Le dernier pharaon, Méhémet Ali

Gilbert Sinoué · Chapitre 52 sur 101

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Le dernier pharaon, Méhémet Ali

La défaite des pachas

 

Profitant des gesticulations stériles de la Porte, le vice-roi presse les préparatifs du deuxième choc frontal qu'il sait inéluctable. Redoublant d'énergie, il fait parvenir à son fils hommes, argent et matériel.

Il faut cinq jours pour se rendre d'Acre à Damas. Le 13 juin 1832, Ibrahim fait son entrée dans la capitale syrienne sans rencontrer la moindre opposition : Ali pacha, qui gouvernait la garnison de la ville, a estimé la fuite préférable à un combat perdu d'avance.

Protégée par une muraille mal entretenue et défendue seulement par une petite citadelle carrée, Damas n'offre aucun avantage militaire. Seul son rang dans la hiérarchie religieuse et politique de l'Empire justifie son occupation. Premier siège de la puissance des califes, boulevard de l'islamisme durant les croisades, elle est aussi le chef-lieu du gouvernement des sultans et le lien d'Istanbul avec La Mecque. Aussi deviendra-t-elle le siège de l'administration égyptienne, sous le gouvernement d'Ibrahim.

Aussitôt après, une partie de l'armée impériale ottomane se met en route sous les ordres de Hussein pacha. Curieusement, elle ne se hâte point. S'arrêtant huit jours à Antioche, où le choléra ravage ses rangs, elle se déplace ensuite vers Alexandrette (Iskanderun) et, malgré l'insalubrité qui y règne, et qu'accroît la chaleur de l'été, Hussein décide d'y camper et d'attendre la flotte et les approvisionnements promis par Istanbul.

L'autre partie de l'armée, commandée par Mohamed pacha, se dirige vers Hama, puis, estimant que les fortifications de la ville sont insuffisantes, le général turc préfère outrepasser les ordres du ministre de la Guerre et prend le chemin de Homs. Il y arrive aux alentours du 7 juillet 1832. Le pacha d'Alep l'y a devancé avec un corps d'irréguliers.

Alors qu'un drogman vient de lui transmettre un avis lui recommandant de ne point s'arrêter et de prendre position au-delà de Homs, Mohamed pacha accepte de prendre part au souper organisé en son honneur, déclarant, dit-on : « Aujourd'hui nous ne ferons rien. L'ennemi est à dix-huit heures d'ici. » Cette récréation lui sera fatale. Après avoir ordonné à ses hommes de bivouaquer près de l'Oronte, il se laisse complaisamment porter dans la tente des cérémonies. Tandis qu'entre deux bouffées de narguilé les généraux turcs se repaissent de salamalecs et de compliments, Ibrahim, lui, va un train d'enfer. À l'aube du lendemain, il est aux abords de la ville.