Le dernier pharaon, Méhémet Ali
Ibrahim à la rescousse
Le Soudan conquis par Méhémet-Ali
Mais en 1821 Ismaïl ne s'y attarde point. Seules cinq des trois cents barques parties d'Assouan ont pu, en franchissant les cataractes, atteindre ce point extrême. Le 12 juin, après avoir traversé El-Jazirah, le commandant
en chef fait une entrée solennelle dans la capitale du royaume des Fung 12, Sennar, et le roi Badi se reconnaît aussitôt vassal de Méhémet-Ali.
Ibrahim à la rescousse
Il reste à poursuivre deux des objectifs assignés par le vice-roi : la recherche de l'or et des esclaves. Recherche doublement vaine. Le Nil bleu que l'on supposait riche en or, au moins dans son cours supérieur, ne roule que quelques paillettes sans valeur. Quant aux esclaves, une traque sans merci dépeuple presque totalement le Sennar, mais pour des résultats médiocres, car la proportion de captifs arrivant en Égypte se révèle dérisoire. Ismaïl met les populations en coupe réglée. Des détachements de troupes lancés dans toutes les directions font une chasse active, impitoyable, à toutes les peuplades noires de l'Est et du Sud-Est. Des familles entières sont enlevées. On peut voir le père, la mère et les enfants, enchaînés ensemble jusqu'aux frontières de l'Égypte. À Assouan, un triage s'opère : les hommes sont remis sans ménagements à des instructeurs chargés de leur apprendre le fameux Nizam el guedid, cependant que les enfants et les femmes vont remplir les souks du Caire où la vente
s'organisera au seul profit du vice-roi 13.
C'est le climat du Sennar qui vengera ces malheureux. Les Égyptiens, qui ont perdu peu de monde au cours des combats, se retrouvent confrontés à la fièvre et à la dysenterie. Sévissant sur des troupes au moral affecté par le mal du pays, au physique affaibli par la disette, ces maladies font des ravages. Habitué aux grandes plaines découvertes de la vallée du Nil, l'Égyptien se retrouve dépaysé dans ces savanes noyées d'humidité et dans les vastes forêts du Fazogl.
À la fin de septembre 1821, trois mois après son entrée dans le Sennar, Ismaïl déplore environ six cents morts et plus de deux mille malades. L'affaire virerait à l'hécatombe si entre-temps Méhémet-Ali ne décidait d'envoyer Ibrahim à la rescousse.
Le fils aîné du vice-roi amène d'importants renforts, mais aussi des médecins dignes de ce nom qui mettent un terme aux épidémies en isolant les malades et en faisant nettoyer les cloaques où pourrissaient cadavres d'hommes et d'animaux. Ismaïl peut alors repartir à la recherche de l'Eldorado soudanais que, d'après des données assez vagues, il supposait exister au Fazogl, sur le cours moyen du Nil bleu. Cette fois il est accompagné d'un scientifique, un vrai celui-là, Frédéric Caillaud, gemmologiste breton distingué qui l'a rejoint après la conquête du
Dongola 14.
Le 1er décembre 1821, Ismaïl quitte le Sennar pour remonter le fleuve mais les choses ne se déroulent plus aussi facilement. Le corps expéditionnaire est forcé de livrer combat contre un ennemi favorisé par un relief découpé de rochers, de ravins et qui défend chèrement son indépendance.
À cela s'ajoute une nouvelle déconvenue : quelques mines d'or existent bien au Fazogl, mais leur teneur en métal précieux est bien trop faible pour envisager une exploitation rémunératrice. Le découragement commence à poindre parmi les Égyptiens, en butte aux javelots décochés depuis l'épaisseur des fourrés par d'invisibles adversaires.
Pour comble, le Sennar, qu'Ibrahim a également quitté pour se livrer à d'autres conquêtes, s'agite. La nouvelle s'y est répandue que le gros de l'armée a été décimé quelque part dans le Sud. Les Sennariens se sont soulevés et ont passé au fil de l'épée plusieurs garnisons égyptiennes. Ismaïl est contraint de revenir en toute hâte sur ses pas (février 1822), mais son armée est en pièces ; la plus grande partie du matériel et des munitions est restée au fond des gorges étroites ou dans le lit des torrents fangeux qu'il a fallu traverser.
