas à l’autel. Mais que tu es bête, bonhomme ! Et comment toi qui te vantes d’une merveilleuse mémoire pour tout objet d’art ne te rappelles-tu pas d’un certain tableau dans la Grande Galerie à Rouen qui
– 213 – représentait un enfant malade dans une baignoire, un thermomètre à droite, sa mère tenant une poupée à gauche, un lit au fond et une garde avec une bassinoire. Je te vois maintenant indigné contre toi-même en méditant le tableau.
Adieu, cher ami, je t’écrirai après la noce, mais c’est à toi que j’écrirai, et non à M. Hamard qui paraît connaître parfaitement toutes mes lettres. Mlle Jane voulait t’écrire quelques mots d’anglais, mais elle est très occupée à me faire une robe dont j’ai grand besoin, car encore hier j’avais une certaine robe violette avec laquelle je ressemble étonnamment à une fraîche bouchère de trente ans, tant j’ai la taille élégante. Papa et maman ont été hier à Duclair pour voir une propriété.
CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville, 20 mai 1843.]
Ce que tu m’as dit d’Hamard m’a fait plaisir, cher Gustave, et j’aime mieux le savoir chagrin qu’insensible ; tu me dis aussi qu’il ne peut supporter entendre parler de son frère par aucun étranger et moi je suis bien contente, car je ne lui en ai pas ouvert la bouche. Mais à la maison c’est lui qui a commencé en nous racontant sa maladie. Je suis un peu effrayée de la grandeur du papier que j’ai choisi, mon ami, et je ne vois pas trop ce que je vais te dire. N’est-ce pas bien mal, Gustave, de ne savoir que dire à son meilleur bonhomme ? J’en suis honteuse moi-même et suis bien décidée à me fendre la tête plutôt que de laisser une petite place blanche sur le papier. MM. Toirac et Cordier sont venus en effet, mais non pas dîner comme Marquis te l’avait dit, nous ne les avons même pas vus, car ils ont laissé le
– 214 – paquet à Rouen en disant qu’ils repartaient le soir et ne pourraient par conséquent venir jusqu’à Déville. M. Toirac a exigé de Louise qu’elle lui dît son nom. La pauvre fille ne savait pas pourquoi et a eu beaucoup de mal à s’y décider. Voilà, j’espère, un bon commissionnaire pour une commission si précieuse. Le paquet était énorme, volumineux, puisqu’il n’y avait que des livres dedans : La vie de La Fayette, et une demi-douzaine de thèses. Cher ami y a aussi joint un magnifique cabas gagné à une loterie pour les malheureuses victimes de la Guadeloupe ; il représente non pas la Pointe-à-Pitre ni le tremblement de terre, mais une vachère et un berger faits en tapisserie sur un fond de canevas blanc. C’est une horreur à faire trembler. Remercie-le cependant et dis-lui que je l’ai trouvé d’un assez joli goût. Son livre aussi est bien ennuyeux et vous fait haïr La Fayette. On souhaite sa mort au commencement du livre. J’en ai déjà lu une centaine de pages, n’y ai rien vu, rien appris, si ce n’est que La Fayette était un bon époux, un bon père, un bon ami, était vêtu simplement, buvait de l’eau et puis, plus clairement encore, que M. le Professeur J. Cloquet ne vaut point M. de Voltaire pour écrire la vie des grands hommes, ce dont j’avais quelque soupçon même avant d’avoir lu Charles XII et La Fayette. Je trouve la différence encore plus grande entre les auteurs qu’entre les héros qui ne se ressemblent pourtant pas. Mais dis à Cher ami que je suis très sensible à l’aimable lettre qu’il m’a écrite, que je ne lui réponds pas encore parce que je ne pourrais jamais que lui rabâcher des remerciements, ce qui deviendrait un peu fastidieux à la fin.
Mais je ne te parle pas de la noce, cher ami, de cette noce magnifique ; on défilait en cortège ; un omnibus portant 40 personnes sans exagération tant à l’intérieur où ils étaient debout qu’à l’extérieur où ils avaient attaché des
– 215 – planches, un beau cabriolet prêté par un voisin et enfin notre voiture élégante faite pour rouler aux Champs-Élysées. Tout cela trottait au petit pas dans la boue en faisant un grand bruit cependant, car moi qui étais la dernière à la queue j’entendais parfois les rires de l’omnibus, c’est-à-dire des gens qui étaient dans l’omnibus. Tout le monde était très gai, excepté la mariée qui avait une tenue très convenable, comme quelques personnes disent, car tu sais, Gustave, qu’il est d’usage de pleurer à son mariage. Amand aussi paraissait pensif ; ses cheveux avaient été parfaitement bouclés sur la tempe gauche par le perruquier, par-derrière il était ras. Toutes les dames trouvaient que son coiffeur, ainsi que celui de la bru, s’était surpassé. Après le mariage à l’église, j’ai pris dans ma voiture Mme Amand et je l’ai menée faire visite à maman couchée encore à cause d’une forte migraine. Nous avons admiré fortement sa toilette, fort gentille, en effet, et cette admiration nous a peut-être valu une invitation d’aller au dîner. Je brûlais d’envie d’y aller ; ce que j’avais vu le matin me donnait une idée de ce que cela allait être, mais maman a cruellement refusé et s’est contentée ou plutôt les a contentés en leur envoyant quatre bouteilles de Champagne, avec lesquelles ils ont bu à notre santé. Mais une chose que j’avais oublié de te dire et que je trouve très bien et très délicat, c’est que les messieurs ayant joué aux cartes le soir et le lendemain ont réuni tout l’argent perdu et l’ont envoyé à Amiens, à Varin, afin que celui-ci aussi se sentît de la noce. Certainement, il y a peu de sociétés à Rouen où on en ferait autant.
Mlle Rachel va venir. Nous sommes déjà en train de nous arranger pour y aller avec les Strœhlin et les Maupassant. Je désire voir Phèdre plus que toute autre pièce. Prends du courage et allume ta pipe.
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Quand tu iras chez les Collier, dis à Gertrude que ce qu’elle a dit en parlant de notre correspondance m’a fait de la peine, et que si jamais nous cessons de nous écrire, ce ne sera pas de moi que viendra la rupture. Mais j’aime à croire pour me consoler qu’elle a dit cela un peu en riant et que la « divine Henriette » n’a jamais pu penser que je l’oublierais. Elle a dû recevoir une lettre de moi il y a huit jours. Si elle ne me répond pas bientôt, je lui récrirai de nouveau. Adieu, mon vieil ami que j’aime par-dessus tout et qui sait si bien changer mon humeur. J’ai bien souvent besoin de toi ici. Allons, adieu, cher Gustave. Es-tu content de moi aujourd’hui, il y a une heure que je t’écris et Orlowski me grondera tantôt. Mille baisers sur tes grosses joues de la part de ton
RATON.
