Correspondance - Tome I
À Ernest Chevalier ......................................................... 79
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 31 parties.
Que devient Don Dick d’Arah ? Huart ? Mulot ? etc. Dire que je reverrai toutes ces canailles-là pourtant ! Je deviens maintenant comme le père Chateaubriand, qui pleurait à tous les enterrements. Le moindre fait me plonge dans des songeries sans fin. Je m’en vais de pensées en pensées, comme une herbe desséchée sur un fleuve, et qui descend le courant de flot en flot.
Non, ne te fous pas de moi de vouloir voir l’Italie. Que les épiciers s’y amusent aussi, tant mieux pour eux. Il y a là-bas de vieux pans de murs, le long desquels je veux aller. J’ai besoin de voir Caprée et de regarder couler l’eau du Tibre.
Parle-moi de la Chine longuement et beaucoup. Je suis bien curieux de voir l’enfant. Nous fermerons les rideaux, nous ferons un grand feu, et seuls, les lumières flambant et les vers ronflant, nous fumerons des narguilehs, tandis que l’hippogriffe intérieur nous fera voyager sur ses ailes.
Adieu, cher bon vieux, je t’embrasse. Au printemps prochain, tu me reverras avec les roses et les crêtes-de-coq. Nous reprendrons nos clairs de lune.
À toi.
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Maxime t’envoie les éphémérides de notre année passée. Il est probable que tu n’y comprendras pas grand-chose. – Il y a de quoi t’exercer l’esprit.
La description des hurleurs dans le volume de Max[ime] est exacte. Mais il n’a pas assez vanté les tourneurs. C’était plus difficile, rien n’est d’une séduction plus mystique.
À SA MÈRE
Athènes, 26 décembre [1850].
Comme le paquebot venant de Constantinople se croise ici avec celui qui vient de Marseille, cette lettre partira probablement en même temps qu’une de toi m’arrivera. J’ai voyagé jusqu’ici avec la dernière que tu as reçue de Constantinople. Comme toutes les autres et comme celle-ci, elle n’a dû te dire que deux choses : que je me porte toujours bien et que je pense toujours à toi, chère pauvre vieille.
À l’heure qu’il est, tu dois t’être résolue relativement à Lilinne. J’attends le résultat de tes réflexions avec impatience.
Par le même courrier j’envoie mon énorme épître à Bezet. Ce sera probablement pour lui la dernière d’ici à Naples. S’il n’est pas content, qu’il s’aille promener. Je mérite un arc de triomphe sous le rapport de l’exactitude épistolaire.
Tu peux me répondre encore une fois, mais tout de suite, à Athènes. C’est le centre de nos courses en Grèce. Tu peux aussi risquer un mot à Patras (Grèce), en ayant soin de mettre sur l’adresse : par Trieste.
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Nous casse-pétons de satisfaction d’être à Athènes. Et d’abord, quant au climat, il nous semble que c’est le printemps, comparativement à Constantinople qui, dans l’hiver, est une véritable Sibérie. Les vents de la Russie rafraîchis par la mer Noire vous y arrivent de première main. Ici nous retrouvons les myrtes et les oliviers, qui nous rappellent notre bonne Syrie. – Et puis les ruines ! les ruines ! Quelles ruines ! Quels hommes que ces Grecs ! Quels artistes ! Nous lisons, nous prenons des notes. Quant à moi, je suis dans un état olympien, j’aspire l’antique à plein cerveau. La vue du Parthénon est une des choses qui m’ont le plus profondément pénétré de ma vie. – On a beau dire, l’Art n’est pas un mensonge. Que les bourgeois soient heureux, je ne leur envie pas leur lourde félicité !
Nous sommes restés cinq jours au lazaret du Pirée. – Sous prétexte de lazaret, on vous y écorche vif. Nous avons été rincés d’importance sous le rapport de la bourse. Quel infâme brigandage que ces quarantaines ! Comme on est complètement en prison, on vous vend tout au poids de l’or ; et comme il n’y a jamais rien de prêt, il faut l’aller chercher à la ville, et les commiss[ionn]aires ne sont pas à bon marché. Il faut payer pour avoir une serviette, un couteau, une table, etc.
J’ai vu hier Canaris. Il avait un chapeau de soie comme un simple mortel, était habillé à l’européenne et couvert d’un manteau noir. C’est un petit homme trapu, grisonnant, le nez un peu écrasé. Il ne sait ni lire ni écrire. Quand il était
– 956 – ministre de la Marine, il ne pouvait signer son nom. Il ne connaît rien de tout ce qu’on a écrit en Europe sur lui. Quel renfoncement pour Hugo s’il savait cela, lui qui l’a tant chanté et si bien ! Canaris sait seulement ceci : « Il y a des livres qui parlent de moi en France. » Un de ces jours nous devons lui aller faire une visite.
Nous sommes ici pilotés et servis par un très brave homme, le colonel Touret, commandant de la place, ancien philhellène qui a fait la guerre de l’indépendance avec le général Fabvier.
Nous avons eu l’honneur d’exciter l’hilarité et la curiosité de S.M. Amélie, reine de Grèce. Nous nous sommes trouvés, le jour de notre arrivée, sur son passage, comme elle sortait en voiture pour se promener. Tout le monde la saluait, soit en ôtant son chapeau, ou son bonnet. Nous autres avec nos tarbouchs, nous lui avons fait le salut turc, ce qui lui a semblé si étrange (il n’y a pas du tout de Turcs ici) qu’elle s’est retournée vers sa dame d’honneur et s’est mise à rire. Nous lui avons fait dire par le col[o]nel Touret que nous eussions été fort embarrassés de la saluer autrement à cause de nos têtes. Elle a répondu qu’elle s’était pourtant aperçue que nous étions Français. Les Français doivent lui sembler de drôles de corps. – N’importe, j’aime mieux être plus drôle encore et n’habiter pas l’ignoble palais où elle loge ! Les misérables, est-ce laid ! Que dis-tu, en fait d’architecture, de celle du palais de l’ambassade à Constantinople, où l’erchitecte, ne sachant quel ordre inventer, a inventé celui de la Croix de la légion d’honneur ! Il a décoré des chapiteaux avec de grandes étoiles des braves. Ça a l’air de grandes morues à la sauce blanche dressées au haut des colonnes.
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Demain matin nous partons pour Éleusis ; nous passerons sur le pont du Céphise, où jadis les femmes d’Athènes étaient engueulées, aux mystères, d’une façon si gaillarde !
Adieu, pauvre chère vieille, je t’embrasse. Embrasse bien Lilinne pour moi. Bientôt tu vas le revoir, ton grand mamoutchi de Gustave.
Le père Étienne est complètement décrépit. Il ne marche plus qu’en boitant, les genoux ployés, les mains retournées en dehors. Il est réduit au plus complet état de rachitisme et dit d’une voix mourante : « Je suis prêt à comparaître devant mon créateur. Je lui apporte une conscience pure. Ah, Quarafon, je vais rendre ma dépouille aux éléments ! »
28. Rien de nouveau. Nous arrivons de Marathon trempés et mouillés jusqu’aux os. – Confidence : je suis un peu tipsy à cause de deux bouteilles de vin que nous venons d’avaler pour nous réchauffer.
