Le dernier pharaon, Méhémet Ali
15 - de L'eau, des Routes et des Barrages (1816-1847)
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DE L'EAU, DES ROUTES ET DES BARRAGES
(1816-1847)
La prospérité d'une agriculture dépend de l'amélioration du système d'irrigation. Celle-ci est la condition sine qua non de celle-là.
Napoléon avait observé très clairement la situation particulière de l'Égypte à cet égard : « Les plaines de la Beauce et de la Brie sont fécondées par l'arrosement régulier des pluies ; l'effet de l'administration y est nul sous ce rapport ; mais en Égypte, où les irrigations ne peuvent être que factices, l'administration est tout. Si l'administration est mauvaise, vicieuse ou faible, les canaux sont obstrués de vase, les digues mal entretenues, les règlements de l'irrigation transgressés, les principes du système d'inondation contrariés par les séditions ou les intérêts particuliers
des individus ou des localités1. »
Après lui, Kléber et Menou avaient entrepris l'entretien et le développement du système de canalisation qui existait en Égypte de toute antiquité. Méhémet-Ali, lui, va beaucoup plus loin : son règne marque le point de départ de la modernisation des travaux d'adduction et de répartition des eaux du Nil.
Deux Français restent indissociables de cette gigantesque entreprise :
Eugène Mougel2 et Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefonds. Ce dernier, originaire de Lorient, est aspirant de marine quand il arrive en Égypte en 1818, en qualité de dessinateur, avec la mission du comte de Forbin. Le pays lui plaît : il y reste. Sous les auspices de la Société
africaine3, il parcourt toute la vallée du Nil, de la Méditerranée au Soudan oriental, explore les déserts du Sinaï et de l'Arabie pétrée avec Léon de Laborde, gagne le site de Pétra, seize ans après l'incursion du voyageur suisse Burckhardt.
De sa propre initiative, il reprend les calculs effectués en 1799 par Le Père Aîné, ingénieur en chef de la commission scientifique de l'armée d'Orient. Il en soupçonne les résultats erronés. En effet le travail de Le Père, publié en 1808, avait, à la suite d'une erreur de triangulation, conclu à une différence de niveau de près de dix mètres entre la mer Rouge et la Méditerranée, d'où l'impossibilité d'ouvrir une voie d'eau reliant ces deux mers. Linant rectifie l'erreur et confirme qu'il est possible de creuser un canal maritime direct de Suez à Péluse (non loin de l'actuel Port-Saïd), sans risquer d'inonder les terres du Delta. Il reste indiscutablement le grand oublié du fabuleux projet du canal de Suez. En évoquant Bellefonds, nous ne pouvons nous empêcher d'établir un parallèle avec Amerigo Vespucci et Christophe Colomb. Le second découvrit les Amériques ; et pourtant ce fut du nom du premier que l'on baptisa le Nouveau Monde. L'Histoire a parfois d'étranges périodes d'amnésie...
Sous l'instigation du pacha, il commence par faire remettre en état les canaux existants. Ensuite il en creuse de nouveaux, tout en perfectionnant les moyens dont le fellah disposait jusque-là pour élever l'eau du Nil jusqu'aux berges du fleuve. C'est ainsi que près de trente-huit mille machines élévatoires sont introduites en Égypte. Grâce à des travaux conçus selon un plan méthodique, le système d'irrigation par canaux d'arrosage remplace progressivement l'ancien système d'inondation par bassins en Haute et en Basse-Égypte.
Ainsi que l'écrit Linant lui-même en préambule de son ouvrage4, « avant l'arrivée de l'armée française conduite par Bonaparte, chaque village, administré par un lieutenant du bey commandant la province, procédait aux travaux qui lui convenaient, en fait de digues, de canaux ou de drains, pour l'arrosage de ses propres terres sans s'inquiéter aucunement de savoir s'il ne portait pas ainsi préjudice à ses voisins ». De là, des contestations sans fin qui dégénéraient souvent en querelles sanglantes.