Le temps a été jusqu’à présent si mauvais qu’il n’y a pas eu moyen de dessiner. Père Dumée était venu dimanche dans cette intention et il a plu tout le temps. Me vois-tu piquée à côté de Mlle Écorcheville pendant deux heures, sans ouvrir la bouche ?
Samedi.
J’avais écrit cette lettre hier, cher ami, et je n’ai trouvé personne pour la mettre à la poste, heureusement car j’ai, c’est-à-dire maman a reçu la tienne, de lettre, et comme tu parais indigné de ce qu’on ne te répond pas, j’aurais été fâchée de ne pas t’avoir satisfait dans celle-ci.
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Tu sauras donc que nous ne savons pas quand le chemin de fer prend les lettres, et qu’Hamard n’est venu qu’une fois, et cette fois était il y a vendredi huit jours. Je ne sais s’il est reparti ; il ne nous avait point promis de revenir. Est-ce qu’il t’avait dit qu’il reviendrait plusieurs fois ? Nous ne nous y attendions pas du tout et avons trouvé que c’était déjà très bien de sa part d’être venu jusqu’à Déville. Bourlet souffre toujours de son menton malgré les vingt-cinq sangsues qu’il s’est posées. Mais il se soigne si étonnamment que cela pourra bien durer encore. Par exemple, dimanche, il est venu dîner avec nous malgré la pluie battante et ses sangsues coulant encore. Il est arrivé au Père Dumée une aventure singulière… et risible, pour nous bien entendu. En s’en retournant dimanche il est tombé dans un ravin dans le bas de Déville parce qu’il allait chercher son fils, son garçon qui avait dîné chez un ami. Je ne sais combien de temps il est resté à patauger dans l’obscurité et dans la boue. Mais toujours est-il que lorsqu’il s’est relevé il n’y avait plus de gondole et qu’il est revenu à Rouen, comme un vrai Troubadour errant et vagabond.
Nous sommes étonnés qu’Armand n’ait pas passé par Rouen à cause du chemin de fer. Dis-lui des sottises de notre part. Tant pis, mon cher Gustave, si tu n’aimes pas cette manière de traverser l’écriture. Cela m’amuse beaucoup d’écrire ainsi, et il faut que tu t’en contentes.
À SA SŒUR CAROLINE
[Paris, 23 mai 1843.]
Je crois qu’il y a un peu de vanité de ta part, cher raton, quand tu dis que tu ne sais comment remplir quatre pages
– 218 – de papier blanc. Tu m’as écrit une lettre si fournie de faits et de réflexions que vraiment il y a mauvaise grâce de ta part à soutenir que tu ne t’y connais pas. J’ai assisté grâce à ton style pittoresque à la noce d’Amand dont j’ai bien regretté de ne pas être, aux monologues de père Dumée dans un cul de basse fosse, au dîner où tu étais à côté de Mlle Écorcheville ; je me suis figuré les deux mines piquées de ces deux jeunes personnes, toi et elle. Écris-m’en souvent comme ça, mon bon Carolo, et tu feras bien plaisir à Boun. Dis à Mlle Jame de ma part qu’elle se prépare à la joie, qu’elle ceigne son front de jasmins et de roses, qu’elle mette les fameuses bottines d’été, qu’elle fasse passer, s’il y en a encore, quelque vieux restant d’engelures, car quelque chose de sacré, de facétieux et d’amoureux va lui arriver. C’est Froger, plus beau, plus svelte, plus mal jambé et plus jockey club que jamais. C’est aujourd’hui ou demain la noce du fils Gillotin et il doit partir samedi de Paris. Vous le verrez donc samedi soir ou dimanche. J’ai dîné avec lui dimanche dernier, après quoi nous nous sommes immédiatement séparés, lui pour aller au spectacle et moi pour aller me coucher, ce dont j’ai grand besoin quand le soir arrive. Deux ou trois fois par semaine, je dors 14 ou 16 heures sans débrider, tant je suis las, au point que j’en suis fatigué quand je m’éveille. – Demain j’irai voir les Collier et dîner chez Cher ami dont le portrait est maintenant à encadrer, il doit orner mon appartement. Notre tendresse réciproque augmente, je crois, de jour en jour, au point qu’il en est venu à m’offrir le logement, m’ayant en effet proposé l’autre jour de rester à coucher chez lui. Nous bavardons quand nous y sommes comme deux perroquets qui seraient députés. – Panofka va s’en aller dans 8 jours en Pologne ; je ne vois presque plus père Maurice, si ce n’est pendant 5 ou
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6 minutes avant d’aller chez le professeur. Je n’ai pas le temps. Avez-vous vu M. Tardif ?
Adieu, ma chère Caroline, pense à moi et écris-moi. Embrasse tout le monde pour moi.
Ton frère.
Si vous aviez un moyen de me faire parvenir de la monnaie, je n’en serais pas fâché. Plus il y en aura et mieux elle sera reçue. J’étudie dans ce moment les donations et j’éprouve le plus grand besoin d’être pénétré de mon sujet.
Marquis a rencontré Lormier. Il est abruti par la misère et l’inconduite. Quel déplorable exemple pour la jeunesse !
CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville, 25 mai 1843.]
M. de Cambry part vendredi pour Paris ; il remettra de l’argent chez M. d’Avert. Vas-y donc samedi, cher Gustave, et tu trouveras ce que tu désires. J’ai enfin reçu une lettre de Gertrude ; elle me parle beaucoup de son thé, me dit que la soirée a été fort stupide et se vante beaucoup de t’avoir imposé un rôle (ce sont ses paroles), que tu as on ne peut mieux rempli en louant et complimentant les demoiselles de leur goût et de leur choix. Je n’ai pas trop compris ce que c’était que leur goût ni que leur choix. Est-ce pour leurs toilettes ou pour leur chant ?
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Tu vois, cher ami, que malgré ton désir de te faire passer pour bourru, Gertrude te donne au contraire une réputation d’aimable et de galant.
Père Orlowski vient toujours très régulièrement et il trouve que je fais de grands progrès. Je suis un peu de son avis et continue à avoir assez d’ardeur malgré les morceaux assommants pour piano seul. Quant au dessin, c’est tout le contraire ; Père Dumée m’a apporté hier un superbe dessin frotté au coton peut-être encore plus joli que celui que tu connais et je n’ai aucun désir de le copier. Maman m’y encourage beaucoup et veut le faire encadrer si je le réussis. Je tâcherai de le bien faire mais ne souffrirai pas qu’il soit mis sous verre. C’est assez de savoir que quelques-unes de mes œuvres ornent la salle du père Parain.
