Correspondance - Tome I
À Ernest Chevalier ......................................................... 79
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 31 parties.
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Nous rencontrions de grandes caravanes de pèlerins qui allaient à La Mecque (Kosseïr est le port où ils s’embarquent pour Djeddah. De là à La Mecque il n’y a plus que trois jours), de vieux Turcs avec leurs femmes portées dans des paniers, un harem tout entier qui voyageait voilé et qui criait, quand nous sommes passés près de lui, comme un bataillon de pies, un derviche avec une peau de léopard sur le dos.
Les chameaux des caravanes vont quelquefois les uns à la file des autres, d’autres fois tous de front. Alors, quand on aperçoit de loin à l’horizon, en raccourci, toutes ces têtes se dandinant qui viennent vers vous, on dirait d’une émigration d’autruches qui avance lentement, lentement, et se rapproche. À Kosseïr nous avons vu des pèlerins du fond de l’Afrique, de pauvres nègres qui sont en marche depuis un an, deux ans. – Il y a là de bien singuliers crânes. Nous avons vu aussi des gens de Boukhara, des Tartares en bonnet pointu, qui faisaient la soupe à l’ombre d’une barque échouée construite en bois rouge des Indes. Quant aux pêcheurs de perles, nous n’en avons vu que les pirogues. Ils se mettent deux là-dedans, un qui rame et un qui plonge, et vont au large en mer. Quand le plongeur remonte à la surface de l’eau, le sang lui sort par les oreilles, par les narines et par les yeux.
J’ai pris, le lendemain de mon arrivée, un bain de mer dans la mer Rouge. Ç’a été un des plaisirs les plus voluptueux de ma vie, je me suis roulé dans les flots comme sur mille tétons liquides qui m’auraient parcouru tout le corps.
Le soir Maxime, par politesse et pour faire honneur à notre hôte, s’est donné une indigestion. Nous étions logés
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À propos du changement qui aura pu nous survenir pendant notre séparation, je ne crois pas, cher vieux, que le changement, s’il y en a un, soit à mon avantage. Tu auras
– 830 – gagné par la solitude et la concentration ; j’aurai perdu par la dissémination et la rêverie. – Je deviens très vide et très stérile. Je le sens, cela me gagne comme une marée montante. – Cela tient peut-être à ce que le corps remue. – Je ne peux faire deux choses à la fois. J’ai peut-être laissé mon intelligence là-bas, avec mes pantalons à coulisse, mon divan de maroquin, et votre société, cher Monsieur. Où tout cela nous mènera-t-il ? qu’aurons-nous fait dans dix ans ? Pour moi, il me semble que, si je rate encore la première œuvre que je fais, je n’ai plus qu’à me foutre à l’eau. Moi qui étais si hardi, je deviens timide à l’excès, ce qui est dans les arts la pire de toutes les choses et le plus grand signe de faiblesse.
Il y a au Caire un poète qui fait des tragédies orientales dans le goût de Marmontel mitigé de Ducis. Il nous a lu une tragédie sur Abd-el-Kader qui est amoureux d’une Française et finit par se tuer de jalousie. Il y a là des morceaux. Tu en peux juger par le sujet. Ce poète, qui est médecin et s’appelle Chamas, est un être bouffi de vanité, gredin, voleur, assomme tout le monde de ses œuvres et est repoussé de ses compatriotes. Lors de la révolution de février, il adressa une pièce à Lamartine dont le vers final était :
Vive à jamais le Gouvernement provisoire !
Dans une autre, adressée au peuple français, il y avait ceci :
Peuple Français ! ô mes compatriotes !
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Il vit avec un sale nègre, dans une maison obscure. Sa famille le redoute et, lorsqu’il lit sa tragédie, tout chez lui tremble de silence et d’attention. Il porte un nez en perroquet, des lunettes bleues et est accusé par un ingénieur de lui avoir volé une caisse d’habits. La canaille française à l’étranger est magnifique et, j’ajoute, nombreuse.
Hein, vieux, j’espère qu’en voilà un paquet et que je suis un aimable homme ! Réponds-moi à Beyrouth où nous serons vers la fin de juillet ; ensuite à Jérusalem. Pioche toujours. Tâche de ne pas trop t’emmerder. Ne baise pas trop, ménage tes forces une once de sperme perdu, c’est pire que dix livres de sang. – À propos, tu me demandes si j’ai consommé l’œuvre des bains. Oui, et sur un jeune gaillard gravé de la petite vérole et qui avait un énorme turban blanc. Ça m’a fait rire, voilà tout. Mais je recommencerai. Pour qu’une expérience soit bien faite, il faut qu’elle soit réitérée.
Adieu, vieux de la plume, je t’embrasse sur ta bonne tête.
À toi sempre e adesso,
comme dit Antony, ce vieil Antony. Ça casse-pétait-
il ? était-ce bon !
5 juin. – C’est demain le 6, anniversaire de la naissance du Grand Corneille. Quelle séance à l’Académie de Rouen ! Quels discours ! et quel discours du père Hellis ! Tenue de ces messieurs : cravates blanches ; pompe, saines traditions ! un petit rapport sur l’agriculture !
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À SON ONCLE PARAIN
Entre Djebel-Farchout et Girgeh,
3 juin [1850].
[…] Vous et ma mère, vous êtes de braves gens de m’avoir envoyé des nouvelles aussi facétieuses. Le jeune marié est donc du dernier bête et la bénédiction nuptiale lui a donné un vernis qui lui manquait… Tout le monde se fout donc de lui ce pauvre garçon, mais du moment qu’il ne s’en aperçoit pas, qu’importe, il est comme les crocodiles auxquels nous envoyons des balles, il ne secoue pas même les oreilles. Il finira par trouver quelqu’un d’obligeant qui le fera cocu. Si c’était vous, je vous rapporte les Pyramides cré nom d’un chien. Ça va devenir grand ! Maison Lormier fils ! on a équipage bien sûr, tout ça va pulluler et prospérer. Les enfants seront bien élevés, tous très gras, bonne santé et bon teint. On mettra l’Hainé dans le commerce, le second dans le commerce et le quinzième dans le commerce. On les mariera à des petites femmes bouchées comme des bouchons, bêtes comme des pots, laides comme des c… et il en sortira des générations de Lormiers qui continueront à surcharger la terre du poids de leur ineptie… Nous autres… nous ne menons pas des existences aussi débauchées. Tant s’en faut ; voilà cinq grands mois, que nous ne vivons que de lait, d’œufs, de riz et de poulet ; quand nous allons en expédition, nous nous bornons à l’éternel œuf dur et à la datte du désert. Voilà. Pourtant depuis quelque temps nous avons ajouté à nos provisions de voyage une espèce de confiture d’abricot avec laquelle on peut se faire des gilets ou des pantalons… Qu’aurait dit la mère Lormier de l’état de notre linge en revenant de Kosseïr. Sassetti a découvert dedans environ une cinquantaine de poux à chacun, et des poux colossaux, des poux orgueil de la Chine ! Nous devions
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ça à nos chameaux. Je devais au mien bien autre chose. C’était une infection… Ce vieux chameau décoré du nom ambitieux de dromadaire était orné à l’épaule droite d’un vésicatoire causé par une écorchure de la selle. Quand le soir arrivait et que ça s’était bien échauffé et mitonné toute la journée le drôle m’envoyait des bouffées à renverser un rhinocéros. […]
À SA MÈRE
6 heures avant Benisouëf, 24 juin 1850.