Méhémet-Ali met un terme à cette anarchie. Vers 1816 il ordonne la construction de centaines de digues, afin de contenir le Nil et de l'empêcher de déborder à l'époque de la crue. Entre 1816 et 1832, il dote l'Égypte de plus de quatre-vingts lieues de canaux ; bilan considérable, qui n'aurait probablement pas été possible sans la corvée. Sous le contrôle d'ingénieurs et d'agents subalternes désignés par le gouvernement, ces terrassiers improvisés, nourris de fèves, d'oignons et de galettes de dorah (maïs), peinent jusqu'au crépuscule, équipés d'outils rudimentaires, ceux-là mêmes qu'ils ont l'habitude d'employer pour le travail des champs. Les plus démunis rejettent la terre avec leurs mains. On peut imaginer la somme de labeur et d'épuisement lorsqu'on sait qu'en une seule année, avec des moyens aussi misérables, on effectue plus de cinquante millions de mètres
cubes de terrassement5. On divise ensuite le long corridor, à peine large de dix kilomètres, que constitue la vallée du Nil en Haute-Égypte, en grands bassins, chacun d'une superficie de dix-huit à vingt mille hectares et on les relie à des canaux ou à des drains.
L'une des créations les plus marquantes de cette entreprise est le
creusement du canal Mahmoudieh 6.
Sous la domination de la Porte, l'antique voie d'eau qui reliait le Nil à Alexandrie s'était presque asséchée, si bien que, dès la fin du XVIIe siècle, elle ne laissait plus passer qu'un maigre filet d'eau, à peine suffisant aux consommations de la ville. La population d'Alexandrie augmentant, le besoin d'eau douce se fait sentir ; il devient urgent de remédier à ce manque.
Trois raisons ont poussé le vice-roi à creuser le Mahmoudieh.
La première est d'ordre économique. Grâce à ce canal, on pourrait alimenter en eau Alexandrie, permettre à la ville de se développer tout en créant une voie sûre pour le transport des denrées (blé surtout) destinées à l'exportation.
La deuxième raison est, pourrait-on dire, « affective ». Depuis son arrivée en Égypte, et surtout depuis que l'échec du débarquement anglais de 1807 lui a permis de mettre la main sur le port, Méhémet-Ali médite d'élever l'antique cité ptolémaïque au rang de port international. Par conséquent, il est aussi indispensable de l'alimenter en toute saison en eau potable, de même que de lui assurer une voie de communication rapide avec la capitale.
La troisième raison est d'ordre militaire : « La partie du port des barques qui est à l'extrémité occidentale ne sera finie que dans un ou deux ans. Alors, le canal formera une nouvelle défense à Alexandrie du côté de la terre. Méhémet-Ali a sans doute eu cet objet en vue, non moins que la facilité de transporter ses denrées sans risque et à peu de frais ; mais le mobile secret de tant de travaux, c'est de détourner les eaux du Nil de manière à rendre impraticable l'embouchure de Rosette et à la fermer à la flottille du capitan pacha dont il se crut menacé il y a trois ans. La barre de l'embouchure de Damiette ne permet pas d'y passer. Ainsi, on ne pourrait
aborder par mer qu'à Alexandrie sous le feu des batteries7. »
Les travaux commencent aux alentours du mois de juillet 1817. Une fois de plus, on a recours à la corvée. Linant cite le chiffre – peut-être est-il exagéré – de 360 000 hommes.
Le projet est d'abord confié à un certain Hadj Hassan, ingénieur turc qui néglige toute étude préalable. Le tracé extraordinairement sinueux est effectué sans préparation. Les chefs de village débarquent avec leur contingent d'ouvriers et l'on pioche à l'aventure. Plus tard on est contraint, pour relier tous ces tronçons creusés au hasard, de faire des angles, de se lancer dans d'invraisemblables courbes, ce qui fait du canal une suite de lacets incohérents.
Au début de 1819, devant l'incompétence avérée dudit Hassan, Méhémet-Ali décide de transmettre la direction des travaux à l'architecte Pascal Coste.