De son côté, Ibrahim, qui s'est avancé vers le Nil blanc, est vaincu par la dysenterie et contraint de marquer le pas devant la province de Dinka. En vérité, bien avant sa maladie, il a pris conscience de l'impossibilité d'autant plus grande d'aller plus avant dans le territoire du Darfour que ses rangs eux-mêmes sont éprouvés par des épidémies de toutes sortes. Sur les conseils de son nouveau médecin, le docteur Alessandro Ricci (Scotto étant mort peu avant), il finit par renoncer à la conquête du Bahr el Ghazal (le lac des gazelles) et accepte à contrecœur de se faire rapatrier au Caire.
« Il y avait un mois qu'Ibrahim pacha souffrait de dysenterie quand j'arrivai au camp égyptien de Sennar. Étant donné que l'expédition avait pour but de rechercher les sources du Nil et avançait par conséquent vers des régions de plus en plus chaudes et néfastes, la santé d'Ibrahim ne faisait qu'empirer. Perdant du sang en abondance, il faiblissait de façon inquiétante. À deux reprises, j'essayai de le persuader de retourner en arrière, mais sans résultat : Ibrahim considérait qu'abandonner son poste à un tel moment était faillir à sa mission et, désirant donner l'exemple, se forçait à avancer coûte que coûte.
« À Verkal, où l'on devait se rendre pour reprendre le Nil, le pacha souffrit à nouveau de fortes coliques intestinales, de terribles maux de tête, de douleurs dans tous ses membres. Son pouls était faible et irrégulier. Ibrahim me demanda alors de lui dire la vérité sur son état. Je ne pus lui cacher la gravité du cas, lui avouant que, s'il ne retournait pas vers un climat
plus clément, je ne pourrais plus répondre de sa vie 15. »
En apprenant le retour de son fils, rapporte Mengin, Méhémet-Ali, fou d'inquiétude, se précipite à sa rencontre et demeure auprès de lui dans son palais de Rodah jusqu'à sa complète guérison.
Ismaïl, lui, marche vers une fin aussi cruelle que tragique, à l'image même de sa personnalité. Le départ de son frère aîné l'amène à solliciter de Méhémet-Ali l'autorisation de rentrer au Caire lui aussi. Le pacha rejette d'abord la demande de son fils : « Vous êtes dans toute la vigueur de l'âge, lui répond-il, c'est un devoir pour vous de lutter contre les périls de la guerre et l'inclémence des saisons. » Toutefois, en octobre 1822, après s'être fait expliquer en détail les événements, il lui permet de se rapprocher de l'Égypte à condition que les pays conquis aient été organisés au préalable.
En compagnie d'une centaine d'hommes, Ismaïl quitte donc le Sennar et vers la fin d'octobre se dirige sur la Nubie où il pense hiverner. Parvenu à Chendy, ville importante de près de quinze mille habitants, il s'y arrête pour inspecter la garnison et en profite pour exiger des habitants une extravagante contribution de guerre. Il ordonne qu'on lui remette dans les cinq jours deux mille esclaves et vingt mille piastres fortes d'Espagne (environ dix mille francs-or). Nemr, le prince du lieu, objecte l'impossibilité matérielle de s'exécuter dans un délai aussi court. Pour toute réponse, Ismaïl l'injurie et le frappe au visage, menaçant de le faire empaler s'il ne lui donne pas satisfaction. D'autant plus furieux que sa reddition n'a été jusque-là qu'une source de vexations et d'humiliations et n'a fait que les exposer, lui et ses hommes, à des actes arbitraires, Nemr se domine néanmoins, promet de faire de son mieux et prie Ismaïl d'aller l'attendre sur la rive gauche du Nil, dans une bourgade isolée en face de Chendy. Ismaïl ne se méfie pas et s'installe avec sa suite dans une vaste paillote. Dans la soirée, Nemr fait servir à ses hôtes un repas fastueux, tandis que, sous prétexte de nourrir les chevaux de ses invités, l'on entasse autour de la paillote de la paille et des joncs secs.
Vers la fin du dîner, à la tombée de la nuit, les guerriers de Nemr mettent le feu au fourrage, et le lieu du festin s'embrase comme une torche. Ismaïl et ses compagnons essaient vainement de s'enfuir par l'unique porte. À chaque tentative, les fers des lances et les pointes des sabres les rejettent dans le brasier et Ismaïl périt brûlé vif, sous les injures d'une foule ivre de vengeance. Il avait tout juste vingt-sept ans. Ses restes seront transportés au Caire et inhumés auprès de ceux de Toussoun, au cimetière de l'imam Chafeï.