Quand je t’ai envoyé ma dernière lettre, de Siout, chère pauvre vieille, je croyais bien qu’à cette date d’où je marque celle-ci nous serions au Caire depuis plusieurs jours, mais je comptais sans le vent. Il nous a été constamment défavorable. Depuis quinze jours nous avons fait 60 lieues. Il y a des journées où nous faisons un quart de lieue et en se donnant un mal de chien. Comme le Nil est maintenant à son plus bas, nous engravons souvent, ce qui n’accélère pas notre voyage. Bref, désespérant d’arriver au Caire avant une huitaine au moins (de Benisouëf au Caire il y a 25 lieues juste) et ayant peur que tu ne passes par-dessus un courrier sans avoir de lettres, à tout hasard je vais envoyer celle-ci au Caire dès que nous aurons touché Benisouëf. Mais j’ai bien peur que la malle des Indes ne soit déjà arrivée et que le courrier de la fin de juin ne soit parti. En conséquence ça te fera un mois sans avoir de mes nouvelles. Pauvre mère, je fais tout ce que je peux pour que tu en reçoives le plus souvent possible. Mais je ne commande ni au vent, ni aux bateaux, ni à la poste, ni à la bonne volonté des gens par lesquels passent mes lettres. – En Syrie, il est probable qu’il
– 834 – y aura dans ma correspondance de grandes irrégularités. Je t’en préviens d’avance. Fais-toi à cette idée. C’est beaucoup plus mal administré que l’Égypte qui se sent encore un peu de l’influence de Méhémet-Ali, quoique tout aille se détraquant et redevenant Turc de plus belle.
Nos matelots sont maigris de fatigue, notre raïs est jaune d’impatience, Joseph décidre (= désire) d’être arrivé pour envoyer de l’argent à sa femme. Et Sassetti crève d’envie d’être de retour au Caire (sans savoir pourquoi et par esprit d’imitation). Quant à nous autres, nous ne nous sommes jamais moins ennuyés à bord, quoique nous n’ayons plus rien à faire ni à voir. Nous avons des livres et nous ne lisons pas. Nous n’écrivons rien non plus. Nous passons à peu près tout notre temps à faire les sheiks, c’est-à-dire les vieux ; – le sheik est le vieux monsieur inepte, rentier, considéré, très établi, hors d’âge et nous faisant des questions sur notre voyage dans le goût de celles-ci :
— Et dans les villes où vous passiez, y a-t-il un peu de société ? Avez-vous quelque cercle où on lise les journaux ?
— Le mouvement des chemins de fer se fait-il sentir un peu ? Y a-t-il quelque grande ligne ?
— Et les doctrines socialistes, Dieu merci, j’espère, n’ont pas encore pénétré dans ces parages ?
— Y a-t-il au moins du bon vin ? Avez-vous quelques crus célèbres ? etc., etc.
— Les dames sont-elles aimables ?
— Y a-t-il au moins quelques beaux cafés ? Les dames de comptoir affichent-elles un luxe somptueux ?
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Tout cela d’une voix tremblée et d’un air imbécile. Du sheik simple nous sommes arrivés au sheik double, c’est-à-dire au dialogue. Alors, dialogues sur tout ce qui se passe dans le monde et avec de bonnes opinions encroûtées. Puis le sheik a vieilli et est devenu le vieux tremblotant, cousu d’infirmités, et parlant sans cesse de ses repas et de ses digestions. Ici il s’est développé chez Maxime un grand talent mimique. Il a un neveu qui est substitut, une bonne qui s’appelle Marianne, etc. Je l’appelle père Étienne ; moi, il m’appelle Quarafon. Ce nom de Quarafon est sublime. Nous nous promenons en nous soutenant réciproquement et en bavachant. Il me dit cent fois par jour d’écrire à son neveu le substitut, pour lui dire de venir parce qu’il ne se sent pas bien et, comme nous sommes excédés de poulet, toutes les fois que je me plains il me dit : « Allons, Quarafon, consolez-vous, vous aurez pour dîner un bon poulet. J’ai dit à Marianne de vous en faire un. » Le soir, pour nous coucher, ça dure une demi-heure. Nous beuglons en geignant et en nous retournant pesamment comme des gens abîmés de rhumatismes. « Al-lons-bon-soir-mon-a-mi-bon-soir ! » Il y a quelques jours je commençais à dormir quand j’ai senti un poids qui me pesait sur le dos. C’était le père Étienne qui venait coucher avec moi, parce qu’il avait peur tout seul dans son lit. Quelquefois aussi il y a des disputes aigres où le père Étienne abuse de la supériorité de son âge et où Quarafon déclare qu’il prendra la diligence la semaine prochaine.
Je t’envoie toutes ces bêtises, chère mère, parce que c’est toi. Je sais que tout ce qui t’initie un peu à notre vie intérieure te fait plaisir. Tu vois que nous passons le temps assez gaiement et que nous avons beau changer de pays, nous ne changeons pas d’humeur. N’importe, ça ne me fera pas de peine non plus d’être arrivés au Caire pour avoir de
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Nous avons été accueillis à Siout par le médecin du lieu, un Français. Et accueillis d’une façon remarquable. Pendant deux jours nous nous sommes empiffrés chez cet excellent garçon. Ça nous a remis le torse en état et délassés un moment du poulet, du riz et du pain moisi. – On rencontre ainsi de braves gens auxquels on n’est nullement recommandé et qui sont enchantés de vous recevoir. Cela tient à l’ennui où ils vivent, à la disette de nouvelles et au regret du pays dont on leur apporte quelque chose.
Nous avons vu près de Manfalout les grottes de Samoun. C’est un cimetière souterrain où il faut ramper pendant trois quarts d’heure sur la poitrine et sur le ventre. Cette expédition est aussi éreintante que curieuse. On en sort exténué. Tout suinte le bitume des embaumements, la poussière des momies vous prend à la gorge et vous fait tousser, les chauves-souris voltigent autour de votre lanterne, c’est une jolie petite promenade à faire avec une dame. Nous en avons rapporté des momies de crocodiles, des pieds et des mains humaines dorées, choses à appendre dans nos bocaux. L’entassement qu’il y a là est inouï, c’est une des choses les plus singulières que l’on puisse voir. Si on y allait tout seul, je crois qu’on serait pris de panique. Maxime a tué hier 3 pélicans d’une seule balle. Leurs têtes sont à sécher au gouvernail. La collection de pattes d’oiseaux s’augmente. Il y a quelques jours, on nous a apporté tout vivant un énorme lézard du Nil qui ressemblait à un petit crocodile, que nous avons immédiatement tué et dépiauté. Pour 60 paras (7 sols 2 liards) j’ai acheté une belle carapace de tortue.