Adieu, pauvre chère vieille, je t’embrasse à t’étouffer. Ton fils qui t’aime de tout son cœur.
NOTES DE VOYAGE
[Athènes,] 27 [décembre 1850].
J’arrive de Marathon, avant-hier nous avons été à Éleusis. Le Parthénon est une chose crâne – vive le classique. Je ris beaucoup en pensant à l’idée que se faisait
– 958 –
M. de Marmontel du paysage qui environne Athènes, – était-ce couillon !
À SA MÈRE
Athènes, 18 janvier 1851.
Tes numéros 48 et 49 me manquent, ils seront sans doute restés à Constantinople. Je n’ai reçu depuis mon départ de cette ville que ton numéro 50 écrit le 26 décembre. Du reste cela ne m’étonne nullement, je me méfie beaucoup de la poste grecque. Tu vois par mon exemple, pauvre chère vieille, combien il faut peu s’inquiéter du retard des lettres. Si tu avais été à ma place, tu serais morte cent fois d’inquiétude. Et j’ai peur que cela ne t’arrive en Italie relativement à Lilinne. Puisque ton parti est pris là-dessus, il n’y a plus à y revenir. Je comprends bien ta conduite vis-à-vis d’Hamard. Mais persuade-toi d’avance, pauvre vieille, que tu vas faire un triste voyage. Tu auras la tête aux champs à chaque moment. Demande plutôt à Maxime de quelle humeur j’ai été pendant tout le voyage, les jours de courrier. C’est vraiment alors que j’étais comme la fille du capitaine Barbey « vraiment à charge ». Je suis fâché aussi que tu n’emmènes pas avec toi le père Parain. Tu as beau dire. Il te serait plus utile qu’une femme de chambre, surtout à toi qui, en ayant toujours eu une, t’en es néanmoins toujours passée. Je crois qu’un homme dévoué comme le père Parain peut t’être plus utile qu’une fillette hustuberlue comme Eugénie. Mon dernier motif pour que tu prennes le père Parain avec toi, le voici, et là-dessus j’aborde la question franchement, aimant mieux te choquer peut-être un peu maintenant que de te blesser plus tard. Moi qui connais
– 959 – ma bonne femme je sais ce qui arrivera : quand nous serons tous les deux tout seuls et que Maxime sera parti (ce qu’il ne fera qu’après ton arrivée, tenant comme il le dit à être relevé de la faction par toi seule et à me remettre en mains propres), quand nous serons tous les deux seuls, et que tu resteras à la maison parce que je serai parti toute la journée courir dehors, car je compte mettre à profit le peu de temps que je dois rester en Italie, tu feras dans ton for intérieur des petits monologues dans le genre de ceux-ci : « Pas encore rentré ! Toujours sorti sans moi. Ah ! comme on prend l’habitude de vivre sans vous en voyage », et allant crescendo : « Ah ! il ferait bien mieux de me dire que je le gêne. S’il avait autant de plaisir à me voir que j’en ai, moi, à être avec lui, il resterait », etc., etc. Est-ce vrai ? voyons, avoue-le, vieille jalouse, faites une petite risette. Est-ce que je ne suis pas un vieux roquentin qui connaît le cœur humain ? Et tu crois que, sachant d’avance que tu t’embêteras les trois quarts de la journée à l’hôtel, je pourrai librement jouir à flâner de mon côté toute la journée. – Je me dépêcherai, je verrai mal, et j’aurai comme toi envie de partir, car tu sais que j’aime mieux ne pas faire une chose que de la faire à demi. Réfléchis, je t’en prie, à tout cela. Sois sûre de ce que je te dis ; emmène ce pauvre vieux père Parain, ça lui fera tant de plaisir ; lui, à tes côtés, il te rassurera sur Lilinne, tu auras quelqu’un à qui parler d’elle, de Nogent, d’Olympe, de la maison où sera ta pauvre petite, etc.
Réponds-moi à Naples poste restante. Tu peux peut-être me risquer tout de suite encore un mot à Brindisi (royaume de Naples). D’après ce que j’ai compris de ta lettre, c’est à la fin de mars que je te verrai, pauvre mère. Ce brave Maxime fait à propos de notre rapprochement un triste retour sur lui ; à cause de lui, pauvre vieille, il y faudra mettre un peu de
– 960 – pudeur, hein ? Tu as déjà tant passé par là, toi. La joie des autres fait quelquefois tant de mal, n’est-ce pas ?
Je suis fort aise que les caisses d’Alexandrie soient à Croisset. Tu ne me dis pas si on les a ouvertes à la douane. Espérons que celles de Beyrouth et de Constantinople vont suivre. Peut-être en renverrons-nous une dernière d’Athènes, car nous ne pouvons entrer en Italie avec nos armes. On nous les confisquerait, ce qui serait embêtant. Ce sont des armes de prix auxquelles nous tenons.
Fovard te remettra pour nous des habits et des livres. Je te prie de m’apporter : 1° mon grand carton en maroquin, celui qui ferme à clef. S’il n’est pas sous une de mes étagères, il est dans les casiers vitrés de ma bibliothèque ; 2° un gilet blanc, celui qui croise ; 3° six mouchoirs de poche ; 4° quatre chemises de toile. Tu prendras ma malle pour mettre toutes ces affaires. Si le burnous de Maxime te gêne, mets-le sur la malle, c’est là sa place ou prends-le pour mettre sur tes genoux.
Nous avons fait une tournée de dix jours aux Thermopyles et à Delphes, couchant dans des gîtes affreux et ne mangeant guère que du pain sec, grâce à la canaillerie de notre drogman. Celui-là paye pour les autres. – Je l’ai si bien secoué qu’il a avoué à notre hôte qu’il ne pouvait plus me regarder sans terreur. Je crois en effet que je n’ai pas l’air doucereux en de certains moments. Du reste nous avons vu de belles et de magnifiques choses, nous avons engueulé le Parnasse et invoqué Apollon, aux Thermopyles j’ai perdu un éperon et fait débusquer un lièvre de dessous un buisson. J’ai vu l’antre de Trophonius que visita ce brave Apollonius de Thyane. – Nous étions couverts de peaux de bique et comme elles se déchiraient dans la journée, nous les
– 961 – raccommodions nous-mêmes le soir. Je faisais la grisette et Maxime, simulant le tourlourou, me faisait la cour, c’était bien gentil. Il me complimentait sur mes petites menottes et moi je le repoussais en lui disant que je n’aimais pas l’odeur du tabac. Nous devenons tellement bêtes que d’ici à peu nous allons jouer sans doute au gendarme et au voleur.
Pour le Péloponnèse nous avons pris un autre drogman, qui nous est très recommandé ; celui que nous avions pour les Thermopyles avait été pris trop à la hâte. Mais où est Stéphany et même ce brave gueux de Joseph ?
Adieu, pauvre chérie. Porte-toi bien, soigne-toi bien, arrive-moi dodue et grasse. Le soleil de la Phocide m’a reculotté un peu, et mes cheveux ont l’air de vouloir repousser.