Fils de menuisier, celui-ci est né à Marseille le 28 novembre 1787. Après avoir suivi les cours d'un ancien élève de Ledoux, il a été placé comme dessinateur en 1804 auprès de M. Penchaud, architecte de la ville. Recommandé par ce dernier, il a été admis en 1814 à l'école des Beaux-Arts de Paris dans la classe d'architecture, y est remarqué par Jomard qui l'envoie en mission auprès de Méhémet-Ali. Il restera en Égypte de 1817 à 1827. D'emblée, il établit les plans et construit la première fabrique de salpêtre par évaporation conçue par Baffi. Sa compétence en matière hydraulique le fait ensuite désigner pour le creusement de canaux à Zagazig. À cet effet, il demande à Méhémet-Ali de lui fournir pendant soixante jours trente mille fellahs. Le vice-roi lui rétorque, pour que ce délai soit abrégé : « Je vous en donne soixante mille ou même quatre-vingt
mille 8. » On reconnaît là sa fameuse impatience.
C'est aussi à Coste que l'on doit les dix-neuf tours télégraphiques érigées en 1821 et 1822 entre la Citadelle du Caire et Alexandrie.
Méhémet-Ali qui, semble-t-il, souffrait alors de crises d'asthme et à qui Clot avait conseillé des bains de mer, lui passe commande d'un pavillon avec ses intendances sur les bords du Port-Vieux à Alexandrie, lequel est achevé en 1821. Dans la foulée, le Marseillais rénove les jardins du palais de Choubra, construit une demeure pour Boghos bey, ainsi qu'une villa pour le consul d'Angleterre.
En revanche nombre de ses projets ne voient pas le jour faute de moyens,
à fortiori lorsque la guerre de Morée9 engloutit toutes les finances de l'État. Néanmoins, les recherches effectuées tout au long de son séjour en Égypte lui permettent d'accomplir un travail admirable qui lui vaut l'estime de la
communauté scientifique10.
Ayant mis en route les projets de construction de deux mosquées, l'une au Caire, l'autre à Alexandrie, le très chrétien Coste se fait délivrer par le vice-roi l'autorisation d'étudier toutes celles de la capitale, non sans s'attirer cette recommandation : « N'allez pas à la mosquée d'Al-Azhar, où de nombreux étudiants sont toujours prêts à s'insurger contre la présence d'un infidèle. » Coste passe outre et rencontre le recteur qui le reçoit le plus courtoisement du monde. Il faut préciser que Coste boitait. Il est possible que cette claudication – signe de fragilité et de vulnérabilité – lui ait attiré la sympathie ou la commisération des cheikhs qui le laissèrent librement pénétrer dans les sanctuaires.
Il revient une première fois à Paris en septembre 1823. Nommé inspecteur des travaux du département des Bouches-du-Rhône, il se rend à Marseille pour remplir cet emploi mais très vite, répondant aux sollicitations de Méhémet-Ali, il repart pour Le Caire où le souverain lui demande la construction d'un palais près de sa résidence de Choubra. Palais qui ne sera jamais construit.
En septembre 1827, piqué par un scorpion (qu'il conservera dans un flacon puis remettra au Muséum d'histoire naturelle), il est soigné par le docteur Dussap (ancien de l'expédition d'Égypte), puis par le docteur Clot. Ce dernier lui conseillant de rentrer en France, il embarque sur l'Alceste, et sa carrière se partage entre l'enseignement à l'école des Beaux-Arts de Marseille et des voyages qui le conduisent jusqu'en Perse. Il en tirera un recueil de souvenirs et s'éteindra en 1879, presque centenaire.
Chargé du Mahmoudieh, Coste fera de son mieux pour réparer les dégâts, mais l'affaire était trop mal engagée. Une fois achevé, l'ouvrage demeure imparfait. Faute de pente (par conséquent de débit suffisant), les eaux douces seront très vite envahies par les infiltrations marines. Un autre Français, Huyot, attaché à la mission du comte de Forbin, essayera de faire passer l'eau du canal dans les citernes d'Alexandrie par le biais d'un aqueduc, mais il ne réussira qu'à moitié : le liquide amené sera saumâtre.
Le Mahmoudieh est terminé en décembre 1820 et son inauguration officielle a lieu en février 1821. Il aura coûté trente mille bourses, somme relativement faible par rapport à l'importance de l'entreprise, qui s'explique par le système de la corvée : près de vingt mille fellahs ont payé cette entreprise de leur vie, emportés par l'épuisement et les fièvres dans des
marais insalubres11.