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Dans quelques jours va finir notre voyage sur le Nil. – Nous quitterons, je suis sûr, notre pauvre cange avec tristesse. Mais la pensée que je me rapproche de toi, mère chérie, efface tout regret du temps qui s’écoule. Avec quel plaisir je t’embrasserai dans 7 mois. En voilà 8 de passés. Adieu, mille baisers sur tes joues creuses.
À toi.
Quoique je n’aime guère les sentimentalités de cheveux, de fleurs, et de médaillons, pour ne pas faire l’homme fort, je t’envoie une fleur de coton que j’ai cueillie hier à Fechnah à ton intention.
Comment va Julie avec ses yeux ? dis-lui bien des choses de ma part à cette pauvre fille.
Je recommande toutes mes affaires au père Parain, ma peau d’ours, etc. ?
J’ai écrit à Achille par le dernier courrier.
Pour la Syrie, achète maintenant chez Andriveau-Goujon, rue du Bac, 17 la carte anglaise de Turquie d’Asie, d’Arrowsmith (Turkey in Asia, by Arrowsmith).
Écris-moi toujours à Beyrouth, les départs sont les mêmes que pour Alexandrie. C’est le même paquebot qui va à Beyrouth, qui s’arrête à Alexandrie en passant. De Beyrouth les lettres nous suivront dans toute la Syrie.
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À LOUIS BOUILHET
Le Caire, 27 juin [1850].
Nous voilà revenus au Caire. Je n’ai que cela de nouveau à te dire, cher et bon vieux, car depuis ma dernière lettre il n’y a rien d’intéressant à te narrer sur notre voyage. Dans quelques jours nous partons pour Alexandrie et à la fin du mois prochain, si d’ici là ne surgit quelque obstacle, nous ne serons pas loin de Jérusalem, voilà.
J’ai quitté notre pauvre barque avec une mélancolie navrante. Rentré à l’hôtel au Caire, j’avais la tête bruissante comme après un long voyage en diligence. La ville m’a semblé vide et silencieuse, quoiqu’elle fût pleine de monde et agitée. La première nuit de mon arrivée ici (mardi dernier), j’ai entendu tout le temps ce bruit doux des avirons dans l’eau, qui depuis trois grands mois cadençait nos longues journées rêveuses. – Les palmiers d’ici m’ont semblé des balais de commodités. Tout mon voyage m’est réapparu et il m’en est monté au cœur ce goût aigre et doux que l’on éprouve quand on rote du bon vin et qu’on se dit : « c’est bu ». – Ah si ! j’ai vu quelque chose de nouveau que je ne t’ai pas dit. Prie ma mère de te lire ce que je lui ai écrit sur les grottes de Samoun. Au reste je t’en reparlerai, c’est une des choses les plus terrifiantes que j’aie vues.
Bizarre phénomène psychologique, Monsieur ! Revenu au Caire (et après avoir lu ta bonne lettre), je me suis mis à casse-péter d’intensité intellectuelle. La marmite s’est mise à bouillir tout à coup, j’ai senti des besoins d’écrire cuisants. J’étais monté. Tu me parles du plaisir que te font mes lettres. J’y crois sans peine, à la joie que les tiennes me causent. Je les lis ordinairement trois fois de suite, je m’en bourre. Ce que tu me dis sur tes visites à Croisset m’a remué le ventre.
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Je me suis senti toi. Merci, cher vieux, des visites que tu fais à ma mère. Merci, merci. Elle n’a que toi à qui parler de moi dans ses idées, et que toi qui me connaisses, après tout. Cela se flaire par le cœur. Mais ne te crois pas obligé de dépenser à Croisset tous tes dimanches, pauvre vieux. Ne t’emmerde pas, par dévouement ; est modus in rebus. Quant à elle, je crois qu’elle paierait bien tes visites cent francs le cachet. – Il serait gars de lui en faire la proposition. Vois-tu le mémoire que fourbirait le Garçon en cette occasion : « Tant pour la société d’un homme comme moi. Frais extraordinaires : avoir dit un mot spirituel…, avoir été charmant et plein de bon ton. Etc. »
Tu t’emmerdes : t’emmerderas-tu moins quand je serai revenu ? Qui sait ? L’âge des tristesses continues nous arrive. Au moins nous nous emmerderons ensemble.
Un plan de conte chinois me paraît fort comme idée générale. Peux-tu m’envoyer le scénario ? Quand tu auras comme couleur locale tes jalons principaux, laisse là les livres et mets-toi à la composition ; ne nous perdons pas dans l’archéologie, tendance générale et funeste, je crois, de la génération qui vient. La résolution de Mulot est belle et m’a énormément fait de plaisir comme moralité artistique ; mais est-elle aussi intelligente et sympathique qu’elle est consciencieuse ? Un maître eût été causer avec un prévôt pendant vingt minutes ou huit jours, aurait compris et se serait mis à la besogne. Et le temps perdu !! Misérables que nous sommes, nous avons, je crois, beaucoup de goût parce que nous sommes profondément historiques, que nous admettons tout, et nous plaçons au point de vue de la chose pour la juger. Mais avons-nous autant d’innéité que de compréhensivité ? Une originalité féroce est-elle compatible même avec tant de largeur ? Voilà mon doute sur l’esprit
– 840 – artistique de l’époque, c’est-à-dire du peu d’artistes qu’il y a. Du moins, si nous ne faisons rien de bon, aurons-nous, peut-être, préparé et amené une génération qui aura l’audace (je cherche un autre mot) de nos pères avec notre éclectisme à nous. Ça m’étonnerait. Le monde va devenir bougrement bête. D’ici à longtemps ce sera bien ennuyeux. Nous faisons bien de vivre maintenant. Tu ne croirais pas que nous causons beaucoup de l’avenir de la société. Il est pour moi presque certain qu’elle sera, dans un temps plus ou moins éloigné, régie comme un collège. Les pions feront la loi. Tout sera en uniforme. L’humanité ne fera plus de barbarismes dans son thème insipide, mais quel foutu style ! quelle absence de tournure, de rythme et d’élans ! Ô Magniers de l’avenir, où seront vos enthousiasmes ?!