Mille baisers sur ta bonne mine.
À toi, ton fils.
À SA MÈRE
20 ? janvier 1851, Athènes.
Voici ma dernière lettre d’Athènes, probablement ; nous partons dans quelques jours pour le Péloponnèse. Je ne sais maintenant comment et d’où t’écrire, d’ici à mon arrivée à Naples. Ainsi, pauvre mère, attends-toi à un retard de plusieurs courriers pendant au moins un bon mois. Après quoi tu en recevras de Naples régulièrement jusqu’à ce que toute correspondance cesse ; ce sera l’époque de nos embrassements. – Je t’attends à Rome vers la fin de mars. – Oh ! viens plus tôt si tu veux, pauvre vieille, tu seras bien
– 962 – reçue. Quant au départ de Maxime, je te répète qu’il est complètement subordonné à ton arrivée. – Je suis assez content que tu aies renvoyé Eugénie, parce que je pense que cela te fera amener le père Parain. Crois-en mon expérience, un homme te sera plus utile qu’une femme, surtout voyageant seule. Si tu n’écoutes pas mon avis, chère vieille, prends alors une bonne femme de chambre anglaise qui ait l’habitude de voyager, quelqu’un enfin de dégourdi, et non pas quelque très bon sujet de campagne parfaitement incapable. – Adresse-toi pour cela à Paris. Je ne sais pourquoi, mais j’imagine que notre ami Bouteiller pourrait peut-être t’en procurer. – Nous partons pour Patras, grâce à l’argent que l’on nous a avancé, ici, sur notre bonne mine et qui nous permettra d’aller jusqu’à Naples, en tirant le diable un peu par la queue, il est vrai. Mais enfin nous y arriverons. Là je compte avoir de toi de quoi nous faire vivre jusqu’à ton arrivée. Maxime est furieux contre le jeune Fovard qui en use avec nous d’une façon plus que cavalière. Grâce à lui, sans notre lettre ministérielle et la recommandation du général Aupick auprès de M. Sabbatier (le consul d’ici), nous serions restés le bec dans l’eau, car nous ne savons si cet argent demandé depuis septembre dernier est à Constantinople ou peut-être encore à Paris. Les amis de Du Camp se conduisent du reste indignement avec [lui]. Fovard ne lui écrit pas un mot de ses affaires, sans compter qu’il ne lui envoie pas d’argent. Quant aux autres ils l’oublient, et c’est ingratitude, car il est, hélas pour lui, assez bon envers eux.
Le mariage de Sassetti nous a réjouis beaucoup. Il fait là une triste emplette et je crois qu’il vaut mieux que sa future. Son ancienne l’aura sans doute congédié et c’est par dépit qu’il prend la belle Eugénie. Tu me demandes des renseignements sur lui ; voici mon et notre opinion : – c’est
– 963 – un très honnête homme, je lui confierais n’importe quoi ; sa délicatesse est à toute épreuve ; il est intelligent et très propre. Voilà pour le bien ; quant au revers de la médaille, caractère très faible, excessive vanité, jaloux, difficile à vivre. Je ne sais comment Joseph et Stéphany ont eu la patience de subir sa société si longtemps. C’est un vrai gamin ; il a bon cœur, mais fait tant d’embarras que, quand il a demandé à s’en aller, nous ne l’avons nullement prié de rester. – Il ne pourra tenir dans aucune place où il aura affaire directement avec ses maîtres. Du reste nous l’avons gâté pour le reste de sa vie ; le pauvre garçon nous regrettera. Il sera, je crois, très bon père de famille. Ce qui m’ennuyait le plus de lui, c’était ses dégoûts perpétuels : il ne pouvait manger avec les Turcs parce que les Turcs vous rotent au nez, il n’aimait pas le poulet, il n’aimait pas les œufs, etc. En résumé c’est un garçon qui a de bonnes qualités. Mais s’il n’a pas pour femme une maîtresse femme, il crèvera sous peu dans la misère.
J’ai rencontré ici à l’hôtel un Cypriote qui connaît beaucoup la fille de Mme Vasse. Il me paraît bien renseigné sur le reste de la famille. À ce qu’il paraît que M. Pepo, après avoir été dans l’aisance, est réduit maintenant à une gêne étroite. Il fait grand cas de Mme Pepo et de tout le reste de la famille si ce n’est du père qu’il regarde comme un très mauvais homme, quoiqu’il ne le connaisse pas personnellement. Il n’y a pas longtemps qu’il avait quitté Chypre et la fille de Mme Vasse allait bien. Ce monsieur s’appelle M. Baridji.
J’ai reçu en même temps que ta lettre du 5 de ce mois une de Bezet. Je n’ai pas le temps de lui répondre. Peut-être lui enverrai-je un mot avant de partir ; en tout cas, remercie-le bien des deux très bonnes choses qu’il nous a envoyées.
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Tu parles de souvenirs et de choses passées, sais-tu aujourd’hui à quoi j’ai pensé ? Au long après-midi d’été que nous avons passé tous les trois dans l’auberge de la mère Leblond, à Pont-Audemer. Comme il faisait chaud ! comme il y avait des mouches ! J’entends encore les grelots des chevaux de roulier qui étaient dans l’arrière-cour pleine de poussière. Je suis comme toi, je n’oublie rien. Je rêve souvent Déville. Le souvenir de mon pauvre rat ne me quitte pas. – J’ai toujours à son endroit une place vide au cœur et que rien ne comble. Charmante et bonne créature ! Nous nous touchons aussi, va, et de bien près par notre humiliation commune : l’avoir donnée à cet homme si vulgaire, depuis la botte jusqu’au chapeau ! Ah, j’ai cruellement ragé ce jour que dans le marais de Deauville l’eau flaquait dans ses claques et bavachait par-dessus ses sous-pieds…
On a beau voyager, voir des paysages et des tronçons de colonnes, cela n’égaye pas. On vit dans une torpeur parfumée, dans une sorte d’état somnolent, où il vous passe sous les yeux des changements de décors, et à l’oreille des mélodies subites, bruits du vent, roulement des torrents, clochettes des troupeaux. Mais on n’est pas gai ; on rêvasse trop pour cela. Rien ne dispose plus au silence et à la paresse. Nous passons quelquefois des jours entiers, Max[ime] et moi, sans éprouver le besoin d’ouvrir la bouche. Après quoi nous faisons le sheik. À cheval, votre esprit trottine d’un pas égal par tous les sentiers de la pensée ; il va remontant dans les souvenirs, s’arrêtant aux carrefours et aux embranchements, foulant les feuilles mortes, passant le nez par-dessus les clôtures. Tout cela mûrit – et vieillit, sans parler du physique ; car attends-toi à me retrouver aux trois
– 965 – quarts chauve, avec une mine culottée, beaucoup de barbe, et de ventre. Décidément j’enlaidis ; j’en suis affligé. Ah ! je ne suis plus ce magnifique jouvencel d’il y a dix ans. Dans onze mois, j’aurai 30 ans. 30 ans, c’est l’âge de raison. Je n’en ai guère pourtant.