Cette mort, suivant de peu le départ d'Ibrahim, laisse le commandement du Soudan au gendre de Méhémet-Ali, Mohamed bey el-defterdar, qui entre-temps a conquis le Kordofan. Issu d'une ancienne famille de beys, élevé à Istanbul, il a reçu une éducation soignée et une instruction très au-dessus de la moyenne, se distinguant en histoire et en géographie. Pour avoir fait dresser le premier une carte du Kordofan, il a été admis au sein de la Société française royale de géographie. Mais, sous des allures raffinées, empreintes de courtoisie, il y a chez cet individu quelque chose
d'implacable16.
À ce propos, le récit du voyageur anglais Edward Lane17 mérite que l'on ouvre une parenthèse.
Un nazir (gérant de propriété, contremaître) qui venait d'être nommé en charge du district de Menoufieh se présenta à un fellah pour lui réclamer soixante rials, en règlement de ses taxes. Le fellah jura qu'il ne possédait pas le premier sou de cette somme. Toute sa fortune se limitait à une malheureuse vache et le lait qu'il en tirait lui permettait à peine de sustenter sa famille. Ses explications n'eurent aucun effet sur le nazir. Il ordonna au fellah de lui amener l'animal et rassembla les villageois. La vache fut mise en vente à soixante rials. Mais il ne se trouva pas une seule personne pour posséder un tel montant. Le nazir ne se découragea pas. Il fit venir le boucher du village et lui ordonna de découper l'animal en soixante parts. Chacune d'entre elles fut imposée à soixante villageois, au prix d'un rial. C'est ainsi que la somme due par le fellah fut réunie. Quant au boucher, il reçut la tête en récompense du travail accompli.
Or le gouverneur du district, à cette époque, n'était autre que le fameux Mohamed bey el-defterdar. C'est auprès de lui que se précipita l'infortuné fellah pour se répandre en protestations, suppliant pour qu'on lui rendît justice. Après l'avoir écouté attentivement, Mohamed bey lui demanda à combien il estimait la défunte vache. « Cent vingt rials au moins », gémit le paysan.
Le gouverneur médita un instant, puis il fit convoquer le nazir.
« Ce que cet homme me rapporte est-il vrai ? »
Le contremaître confirma.
« Parfait. Faites venir le boucher. »
Le boucher arriva à son tour.
« Pour quelle raison as-tu découpé cette vache ?
– Parce que le nazir m'y a contraint. En cas de refus, j'aurais eu droit à la bastonnade et il aurait fait brûler ma maison.
– Je vois. Connaissez-vous l'identité des acheteurs ? »
Le nazir et le boucher acquiescèrent, et le defterdar ordonna de les convoquer sur-le-champ.
Une fois les soixante villageois rassemblés, il s'enquit :
« Cette vache valait-elle soixante rials ?
– Oh non ! Seigneur, elle en valait au moins le double. »
Le gendre de Méhémet-Ali hocha la tête et convoqua alors le juge du district à qui il relata toute l'histoire.
« Qu'en penses-tu ?
– Je pense que ce fellah a été victime d'une terrible injustice. Allah désapprouve l'injuste. »
Le defterdar pointa son doigt sur le boucher :
« Si Allah t'ordonne d'accomplir une action, l'accomplirais-tu ?
– Bien sûr, Seigneur. Allah est tout-puissant.
– Très bien. Dans ce cas, tue le nazir ! »
Aussitôt des soldats s'emparèrent du contremaître. Il fut ligoté et sa gorge livrée au hachoir du boucher.
« Et maintenant, découpe-le en soixante parts ! »
Le boucher s'exécuta.
Ensuite, désignant les villageois, le defterdar les somma d'acheter chacun un morceau de la dépouille mais, cette fois, au prix de deux rials. Ce fut seulement lorsqu'ils se furent acquittés de la somme qu'on les autorisa à se retirer et les cent vingt rials furent remis au fellah.
Se tournant à nouveau vers le juge, Mohamed bey demanda :
« Et, selon toi, comment le boucher devrait-il être rétribué pour le travail qu'il vient de fournir ? »
Le juge répliqua :
« De la même façon qu'il fut payé par le nazir.