Ce que tu nous dis d’Armand nous a fortement divertis ; Mme Strœhlin en a beaucoup ri et Maman beaucoup rougi. Sais-tu s’il couchera à Rouen ou à Déville ? Cette question a été hier discutée dans notre salle à manger. Tous, si ce n’est moi, prétendaient qu’il coucherait à Déville. Je trouve notre maison si insupportablement triste lorsque tu n’y es pas que je ne sais comment on ose y venir. Adieu, heureux garçon que tout le monde aime. Je t’embrasse tendrement.
Ta sœur
CAROLINE.
Mme Strœhlin ira passer un jour dans la capitale la semaine prochaine. Jeudi ou vendredi ; elle est cependant malade et son voyage d’Allemagne n’aura probablement pas lieu.
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Juliette ne nous voit pas une fois sans nous demander de tes nouvelles et tous les matins elle demande à aller « ponier mon on utave faire tata au petit lit mon on utave ».
À EMMANUEL VASSE DE SAINT-OUEN
[Paris, 31 mai 1843.]
3 heures un quart du matin, mercredi.
Je viens de finir le vieux Boitard que j’espère bien avoir enterré pour le reste de mes jours. Avant de me coucher sur mon divan et de dormir jusqu’au cours du sieur Bonnier, je veux te remercier de ton aimable invitation et te prier de transmettre à tes parents mon acceptation. J’ai bien l’honneur d’être, etc.
CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville, 2 juin 1843.]
M. Hamard te remettra une lettre pour Gertrude, cher Gustave, je te prie de la lui porter tout de suite, ou bien de la mettre à une petite poste, il y a déjà longtemps qu’elle aurait dû la recevoir. M. Cloquet m’a encore envoyé par Védie un pot de miel et quelques petites gravures assez mal faites. Achille, par exemple, a reçu un énorme livre dont il paraît très content ; il attend demain M. Florimont, je ne sais si nous le verrons, car Achille a l’intention de le faire promener à Jumièges et à la Mailleraie. Mme Lormier voulait à toutes forces le faire aller à Beautot, mais Achille et Julie qui connaissent tout le plaisir qu’on prend dans la susdite
– 222 – propriété nous ont positivement défendu de dire le jour de l’arrivée de Florimont. Ici, il sera censé être venu sans l’avoir écrit. Tu vois, cher ami, quelle attention il faut faire à ses paroles ici, et hier, jour de l’anniversaire du mariage d’Achille, comme la famille Lormier dînait à la maison, je n’ai pas ouvert la bouche, si ce n’est à Bourlet avec lequel je n’ai fait que causer légumes. Son estomac est tout à fait guéri, il est plus facétieux que jamais et pense continuellement à la saison des melons qui va bientôt arriver.
Maman t’attend un peu, elle espère que tu viendras avec Florimont ; moi je n’y compte pas du tout, mais si tu venais, que je serais heureuse, il y a six semaines que je ne t’ai vu, cher Gustave, et j’ai bien besoin de t’embrasser et encore plus d’être embrassée par toi. Adieu, mon boun ! Je vais remettre cette lettre à ton ami (sans être cachetée) et c’est une grande preuve de confiance de ma part que je n’aurais peut-être pas en tout autre.
Ta sœur
CAROL[INE] FLAUBERT.
Je dessine beaucoup. Quelquefois 3 heures par jour ; le piano s’en ressent depuis huit jours. Je ne l’ai presque pas étudié. Je lis maintenant Le Siècle de Louis XIV de M. de Voltaire et grâce à lui je ne m’ennuie pas, c’est-à-dire pas autant. Je ne te dis rien de Rachel, faute de place. On t’a rencontré au Palais-Royal. Mon ami, il paraît que tu t’en donnes au Palais-Royal ! Tu étais avec un autre jeune homme que j’ai reconnu être Du Camp.
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À SA SŒUR CAROLINE
[Paris, 2 juin 1843.]
Si je n’avais pas su que le grand Dubuc vous devait donner de mes nouvelles, vous auriez reçu une lettre de moi hier ou avant-hier et j’imagine que la mère trouve que j’aurais tout aussi bien fait, car celle-ci ne vous arrivera probablement que dimanche matin. C’est l’ami Florimont qui est chargé de la porter. Il s’embarque pour la Neustrie non sans peur, car Beautot est là qui le menace et il a une venette horrible d’être obligé d’y subir une journée. À ce qu’il paraît que Juliette et maman Ati en sont légèrement tannées et que cette dernière surtout en a assez pour le quart d’heure. Quant à moi, je ne demanderais pas mieux que d’aller même à Beautot, tant je suis embêté du lieu où je suis. L’univers est grand, et le voyageur en est le vrai roi. Que ne suis-je donc voyageur ! Il y a sur la terre des mers énormes et des forêts vierges, des déserts à lasser le pied des chevaux, des horizons sans fin, des vallées profondes, des plaines qui n’en finissent, on peut aller partout là ; eh bien, non ! Il existe aussi sur la terre un petit point restreint qu’on appelle Paris, et dans ce point-là un autre imperceptible qui est l’École de Droit. C’est justement là qu’il me faut vivre, c’est là que je suis à me durcir les fesses sur des bancs de bois et à endurer un professeur qui fait tomber sur vos épaules sa parole de plomb, – ou d’airain, comme on voudra. Je vais encore bien au cours, mais je n’écoute plus, c’est du temps perdu. J’en ai trop, j’en suis saoul. J’admire les gaillards qui sont là patiemment à prendre des notes et qui ne sentent pas des bouillonnements de rage et d’ennui leur monter à la tête. Quand j’ai avalé deux cours de suite, ce qui m’arrive souvent, juge dans quel état je dois être. La haine que je porte à la science découle, je crois, sur ceux qui
– 224 – l’enseignent, à moins que ce ne soit le contraire ; et si j’avais le pouvoir absolu, à coup sûr que j’enverrais M. Oudot et compagnie travailler aux fortifications, à grands renforts de coups de pied dans le cul. En attendant j’en travaille comme un désespéré pour passer mon examen le plus tôt et le plus infailliblement possible. Mais celui qui pourrait me voir quand je suis seul à m’inoculer tout le français du Code civil dans le cerveau et à savourer la poésie du Code de procédure, celui-là pourrait se vanter d’avoir vu quelque chose de lamentablement grotesque. Nom d’un nom ! j’aime bien mieux faire le journaliste de Nevers ou le père Couyère, parole d’honneur !