L’autre jour, nous avons eu à côté de nous à table une bande de petits élèves de marine anglais de 9 à 14 ans, qui venaient tranquillement et comme des hommes se foutre une bosse à l’hôtel. Avec leurs uniformes trop grands pour eux, il n’y avait rien d’amusant et de gentil comme cela. Le plus petit, placé à côté de Maxime, et qui n’était pas plus haut que la table, perdait son long nez dans son assiette. Ces messieurs se portaient des toasts avec un sang-froid de lord. Ils fumaient des cigares et buvaient du Marsala. Ma figure les intriguait beaucoup. Ils me prenaient pour un Turc (ce qui est à peu près général partout). Ils ont dit au maître de l’hôtel qu’ils étaient bien fâchés de partir le lendemain, que sans cela ils seraient venus me faire une visite pour causer avec moi.
Nous avons fait la connaissance de Mouraddi, celui qui a dernièrement soutenu le siège de Venise avec Manin. Il a été enfermé dans les plombs et s’en est échappé. Ancien philhellène, il a beaucoup connu lord Byron et nous a donné quelques détails intéressants sur lui. C’est un homme curieux à connaître et un crâne citoyen. On fait du reste, en voyage, de bonnes rencontres et je n’aurais jamais cru que l’on y pratiquât autant le monde.
J’ai rapporté, pour le commun des amis, des pipes d’un goût détestable et qui feront beaucoup d’effet. Mais je n’ai rien rapporté pour le père Parain, ni pour Achille, ni pour sa femme, ni pour Juliette. Elles se contenteront de pantoufles
– 966 – et de soies brodées. À moins d’y mettre un très grand prix la curiosité n’a de valeur que comme ayant du caractère. Y compris ce qui nous appartient à tous les deux, il n’y en a pas en tout pour mille francs, tant s’en faut ! et cela emplit plusieurs caisses. Je suis fâché pourtant de ne rien rapporter à Achille. Si tu vois dans mes affaires quelque chose que tu penses lui être agréable, je le lui offrirai avec plaisir. Quant à toi, vieille, je me te rapporte. Je crois que ça te fera plus de plaisir qu’un pied de momie ou qu’un caillou du Jourdain.
Tu ferais bien, vieille, en cas qu’il faille me raser en Italie, ce à quoi je m’attends, de prendre tout ce que tu trouveras de rasoirs à moi, de les faire remettre en état et de me les apporter dans ma malle.
Mon compagnon t’embrasse – et moi ! À toi, ton fils qui t’aime.
Je serai bien curieux d’entendre lire Lilinne et je m’attends d’ici à la fin de mon voyage à recevoir d’elle une lettre.
Je compte voir avec toi la semaine sainte à Rome.
À SA MÈRE
Sparte, 1er février [1851].
J’adresse ce mot à Athènes espérant qu’il arrivera à temps pour le courrier du 8 et que tu pourras ne pas manquer un courrier.
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Nous allons très bien. François notre nouveau drogman fait très bien notre affaire, et tu sais, pauvre chère vieille, que tout dépend du drogman en Orient, et la Grèce est bien l’Orient, pis encore, sous le rapport du comfort. Nous couchons dans des gîtes impayables (et que nous payons) où il n’y a pas même de trou au toit pour laisser échapper la fumée, au milieu des tas de blé. Il y a de quoi la nuit en perdre la vue.
Nous avons un temps passablement pluvieux. C’est un petit voyage qui a son côté rude.
La route de Mégare à Corinthe peut se comparer à n’importe quoi, même quand on a vu L’Orient.
Nous avons passé par Mégare, Corinthe, Mycènes, Argos, Trézène, Némée, une partie de la Laconie. Dans deux jours nous serons à Messène et dans quinze à Patras. – Nous voyageons lentement, les routes (il n’y a pas de route) sont exécrables. Il faut faire quelquefois de grands détours pour éviter les rivières.
Appétit formidable et humeur gaillarde.
À Naples maintenant.
Adieu, pauvre chérie. Bonne nuit. Je t’embrasse sur tes deux joues maigres. À toi, ton
GUSTAVE.
– 968 –
À SA MÈRE
Patras, 9 février 1851.
Nous voilà arrivés au terme de notre voyage, chère vieille mère. Dans quatre jours nous nous embarquons pour Brindisi. Là, nous rentrons dans les conditions du touriste ordinaire. C’est fini quant au vrai voyage. Nous nous ennuyons ici à crever. Patras est un exécrable séjour. La gargote où nous sommes (les autres qui, dit-on, ne valent pas mieux, sont pleines) est atroce. Y arrivant jeudi dernier à 10 heures du soir après une journée de vingt lieues, nous avons eu bien du mal à avoir de quoi manger, et François, notre drogman, a couché, tout trempé qu’il était, sur les marches de l’escalier, où sans mon paletot il serait crevé de froid. – Du reste nous allons bien sous le rapport sanitaire, et le voyage du Péloponnèse, qui en cette saison est assez pénible, ne nous a pas fatigués. – Il est vrai de dire que je nous crois solides. « Je son capable », comme disait Joseph, de faire 30 lieues au trot et de recommencer le lendemain.
C’est donc à la fin du mois prochain, pauvre mère tant aimée, que nous nous reverrons. – Nous allons compter non plus maintenant par mois, mais [par] semaines et par jours. J’ai peur que tu n’aies froid dans ton voyage. Prends-y bien garde. Crois-en mon expérience et ne te fie nullement à la chaleur des pays chauds. Fais-moi le plaisir, je te le demande en grâce, de te faire faire des ceintures de ventre en flanelle. Emporte une chancelière pour tes pieds. Tu gèleras dans la diligence de Paris à Marseille, c’est certain. Munis-toi bien de vêtements chauds, manchon, manteau, etc., et si tu étais raisonnable, tu te ferais cadeau d’une petite pelisse en fourrure. Songe qu’à bord des bateaux à vapeur il n’y a pas de feu. À la fin de mars la saison sera encore fraîche. Crois-moi, bonne vieille mère, je n’exagère
– 969 – rien. Suis mes conseils. La santé en voyage n’est qu’au prix de tous ces soins.
Je ne voudrais pas qu’il en fût de ton voyage de Rouen à Rome comme il en a été de celui de Croisset à Nogent, où il s’est trouvé que mes prédictions se sont réalisées. Je n’ai pas été fâché que tu aies été si mal au fameux hôtel du père Parain, où je t’avais engagée à ne pas aller. Dans ce cas-ci ce serait différent.
Je suis bien curieux de savoir qui tu emmènes avec toi ? Si c’est le père Parain ?
Ne t’inquiète pas des caisses de Beyrouth. On a dit à Sassetti qu’elles étaient en mer. – Les premières étant arrivées, les autres, je pense, suivront le même chemin.