À partir de 1834, un conseil est institué, dont la présidence revient à Linant, alors promu ingénieur en chef de toute l'Égypte. L'année suivante, on crée le département des Travaux publics, rattaché à l'Instruction publique et placé sous le contrôle supérieur de Mokhtar bey. Dès lors, tous les projets sont assurés par ce département.
En dehors des ouvrages exigés par l'irrigation même, Méhémet-Ali fait procéder à d'autres améliorations. Il ferme la digue qui sépare les lacs Madieh et Mariout près d'Alexandrie, digue que les Anglais avaient rompue en 1801 afin d'isoler Menou dans la place et le priver d'eau potable. Grâce à cette réfection, plusieurs centaines d'hectares sont rendus à l'agriculture. Le grand pacha fait aussi boucher le canal Pharaonieh, communication naturelle entre les deux bras du Nil qui passait par la ville de Menouf. Au cours de l'étiage, cette dérivation enlevait une masse d'eau considérable à la branche de Damiette, ce qui avait pour effet de nuire aux rizières situées
entre Mansourah et la mer 12. Le pont d'Al-Lahoun, dont la tradition attribue la construction à Saladin, était au bord de l'écroulement. On le revêt d'un placage et on le double à cent mètres en amont d'un barrage en maçonnerie.
À la même époque commence, toujours sous les directives de Linant de Bellefonds, l'étude d'un grand barrage à la pointe du Delta. Cette idée, plus encore que celle du canal de Suez, était elle aussi une conception napoléonienne : « Un jour viendra où l'on entreprendra un travail d'établissement de digues barrant les branches de Damiette et de Rosette au “Ventre de la Vache”, ce qui, moyennant des batardeaux, permettra de laisser passer successivement toutes les eaux du Nil dans une branche donnée ou dans l'autre et de doubler ainsi l'inondation. »
Dans un premier temps, Méhémet-Ali songe à barrer le Nil uniquement à la branche de Rosette, mais Linant lui fait observer les inconvénients et les dangers que comporte l'idée de barrage unique et le convainc de l'intérêt d'en établir deux, un sur chaque branche du fleuve, lesquels, s'ouvrant et se fermant à volonté, laisseraient passer une plus ou moins grande quantité d'eau d'un côté ou de l'autre. Le vice-roi, séduit, lui donne pleins pouvoirs.
Le premier plan du barrage est arrêté par une commission dans laquelle figurent, à côté de Linant, directeur général des Travaux publics, « le Père » Enfantin, ainsi que quelques polytechniciens choisis parmi ses adeptes : les ingénieurs des Mines Lambert et Fournel, les capitaines Hoart et Bruneau. Y siègent aussi deux Anglais, Galloway et Walles. Le point adopté pour l'emplacement de l'ouvrage est précisément celui que préconisait Bonaparte : le lieu-dit « Ventre de la Vache », c'est-à-dire la pointe que dessinent, à leur commune naissance, les branches de Rosette et de Damiette. Et le 12 mai 1834 on inaugura le chantier. Ce jour-là les saint-simoniens présents célèbrent à la fois le souvenir de Napoléon et... l'Assomption de la Vierge. Toute une cave est engloutie : seize bouteilles de champagne, quinze de bourgogne, dix de vins de Provence et dix autres de
crus plus ordinaires 13.