Quand je pense à vous autres, au moins, quelque chose de bon et de doux me ranime et me rafraîchit, mille tendresses gaies me reviennent au cœur, et je vais de l’un à l’autre, vous regardant tous d’ici, aller, venir, parler avec le son de votre voix, vous lever et vous asseoir dans vos habits que je connais. Toi, par exemple, mon bon raton, j’ai dans les oreilles ton rire sonore et doux, ce rire pour lequel je me ferais crever en bouffonneries, pour lequel je donnerais jusqu’à ma dernière facétie, jusqu’à ma dernière goutte de salive. Si bien que seul, parfois, dans ma chambre, je fais des grimaces dans la glace ou pousse le cri du Garçon, comme si tu étais là pour me voir et m’admirer. Car je m’ennuie bien de mon public. J’ai été aujourd’hui à l’hôtel de Motte ; j’ai demandé si on n’avait pas vu un marchand de parapluies avec sa femme. Ils étaient sortis tous les deux. – Demain je dîne chez le professeur avec les amis de coutume, et avant j’irai au Rond-Point. Voilà, cher Biquet, toutes les nouvelles que j’ai à te donner. De plus il fait très mauvais temps et si Rouen imite Paris mon ami Fessard ne doit pas être content. Du reste je ne pense guère aux bains, ceux de Lutèce sont si sales que je n’y replongerai jamais ma peau. On pourrait
– 225 – après tout aller tous les jours prendre son bain à Rouen, si on le voulait, on partirait le matin, on reviendrait à 2 h[eures] par le chemin de fer, maintenant que les communications sont si faciles. Rouen est un faubourg de Paris, etc., etc. !!
Adieu, mon bon rat, je t’embrasse, te rembrasse et te surrrembrasse. Ton boun.
As-tu été contente de Rachel ? Écris-moi une longue lettre. Bien des choses à Mimiss.
Remercie bien ce bon père de sa lettre, et pour le remercier embrasse-le de ma part.
CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville,] mardi soir. [6 juin 1843.]
Maman est couchée, cher ami ; elle a eu un affreux mal de tête toute la journée et a enfin été obligée de se mettre au lit vers quatre heures. Papa est à dîner en petit comité chez Père Bourguignon. Nous sommes donc, moi et Mimiss, seules dans le petit salon, nous ennuyant affreusement et répétant à chaque instant : « Quel temps ! Quel temps ! » En effet, mon Gustave, il pleut, il vente, il grêle d’une manière à vous faire trembler, il n’est que huit heures et les contrevents sont fermés, les bougies allumées comme en janvier. J’irais me coucher pour tâcher de m’endormir et de rêver l’été si je n’étais presque forcée d’attendre la famille de Juliette qui revient ce soir de Beautot et qui doit s’arrêter un moment à la maison. La seule chose qui m’ait un peu amusée aujourd’hui, Gustave, c’est de penser à eux tous que je me représentais si bien dans le fameux salon, meublé de velours rouge. Que de services d’auberge on ferait avec leur
– 226 – journée d’aujourd’hui ! Que de tribulations ils ont dû éprouver sans compter les incessantes questions de la Mère Lormier à Florimont et les salutations de cœur de son époux. Achille est venu nous voir ce matin à six heures ; il avait déjà pris sa figure harassée que tu lui connais et grognait beaucoup d’être obligé de s’en aller par la voiture de 7 heures parce que Dubuc n’avait point de chevaux. La partie de la Mailleraie s’est faite hier. Papa vient de m’interrompre ; heureusement, car sa vue me fait toujours du bien et souvent je désire être à Rouen, afin de le voir au moins à tous les repas. Le déjeuner que je souhaite tant quand nous sommes tous ensemble me semble mortellement ennuyeux. Achille nous a amené Florimont et Bourlet dimanche soir ; il t’avait vu la veille, Florimont bien entendu. Tu allais dîner chez Cher ami, ganté magnifiquement à ce qu’il paraît, mais il nous a dit aussi que peut-être tu ne viendrais pas nous voir avant d’avoir passé ton examen. Est-ce vrai ? Est-ce que tu aurais le courage de nous laisser passer encore six semaines sans t’embrasser ? Tes cheveux aussi doivent avoir besoin d’être coupés ! Monsieur saura que les cheveux se portent très courts et qu’ils ont besoin d’être rafraîchis fort souvent .
Olympe est accouchée d’une petite fille ; nous en avons reçu la nouvelle ce matin. Ils paraissent contents du sexe de l’enfant. Pauvre fille ! Elle ne pensera pas comme eux plus tard !
Te figures-tu Père Parain dans la chambre de sa fille, examinant la petite, en sortant la langue et tâchant de lui trouver quelque ressemblance avec sa nièce qui fait tant son admiration. Hamard a dû te donner deux lettres au sujet desquelles je vais t’avouer la vérité : c’est que je ne savais absolument que dire lorsque je pensais qu’elles pouvaient
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être vues par lui ou par quelque ami, non pas que j’eusse rien de caché à t’apprendre, mais maman aussi me faisait peur en me répétant sans cesse : « Prends garde de ne rien dire qui ne puisse être vu de tout le monde. » Elle pensait que la curiosité de voir la manière dont j’écris pouvait faire ouvrir ma lettre ; aussi je suis bien sûre qu’elle était pleine d’absurdités. Mais celle-ci je ne la donnerai pas à Florimont et ne la confierai que bien cachetée à la poste. « Telle est mon idée, mon idée est telle, telle est mon idée », comme dit le petit chourineur de Lormier. Tu dois savoir sa visite à Florimont lorsqu’il revenait de Montmartre tout couvert de sang encore chaud si bien que le malheureux maître clerc se voyait déjà tout refroidi sur le trimard. Orlowski m’abandonne tout à fait pour Limosin où il va chasser avec M. Toutain qui est cul-de-jatte. Ce doit être le steeple-chase. Papa prétend qu’ils luttent à la bouteille. Toujours est-il que toutes les fois que le Maestro revient de ces parties champêtres, il a la voix très enrouée et se plaint d’être fatigué. Le Père Dumée au contraire vient très exactement ; il est toujours souffrant, tousse de plus en plus et boit du bouillon coupé avec du lait. J’ai vu hier Mme Strœhlin, désolée, – style de société – de ne point t’avoir rencontré. Elle se porte mieux et n’a pas été très fatiguée du chemin de fer qu’elle a trouvé, ainsi que son campagnon de voyage, très dur pour aller et très doux pour revenir. Nous ne pouvons nous expliquer cette différence. Tu me demandes, cher ami, ce que je pense de Rachel, mais si tu m’avais vue à la représentation, tu ne l’aurais pas demandé tant j’étais hors de moi-même, c’est-à-dire exaltée ; elle m’a fait un effet, mon ami, peut-être pénible, mais que je voudrais encore éprouver cependant. Eh bien ! elle n’a pas été applaudie ; on lui a jeté de la loge du docteur Blanche deux misérables bouquets ; on l’a trouvée inférieure à ce qu’elle était il y a
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3 ans parce que ses joues ont maigri et qu’elle est laide, à ce qu’on dit. On trouve aussi qu’elle ne parle pas assez haut, à la dernière scène, lorsqu’elle se meurt. Enfin c’était pitoyable de voir l’air avec lequel on l’écoutait. Tous les autres acteurs étaient ridicules ; Cudot-Thésée a paru vêtu comme le sauvage du café des Aveugles. Théramène a oublié son récit ; on l’a hué. Il s’est enfui épouvanté ; il n’a pu finir sa scène et on a fermé le rideau avant que Thésée eût achevé les douze vers de la fin. C’est bien triste, mon pauvre ami !