J’attends à Naples de l’argent – de toi – pour nous faire vivre jusqu’à ton arrivée. Nous avons maintenant cinq cents francs en tout et pour tout. Nous arriverons à Naples avec cinq francs dans notre poche. La conduite du sieur Fovard avec Maxime passe les bornes. – En général ses amis sont de fiers drôles ; et comme tous ces gaillards-là puchaient cependant à pleins bras dans sa bourse ! il ne reçoit même plus de lettres d’eux. – S’il restait encore un an en voyage, il serait complètement oublié de tout le monde. Dès que tu seras avec moi il s’en ira. Ses affaires l’appellent instamment à Paris, et je crois qu’elles ont beaucoup souffert de ce qu’il n’y fut pas. –
Ah ! quels gémissements et ébahissements ferait la mère Lormier sur notre costume. – Nous n’avons plus de talon à nos chaussettes, nos chemises sont en lambeaux et nos bottes rapiécées. Moi, avec ma barbe, et ma peau de bique raccommodée avec des queues de renard, j’épouvantais les
– 970 – populations du Péloponnèse (littéral). Je la couperai à Naples, ma splendide barbe, qui m’a tour à tour fait prendre pour un pacha, pour un bandit. – Tu me reverras comme jadis, menton rasé. Le Péloponnèse m’a reculotté la peau. J’ai sur la figure, jusqu’au milieu du front, une plaque de réglisse comme les vieux matelots. Mes cheveux repoussent un peu ; mais d’ici à deux ans j’aurai la calotte complète. – Je crois que je suis engraissé. Tu me trouveras sinon grandi, du moins forci. Quand je me regarde dans la glace, il me semble que je devrais avoir du mal à me retourner.
Tout ce que tu me dis de Mme Degronville et de Mme Le Poittevin, et de sa fille, etc., et de l’oubli des absents ne m’étonne nullement. Tel est le commun des âmes. La banalité de la vie est à faire vomir de tristesse, quand on la considère de près. – Les serments, les larmes, les désespoirs, tout cela coule comme une poignée de sable dans la main. Attendez, serrez un peu, il n’y aura tout à l’heure plus rien du tout. Et puis c’est si ennuyeux de jouer toujours le même rôle, et le public vous en tient si peu de compte. Il est si lassant de porter toujours le même sentiment ; on a besoin de changement, de distractions. C’est là le grand mot. – Le cœur, comme l’estomac, veut des nourritures variées, et d’ailleurs le commun, le chétif, le bête, le mesquin n’ont-ils pas des attractions irrésistibles ? Pourquoi tant de maris couchent-ils avec leur cuisinière ? Pourquoi la France a-t-elle voulu Louis XVIII après Napoléon ? Ce qu’il y a de plus triste là-dedans, c’est de s’apercevoir un jour de l’écroulement d’une ancienne amitié. – Grâce à de vieilles sympathies, on avait foi encore en une communauté sentimentale qui n’existe plus. – On se disait : Quand j’en aurai besoin, elle me viendra en aide. On l’appelle, et l’oreille amie n’entend même plus votre langue. D’un homme à un autre homme, d’une femme à une autre femme, d’un cœur à un autre cœur,
– 971 – quels abîmes ! La distance d’un continent à l’autre n’est rien à côté.
Est-ce que j’ai besoin que vous vous jetiez à l’eau si j’y tombe ? ou que vous me défendiez contre des assassins ? Je sais nager et l’on n’assassine plus. Ce n’est pas de sacrifices que le cœur a faim, mais de confidences. Je vous demande à aimer comme j’aime, à pleurer comme je pleure et pour les mêmes choses, à sentir comme je sens, voilà tout. Il n’y a rien de plus inutile que ces amitiés héroïques qui demandent des circonstances pour se prouver. Le difficile, c’est de trouver quelqu’un qui ne vous agace pas les nerfs dans toutes les occurrences de la vie.
Ne trouves-tu pas, chère vieille, que je deviens diablement moraliste en voyage ? J’ai beaucoup pratiqué l’humanité depuis 18 mois. Voyager développe le mépris qu’on a pour elle. Depuis celui qui vous demande du poison pour expédier son papa, jusqu’à la mère qui vous vend sa fille, on en voit de toutes couleurs. Je n’aurais jamais soupçonné ce côté au voyage. On se dérange pour voir des ruines et des arbres ; mais entre la ruine et l’arbre c’est tout autre chose que l’on rencontre ; et de tout cela : paysages et canailleries, résulte en vous une pitié tranquille et indifférente, sérénité rêveuse qui promène son regard sans l’attacher sur rien, parce que tout vous est égal et qu’on se sent aimer autant les bêtes que les hommes, et les galets de la mer que les maisons des villes. Pleine de couchers de soleil, de bruits de flots et de feuillage, et de senteurs de bois, et de troupeaux, avec des souvenirs de figures humaines dans toutes les postures et les grimaces du monde, l’âme recueillie sur elle-même sourit silencieusement en sa digestion, comme une bayadère engourdie d’opium.
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L’égoïsme aussi se développe raide, à force de voir tant de gens qui vous sont plus étrangers que le bouquet de lentisques du bord de la route. On ne pense qu’à soi, on ne s’intéresse qu’à soi, et l’on donnerait la vie d’un régiment pour s’épargner un rhume. Il y a un proverbe oriental qui dit : « Méfie-toi du hadji (= pèlerin). » Ce proverbe est bon. À force d’être hadji, on devient un gredin, à ce que je crois du moins.
Une des plus jolies choses que j’ai vues en Grèce, ce sont les musiciens ambulants. – Souvent vous rencontrez dans les villages deux hommes qui vont ensemble. Ils sont couverts de grands manteaux de grosse laine blanche. Les chiens hurlent après eux d’une façon formidable, et les poursuivent jusqu’à ce qu’ils se soient réfugiés sous le hangar d’une maison. – Coiffés d’une sorte de petit turban noir très large, dont les deux bouts leur pendent sur les oreilles (l’un d’eux repasse sous le menton comme dans les chaperons du Moyen Âge), vêtus de guenilles, chaussés de sandales de toile, le plus grand souffle dans une vessie, et le plus jeune porte au flanc un grand bissac. Après qu’ils ont fait leur collecte, ils s’en vont et les chiens se mettent à aboyer. J’en ai vu qui étaient noirs de boue et de crasse ; et là-dessous des figures charmantes, avec des airs de prince ou de galérien.
D’Athènes à Sparte nous avons eu de la pluie ; de Sparte ici, des torrents et des rivières à passer. Nous les passions à cheval ; quelquefois, le fleuve n’ayant plus de gué, alors notre cheval y nageait et nous avions de l’eau jusqu’au haut des cuisses. Quant au bagage, on le déchargeait complètement. Nos hommes se mettaient à l’eau et le
– 973 – transbordaient sur leur dos. Le soir nous couchions dans des écuries avec les ânes et les chevaux, enveloppés de nos pelisses, autour d’un grand feu dont la fumée vernissait en noir les poutres du plafond. D’autres fois c’était dans une maison chez quelque pappas grec. – La pièce commune, où toute la famille – et nous – couchaient, était pleine d’outres de vin, de tas de blé, de fromages secs, d’oignons enfilés à des cordes, etc., etc. Dans un coin, une femme berçait un enfant dans un tronc d’arbre creusé. – Ces sortes d’auges servent à la fois de berceau, de pétrin et de vase à faire la lessive. Juge de la quantité de puces qu’il devait y avoir dans de semblables gîtes. Nous avons eu du beau temps à partir de Sparte. La Messénie est une belle chose, mais rien n’égale la route de Mégare à Corinthe. Le paysage de Sparte est des plus étranges et ne s’efface pas de la tête une fois qu’on l’a vu. Il n’y a pas une seule route en Grèce, pays bien plus sauvage et mille fois plus uncomfortable que toutes les Turquies et toutes les Syries. Mais ce qui vaudrait à soi seul tout le voyage, c’est l’Acropole d’Athènes.