Des milliers de terrassiers, quarante mille au dire d'Enfantin, ont été réquisitionnés pour la corvée. Chose incroyable, rien n'avait été prévu pour les accueillir : ni logements, ni outils, ni nourriture. Il faut tout construire, hangars, hôpital, service médical, etc. Linant est même de son propre aveu amené à détourner des barques chargées de blé qui passent sur le Nil et à réquisitionner les moulins des villages environnants, ainsi que les fours. Et de faire observer : « En Égypte, on veut que les choses une fois décidées se fassent comme par enchantement ; quand on désire, il faut que cela soit exécuté coûte que coûte ; tous les moyens sont bons pourvu que l'on fasse vite. Que le travail désiré soit bien confectionné et durable, ce n'est pas là le but, il faut avant tout que l'on puisse en jouir très vite, et tout doit être sacrifié à cela. »
Cette impatience, l'un des traits les plus regrettables du caractère de Méhémet-Ali, le conduit à faire à Linant une suggestion pour le moins hallucinante : démolir les pyramides de Gizeh pour en utiliser les pierres au profit des barrages ! Une commission des Travaux publics s'est même
rendue sur place afin d'étudier le projet 14. Linant, formellement opposé à une telle entreprise mais ne désirant pas s'opposer de front à son seigneur, trouve une parade. Patiemment, avec une rigueur exemplaire, il fait établir un devis et le soumet à Méhémet-Ali. À eux seuls, les travaux préparatoires coûteraient plus de quinze millions de piastres égyptiennes. Devant l'énormité de la somme, le vice-roi opte très vite pour la solution la plus sage et la moins iconoclaste, que préconise Linant : recourir à des carrières ordinaires.
Les conflits causés par l'ingérence personnelle du chef des saint-simoniens dans la direction du chantier (mai 1834), le dérèglement des mœurs de ses disciples, la désertion en masse des fellahs compromettent bientôt la marche des travaux. Sur cela vient se greffer une épidémie de peste (janvier 1835), qui fait pour le seul Caire, plus de trente-cinq mille victimes. En mai 1835, tout est suspendu. En 1837, après le départ d'Enfantin et de la plupart de ses compagnons, Linant essaie de reprendre les travaux, mais comme il l'écrit lui-même, « on n'apportait plus de matériaux, et je n'avais pour ainsi dire plus rien à faire aux barrages. »
Il faudra attendre 1842 pour que l'exécution soit reprise et poussée fort loin par un autre ingénieur français – Dieudonné Eugène Mougel –, déjà chargé des travaux du bassin à Alexandrie. En voyant Méhémet-Ali charger celui-ci de reprendre le vieux projet, Linant dut éprouver quelque dépit mais il n'en laissa jamais rien paraître, faisant observer avec philosophie : « M. Mougel proposa un autre système d'exécution, sans cela pourquoi ne m'aurait-on pas dit de reprendre les travaux par moi commencés ? »
Si talentueux que soit Mougel, il est probable que, sans les notes et les observations de son prédécesseur, il n'aurait rien pu entreprendre avant longtemps. Le 12 juin 1842, le palais, en la personne d'Artin bey, écrit à Linant :
M. Mougel, directeur des travaux du bassin à Alexandrie, a été chargé par le vice-roi de préparer un projet de barrages du Nil sur des bases nouvelles et d'après les principes qui ont mérité l'approbation de Son Altesse. Au moment de se rendre sur les lieux où il doit en étudier l'application, M. Mougel a réclamé le concours de votre expérience, fondant sa demande sur ce que, par ordre du vice-roi, vous vous êtes livré à de longues et sérieuses études sur le régime du Nil et la canalisation de la Basse-Égypte. Son Altesse a pris en considération les observations de M. Mougel et m'a donné l'ordre de vous inviter à
entrer en communication avec cet ingénieur, pour lui donner connaissance des documents que vous avez dû recueillir à l'occasion des travaux que vous avez déjà exécutés sur le sujet qui l'occupe maintenant. Son Altesse attache le plus grand prix à ce que M. Mougel s'entoure de toutes les lumières que peut lui fournir l'administration, et elle attend de vous, Monsieur, que vous l'éclairiez de votre expérience, de vos utiles renseignements, et que vous coopériez ainsi pour votre part à la réalisation d'une œuvre qui intéressant la prospérité du pays, doit trouver le concours de tous les fonctionnaires sur lesquels le vice-roi se plaît à compter.
Le premier secrétaire-interprète du vice-roi,
signé : Artin bey.
De son côté, Mougel lui avait adressé la lettre suivante : « Je compte sur votre obligeance et sur votre désintéressement pour me donner tous les renseignements hydrographiques qui sont entre vos mains ; j'ai écrit dans ce sens à Son Altesse, en lui disant qu'il était juste autant que convenable de vous faire une part dans l'œuvre du barrage, puisque vous étiez l'auteur d'un projet qui avait été jugé digne de l'exécution.