Qu’importe ! le bon Dieu sera toujours là après tout. Espérons qu’il sera toujours le plus fort et que ce vieux soleil ne périra point. Hier soir (ou hier au soir) j’ai relu l’engueulade de Paulus à Vénus, et ce matin j’ai soutenu comme à 18 ans la doctrine de l’Art pour l’Art contre un utilitaire (homme fort du reste). Je résiste au torrent ; nous entraînera-t-il ? non. Cassons-nous plutôt la gueule avec le pied de nos tables. « Soyons forts, soyons beaux, essuyons sur l’herbe la poussière qui salit nos brodequins d’or », ou ne l’essuyons même pas (si je sais à propos de quoi me vient cette citation) ; pourvu qu’il y ait de l’or en dessous, qu’importe la poussière en dessus ! J’ai lu (toujours à propos de cette vieille bougresse de littérature à laquelle il faut tâcher d’ingurgiter du mercure et des pilules et de récurer à fond tant elle fut foutue par de sales vis), j’ai lu la critique de Vacquerie sur Gabrielle. C’est bon, très bon même. Ça m’a fort estonné, il l’a bien empoigné par son faible, j’en ai été content.
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29 [juin].
Je viens de passer une partie de ma nuit à lire un roman de Scribe, La Maîtresse anonyme. C’est complet. Procure-toi cette œuvre. L’immondicité ne va pas plus loin, rien n’y manque. Ô public ! public ! Il y a des moments où, quand j’y songe, j’éprouve pour lui de ces haines immenses et impuissantes, comme lorsque Marie-Antoinette a vu envahir les Tuileries. Mais causons d’autre chose.
La pièce à propos du volume de Musset est bonne, insolente, troussée, un peu longue seulement, surtout (et rien que là) vers la fin. Si tu pouvais la condenser un peu (chose facile à toi qui n’es pas un prime-sautier, c’est-à-dire, selon ton mot, un prime-sot), ce serait parfait. Mais quelque chose de bien beau, cher vieux, c’est la pièce À un monsieur ; c’est fort. Ce n’est pas pour te dire une malhonnêteté, comme on m’en a dit toute ma vie sur ma figure en me trouvant des ressemblances avec tout le monde, mais c’est étrange comme ça m’a rappelé Alfred. Ne trouves-tu pas ?
Nous n’irons pas en Perse, c’est décidé maintenant. On s’y égorge et tue à plaisir. Le pays est en feu, sans métaphore, et puis, entre nous, remarque le entre nous, nous n’avons pas l’argent (ni le temps) suffisant pour faire ce voyage. Nous allons tout bonnement voir la Syrie, la Palestine, l’Asie Mineure, Chypre, Rhodes, Candie. De Smyrne nous gagnerons Constantinople à cheval par la Troade. Et une fois Constantinople vu et revu, si la menace subsiste encore (car nous pouvons dire comme Montaigne : « Les voyages ne me blessent que sur un point, la dépense, qui est fort grande,
– 842 – ayant accoutumé, etc. ») nous revenons à travers toute la Grèce. Voilà l’itinéraire pour le moment, mais dans un voyage comme celui-là il est bien difficile d’en avoir un prévu d’avance. Mille circonstances extérieures vous en font dévier. – Du lazaret de Beyrouth, si j’ai quelque chose à te dire, je t’écrirai dans quelques jours (?), sinon ce sera de Jérusalem. Adresse-moi d’ici à nouvel ordre toutes tes lettres à Beyrouth. Voici les vacances, tu vas avoir plus de temps. Envoie-m’en des démesurées.
Alexandrie, 5 juillet [1850].
C’est fini, j’ai dit adieu au Caire, c’est-à-dire à l’Égypte. Pauvre Caire ! comme il était beau la dernière fois que j’ai humé la nuit sous ses arbres. – Alexandrie m’emmerde. C’est plein d’Européens, on ne voit que bottes et chapeaux, il me semble que je suis à la porte de Paris, moins Paris. Enfin dans quelques jours la Syrie, et là, nous allons nous foutre sur la selle pour longtemps ! Nous serons enfourchés dans les grandes bottes et nous galoperons poitrine au vent.
Je te remercie, cher vieux, des cadeaux qui m’attendent à Beyrouth. – À propos du Lamartine, j’ai vu hier dans Le Constitutionnel quelques passages de Geneviève. Il y a dans la préface une revue des grands livres que je te recommande. C’est de la folie arrivée à l’idiotisme.
Que dis-tu de l’histoire suivante qui s’est passée au Caire pendant que nous y étions et dont je te garantis l’authenticité. Une femme jeune et belle (je l’ai vue), mariée
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à un vieux, ne pouvait à sa guise coïter avec son amant. Depuis trois ans qu’ils se connaissaient, à peine s’ils avaient pu se baiser trois ou quatre fois, tant la pauvre fillette était surveillée. Le mari, vieux, jaloux, malade, hargneux, la serrait sur la dépense, l’embêtait de toutes façons et sur le moindre soupçon la déshéritait, puis refaisait un testament, et toujours ainsi, croyant la tenir en laisse par l’espoir de l’héritage. Cependant ma canaille tombe malade : alternatives, soins dévoués de Madame, on la cite. Puis quand tout a été fini, quand le malade a été désespéré, qu’il ne pouvait plus ni remuer ni parler, et qu’il commençait à mourir, mais conservant toujours sa connaissance, alors elle a introduit son amant dans la chambre et s’est fait baiser par lui, exprès sous les yeux du moribond. Rêve le tableau. A-t-elle dû jouir ! a-t-il dû rager, le pauvre bougre ! – Quel coup ! voilà une vengeance.
Dimanche 7 [juillet 1850].
Tu vois que je ne t’écris pas d’une haleine. Ceci pourtant est le dernier paragraphe. Il faut que ma lettre soit prête tout à l’heure. J’ai été atrocement dérangé dans toute celle-ci. J’aurais sans doute encore plusieurs choses à te dire, mais je suis talonné de tous les côtés. Je ne trouve rien au bout de la plume. Il faut chercher et attendre, merde. Adieu, je t’embrasse.
À toi, vieux solide.
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À SA MÈRE
Alexandrie, 7 juillet [1850].
En arrivant au Caire j’ai reçu un bon paquet de tes lettres. Je les ai dévorées comme un affamé. Je vais tâcher de me rappeler tout ce dont tu me parles et d’y répondre.
Et d’abord, pauvre chère mère adorée, que je t’embrasse de toutes mes forces pour ceci : avoir été dîner à l’Hôtel-Dieu. Pardonne-moi, c’est un héroïsme dont je ne t’aurais pas crue capable, et que j’admire d’autant plus qu’il t’a dû coûter ! Quelles tristes choses devaient passer dans ta pauvre tête en regardant ces lambris… Oh ! que je t’aime pour cela, pauvre mère, comme tu as bien fait. Il paraît que le résultat n’a pas trompé ton attente et que ce sacrifice a resserré un peu des liens trop lâches. Non, tu ne sais pas comme je t’aime pour cette action et quel respect ému ça m’a inspiré pour ta vieille boule (qui n’est pas une boule). Tu ne pouvais rien faire qui me rendît plus content de toi et qui m’emplît le cœur à ton endroit d’une meilleure et plus haute estime.
