Le dernier pharaon, Méhémet Ali

Gilbert Sinoué · Chapitre 95 sur 101

Pages du PDF

Le dernier pharaon, Méhémet Ali

Dépêche

Si le vice-roi est renversé, l'Empire n'en trouvera pas plus, pour cela, les moyens qui autrefois manquaient pour permettre au sultan de gouverner l'Égypte et la Syrie, et la Porte perdra un vassal qui est en ce moment un de ses plus forts remparts.

Les limites territoriales qui pourront définitivement séparer les deux puissances par les chances de la guerre, sont nécessaires à l'Europe, et la France ne saurait donner son adhésion à la suppression de l'une ou de l'autre, disposée comme elle est à prendre part à tout arrangement acceptable qui aurait pour base la double garantie de l'existence du sultan et du vice-roi d'Égypte ; elle se borne à présent à déclarer qu'elle ne saurait consentir à la mise à exécution du décret de déchéance rendu à Constantinople. Sous d'autres rapports, les manifestations spontanées de plusieurs des puissances qui ont signé le traité du 15 juillet nous prouvent qu'à cet égard nous entendons le mot balance de l'Europe dans le même sens qu'elles, et que leurs vues ne diffèrent pas des nôtres ; nous regretterions le désaccord que nous n'apercevons pas encore, mais nous ne pourrions nous écarter de cette manière d'entendre et d'assurer le maintien de cet équilibre.

La France nourrit l'espoir que l'Europe appréciera les motifs qui l'ont déterminée à rompre le silence qu'elle avait gardé jusqu'à présent.

On peut compter sur son amour pour la paix, car ce sentiment l'a constamment animée, malgré les procédés dont elle croit devoir se plaindre. Peut-on aussi compter sur son désintéressement, car il est impossible même de la soupçonner de viser à des acquisitions de territoire dans l'Orient. Elle aspire au maintien de l'équilibre en Europe. C'est aussi la sollicitude des grandes puissances, et ce doit être l'objet de leur gloire et de leur ambition.

 

Paris, 8 octobre 1840

 

Dépêche

 

Adressée par Lord Palmerston, ministre des Affaires étrangères, à Lord Ponsonby, ambassadeur à Constantinople

Milord, le gouvernement de Sa Majesté. ayant pris en considération l'acte par lequel le sultan a ôté le pachalik d'Égypte à Méhémet-Ali, l'influence acte sur les questions en suspens, et la marche qu'il serait utile de suivre à cet égard, a invité les ambassadeurs d'Autriche, de Prusse et de Russie à la cour de Saint-James, à exposer à leurs gouvernements respectifs qu'il y a incontestablement beaucoup de force dans les raisons qui, d'après les rapports de V.E., ont déterminé le sultan à faire cette démarche, et que, si d'un côté cette mesure n'empêche point le sultan de réintégrer Méhémet-Ali, s'il se soumet promptement à son souverain, d'un autre côté, elle pourra exercer une haute influence morale sur Méhémet-Ali, en lui faisant comprendre que si la lutte entre lui et son souverain se prolongerait, et si cette lutte lui était défavorable, il perdrait tout par sa résistance opiniâtre.

Dans ce but et pour que l'exercice que le sultan a cru devoir faire de son autorité hâte la solution de la question d'Orient, le gouvernement de Sa Majesté pense qu'il serait convenable que les représentants des quatre puissances à Constantinople reçussent l'ordre de se rendre auprès du ministre turc, et de lui déclarer que leurs gouvernements respectifs, par application de l'article 7 de l'acte séparé annexé au traité du 15 juillet, recommandent vivement au sultan de vouloir bien, dans le cas où Méhémet-Ali ferait promptement sa soumission, et consentirait à rendre la flotte et à retirer ses troupes de la Syrie, d'Adana, de Candie et des villes saintes, non seulement réintégrer Méhémet-Ali dans son pachalik d'Égypte, mais lui accorder en outre l'hérédité de ce pachalik, conformément aux conditions spécifiées dans le traité du 15 juillet, et sous la menace de le retirer, si Méhémet-Ali ou ses successeurs ne remplissaient pas ces conditions.

 

Le gouvernement Sa Majesté a de fortes raisons pour croire que cette idée obtiendra le concours des gouvernements de Russie, de Prusse et d'Autriche ; V.E. fera par conséquent les démarches nécessaires aussitôt que ses collègues auront reçu de leurs gouvernements respectifs leurs instructions. Si le sultan jugeait à propos d'agir conformément à cet avis à lui donné par ses quatre alliés, il serait convenable qu'il prît des mesures immédiates pour faire connaître à Méhémet-Ali ses gracieuses intentions à cet égard. Dans ce cas, V.E. et sir Robert Stopford fourniraient au gouvernement turc toutes les facilités qu'il pourrait réclamer à cet effet.

Londres, 15 octobre 1840

 

OceanofPDF.com