« J'ai demandé à Son Altesse d'être mis en communication avec vous, pour obtenir les documents dont j'aurai besoin et qui sont à votre connaissance. » Beau joueur, Linant s'incline sans hésiter.
Dès lors, Mougel modifie le projet initial et en janvier 1843 présente ses propres conclusions au Conseil des ponts et chaussées. À la différence de Linant qui prévoyait deux ponts-barrages distincts, un pour chaque branche, distants l'un de l'autre de six kilomètres environ, Mougel conçoit un ouvrage d'un seul tenant pour les deux bras du fleuve. De plus, son plan comporte un ensemble de fortifications dont le caractère militaire n'est pas sans séduire le vice-roi. Son défaut principal est de reposer sur un terrain moins stable que les deux ouvrages envisagés par Linant, qui étaient extérieurs au lit du fleuve.
Le rapport de la commission est lapidaire : « Le projet du barrage n'a pas été précédé d'études suffisantes. [Il] n'atteindra pas le but qu'on s'est proposé. [Il] n'est pas nécessaire, pour produire un grand bien dans les cultures, d'élever les eaux de cinq à six mètres. La question doit être étudiée à nouveau. »
Malgré cela, on passe outre et en 1847, Méhémet-Ali, au cours d'une fête pantagruélique bien dans la tradition égyptienne (on y mange cinquante buffles et on y emploie trois cents cuisiniers) pose lui-même la première pierre et fait frapper la médaille commémorative dont nous avons déjà parlé en début d'ouvrage.
Malgré son attitude distinguée dans cette affaire, Linant, dont le projet n'était probablement ni pire ni meilleur que celui de son confrère, s'est attaché à démontrer, planches à l'appui, dans son recueil déjà cité qu'entre autres mérites son propre barrage n'aurait, dans les années trente, coûté que quelque 21 millions de francs, tandis que vingt ans plus tard celui de Mougel, toujours inachevé, en avait déjà englouti 47. De fait, les travaux interrompus à plusieurs reprises faute de fonds ne sont toujours guère avancés à la fin du règne mais, explique Scipion Marin, « il faut en accuser surtout l'indolence incurable de l'administration qui, en Orient, freine indéfiniment l'exécution des plus beaux desseins ».
À la mort de Méhémet-Ali en 1849, son petit-fils et successeur, Abbas, limoge Mougel, le jugeant incompétent, et confie l'achèvement de l'entreprise à Mazhar effendi, ancien élève de la mission scolaire de Paris. Le procès-verbal dressé à cette occasion laisse à penser, une fois encore, que les réserves de Linant n'étaient pas sans fondement. Il établit entre autres défectuosités que, sur le grand empiétement, une partie du ciment se
fissure. Le radier 15, normalement prévu pour empêcher toute infiltration souterraine, est imparfait. Cependant, Linant impute en toute objectivité ces tares moins à Mougel qu'à l'incompétence des ouvriers et à l'impatience de
Méhémet-Ali lui-même 16.
Absorbé par des soucis plus impérieux, le vice-roi n'a guère le loisir de s'occuper de travaux d'urbanisme. Toutefois, grâce à l'afflux des étrangers et à la construction subséquente de quartiers neufs, Alexandrie devient une ville à demi européenne, ne ressemblant en rien à la misérable bourgade, végétant au milieu des ruines d'une nécropole, qu'avait connue l'armée de Bonaparte.
