Le dernier pharaon, Méhémet Ali

Gilbert Sinoué · Chapitre 9 sur 101

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Le dernier pharaon, Méhémet Ali

Un pacte avec le diable

quinze bourses3, et à leurs subalternes le fruit de certaines redevances établies sur les villages. Une seule contrainte leur est imposée : celle de n'avoir aucune part dans l'administration du pays et de ses revenus. Ainsi obtient-il d'être reçu par les chefs mamelouks. En réalité, il est tombé dans le piège que lui tendaient El-Bardissi et Méhémet-Ali. Parti d'Alexandrie à la tête de ses soldats, El-Djezaïry rencontre aux environs du Caire l'armée des deux hommes, supérieure en nombre. N'osant pas risquer la bataille, il

tente de battre en retraite, mais sans succès. Il est capturé et assassiné 4.

 

Un pacte avec le diable

 

Ainsi, d'éviction en éviction, Méhémet-Ali s'achemine vers le moment où il restera seul en lice. Au début de 1804, il laisse volontairement tout le bénéfice des dernières opérations à El-Bardissi. Leur alliance semble faite pour durer. Ils se sont juré une fraternité mutuelle. Ils sont allés jusqu'à

s'entailler la main et sucer le sang l'un de l'autre 5. El-Bardissi suit les yeux fermés l'homme de Kavála. Il adhère à toutes ses suggestions. Il accepte même d'être gardé par les Albanais plutôt que par les siens. Mais en son for intérieur, est-il réellement enchanté de cette association « contre nature » ? Ne pressent-il pas que son grand ami peut se révéler un rival dangereux ? Édouard Gouin évoque un incident, sans doute imaginaire, mais qui traduit assez bien l'angoisse probable d'El-Bardissi. Il écrit : « Après l'assassinat d'El-Djezaïry, un vieillard qui passait pour prophète fut convoqué sous la tente du bey. Ce dernier l'invita à prendre place à son côté et lui demanda quelle était son opinion sur l'alliance des Mamelouks et des Albanais. L'homme répondit : “Au moment de la fête du Baïram [la Pâque musulmane], il se fera beaucoup de tumulte, et le sang coulera. – D'où viendra ce tumulte ? Qui versera le sang ? Quel sera le vainqueur ?” s'enquit El-Bardissi. La réponse du vieillard fusa, énigmatique : “Les loups dévoreront les étrangers.” Un frisson dut alors parcourir le dos du bey, car il n'était pas sans savoir que par le mot “étrangers” les Égyptiens désignaient... les Mamelouks. Par conséquent, qui pouvaient être les “loups”, sinon les Albanais ? »