Hamard va bien, ça commence à devenir bon ; tant qu’il s’en tiendra à des excentricités domestiques, on ne pourra pas l’interdire, mais je crois que l’on peut très bien lui retirer la tutelle de son enfant. Cette fille du général Suwarow est une bonne blague. Tout cela est crâne et finit par atteindre de bonnes proportions, mais si personne de sa famille ne bouge, tout restera toujours au même point. Engueuse-les toujours ; qui sait ? un moment peut venir où tous les frais de politesse peuvent être payés par une feuille de papier timbré.
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Tu as bien fait d’envoyer promener Cher ami qui prend des genres nonchalants un peu trop orientaux ; tous ces retards et irrésolutions étaient au moins bêtes : il n’y avait qu’à répondre non ou oui. Tu as bien fait de le planter là. Je ne suis pas non plus très content de lui, le cher homme. Je lui ai écrit au Caire en janvier dernier une lettre restée sans réponse. Or ne pas répondre à des lettres que vous écrivent des gens en voyage, c’est un crime ; on ne sait pas le temps ni le dérangement que ça leur coûte. Quand je songe à toutes ses minauderies conjugales j’en suis un peu dégoûté. Il lui arrivera malheur à quelque jour. Ça va trop loin. J’imagine qu’il assomme sa petite femme, laquelle fait tout cela pour se faire bien voir, moitié par condescendance et moitié par hypocrisie. Voilà mon opinion.
Je ne demande pas mieux, pauvre vieille, que d’aller en Angleterre avec toi l’année prochaine. Ce sera même avec grand plaisir comme on dit.
J’ai reçu une lettre de Bezet ; je vois qu’il va souvent te voir, je lui suis bien reconnaissant. Dans les premiers temps j’avais peur qu’il ne te négligeât. Mais je ne crois pas qu’il se force le moins du monde pour te faire des visites. Vous êtes l’un à l’autre et vis-à-vis l’un de l’autre la seule personne à qui parler de moi. C’est là ce qui fait que vous devez avoir du plaisir à vous trouver ensemble.
Je suis venu du Caire ici avec le colonel Langlois (l’auteur de La bataille d’Eylau, panorama que tu as sans doute vu cet hiver à Paris) et sa femme. Ces deux braves gens voyagent et travaillent toujours ensemble. Le colonel Langlois vient de passer 6 mois en Égypte où il a préparé un panorama de la bataille des Pyramides et de Karnac. – Il est de Beaumont. Nous avons causé de père Follebarbe, des
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Paris, de Trouville, etc. Il repart pour la France demain ou après-demain. Si tu étais à Paris tu pourrais aller le voir et lui demander de mes nouvelles, je suis sûr que tu serais bien reçue : il demeure aux Champs-Élysées, au Panorama. Il a une de ces bonnes figures de vieux troupier qui inspirent la confiance. À propos, tu n’as pas été chez Gleyre ; ce n’était pas à vrai dire bien utile. À propos de visites, il paraît que celles du sieur Planche se résument par des cachets ; il en coûte à Gleyre 5 ou 10 francs toutes les fois qu’il a l’honneur de le recevoir.
Depuis ma dernière lettre écrite de Benisouëf et qui est arrivée au Caire 3 jours après moi, je n’ai rien à te dire. Nous avons revu toutes nos connaissances du Caire, qui ont admiré ma barbe et nos teints bruns. Nous leur avons dit adieu ; nous avons refait nos paquets, que nous défaisons ici pour les refaire. Nous envoyons à la douane de Marseille (suivant les instructions que tu m’as données) les trois quarts de notre bagage. Nous sommes dans les emballages et n’avons guère de temps. Adieu à la pauvre Égypte ! Les palmiers d’ici me paraissent bien pitoyables en comparaison de ceux de la Nubie. Alexandrie est plus européenne qu’arabe, ce n’est plus Le Caire avec tous ses vêtements de couleur qui casse-brillent au soleil. Comme Le Caire est beau en été ! Nous avons été émus en disant adieu à notre raïs et à nos matelots ! Encore quelque chose de passé sans retour ! encore quelque chose de jeté au gouffre et qui ne reviendra plus !
Nous allons joliment nous embêter à Beyrouth à faire quarantaine, l’Égypte étant en perpétuelle suspicion de peste, pour tous les autres Turcs qui sont les gens les plus
– 847 – peureux du monde. On met, en ce moment, ici les bateaux à vapeur qui viennent de Malte en quarantaine parce qu’on prétend qu’il y a le choléra à Malte. Je m’attends donc à recevoir ta prochaine lettre lacérée et vinaigrée. L’inconvénient de tout cela c’est que nous allons peut-être être 15 jours ou 3 semaines au lazaret de Beyrouth où il y a de quoi crever d’ennui. Volla ! comme disent les garçons restaurants. Je t’avertis de tous ces bruits parce que les journaux ne vont pas manquer en France de dire que le choléra ravage Malte et tout l’Orient. Quand nous étions en Nubie on disait qu’il était au Caire, où il n’en a pas été question, et quand nous étions au Caire on le prétendait à Alexandrie, où personne n’en a vu la queue. Telle est, chère mère, la vérité toute pure.
Adieu, je t’embrasse sur tes deux joues. Écris-moi toujours à Beyrouth d’où je t’écrirai. Mille tendresses.
5 heures du soir. P.-S. – Le bateau anglais d’Europe vient d’arriver à midi : il n’y a pas (ou plus) de choléra à Malte, si bien qu’il n’a pas fait quarantaine.
Écris-moi toujours à Beyrouth jusqu’à nouvel avis.
À SA MÈRE
Alexandrie, 17 juillet [1850],
7 heures du matin.
Un mot seulement, chère bonne mère, nous partons à l’instant pour Beyrouth et dans le cas où je n’aie pas le temps de t’écrire par cette même vapeur (qui touche à terre
– 848 – et s’en retourne aussitôt), je t’envoie mon dernier baiser d’Égypte. Toutes nos affaires sont emballées et finies, mon sac de nuit est même fermé de sorte que je ne sais où j’en suis des numéros de mes lettres. À ce propos, pauvre vieille, tu ferais bien, pauvre vieille, de mettre un peu plus d’ordre dans les tiennes. Ainsi tu m’as envoyé deux nos 29, etc. Aie comme moi un registre sur lequel tu écriras leur ordre pour ne pas te tromper.
Rien de nouveau. Nous allons tous bien.
Notre ami le colonel Langlois est parti par le dernier paquebot ; il doit être arrivé hier ou avant-hier à Marseille. Je l’ai averti que probablement il recevrait la visite d’une dame qui viendrait lui demander de mes nouvelles. Mme Langlois croyant que tu habitais Paris m’a aussitôt demandé ton adresse pour t’aller en porter. Ils t’accueilleront avec affabilité, j’en suis sûr. Ce sont des braves gens très simples et très ronds. Le mari et la femme ne se quittent pas. Ils ont été ensemble en Russie, en Allemagne, en Égypte, la femme travaille avec son mari, et cette association permanente, physique et morale, a quelque chose d’assez touchant. Quand tu iras à Paris tu feras bien d’y aller, c’est au Panorama aux Champs-Élysées.