« Des rues carrossables et larges ont été ouvertes par le pacha. Le quartier franc est le plus beau de la ville. Les magasins européens sont assez nombreux ; le chrétien coudoie le musulman, et l'étranger peut assez bien se tirer d'affaire sans savoir cent mots d'arabe. Il se voit servi en français et en anglais dans des hôtels élégants. Alexandrie doit à Méhémet-Ali une vie nouvelle. Son étendue habitée est triple de ce qu'elle était en 1798. Ses environs déserts où l'on ne se hasardait autrefois en quête d'antiquités qu'au risque de rencontrer les hyènes et les chacals, se sont couverts de jardins
ombragés, d'élégantes villas et même de beaux quartiers 17. »
Le Caire, en raison de l'étendue de la ville et (déjà) de la densité de sa population, devra attendre la fin du XIXe siècle pour connaître les mêmes rénovations. En 1847, la capitale est quasiment dans l'état où Méhémet-Ali l'a trouvée près d'un demi-siècle auparavant : « Peu de rues sont assez larges pour donner passage à un carrosse ; la plupart sont excessivement étroites et font comprendre comment il était plus facile aux Français, dans la grande révolte, de bombarder la ville que de s'y avancer à pied comme dans Saragosse. La foule est compacte dans un grand nombre de quartiers. La circulation dans les bazars est difficile, à cause de la foule et du peu de
largeur des ruelles18. »
Une transformation y a tout de même été apportée, concernant l'étang de
l'Ezbekieh19. À l'arrivée de l'expédition française, le terrain d'une superficie d'environ quarante feddans, soit quelque 17 hectares, était arrosé par l'eau des crues et ensemencé comme tous les champs d'Égypte. C'est à l'époque des inondations et surtout au coucher du soleil que le lieu revêtait tout son charme. On pouvait y voir naviguer des barques éclairées par les illuminations du rivage. De nombreux cafés chantants s'y étaient installés et des almées s'y produisaient, au grand bonheur des soldats de l'armée d'Orient. Mais à partir de 1807 ces plaisirs ont presque disparu ; les fêtes sur l'Ezbekieh ne sont plus ce qu'elles étaient, les barques ne sillonnent plus le lac. Un voyageur du nom de Valentia décrit le lieu comme n'étant « qu'un vaste terrain couvert de grains dont la plupart des arbres plantés par les
Français avaient été abattus20 ».
C'est en 1837 que le pacha décide de transformer l'endroit en un vaste jardin, et il ordonne au ministre des Travaux publics, Murthan bey, élève de la mission égyptienne en France, de proposer un projet allant dans ce sens. Le plan est présenté au vice-roi et approuvé. On trace alors trois grandes artères et sur le périmètre on creuse un canal d'une dizaine de mètres de largeur dont les berges sont agrémentées d'arbres et de fleurs.
Hélas, les choses se détériorent assez rapidement. Le canal étant à sec pendant les basses eaux, les habitants de la place – notamment trois ou quatre consuls – décident de s'en servir pour y établir leur basse-cour et y mettre leurs chevaux. Seulement, au moment de la crue, force est de céder la place. Alors on prétend que le canal donne des fièvres et l'on exige qu'il soit comblé. Allez savoir pourquoi, le gouvernement s'incline et la place de l'Ezbekieh perd l'un de ses plus beaux ornements.
Mais voilà, une fois le canal remblayé, c'est l'eau qui vient à manquer. Or, il en faut, ne fût-ce que pour arroser les propriétés d'alentour qui du jour au lendemain se sont retrouvées privées d'irrigation. M. Murray, consul général d'Angleterre et propriétaire d'une maison sur la place, est le premier à élever des protestations. Du coup, on construit sur l'axe du canal défunt une sorte de conduit en maçonnerie à ciel ouvert, large d'environ un mètre. Démarche qui se révèle désastreuse. Pendant les hautes eaux, le conduit est plein, mais à la venue de l'étiage il se transforme en un égout putride. On se contente de le recouvrir d'une voûte et, de fil en aiguille, la place, de plus en plus négligée, devient le rendez-vous de toute la filouterie de la capitale. Elle devait continuer de se dégrader jusqu'à l'avènement d'Ismaïl (petit-fils de Méhémet-Ali et fils d'Ibrahim). Lors de sa visite à l'exposition universelle de Paris en 1867, le nouveau maître de l'Égypte fut si charmé des transformations et des embellissements de la ville qu'il résolut de transformer la capitale égyptienne à l'instar de Paris. En 1868 un ingénieur français, Grand, reçut la direction de la voirie du Caire ; il eut à s'occuper notamment du parc de l'Ezbekieh, qui subit grâce à lui une complète transformation. Un jardin de vingt feddans, de forme octogonale, fut tracé au milieu de l'ancien parc. Les alentours immédiats furent transformés en de nouveaux quartiers avec des rues à trottoirs couverts par des arcades à l'image de celles de la rue de Rivoli, à Paris. L'inauguration eut lieu en 1872 par une fête populaire à laquelle assistèrent Ismaïl et ses ministres. Hélas, aujourd'hui il ne reste plus rien de ce qui fut l'un des plus charmants lieux de promenade d'Égypte.