À Athènes, nous avons fait une visite à Canaris. Je lui ai promis de lui envoyer les poésies d’Hugo qui le concernent. Il ne savait seulement pas qu’Hugo existât ! Ô vanité de la gloire !
François, notre drogman, est un ancien renégat fait prisonnier par les Turcs dans la guerre d’indépendance. Chemin faisant il nous contait de bonnes histoires de guerre, et d’évasion. – Nous avons été contents de ce garçon. Je pioche maintenant à faire le derviche hurleur. François, à cheval, me donnait des leçons. Maxime en est assommé. Je ne continue pas moins. Un soir, littéralement, j’en avais la poitrine défoncée. Et, dans la maison où nous couchions, tout le monde était venu à la porte pour voir ce qu’il y avait.
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Le sheik continue toujours, c’est une forte création que le temps n’entame pas.
Les kiques d’ici sont à côté, ou mieux, au milieu d’un poulailler qui occupe une chambre. On est obligé presque de se battre avec les dindes pour arriver jusqu’à la lunette. Quelle lunette ! Je crois que le maître de l’hôtel engraisse ses volailles avec de la merde ; la cuisine semble l’indiquer.
Nous avons été hier pour prendre un bain turc. On nous a dit qu’on ne chaufferait les bains qu’après le carnaval. Cela te donne la mesure de Patras. Tout est à l’avenant. Comme douceur orientale, le bain turc est une chose que je regretterai. Rien ne délasse et ne nettoie comme ça.
Adieu, pauvre vieille chérie. Je finis ici ma lettre, ne sachant plus guère que te dire, si ce n’est que je t’embrasse, que je t’attends, et que les pieds me trépignent maintenant d’être de l’autre côté de l’Adriatique.
Que devient le sieur Baudry ? Je lui ai écrit au mois de juillet dernier. Ma lettre est restée sans réponse. Ernest ne m’a pas écrit pour m’annoncer son mariage, serait-il rompu ? ou ce brave magistrat a-t-il jugé inutile cette formalité !
J’ai bien envie de voir Lilinne. Je ne me figure pas son visage et sa taille grandis. – Embrasse Achille pour moi. J’attends une lettre du père Parain.
Encore à toi mille tendresses. Ton fils qui t’aime.
Tu me dis que Bouilhet n’a rien compris à la lettre de Maxime. C’est pourtant bien simple. Tu me disais qu’il se plaignait sans cesse de n’avoir pas de lettres de lui (même il me l’écrivait). Alors Maxime lui a écrit d’après cette donnée.
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À LOUIS BOUILHET
Patras, 10 février 1851.
Merci, bon vieux solide, des deux pièces grecques. Il y avait longtemps que je n’avais reçu quelque chose d’aussi crâne de ta seigneurie. – Celle au Vesper nous a enthousiasmés avec toutes sortes de th. Je la trouve irréprochable, si ce n’est peut-être « pâtre nocturne ». La coupe :
Toi, tu souris d’espoir derrière les coteaux.
Vesper
est bien heureuse, la seconde strophe surtout :
Les hôtes écailleux de la mer taciturne
est fort belle. Très bien, jeune homme, très bien.
L’idylle est bonne aussi, quoique d’une qualité (comme nature essentielle) inférieure. J’aime ces vers :
L’atelier des sculpteurs est plein de cette histoire
Sa gorge humide encor de l’écume des eaux
Phébé qui hait l’hymen et qu’on croit vierge encore
Ses pieds nus en silence effleuraient la bruyère (très beau).
Le jeune Endymion qu’a surpris le sommeil
me paraît très profondément grec. Quant à la tournure :
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Latmus !… tes noirs sommets, etc.,
je n’en sais que penser. Mais je trouve « belle de pudeur » mauvais,
Jupiter près d’Europe a mugi son amour
trop intentionnel comme effet peut-être ; en tout cas ça en fait (de l’effet) à la première lecture. – La fin de la pièce, excellente. En résumé, voilà deux bonnes merdes, la première surtout. Ta pièce au Vesper est peut-être une des choses les plus profondément poétiques que tu aies faites. C’est là la poésie comme je l’aime, tranquille et brute comme la nature (Maxime s’écrie à propos de cette pièce : « Oh ! je voudrais me la foutre dans le cul »), sans une seule idée forte et où chaque vers vous ouvre des horizons à faire rêver tout un jour, comme :
Les grands bœufs sont couchés sur les larges pelouses.
Oui, vieux, je ne sais trop t’exprimer ma satisfaction.
Au lieu des tartines que tu m’as envoyées à propos des splendides vignettes de tes pages, j’aurais autant aimé que tu me parlasses de toi. Que deviens-tu ? Que fais-tu ? matériellement, s’entend. Quid de Venere ? Il y a longtemps que tu ne m’as conté tes fredaines de jeune homme. Quant à moi, mes affreux chancres se sont enfin fermés. L’induration, quoique coriace encore, paraît vouloir s’en aller. Mais quelque chose qui s’en va aussi, et plus vite, ce sont mes cheveux. Tu me reverras avec la calotte. J’aurai la calvitie de l’homme de bureau, celle du notaire usé, tout ce qu’il y a
– 977 – de plus couillon en fait de sénilité précoce. J’en suis attristé (sic). Maxime se fout de moi. Il peut avoir raison. C’est un sentiment féminin, indigne d’un homme et d’un républicain, je le sais ; mais j’éprouve par là le premier symptôme d’une décadence qui m’humilie et que je sens bien. Je grossis, je deviens bedaine et commun à faire vomir. Je vais rentrer dans la classe de ceux avec qui la putain est embêtée de piner. – Peut-être que bientôt je vais regretter ma jeunesse et, comme la grand-mère de Béranger, le temps perdu. Où es-tu, chevelure plantureuse de mes 18 ans, qui me tombais sur les épaules avec tant d’espérances et d’orgueil !
Oui, je vieillis ; il me semble que je ne peux plus rien foutre de bon. J’ai peur de tout en fait de style. Que vais-je écrire à mon retour ? Voilà ce que je me demande sans cesse. J’ai beaucoup songé à ma Nuit de Don Juan, à cheval, ces jours-ci. Mais ça me semble bien commun et bien rabâché, c’est retomber dans l’éternelle histoire de la religieuse. Pour soutenir le sujet il faudrait un style démesurément fort, sans faiblir d’une ligne. Ajoute à tout cela qu’il pleut, que nous sommes dans une sale gargote à attendre encore pendant plusieurs jours le bateau à vapeur, que mon voyage est fini, et que ça m’attriste. – Je voudrais retourner en Égypte, je ne dépense pas aux Indes, – quel sot imbécile que l’homme, et moi en particulier !