Tant mieux que les Dupont et etc. soient bien disposés pour toi. Mais tout cela ne mène à rien, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Il faudrait (c’est là le hic) de longue main s’y prendre pour ôter au jeune homme la tutelle de son enfant. – Ce ne sera pas le moment de commencer une procédure quand il se mettra à faire quelque sottise. S’il tombe un beau jour à te redemander la petite comme il a fait déjà, alors sans doute on commencera ; bien raisonné : lorsqu’on visera sur nous nous achèterons une cuirasse. Au
– 849 – contraire il faut se méfier du calme et faire ses préparatifs pendant ce temps-là. Du reste ces affaires de femme dont tu me parles sont une bonne chose, il se perd. Pour cause d’inconduite je pense que tôt ou tard nous en viendrons à bout.
Est-ce que tu ne sais pas notre itinéraire après la Syrie, Chypre (as-tu pensé à Mme Vasse ?), Rhodes, Candie, Smyrne, de Smyrne à Constantinople (par terre), de Constantinople à Athènes (par terre), voilà jusqu’à nouvel ordre nos plans.
Adieu, mille baisers. Je t’embrasse de toute mon âme.
Écris toujours à Beyrouth.
À FRÉDÉRIC BAUDRY
Au lazaret de Beyrouth, 21 juillet 1850.
C’est moi : taiebine, comme disent les Arabes, « ça va bien ». Pour m’être fait attendre (naïveté pleine d’amour-propre), je n’en suis pas moins fidèle à ma promesse et je me mets à vous écrire sans savoir ce que je vous vais envoyer, le diable m’emporte si je me doute le moins du monde quoi mettre sur ce papier. Je voudrais cependant que ma lettre ne fût pas trop bête et vous divertir un peu. Mais que n’êtes-vous donc ici à herboriser parmi les grandes broussailles qui entourent le pied du lazaret ! vous y verriez sauter des cigales grosses comme le pouce et s’épanouir sous un ciel d’indigo un tas de plantes sauvages très réjouissantes à l’œil. Ce serait plus court. J’ai la mer sous mes fenêtres, un peu plus loin Beyrouth entouré de mûriers et à ma droite le Liban qui a une cravate de nuages et une perruque de neige ;
– 850 – et quand je pense qu’il y a des gens qui ont assez de toupet pour faire des descriptions de tout ça ! Savez-vous, cher ami, quel sera quant à moi le résultat de mon voyage d’Orient ? ce sera de m’empêcher d’écrire jamais une seule ligne sur l’Orient. Nom d’un nom ! la mer casse-pète de bleu (ah, ne vous moquez pas du bleu, mon cher, c’est une crâne couleur). Hier je m’y suis baigné, à travers la transparence de l’eau je voyais mes bras colorés d’une teinte pâle d’émeraude, et quand je marchais sur les cailloux et sur les herbes, mes pieds plus blancs que de l’ivoire. Comme ça se fout de nous cette vieille nature !
Que dit-on en France ? qu’y fait-on ? et qu’y pense-t-on ? que deviennent l’horizon, le timon, l’hydre, le volcan et les bases ? Et vous, mon cher vieux, où êtes-vous ? et en quel état ? Je souhaite que ceci vous trouve en joie et songeant à moi, afin que tout ce qui manque ici dans les mots soit suppléé, amplifié, aggravé par le rêve sympathique qui circule entre les lignes à la lecture de ceux que nous aimons.
Et d’abord j’ai accompli mon serment, du haut de la grande Pyramide j’ai évoqué le souvenir que vous savez, j’ai tâché de me figurer la scène, et m’efforçant de vous reproduire, de geste, de voix et de pensée, j’ai répété la fameuse phase… qui alors m’a semblé tenir la distance comprise entre les deux pôles – que dis-je ! bien plus ! Oui, vous avez été grand ce jour-là, Monseigneur, c’était une belle chose et qui m’a fièrement excité ; quant à l’acte pieux que j’ai accompli, je crois que les quarante siècles eux-mêmes en ont été ébranlés. Maintenant je vais vous parler un petit peu de l’Égypte.
État politique.
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Abbas-Pacha a des pigeons qui portent des colliers de diamants, il fait venir des chiens de toutes les parties du monde, il a beaucoup de bardaches et un magnifique bouquin à son chibouk. J’ai vu l’un et l’autre, mignons et pipe, les premiers sont habillés avec des redingotes, des sous-pieds et des cravates, c’est pitoyable – les drôles en outre m’ont paru laids. Mais le bouquin enrichi a excité ma cupidité. On boit chez Son Altesse d’exécrable café.
Économie politique.
D’abord il n’y a aucune espèce d’économie. On mange, on gaspille, on pot-devinise que c’est un plaisir. Quant à la politique, elle consiste à se tenir bien avec le sultan auquel on vient de faire cadeau d’une frégate en oubliant dedans cent mille talaris. Le Fellah cette année a vendu les semences de l’année prochaine. Quinze cents hommes feraient la conquête du pays si aucun gouvernement européen ne se mettait à l’encontre. Les troupes sont bonnes mais crèvent de faim. La nationalité est nulle. Nous avons entendu des Arabes nous dire : « qu’on nous donne un chapeau pour un morceau de pain, et nous quittons le tarbouch ». Notez que l’Angleterre a très bien pratiqué le Bédouin fort bien disposé pour elle et qui à la première invasion tombera sur le pauvre Arabe et rasera la plaine. On apprendra la nouvelle de la possession de l’Égypte d’un seul coup, ce sera entrepris et accompli en même temps. Rappelez-vous ce que je vous dis, vous verrez si je me trompe. Cela ne tient à rien et branle dans le manche. La civilisation européo-orientale que l’on a voulu plaquer sur le musulmanisme est une monstruosité. Tous les beys éduqués en France n’en sont pas moins turcs dans le fond, ils portent
– 852 – des bottes vernies et dans l’intérieur du harem tuent leurs femmes à coups de sabre. Les filatures coûtent plus qu’elles ne rapportent, on les démolit toutes maintenant, ce qui est très sage quoiqu’on blâme ça. Il y a des forteresses mais que jamais on ne répare. Pour fondre des canons, on exige que le plan du susdit canon soit de grandeur naturelle et en même temps on supprime l’école d’artillerie, toutes les écoles plutôt. À l’influence française, représentée si vous voulez auprès de la personne du maître par Clot-Bey, a succédé l’influence prussienne, autrichienne, russe, turque de Pruner-Bey, médecin actuel du vice-roi. Je crois que l’Orient est encore plus malade que l’Occident.
Administration.
Se résume en deux mots : courbach et batchis – on tâche d’éviter l’un et d’empoigner l’autre le plus qu’on peut.
Beaux-Arts.