Mercredi matin.
Je ne peux te donner aucune nouvelle de la partie de Beautot, attendu que j’étais couchée lorsqu’ils sont passés par ici. Papa seul les a vus deux minutes. Achille lui a dit qu’ils s’étaient amusés comme des bossus. Nous sommes allés dimanche dernier à Monville. Le grand Dubuc a voulu pêcher mais il n’a fait que se mouiller ; il a eu l’air fort sot de ne point attraper de truites, car il s’était beaucoup vanté d’être un bon jeteur d’épervier. Nous nous sommes arrêtés en revenant chez Père Berte. Papa lui a acheté des cigares. Sa femme et lui ont paru très sensibles à notre visite. Sa boutique est décorée du tableau de l’Empereur avec ses campagnes et d’un plateau sur le comptoir ; il vend aussi des petits verres. Adieu, cher ami, écris bien souvent et surtout dis-moi que tu reviendras avant le mois de juillet. Je t’embrasse ou plutôt je voudrais t’embrasser.
Ta sœur
CAROLINE.
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J’ai montré à Hamard le dessin du père Dumée afin qu’il puisse te dire ce que je fais ; j’aurais voulu aussi lui montrer ma copie pour qu’il t’en dise des nouvelles, mais je n’ai pas osé. Maman va mieux ce matin ; elle me charge de t’embrasser et de te dire qu’elle est bien fâchée d’avoir laissé passer son tour. Mimiss te remercie de ton bon souvenir. J’allais oublier de te dire une chose qui nous a bien fait rire la semaine dernière. Tu en seras peut-être moins étonné, toi qui connais l’individu pour assez original ; il s’agit d’Alfred qui n’a jamais voulu aller voir Rachel sans sa mère, non pas pour lui procurer le plaisir de la voir puisque Mme Le Poittevin l’avait déjà vue dans la même pièce, mais pour ne point y aller seul. Papa l’a appelé godiche. Amen.
À SA SŒUR CAROLINE
[Paris, 6 juin 1843.]
Hamard m’a dit que vous vous attendiez presque à me voir arriver avec Florimont. Tu avais bien deviné en disant qu’il n’en serait rien. Ce n’est pas de peur de perdre deux jours que je n’ai pas été à Rouen, mais c’est parce que j’aurais eu trop de mal à me remettre en train. Dans 15 jours trois semaines environ, j’aurai à peu près vu l’ensemble de mon examen. Ce sera un point d’arrêt. Cher ami paraît disposé à m’accompagner et à venir passer avec nous un dimanche à Déville. J’ai dîné hier avec lui et le sieur Toirac. Nous avions pour 4e convive M. Flandin qui a parcouru pendant 3 ans toute la Perse et en a rapporté de magnifiques dessins. Il est maintenant en train de publier un grand ouvrage sur ce pays. C’est un gentil compagnon qui n’a pas mal roulé sa bosse. – Pour satisfaire ta curiosité, vieux raton,
– 230 – je te dirai que l’ami qui était avec moi quand le sieur Dubuc m’a rencontré au Palais-Royal était Florimont ; nous venions de dîner ensemble chez Pestel. – Tu ne me parles pas de Rachel ; mais je sais que Cudot t’a exaltée, c’est le principal. – Je te charge de dire à Mme Strœhlin que je me suis présenté deux fois à son hôtel et qu’elle était toujours sortie. Il paraît qu’elle menait avec son mari une vie errante et vagabonde ès rues de la Capitale – le marchand de parapluies errant et vagabond, romance – le porte-balle exténué, complainte.
Hamard m’a fait plaisir en me donnant des nouvelles de vous tous, et surtout de Néo dont vous ne me dites jamais rien, comme s’il n’était pas de la famille. Il faudrait le faire baigner, c’est la saison.
Adieu, chère Carolo, embrasse bien maman et papa pour [moi]. J’irai tantôt rue des Prouvaires où je dois trouver une lettre de vous.
Encore adieu, encore un baiser.
Mardi matin.
J’attends depuis longtemps une lettre de Pitt. Et Mimiss, qu’est-ce qu’elle devient, cette chère enfant ???
À SA SŒUR CAROLINE
[Paris, 8 juin 1843.]
Après avoir lu ta lettre, chère Caroline, j’ai senti mieux que jamais le besoin de t’embrasser et de t’embêter de mes tendresses exagérées. Elle était si…, je n’en dirai pas plus pour épargner ta modestie.
– 231 –
Devine avec qui je me suis trouvé à dîner chez le père Tardif ? Avec la famille Letellier. Quelle rencontre imprévue ! Ils avaient le matin déjeuné au Rocher de Cancale, ils ont été le soir à l’Opéra-Comique. Ils m’ont tout à fait fait l’effet de bourgeois de la province venant à Paris pour s’amuser. Quels épiciers stupides ! ceux-là ont encore profité du chemin de fer. Quand est-ce qu’on n’en parlera plus ? J’en aurai la jaunisse. Après Mme Lafarge et la mort du duc d’Orléans, je ne connais rien de plus embêtant. – J’en profiterai tout de même de dimanche prochain en quinze. Vous voyez que je viendrai avant les vacances. Florimont avait mal compris. – Mon ami Maurice part ce soir pour Berlin d’où il reviendra dans un mois. Panofka est également parti, pour Varsovie et Vienne. Tout le monde détale de Paris soit pour aller dans les pays étrangers ou à la campagne, vive la campagne ! vive la campagne ! on met l’habit bas et on dîne sur l’herbe. – Elle est mouillée pour le quart d’heure ; il fait un froid à 6 alpagas. J’ai acheté hier du bois et j’ai fait du feu pour m’égayer l’esprit et me chauffer le corps. – Quand vous écrirez à Nogent, mille compliments sur l’heureux événement, et des sottises de ma part au père Parain qui ne m’a pas envoyé les peaux qu’il m’avait promises.