Même après l’Orient, la Grèce est belle. J’ai profondément joui au Parthénon. Ça vaut le gothique, on a beau dire, et je crois surtout que c’est plus difficile à comprendre.
Nous avons eu généralement mauvais temps depuis Athènes jusqu’ici. Nous passions les rivières à gué ; souvent nous avions de l’eau jusqu’au cul, et nos chevaux nageaient
– 978 – sous nous. Le soir nous couchions dans des écuries, autour d’un feu de branches humides, pêle-mêle avec les chevaux et les hommes. – Le jour, nous ne rencontrions que des troupeaux de moutons et de chèvres, et les bergers qui les gardaient, ayant à la main de grands bâtons recourbés comme des crosses d’évêque. Des chiens au museau noir se ruaient sur nous en aboyant et venaient mordre nos chevaux au jarret, puis au bout de quelque temps s’en retournaient. La Grèce est plus sauvage que le désert ; la misère, la saleté et l’abandon la recouvrent en entier.
J’ai passé trois fois par Eleusis. Au bord du golfe de Corinthe, j’ai songé avec mélancolie aux créatures antiques qui ont baigné dans ces flots bleus leur corps et leur chevelure. Le port de Phalère a la forme d’un cirque. C’est bien là qu’arrivaient les galères à proue chargées de choses merveilleuses, vases et courtisanes. La nature avait tout fait pour ces gens-là, langue, paysage, anatomies et soleils, jusqu’à la forme des montagnes, qui est comme sculptée et a des lignes architecturales plus que partout ailleurs.
J’ai vu l’antre de Trophonius où descendit ce bon Apollonius de Tyane qu’autrefois j’ai chanté.
Avoir choisi Delphes pour y mettre la Pythie est un coup de génie. C’est un paysage à terreurs religieuses, vallée étroite entre deux montagnes presque à pic, le fond plein d’oliviers noirs, les montagnes rouges et vertes, le tout garni de précipices, avec la mer au fond et un horizon de montagnes couvertes de neige.
Nous nous sommes perdus dans les neiges du Cithéron et avons failli y passer la nuit.
– 979 –
En contemplant le Parnasse, nous avons pensé à l’exaspération que sa vue aurait inspirée à un poète romantique de 1832, et quelle gueulade il lui aurait envoyée.
La route de Mégare à Corinthe est incomparable. Le sentier taillé à même la montagne, à peine assez large pour que votre cheval y tienne, et à pic sur la mer, serpente, monte, descend, grimpe et se tord aux flancs de la roche couverte de sapins et de lentisques. D’en bas vous monte aux narines l’odeur de la mer, elle est sous vous, elle berce ses varechs et bruit à peine. Il y a sur elle, de place en place, de grandes plaques livides comme des morceaux allongés de marbre vert. Et derrière le golfe s’en vont à l’infini avec mille découpures fines des montagnes oblongues à tournures nonchalantes. En passant devant les roches scironiennes où se tenait Sciron, brigand tué par Thésée, je me suis rappelé le vers du doux Racine :
Reste impur des brigands dont j’ai purgé la terre.
Était-ce coine, l’antiquité de tous ces braves gens-là ! En a-t-on fait, en dépit de tout, quelque chose de froid et intolérablement nu ! Il n’y a qu’à voir au Parthénon, pourtant, les restes de ce qu’on appelle le type du beau. S’il y a jamais eu au monde quelque chose de plus vivace, de plus vigoureux et de plus nature, que je sois pendu ! Dans les tablettes de Phidias, les veines des chevaux sont indiquées jusqu’au sabot et saillantes comme des cordes. Quant aux ornements étrangers, peintures, colliers en métal, pierres précieuses, etc., c’était prodigué. Ça pouvait être simple. Mais en tout cas c’était riche.
– 980 –
Le Parthénon est couleur de brique. Dans certains endroits ce sont des tons de bitume et presque d’encre. Le soleil donne dessus presque constamment, quelque temps qu’il fasse. Ça casse-brille. Sur la corniche démantelée viennent se poser des oiseaux, faucons, corbeaux. Le vent souffle entre les colonnes, les chèvres broutent l’herbe entre les morceaux de marbre blanc, cassés et qui roulent sous le pied. Çà et là, dans des trous, des tas d’ossements humains, restes de la guerre. De petites ruines turques parmi la grande ruine grecque, et puis, au loin et toujours, la mer !
Parmi les morceaux de sculpture que l’on a trouvés dans l’Acropole, j’ai surtout remarqué un petit bas-relief représentant une femme qui rattache sa chaussure et un tronçon de torse. Il ne reste plus que les deux seins, depuis la naissance du cou jusqu’au-dessus du nombril. L’un des seins est voilé, l’autre découvert. Quels tetons ! nom de Dieu ! quel teton ! Il est rond-pomme, plein, abondant, détaché de l’autre et pesant dans la main. Il y a là des maternités fécondes et des douceurs d’amour à faire mourir. La pluie et le soleil ont rendu jaune blond ce marbre blanc. C’est d’un ton fauve qui le fait ressembler presque à de la chair. C’est si tranquille et si noble. On dirait qu’il va se gonfler et que les poumons qu’il y a dessous vont s’emplir et respirer. Comme il portait bien sa draperie fine à plis serrés, comme on se serait roulé là-dessus en pleurant, comme on serait tombé devant, à genoux, en croisant les mains ! J’ai senti là devant la beauté de l’expression « stupet aeris ». Un peu plus j’aurais prié.
Et c’est qu’il y a, monsieur, tant d’espèces de tetons différents. Il y a le teton pomme, le teton poire, – le teton lubrique, le teton pudique, que sais-je encore ? Il y a celui qui est créé pour les conducteurs de diligence, le gros et
– 981 – franc teton rond que l’on retire de dedans un tricot gris, où il se tient là bien chaudement gaillard et dur. Il y a le teton du boulevard, lassé, mollasse et tiède, ballottant dans la crinoline, teton que l’on montre aux bougies, qui apparaît entre le noir du satin, sur lequel on frotte sa pine, et qui disparaît bientôt. Il y a des deux tiers de teton vus à la clarté des lustres au bord des loges de théâtre, tetons blancs et dont l’arc semble démesuré comme le désir qu’ils vous envoient. Ils sentent bon, ceux-là ; ils chauffent la joue et font battre le cœur. Sur la splendeur de leur peau reluit l’orgueil, ils sont riches et semblent vous dire avec dédain : « Branle-toi, pauvre bougre, branle-toi, branle-toi. » Il y a encore le teton mamelle, pointu, orgiaque, canaille, fait comme une gourde de jardinier à mettre des graines, mince de base, allongé, gros du bout. C’est celui de la femme que l’on baise en levrette, toute nue, devant une vieille psyché en acajou plaqué. Il y a le teton desséché de la négresse qui pend comme un sac. Il est sec comme le désert et vide comme lui. Il y a le teton de la jeune fille qui arrive de son pays, ni pomme, ni poire, mais gentil, convenable, fait pour inspirer des désirs et comme un teton doit être. Il y a aussi le teton de la dame, considéré seulement comme partie sensible, celui-là reçoit des coups de coude dans les bagarres, et des poutres, en plein, au milieu des rues. Il contribue uniquement à l’embellissement de la personne et constate le sexe.