Il est défendu aux Arabes de Thèbes de vendre des momies sous peine de quatre cents coups de bâton. Les gens comme il faut ont voiture (vous voyez dans une calèche découverte des femmes voilées avec l’eunuque sur le siège). Mais il y a le chameau ! et les danseuses ! parmi lesquelles il faut citer un danseur, Hassan el Bilbès, qui est une des choses les plus merveilleusement antiques qu’il soit possible d’imaginer. Il y a Thèbes ! et les cataractes ! et le Nil ! sur lequel nous avons navigué pendant cinq grands mois, nous amusant à tirer sur les pélicans, les grues et les crocodiles. Couchés sur nos divans et fumant nos narguilehs, nous vivions silencieusement en regardant couler les rives, et
– 853 – quand une ruine se montrait, notre raïs arrêtait la cange. À Kosseïr sur les bords de la mer Rouge, nous avons vu des pèlerins de toutes les parties de l’Afrique, c’est de là qu’ils s’embarquent pour Djeddah. Il y en avait parmi eux qui étaient en marche depuis deux ans, trois ans, sept ans. J’ai acquis là la conviction que la race nègre est encore plus variée que la race blanche. On y trouve tous les profils, depuis celui du Caucasien le plus pur jusqu’à celui du crétin et presque de l’imbécile. Quelques-uns ont la constitution plastique de la femme, et quoiqu’ils soient nus (à l’exception d’un caleçon), vous ne savez guère à quel sexe ils appartiennent.
Nous causerons de tout cela l’été prochain plus au long. Écrivez-moi à Smyrne pour le 1er octobre ou à Beyrouth immédiatement. Nous serons obligés d’y revenir pour nous embarquer pour Chypre. Le voyage de Perse est manqué, la Perse est dans ce moment impraticable.
Rappelez-moi au souvenir de votre excellente femme, embrassez pour moi votre petite et embrassez-vous de ma part ex imo.
Nous nous sommes liés au Caire avec Lambert-Bey, l’ancien saint-simonien, homme charmant et d’une haute intelligence, qui s’est beaucoup informé à moi de M. Senard et paraît l’avoir en grande estime.
P.-S. – Voilà trois fois que Maxime me dit : « As-tu pensé à lui dire bien des choses de ma part ? » À la quatrième fois, j’y pense. Donc bien des choses de sa part.
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À SA MÈRE
Beyrouth, 26 juillet 1850.
C’est dans la nuit de jeudi à vendredi dernier que nous sommes arrivés à Beyrouth. La brume voilait les côtes de Syrie, il faisait humide, le pont était trempé, tous les passagers dormaient, moi seul excepté qui, le lorgnon sur l’œil, me guindais pour découvrir quelque chose. – Enfin quelques lumières à ras des flots ont paru : c’était Beyrouth. Nous étions dans la rade, le bateau allait à demi-vapeur, tout le monde se taisait, on entendait de dessous l’avant du navire glousser une poule dans la cage aux volailles, et au haut de la vergue du mât la lanterne qui crépitait dans l’humidité de la nuit. Quelque temps après j’ai entendu venir du rivage le chant d’un coq, un autre y a répondu, et puis il s’est mêlé à ces deux voix une autre voix, stridente et se répétant d’une façon monotone, comme le chant du grillon. Le capitaine sur la passerelle donnait des commandements, la lune venait de se coucher, il faisait beaucoup d’étoiles.
Nous avons passé près d’un navire dont la cabine était éclairée, on a lâché l’ancre, nous étions arrivés et j’ai été me coucher. Il était 3 h[eures] 5 m[inutes] du matin à ma montre.
Le lendemain, ou plutôt 3 heures après, à 6 heures, nous nous sommes embarqués, bagages et gens, dans le canot du lazaret. Nous avions avec nous, comme devant être nos compagnons de captivité, deux moines Franciscains, dont l’un s’en va à Ispahan et l’autre à Jérusalem, un capitaine maltais, deux ou trois marchands chrétiens de Syrie établis à Alexandrie, dont l’un possédait une pauvre petite négresse d’environ 10 à 12 ans. Quand nous sommes arrivés sur le vapeur, nous l’avions vue blottie dans un coin et qui pleurait
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à chaudes larmes. – Elle avait l’air si misérable et si triste que les marins en étaient apitoyés. Joseph, qui connaissait son propriétaire, m’a dit : « Il est de si grandes canailles, ces chrétiens de la Syrie ! bien pis que des Turcs. Il est de mauvaises gens tout à fait ; durs, savez-vous bien ? brutaux comme des mulets. » Hier nous l’avons vue comme ses maîtres lui faisaient prendre un bain de mer. Son pauvre petit corps noir était là tout nu sur la plage, les pieds dans l’eau, en plein soleil, avec sa tête noire frisée et un grand anneau d’argent passé à son cou. Ils l’ont savonnée avec du sable, et d’une si rude façon que la peau lui saignait. Après quoi on l’a entrée dans l’eau et rincée comme un caniche. Alors j’ai pensé aux jeunes personnes d’Europe qui sortent dans la rue avec leurs mères, ont des maîtres, jouent du piano, lisent des romans, les pieds dans leurs pantoufles brodées… Il y avait aussi avec nous une bonne Alsacienne qui va à Jérusalem rejoindre son fiancé qui tient une manufacture de vers à soie, et de plus un étudiant allemand. L’étudiant allemand a rencontré sa compatriote à Marseille, il l’accompagne et la protège. Ces deux braves gens avaient acheté à Alexandrie une bouteille de vin qui dans l’embarquement s’était égarée et dont ils paraissaient fort inquiets. C’était comme l’homme aux bottes de la guimbarde de Fécamp : « Ne sentez-vous pas les bottes ? » L’étudiant disait à tout le monde : « Ne foyez-vous bas une pouteille de fin ?… Chosef, ne chentez-fous bas une pouteille de fin ? » Enfin on a fini par découvrir la fameuse bouteille qui se soûlait au fond de la barque, sous une de nos cantines. En voyant le danger qu’elle avait couru, son propriétaire en a écarquillé les yeux sous ses lunettes. C’était une polissonne de bouteille grande comme un broc et qui contenait bien dix à quinze litres. Ils avaient emporté ça pour le « foyache ».
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La mer était si transparente et si bleue que nous voyions les poissons passer et les herbes au fond. Elle était calme et se gonflait avec un doux mouvement, pareil à celui d’une poitrine endormie. En face de nous Beyrouth, avec ses maisons blanches, bâtie à mi-côte et descendant jusqu’au bord des flots, au milieu de la verdure des mûriers et des pins parasols. Puis, à gauche, le Liban, c’est-à-dire une chaîne de montagnes portant des villages dans les rides de ses vallons, couronnée de nuages et avec de la neige à son sommet. Ah ! pauvre mère, tiens, dans ce moment-ci, j’en ai les yeux humides en pensant que tu n’es pas là, que tu ne jouis pas comme moi de toutes ces belles choses, toi qui les aimes tant ! Que j’aurais de plaisir à voir ta pauvre mine, ici, à mes côtés, s’ébahissant de ces prodigieux paysages. Je crois que la Syrie est un crâne pays, « il est carquechose de particulier », comme dit Joseph. Nous ne sommes pas gâtés en fait de verdure, et de vues grasses. L’Égypte n’est même belle que par le caractère monumental, régulier, impitoyable de sa nature, sœur jumelle de son architecture. Mais la Syrie est au contraire mouvementée, variée, pleine de choses imprévues. – Le lazaret, par exemple, est un des plus beaux pavillons de campagne que je connaisse. Ceux du Bois-Guillaume même n’en donneraient qu’une faible idée. Ô nature ! nature ! Quelle canaille que cette vieille nature ! Comme c’est calme ! Quelle sérénité, à côté de toutes nos agitations !