Probablement que le professeur viendra avec moi. Il m’en a témoigné l’intention et m’a déjà demandé le jour de mon départ. Orlowski qui chasse maintenant si diligemment vous donne-t-il du gibier, afin qu’on puisse manger pâtés de lièvre, civets, gîtes, salmis, cailles grasses, perdrix, lapins, sangliers. Que Dieu le protège si, grâce à lui, tous ces articles abondent à l’office et pendent au croc. Par la prochaine occasion envoyez-m’en une bourriche pleine, je paierai le port. Le jambon que je m’étais acheté il y a 8 jours s’est pourri et j’ai perdu ce comestible avant de l’avoir pu
– 232 – manger. Que je voudrais voir notre ami vêtu en chasseur, avec des guêtres, une carnassière et une casquette à visière verte, ajustant un petit lièvre et disant, après l’avoir manqué : ah ! le gredin ne m’a pas attendu.
Adieu, cher rat, mille baisers à tout le monde.
Ton Boun.
CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville, 14 juin 1843.]
Tu dois concevoir notre joie, cher Gustave, puisque tu sais combien nous t’aimons et ta lettre nous a tellement fait plaisir que le dîner en a été tout gai. Tu nous amènes aussi M. Cloquet que nous n’attendions pas. Restera-t-il aussi longtemps que toi et combien resteras-tu ? Mme Strœhlin viendra passer la journée du dimanche à Déville ; elle part de demain en quinze pour l’Allemagne.
Tu ne m’as pas dit, cher ami, si tu as porté ma lettre chez Gertrude ; je n’en ai pas reçu de réponse et en suis un peu inquiète. Je me moquais d’une certaine soirée dont elle m’avait parlé. S’en serait-elle piquée ? Réponds-moi donc à ce sujet le plus tôt possible. Papa a montré ta lettre à Julie ; elle en a été indignée, a appelé Florimont « hypocrite » parce qu’il avait trouvé Juliette charmante, même dans ses méchancetés ; enfin je crois que Florimont est tout à fait perdu dans l’estime de Julie. Mais en récompense, il a gagné la mienne en entier, et je le remercie d’avoir trouvé Juliette insupportable parce que ce sera peut-être une leçon pour ses parents pour n’en plus ennuyer les malheureux étrangers. Cependant si la lettre m’eût été adressée, je ne l’aurais pas
– 233 – montrée pour ne pas renouveler certaines petites scènes de famille assez fréquentes maintenant à l’égard de la petite fille. Mme Le Poittevin nous a appris dimanche dernier la mort de Germain. Pourquoi ne nous en avais-tu rien dit ?
Je n’avais jamais entendu parler de ce M. Flandin et la première fois j’avais lu Frandrin, le paysagiste ; parle-moi donc un peu de ce particulier, dis-moi s’il a du talent et s’il ne fait que dessiner. Tâche de lui attraper quelques croquis pour moi. Adieu, mon vieil ami, mes lettres vont devenir plus courtes, puisque je vais bientôt te voir et que je pourrai te parler tout à mon aise et te raconter tout ce qui s’est passé depuis ton départ.
J’ai reçu une lettre de Louise de Maupassant samedi ; elle m’annonçait l’arrivée de Mme Gétillat et nous invitait à aller à La Neuville. Adieu encore une fois, mon Gustave, en attendant que je te dise bonjour.
Ta sœur
CAROLINE.
Olympe continue à se bien porter ; sa petite fille aussi. Elle est déjà en nourrice et s’appelle Louise. Caroline m’a écrit une gentille petite lettre pleine de joie d’avoir une petite sœur.
– 234 –
À SA SŒUR CAROLINE
[Paris,] jeudi matin. [15 juin 1843.]
Oui, vieux biquet, de samedi prochain en 8 je m’embarque par le chemin de fer et je m’en vais passer avec vous quelques quarts d’heure agréables. Malheureusement ils ne seront pas longs car le mois d’août approche et je suis effayé de ce que j’ai encore à faire. Je ne resterai donc pas avec vous, mes bons amis, plus de deux ou trois jours. – J’ai une grande envie de me piéter à Déville dans le bosquet, de me coucher sur l’herbe et de faire une masse de facéties pour vous divertir. Quant à Cher ami, il est pour le moment sur la route de Besançon où il est parti voir un malade, en poste, et au galop. Il sera de retour à Paris dimanche ou lundi. Je l’ai vu hier au moment de s’embarquer et il m’a encore assuré que, si rien d’extraordinaire ne le demandait au loin ou ne le retenait à Paris, il m’accompagnerait certainement. Je crois qu’il ne restera que la journée du dimanche. – Tu m’as demandé, cher raton, si Gertrude n’avait pas été choquée de ta lettre ; au contraire, elle m’a dit que tu lui avais écrit une lettre « gentille et belle comme toi », ce sont là ses expressions, elle en était charmée. Ne t’a-t-elle pas répondu depuis ? je ne les ai pas vus depuis le milieu de la semaine passée et je n’irai probablement pas avant lundi ou mardi prochain. La dernière fois que j’ai été chez eux, il m’est arrivé une aventure assez aquatique. Figure-toi que j’étais déjà à l’entrée des Champs-Élysées quand j’ai été assailli par une pluie épouvantable qui en moins d’une minute m’a mouillé jusqu’aux os. Ma redingote a été trempée, mon chapeau défoncé (j’en ai immédiatement acheté [un] neuf), les rebords me cachaient les yeux. Quant à mes bottes, il y avait de quoi rire. Elles prenaient l’eau par mon pantalon. Je m’en suis plaint à Derennes. Bref, j’ai été
– 235 – m’éponger et changer de suite, heureusement qu’il n’en est résulté ni rhumatisme ni rhume. Mais il y avait de quoi en avoir au moins un fameux, de cerveau, et il m’eût fallu après ça faire garder le lit à mon nez pendant 15 jours. – Justification de Florimont, 8 volumes in-folio avec atlas : vous avez mal compris le sens de ma lettre ; je l’ai écrite ainsi pour faire un peu bisquer maman Ati, mais le jeune Florimont ne m’avait dit aucun mal de son cher fruit. Au contraire, il m’en a dit mille choses aimables et enorgueillissantes, seulement qu’elle avait été assez diable à la Mailleraie, etc. Voilà les faits et les mots, et rien que la vérité. – Il est maintenant 10 heures et demie, j’attends le marquis pour l’aller recommander à M. Cabanon, afin de faire simplement hâter sa nomination. Quel genre je me donne d’aller près des députés solliciter pour des drôles que je protège ! – Mon fils Herbert, j’avais oublié de te dire ça, arrive dans 8 ou 15 jours ; Henriette en est enchantée. – La chaleur est revenue depuis hier et je crois définitivement qu’il va faire beau, je suis dans le costume d’été que tu connais et je laisse un peu respirer le gros pantalon et la robe de chambre qui n’ont pas refroidi depuis le mois de novembre. J’espère que si ça continue l’eau sera assez chaude pour que je puisse prendre un bain à Rouen, car, [pour] ceux de Paris, je fais le serment de ne jamais en user, tant c’est dégoûtant.
Adieu, ma chère Carolo, porte-toi bien, je t’embrasse. – Embrasse pour moi papa et maman.