– Parfait », acquiesça le defterdar.
Désignant la tête encore chaude du contremaître, il déclara au boucher, transi de peur :
« Prends-la ! Elle est à toi, et pars en paix. »
Cette petite histoire, qui ressemble fort à un conte, témoigne de la personnalité du gendre de Méhémet-Ali. D'ailleurs ce qui suit confirme.
À la nouvelle de la mort d'Ismaïl, Mohamed bey se précipite sur les lieux. En un rien de temps, toute la province de Chendy est mise à feu et à sang. Près de trente mille têtes sont sacrifiées aux mânes d'Ismaïl et nul doute que son beau-frère n'aurait étendu la désolation à d'autres provinces si Méhémet-Ali, prévenu par des officiers indignés, ne lui avait intimé l'ordre de mettre fin aux massacres. Devant l'ampleur de cette vengeance, on se demande si ce que le defterdar disait de lui-même ne comporte pas un fond de vérité : « J'ai fait périr dans les supplices les plus variés plus d'êtres humains que les femmes de mon harem n'en eussent pu procréer si elles avaient enfanté chaque jour de leur existence. » À la fin du XIXe siècle, selon W. Palgrave, son seul nom faisait encore trembler d'épouvante les
populations du Sennar et du Kordofan 18.
La maladie d'Ibrahim, la mort d'Ismaïl mettent un coup d'arrêt définitif à la progression de l'armée égyptienne vers l'Afrique centrale. Mais toute la Nubie est désormais conquise. Le vice-roi s'est approprié un peu plus de deux millions de kilomètres carrés, soit le double de l'Égypte actuelle.
À défaut d'or, la possession du Soudan apporte à l'Égypte un complément de richesses naturelles et lui confère aussi et surtout des moyens de pénétration économique et politique jusqu'en plein cœur de l'Afrique. De la sorte, grâce à la possession des ports de la mer Rouge, les voies de communications entre le Soudan et l'Arabie sont désormais entre les mains du pacha. Et comme il tient également les ports de la côte arabique et au nord celui de Suez, c'est le contrôle absolu de la mer Rouge qu'il exerce. Jusqu'à ce jour, il a agi en vassal de la Porte ; la conquête du Soudan vient de l'élever au rang de souverain à part entière. Plus tard, on l'a vu, il s'arrogera le droit de frapper monnaie.
En cette fin de campagne (1822), on peut dire que l'empire égyptien de Méhémet-Ali est d'ores et déjà fondé. Du golfe Persique au désert de Libye, du Soudan à la Méditerranée, de part et d'autre de la mer Rouge, il s'étend sur cinq millions de kilomètres carrés – soit dix fois la France ou la moitié de l'Europe. En dix-sept ans, le petit marchand de tabac de Kavála a érigé un empire napoléonien, se rapprochant ainsi des nues où trônait son idole.
Bien évidemment, on ne franchit pas pareilles étapes sans conséquences, tant vis-à-vis de la Sublime Porte que des Européens. Le comte de Marcellus fait observer dès 1820, dans ses Souvenirs d'Orient : « Il était aisé de pressentir que, dès lors, entre la Turquie et l'Égypte, surviendrait une lutte prochaine dont l'issue pouvait être douteuse. Un empire naissant et plein de force ne saurait se soumettre longtemps à un empire faiblissant et
décrépit » Voici virtuellement posée la célèbre question d'Orient19. Après l'intervention égyptienne en Grèce, elle deviendra la préoccupation majeure des puissances occidentales et débouchera sur une crise redoutable.
Mais, avant d'aller plus avant dans les événements de politique étrangère, marquons une pause et déplaçons notre regard vers l'intérieur de l'Égypte.
1 Suisse d'origine, il s'était converti à l'islam sous le pseudonyme d'Ibrahim ibn Abdallah. Imprégné de culture musulmane, il s'identifiera totalement avec les Égyptiens.
2 Guémard, op. cit.
3 Leur nombre varia d'environ 8 000, à la fin du XIVe et au début du XVe siècle, à 12 000 sous le règne de Soliman le Magnifique, 26000 à la fin du XVIe siècle, 55 000 en 1653, pour redescendre à 30 000 dans les années suivantes et remonter à 70000 en 1700, puis de 35 000 à 65 000 jusqu'au début du XIXe siècle.