Il y a le bon teton de la nourrice, où s’enfoncent les mains des enfants qui s’écorent dessus, pour pomper plus à l’aise. – Sur lui s’entrecroisent des veines bleues. On le respecte dans les familles.
Il y a enfin le teton citrouille, le teton formidable et salopier, qui donne envie de chier dessus. C’est celui que
– 982 – désire l’homme, lorsqu’il dit à la maquerelle : « Donnez-moi une femme qui a de gros tetons. » C’est celui-là qui plaît à un cochon comme moi, et j’ose dire, comme nous.
Et selon chacune de ces espèces différentes, il a, de tout faits d’avance : des tissus, des ornements et des phrases. Les fourrures d’hermine rehaussent de blancheur la poitrine des femmes du Nord. La batiste a été inventée pour les peaux transparentes comme les dentelles frissonnantes pour les seins agités. Blanche comme de la terre de pipe, la toile de Hollande couvre de ses plis le cœur honnête des Flamandes, ménagères à l’œil bleu qui portent au front des plaques d’argent et qui, sur des bateaux lents, suivent leurs maris en Chine. Là, pour des femmes jaunes, le ver à soie, au soleil, se traîne sur les mûriers. Sans le spencer de velours noir, que serait la joueuse de guitare des rues ? Chaque cœur a son rêve et sa breloque ; la croix d’or à ruban noir est pour la villageoise, la rivière de diamants pour la duchesse, le collier de piastres sonnantes pour les femmes du Nil.
Et on les convoite de cent manières, on les embrasse de mille façons, on les appelle de toutes sortes de mots.
Sur le sein des mères, le moutard à la broquette pointue éprouve des érections précoces. Par la porte entrebâillée il a vu la bonne qui changeait de chemise. Bientôt, le soir, revenant du collège, il passera par les rues obscènes, afin de voir de gros tetons de femme briller sur des robes roses. À vingt ans, il lui faudra la grasse épaule de la bougresse mordue par le corsage serré, et qui déborde en bourrelets durs. S’échappant de chez le bourgeois, le commis marchand de vins court au broc, et rotant le cidre, patrouille à grosses mains la gorge des garces. – Avec sa bouche édentée le vieillard bavachant, mordillonne entre ses gencives
– 983 – tranchantes la fraise rose du teton de la fillette – et, sans bander, éjacule trop vite en sa culotte.
Et selon les circonstances, les lieux et les sociétés, on dit avec des intonations, des gestes, et des œils divers : « Oh ! laisse-moi voir, hein ? je t’en prie, que j’y touche un peu, dis donc. Oh ! montre-moi ton teton ! montre-moi ton teton !!! » À quoi l’on répond : « À bas les pattes, laissez-moi, va-t’en », ou « Ça te plaît ? – baise-les, frotte là-dessus. »
À Athènes nous avons fait une visite à Canaris. C’est un gros petit homme trapu, le nez de côté, à cheveux blancs rares, sans crâne. Je lui ai promis de lui envoyer les pièces d’Hugo qui le concernent. Il ne le connaissait même pas de nom !
J’ai relu Eschyle. J’en reviens à ma première impression ; ce que j’aime le mieux c’est Agamemnon.
Que dis-tu de ceci : des brigands grecs ont un jour une riotte avec la gendarmerie. Ils s’emparent de l’officier et de trois gendarmes, les enculent à outrance et les renvoient ensuite sans leur avoir fait autre chose. Quelle ironie de l’ordre !
En fait de souvenirs de la Grèce, nous rapportons deux morceaux de marbre de l’Acropole d’Athènes et un du temple d’Apollon Epicureus. – J’ai acheté dans un village, sur les bords de l’Alphée, un mouchoir brodé à une paysanne.
– 984 –
L’Eurotas est bordé de lauriers-roses et de peupliers. Le paysage de Sparte est unique et demande quatre pages de description ; ce sera pour plus tard. – L’Élide est couverte de chênes. Nous l’avons traversée pour venir ici, dans notre dernière journée où nous avons fait en ligne droite sur la carte 22 lieues (15 heures de trot).
Nous avons des balles ravagées, culottées et déguenillées qui sont hautes comme chic. – De chocolat que j’étais en Syrie, je suis devenu brique. J’ai les sourcils presque roux comme un vieux matelot. Je ne m’excite pas, à me considérer.
Adieu, cher vieux. Maxime et moi t’embrassons à quatre bras.
Il faudra continuer Agénor, nom de Dieu, j’en suis tourmenté. On peut faire de cela une œuvre unique. Je songe beaucoup au Dictionnaire des idées reçues, surtout à la préface.
À SA MÈRE
Naples, 27 février [1851].
Reçu ta lettre du 11 courant. Quoiqu’il soit près de minuit et que je sois passablement endormi, je te vais bâcler ce petit mot, pauvre vieille chérie, sachant que tu préfères la quantité et la fréquence à la longueur et à la qualité.
Naples est vraiment un séjour délicieux, quoique jusqu’à présent nous n’ayons guère joui de ses beautés (ah ! un calembour !). Tout notre temps est employé au Musée des Antiques qui est superbe. Nous nous en fourrons là une
– 985 – crâne bosse. La nuit dernière je n’ai pas dormi tant j’avais la tête pleine de bustes d’impératrices et de bas-reliefs votifs. – Nous allons là à 10 heures du matin et nous en sortons à 3 heures, passablement éreintés ; le soir se passe à mettre au net nos notes. En nous dépêchant bien nous en avons encore pour une quinzaine de jours. Restera ensuite le Vésuve, Pompéi et les environs.
Quand nous sommes entrés à Naples, il pleuvait, les citadines roulaient sur le pavé, il m’a semblé rentrer dans Paris. C’était sale et laid. Mais un déjeuner avec du beurre frais et des côtelettes m’ont réconcilié avec la civilisation (dont nous savourons maintenant toutes les douceurs : nous avons des lits, du linge blanc et des cigares). Nous avons été aussi au spectacle, grande nouveauté.
J’ai acheté des rasoirs, je n’ai plus ma barbe. Ma pauvre barbe ! que j’ai baignée dans le Nil, dans laquelle a soufflé le désert, et qu’avait parfumée si longtemps la fumée du tomback. J’ai découvert dessous une figure énormément engraissée, je suis ignoble, j’ai deux mentons et des bajoues. Je ne sais si sous le rapport moral le voyage m’a profité, mais sous celui du développement graisseux c’est incontestable. – J’ai aussi quitté le tarbouch et pris un chapeau ; ah ! que le père Parain est un homme de sens de maudire cette coiffure ! Mais hélas ! il le fallait ici, c’eût été d’une affectation trop grande ; avec ma barbe et mon tarbouch tout le monde se détournait pour me voir. Tu me retrouveras donc sous le même aspect que tu m’as quitté.