Alfred n’a-t-il pas été malade ? était-il malade réellement ou seulement indisposé ? Ce gredin-là m’écrit si
– 236 – rarement qu’on ne sait jamais comment il va ni ce qu’il devient.
Mes cheveux ont le plus grand besoin d’être coupés. J’arriverai à Rouen vers la Saint-Jean, je crois, époque où l’on tond les moutons ; ne suis-je pas un vrai mouton moi-même, il ne me manque qu’un grelot et une faveur rose. Là, là, pauvre petit mouton, là, là, comme il est bon. Là, là, mon petit, là.
CAROLINE ET LE DOCTEUR FLAUBERT À GUSTAVE
[Déville, 30 juin 1843.]
Je n’ai point reçu de lettres d’Henriette, cher Gustave, mais la nouvelle de son peu de mieux m’a fait grand plaisir. Tu ne me dis pas pourquoi elle a été si longtemps sans m’écrire et j’ai bien envie de le savoir. J’attends en ce moment notre vieil Orlowski qui m’a fait l’effet de ne point vouloir venir aujourd’hui ; il suivrait ainsi l’exemple du père Dumée que je n’ai pas vu depuis le vendredi où tu y étais. Je dessine cependant, mais sans grand courage. Podesta est revenu hier. Les affaires qu’il appelait « affaires d’importance » étaient tout simplement d’aller à Elbeuf où plusieurs dames l’appelaient à grands cris pour leur donner des leçons. Il les a refusées probablement à cause de ses occupations.
La famille de La Neuville va à Beautot dimanche ; elle y couchera et reviendra le lundi matin. On déjeunera chez Achille. Le temps, de magnifique qu’il était ces jours derniers, devient mauvais et je les vois déjà ravaler leurs bâillements.
– 237 –
L’opéra d’Halévy dont tu parles est probablement Charles VI. Orlowski l’a entendu à une répétition et n’y a démêlé qu’un tapage épouvantable. Bourlet vient rarement ; ses leçons l’occupent beaucoup et le feront sans doute pâlir tant il a d’émotion. Cette lettre est par-dessus le marché puisque c’est M. le Marquis qui te la portera et tu en recevras bientôt une plus longue
de ton Rat stupide,
CAROLINE.
Je te fais remettre beaucoup de vieilles lancettes ; tu diras à Lesueur de ne repasser que celles qui en valent la peine et de ne rien faire aux autres.
Ton père et bon ami.
FLAUBERT.
CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville, 7 juillet 1843.]
Le tranquille Baptiste vient de nous remettre ta chère lettre, bon Gustave, au moment même où Podesta entrait pour me donner ma leçon ; j’aurais bien mieux aimé t’écrire tout de suite, pauvre vieux, et la traduction m’a paru longue. Enfin j’ai renvoyé l’italien et me voici avec toi jusqu’à ce qu’Orlowski arrive. Je vais donc te raconter un peu les nouvelles d’ici. D’abord la désolation de notre haineux Bourlet, car Blanche, l’infâme Blanche a été nommé à force d’intrigues et de bassesses. Achille aussi se mêle d’élections ;
– 238 – il se mesure contre M. Le Mire malgré les avis de Maman. Mais mon Gustave, ce qui m’intéresse plus que tout cela c’est Henriette. M. Cloquet l’a-t-il vue et que dit-il ? Tâche de lui persuader de rester couchée ; papa disait encore l’autre jour que pour les maladies comme la sienne, il empêche même qu’on fasse les lits des malades. Moi je crois que les Collier consultent trop de médecins et qu’ils ne savent lequel croire. Je répondrai bientôt à Gertrude qui me demande le jour de notre arrivée à Paris. Tu as dû voir Herbert. Est-il encore plus gentil qu’il ne l’était, comme me le disent ses sœurs ? J’aurais bien envie de le voir, mais je crains qu’il ne soit parti quand nous irons à Paris. L’Exposition est ouverte ; on parle beaucoup d’un tableau de Coignet. Mme de Maupassant m’a écrit pour m’avertir qu’elle ira accompagnée de Mme Gétillat demain samedi. J’espère m’y trouver en même temps qu’elle afin de voir Louise que je n’ai pas vue depuis Rachel. Il y a aussi bien longtemps que les dames Le Poittevin sont venues. Alfred va mieux cependant et commence à sortir. Il ne reçoit pas encore, et indigne par cette conduite tous ses amis. Podesta est du nombre de ces derniers. – Comment fermer la porte à Podesta ? Mme Letellier est malade, nerveuse, a des idées noires extravagantes même. Enfin elle fait enrager sa malheureuse fille. Papa ne lui parlait pas de toi lorsqu’elle s’est mise à faire le plus grand éloge de toi. La vieille fausse ! elle a dit que tu avais été on ne peut mieux, gai, aimable, spirituel ! Nous ne sommes pas encore allés à Beautot. On y fane. Narcisse en est malade de fatigue et se lève dès les quatre heures, fane toute la journée et boit du cidre sous les pommiers.
Adieu, cher ami, bien des baisers de ton rat.
CAROL[INE].
– 239 –
À SA SŒUR CAROLINE
[Paris,] dimanche matin. [9 juillet 1843.]
Le marquis de Saint-Andrieux a dû vous aller donner de mes nouvelles hier. Il vous aura dit sans doute que je me portais bien, que j’avais bonne mine, etc. Mais il n’a pas pu vous dire, car cela est impossible, combien je suis embêté, vexé, irrité, tanné. S’il fallait que mon examen, au lieu d’avoir lieu dans 6 semaines, ne se passât seulement que dans deux mois, je crois que je l’enverrais bouler. Je commence en effet à être fourbu (À ce moment je reçois la bonne lettre de rat. Je continue la mienne en m’adressant à cette chère fille.) Oui, vieux rat, je suis fourbu, un peu plus et je deviendrai rebours. Définitivement, c’est trop d’emmerdement (permettez-moi l’expression) pour un homme seul. Si par malheur j’étais refusé, je te jure bien ma parole d’honneur que je n’en ferais pas plus pour la seconde fois et que je me présenterais toujours avec ce que je sais jusqu’à ce qu’on m’admette. – J’ai commencé à étudier mon examen avec trop de détails, de sorte que maintenant j’en suis encombré. – Joins à ça que mes maux de dents me reprennent de plus belle. Jeudi j’ai souffert toute la soirée de façon à m’empêcher de travailler, et la nuit de façon à m’empêcher de dormir. Maintenant encore je ressens une douleur vague à tout un côté de la gueule. Autre agacement : M. Bonhomme, menuisier, mon voisin, juge à propos tous les jours de venir limer ses scies sur le trottoir qui est en face de moi, ce qui fait une musique très agréable. Il y a de quoi en avoir le rire sardonique et satanique. Ô combien j’envie l’heureux Narcisse qui, loin des cités, fane en paix la luzerne dans les champs paternels, et qui boit le cidre sous les pommiers avec une innocence digne de l’âge d’or. Il méprise tout examen, et le Code civil pour lui n’est qu’un livre
– 240 – comme un autre, c’est-à-dire un livre qu’on ne lit pas. – Tu me demandes des nouvelles d’Henriette, cher rat ; je n’en ai pas à te donner et je ne suis pas près de le faire, elles sont maintenant à Chaillot ; c’est derrière le bois de Boulogne. Je n’ai pas le temps d’y aller souvent et d’ici à ce que vous veniez à Paris j’irai peut-être une fois ou deux. Gertrude m’a écrit pour me donner leur adresse et me dire qu’Henriette allait mieux. – L’opinion de M. Cloquet, c’est qu’elle est très malade, voilà tout ce qu’il m’en a dit. Elles lui ont plu extrêmement et il les trouve charmantes. Herbert n’est pas venu me voir chez moi, il a peur de se perdre dans Paris. Mais je l’ai vu chez sa mère ; il n’est pas changé du tout et m’a dit comme par le passé : « Artémise, la brosse, la brosse, bonjour, voisin. » La mère d’Hamard est partie passer un mois à Enghien, Hamard reste seul à Paris pour passer son examen ; nous serons peut-être sur la sellette ensemble.