4 Voir Dehérain, op. cit.
5 D'après Vaulabelle, l'armée égyptienne était composée d'un train d'artillerie, de 3500 hommes d'infanterie et de cavalerie, dont 800 Arabes appartenant à différentes tribus. Histoire scientifique et militaire de l'expédition française en Égypte, t. X.
6 Ibid., et Weygand, op. cit.
7 La région tire son nom de la capitale de l'ex-royaume fung, baptisée Sennar.
8 Archives égyptiennes, in Sabry, op. cit.
9 Entre 1802 et 1806, il avait accompagné le vicomte George Valentia en qualité de dessinateur au cours d'un long périple qui les avait conduits à Ceylan, en Égypte et en Abyssinie. La relation de son voyage, publiée en 1814, remporta un très vif succès et lui valut de remplacer Missett en tant que consul d'Angleterre en Égypte. Voir Fiechter, op. cit.
10 Dès le début du IVe siècle, un jeune Syrien naufragé du nom de Frumence, accueilli par le Négus et élevé à sa cour, convertit celui-ci au christianisme et devint le premier évêque du pays. À partir du Ve siècle, des moines venus d'Antioche réalisèrent la conversion définitive du peuple et de ses rois.
11 Sabry, op. cit.
12 L'origine des Fung est très controversée. Certains les rattachent aux Shilluk, d'autres les font venir du Darfour ou d'Abyssinie. Le royaume fung émerge dans l'histoire au début du XVIe siècle, deux siècles après la chute des royaumes chrétiens de Nubie. Mis à part leur nom, on ignore tout des premiers souverains fung. C'est au début du XVIIe siècle que l'un de leurs rois, Badi II, construisit un palais et une mosquée dans sa capitale, Sennar.
13 A. de Vaulabelle, in Histoire militaire de Mohammed Aly et de ses fils, général Weygand, op. cit.
14 Il était arrivé en Égypte vers 1815, à l'âge de vingt-huit ans. Grâce à Drovetti, il était entré au service de Méhémet-Ali avec pour mission de rechercher des métaux précieux. Drovetti lui avait affublé le titre de « minéralogiste du pacha ». Voir Fiechter, op. cit. Il a laissé d'intéressants souvenirs de son expédition dans un ouvrage intitulé Voyage à Méroé, au Fleuve blanc, au-delà du Fazogl, dans le midi du royaume de Sennar, à Syouah et dans cinq autres oasis, 4 vol., Paris, 1823-1827. Il deviendra conservateur du muséum d'histoire naturelle de Nantes jusqu'à sa mort survenue en 1869, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.
15 Cité par Enkiri, op. cit.
16 Weygand, op. cit.
17 The manners and customs of the modern Egyptians, Londres, 1908. Paul Chaix, qui a croisé Edward Lane en Égypte, le décrit ainsi : « Il y a ici un Anglais nommé Mr. Lane dont le genre de vie peut nous paraître bizarre. Il est arrivé au Caire depuis un assez grand nombre d'années, sachant, je crois, l'arabe de manière à parler couramment. Faisant divorce avec les mœurs et les voyageurs de son pays, il s'est voué à l'observation des mœurs égyptiennes et à l'étude de la littérature arabe, adoptant le costume, les usages et même toutes les pratiques extérieures du culte. Mr. Lane évite la visite des Européens et se borne à la fréquentation des Égyptiens, des mosquées, des cérémonies religieuses, des lieux de dévotion où il se fait remarquer par sa ferveur. »
18 Lors d'un un voyage au Kordofan en 1860, près de quarante ans après la conquête du Soudan, l'explorateur français Guillaume Lejean recueillit de nombreux témoignages sur le gendre de Méhémet-Ali. Ceux-ci le dépeignaient sous les couleurs les plus sombres. Voir Weygand, op. cit.
19 On appelle ainsi la succession d'événements historiques auxquels on donne comme point de départ la signature du traité de Kutchuk-Kaïnardji en 1774 et comme point terminal le traité de Lausanne de 1923. Elle gravite essentiellement autour du démembrement de l'Empire ottoman et de la lutte des grandes puissances pour établir leur contrôle ou leur influence sur l'Europe balkanique et les pays de la Méditerranée orientale.
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