Dans 10 jours nous serons à Jérusalem, où nous allons par Tyr, S[ain]t-Jean-d’Acre, Jaffa. De Jérusalem, Jéricho, le Jourdain et la mer Morte. De la mer Morte à Tabarié, lac de Tibériade. – De Tabarié nous filons sur Damas, Homs, Alep d’où nous revenons par le Liban nous embarquer à Beyrouth pour Chypre. – Le voyage de Syrie va durer de deux à trois mois. Je n’aurai de lettres de toi qu’à Jérusalem, à Damas et
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à Beyrouth lors de mon retour. Quant à toi, pauvre chérie, je ne sais comment je ferai arriver mes lettres ici à Beyrouth. – Les chemins ne sont pas faciles comme en Égypte où il y a toujours la grande route du Nil. De plus, réfléchis que Beyrouth est à 105 lieues plus loin qu’Alexandrie. Conséquemment les dates seront un peu plus reculées. Ne t’attends donc pas, au plus, à plus d’une lettre par mois. C’est là ce qui me paraît maintenant le maximum. – Achille, dans un temps plus ou moins éloigné, sera averti qu’il y a à la douane de Rouen 6 colis à sa destination. – Il les laissera à la douane où on ne les déplombera qu’à notre retour à Rouen. J’ai pensé qu’il y avait ainsi plus de probabilité pour ne rien perdre et que ça vous donnera moins d’embarras. Ils sont expédiés par la maison Pastré d’Alexandrie à la maison Pastré de Marseille ; à Marseille on les plombera et on les enverra à la douane de Rouen. – Maxime ne peut plus aller sur mer sans être malade. Une promenade en canot dans la rade l’étourdit. Quant à moi je crois que j’étais destiné à être amiral. Depuis que nous sommes ici nous dévorons. C’est l’air de la mer et des montagnes, à moins que ça ne soit le ver solitaire.
Embrasse pour moi Lilinne, le père Parain, Achille, etc. ; et à toi, pauvre mère, les plus tendres embrassements. Ton fils.
Je ne vois jusqu’à présent ni peste ni choléra. La quarantaine que les deux derniers paquebots ont faite à Alexandrie avait pour cause la peur d’Abbas-Pacha qui avait appris qu’à Malte il y avait eu deux cas de choléra. Quant à celle de Beyrouth elle a lieu en permanence pour tous les bateaux qui viennent d’Égypte, pays qui doit avoir
– 858 – continuellement la peste. C’est comme à Odessa pour ceux qui viennent de Constantinople. La nôtre ne nous a pas ennuyés. Nous avions une trop belle vue pour cela !
Dis à Mme Delamarre que, quoique je me moque de sa dévotion, je lui rapporterai un chapelet béni de Jérusalem. Quant à toi je sais bien quoi te rapporter, ce sera ce qui peut te faire le plus de plaisir, à savoir ma personne. Voilà quel sera mon cadeau. Cependant j’ai déjà acheté bien des paniers à ton intention. Mes compagnons en bougonnaient, tant ça tenait de place.
À SA MÈRE
[Beyrouth,] 28 juillet [1850]. Sainte-Anne.
Je te souhaite une bonne fête, chère vieille.
Nous partons demain matin pour Jérusalem où nous serons dans 10 jours.
Je ne pourrai t’envoyer de lettres que de Jérusalem et de Damas, de même que je n’en recevrai de toi qu’à ces deux villes.
Nous avons été reçus à Beyrouth comme encore nous ne l’avions été nulle part. Nous ne sortions pas des dîners et des déjeuners. Il y a ici une petite colonie de Français : le consul, le directeur des postes et le médecin sanitaire, tous gens simples et charmants ; on va dîner chez eux en veste et sans cravate.
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C’est un superbe pays. Nous avons fait hier une grande promenade dans les environs. Quelles bottes que mes bottes !
Botta est à Jérusalem et Valbezen à Damas. C’est le consul, un ami intime de Guttinguer pour qui nous avons une lettre.
Adieu, vieille chère mère, je t’embrasse à deux grands bras. À toi.
Ton Gustave Flaubert
Toi et Bezet vous n’êtes pas forts en géographie, qui cherchez Beyrouth en Égypte ; allons, pas brillant du tout. Écris-moi toujours à Beyrouth.
À SA MÈRE
Jérusalem, 9 août 1850.
Nous y sommes arrivés hier au soir à 4 heures et demie. C’est une date dans la vie, cela, pauvre chère mère. Jusqu’à présent je n’ai encore rien vu que Botta deux fois, une porte, le couvent arménien, la place où était la maison de Ponce Pilate et celle de sainte Véronique. Tout est fermé. C’est la fête du Baïram (fin du Ramadan). Demain seulement nous commençons nos courses. Jérusalem est d’une tristesse immense. Ça a un grand charme. La malédiction de Dieu semble planer sur cette ville où l’on ne marche que sur des merdes et où l’on ne voit que des ruines. C’est bougrement crâne. Dans ma prochaine lettre je te parlerai un peu de tout
– 860 – cela, j’écrirai aussi à Bezet, qui serait bien dupé si je ne lui envoyais rien d’ici. Botta m’a remis tes deux lettres écrites pendant le mois de juin. Il nous reçoit de façon fort aimable. Ce n’est pas en le voyant que l’on peut dire que les voyages font du bien à la santé. Il m’a fait l’effet d’un cadavre qui marche ; quelle bonne balle ravagée ! Il m’a demandé beaucoup de nouvelles de Rouen, etc. Tout à l’heure il m’a parlé de Déville. Il prétend (est-ce une politesse ? je ne le crois pas) qu’il croit me voir encore, dans l’amphithéâtre, avec mon petit tablier blanc et mon bourrelet. Il dit que j’avais l’air « d’un petit papa » et qu’il s’attendait à me trouver beaucoup plus gros. Mais ton amitié pour lui diminuerait si tu savais que le gredin nous engage à aller en Perse : « Puisque vous n’avez rien à faire, allez-y. » Mais ne crains rien, pauvre vieille, mille raisons s’y opposent. Il voudrait bien, quant à lui, retourner et même habiter en Chine, parce qu’il aime beaucoup la porcelaine de Chine. Voilà le gaillard. Nous dînons chez lui demain.