Si tu savais, vieux rat, combien je pense à cette bienheureuse fin du mois d’août et à la manière dont je me précipiterai hors l’École de Droit quand je serai reçu ! – Quelles bêtises je dirai et ferai dans la voiture avec toi ! quelles grimaces et quelles bouffonneries ! je te promets un rire comme tu n’en as jamais entendu. Quand tu verras Mme Le Poittevin dis-lui de prier Alfred de m’écrire puisqu’il va mieux. Bien des consolations à Bourlet. Voici la saison des bains ; qu’il en prenne, ça le calmera. Adieu, je t’embrasse sur tes bonnes joues.
Embrasse pour moi il padre e la madre.
– 241 –
CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville, 15 juillet 1843.]
Je te plains, cher Gustave, puisque tu t’ennuies, car moi aussi, sans avoir de droit à étudier ni d’examen à passer, je suis souvent prise de ce mal et plus l’époque de notre départ approche, moins j’ai de courage au travail. Mon piano reste quelquefois deux jours sans ouvrir ; le dessin est de même mis de côté. Depuis que tu nous a quittés, je ne suis point retournée dans la cour du père Sorel. Aujourd’hui j’ai fait dire au père Dumée de ne pas venir parce que nous allons à Beautot. Le temps est heureusement assez bien disposé. Nous arriverons là pour dîner, ce que je compte faire copieusement et longuement, les deux jours que nous passerons au milieu de ces bonnes gens à mœurs si simples. Le dimanche suivant, nous irons à La Neuville où j’espère un peu voir A. Le Poittevin. Mme Gétillat y sera encore. Elle était l’autre jour au Musée, mais elle n’a pas ouvert sa grande bouche et n’a fait que rajuster ses manchettes. J’ai bien envie de la voir plus longuement afin de juger de son esprit dont les de Maupassant sont si éblouis. Bourlet est venu hier soir, son enrouement et sa rage ne sont pas encore passés. Maman a dû te conter la visite que lui a faite le fils Blanche. Mais tout cela perd à être rapporté ; il faut voir le petit individu expliquer toutes ses affaires. Il en a sacrifié trois pouces de sa barbe parce qu’il avait par trop chaud. S’il y a des vacances aux journées de juillet, il ira te voir et t’amuser un peu ; il te permet d’avance de le battre autant que tu voudras.
Alfred ne va pas très bien ; il est désolé, ne reçoit personne et laisse sa barbe pousser. Tu ferais bien de lui écrire et de le remonter.
– 242 –
Que fera M. Cloquet s’il vient sans toi, cher ami ? Il s’ennuiera à mourir à moins que papa ne le mène chez M. de Monville et encore je pense que sans le gros farceur, il n’aura pas grand plaisir. Mme Strœhlin ne nous a pas encore écrit. Son neveu nous a dit l’avoir laissée un peu fatiguée à Strasbourg. J’ai aujourd’hui 19 ans, cher Gustave ! Y penses-tu ? et aurais-je une lettre de toi pour me fêter. Adieu, je t’embrasse pour moi et pour toute la famille.
Ta sœur
CAROLINE FLAUBERT.
Papa écrira à M. Dizier. Je te prie, cher ami, de me renvoyer 15 bouteilles de Contrexéville.
CAROLINE FLAUBERT À SON FRÈRE GUSTAVE
[Déville, 17 juillet 1843.]
Maman voulait t’écrire aujourd’hui, cher Bonhomme, je l’en ai empêchée et j’ai pris la place afin de te montrer que je ne me pique pas de ce que tu ne me réponds pas et aussi pour te raconter comment s’est passée la journée du dimanche à Beautot. J’avais une peur effroyable de m’ennuyer et devais y prendre des livres afin de lire dans mon lit ou même en présence de mes hôtes. Le diable m’a fait oublier les bouquins et, le soir, comme je demandais à Maman Beautot quelques revues ou livres, elle m’a avoué franchement qu’il ne s’en trouvait pas un seul dans tout le château ; enfin après avoir cherché dans tous les cabinets, communs et privés, on m’a apporté deux ou trois morceaux
– 243 – de journaux. Le lendemain je me suis levée à 11 heures, ce qui a paru un peu contrarier la maîtresse de maison qui venait voir de demi-heure en demi-heure si je ne dormais pas et qui pensait en elle-même : « Comment est-il possible de rester tranquille dans son lit quand on avait à visiter tant de choses curieuses, telles que laiteries, étables, granges, écuries, poulaillers, jardin légumier. » Si les ouvrages de la bibliothèque sont peu nombreux, en revanche les mets abondent et à tous les repas on a été forcé d’empêcher que M. Lormier ne coupât soit une volaille soit un canard ; tu sais quelle mine font alors les invités et les invitants, c’est à en mourir d’ennui quand cela se répète deux jours. À part cela et la frayeur que j’avais de répandre ou de casser quelque chose dans une maison si parfaitement tenue, tout s’est passé à merveille. Le soleil a fait mûrir le blé, la vache a donné 43 mesures de lait, et ce qui m’a fait encore plus de plaisir c’est de ne pas avoir été fatiguée après avoir marché autant que je l’ai fait. Cela me donne du courage pour une vacance de trois jours que nous allons faire à La Neuville du samedi soir au mercredi matin. Il y aura beaucoup de monde : Bellangé et Le Poittevin, Renouard, Sorieul et père Dumée peut-être.