Nous l'avons vu : dès 1820, Méhémet-Ali qui envisage la construction d'une mosquée au Caire a chargé Coste du projet. Elle doit être son linceul, et il désire y reposer. Cadalvène et Breuvery rapportent : « Une mosquée, ornée des magnifiques colonnes de granit rose qui décorèrent le divan de Saladin, va s'élever sur les débris de cette salle fameuse où les sultans
rendaient la justice. » « Le divan de Saladin, dit Curzon21 en 1833, qui était une salle vraiment belle, divisée en compartiments par de magnifiques colonnes antiques en granit rose, a été malheureusement démoli sur l'ordre de Méhémet-Ali. Il a été amené à le faire pour la mosquée qu'il fait édifier en albâtre égyptien, une splendide matière, mais son architecte arménien, qui est un rustre, nous offre avec le présent édifice un fâcheux contraste avec celui qui a été détruit impitoyablement » L'architecte n'est pas un
Arménien, mais un Grec du nom de Youssouf Bochna22, et celui-ci prend comme modèle non la mosquée de Sainte-Sophie, comme certains ont pu le
croire, mais celle du sultan Ahmed à Istanbul 23.
En ce qui concerne le choix de l'albâtre comme matériau, c'est Linant de Bellefonds qui, à son corps défendant, en est responsable. Il s'en explique dans ses Mémoires : « Lorsque l'idée vint à Méhémet-Ali de commencer la construction d'une mosquée à la Citadelle pour y avoir son tombeau, il chercha des marbres ; il en voyait dans les différentes mosquées du Caire de toutes couleurs et d'assez beaux ; il me demanda alors si j'avais vu dans mes voyages au désert des gisements de beaux marbres. Je lui répondis qu'effectivement, dans la chaîne de montagnes qui borde la vallée de l'Araba où se trouve le couvent Saint-Antoine du côté de l'est, on trouve différents marbres, les mêmes que ceux qui formaient les mosaïques des mosquées et des anciennes maisons. Le vice-roi décida d'envoyer quelqu'un pour recueillir des échantillons sur le lieu que j'avais indiqué. Mais la personne désignée était tout bonnement un cawas (soldat, policier), qui ne savait ni où il allait ni ce qu'était du marbre. Chemin faisant, il trouva dans l'Ouadi Sennour un morceau d'albâtre et, quoi que son guide pût lui dire pour lui faire continuer sa route jusqu'au lieu que j'avais précisé, il s'y opposa, disant que ce qu'il avait trouvé était du marbre superbe, et il revint l'apporter à Méhémet-Ali, qui à son tour le trouva magnifique. Tout le monde se garda bien de dire la vérité, sinon moi-même. J'expliquai au vice-roi que, quoique cette pierre fût belle et pût servir à certains usages, elle ne pouvait être employée dans des constructions, surtout exposée à l'air. Malgré cela, l'exploitation fut ordonnée. C'est ainsi que l'on construisit une partie de la mosquée en albâtre et non en marbre, comme il avait été initialement prévu. » Et Linant ajoute : « Plusieurs morceaux étaient de toute beauté, mais pour un mètre cube de qualité, il en fallait exploiter cinq cents. »
Ce détail explique peut-être la surprenante lenteur des travaux. Lorsque l'on sait que la patience n'était pas la vertu première du pacha, le fait ne laisse pas d'étonner : « On a utilisé, pendant ces douze dernières années, un nombre si insignifiant d'ouvriers pour les travaux de cette mosquée qu'elle n'a pas encore atteint la moitié de la hauteur prévue. Si on la termine, après cinquante ans elle constituera le seul témoignage que la ville du Caire
possédera de la piété du pacha », raille Gliddon24. Et Cooley : « La nouvelle mosquée était en cours de construction depuis quelques années lorsque nous étions au Caire ; mais, à voir la négligence et la lenteur des ouvriers, de nombreuses années passeront avant qu'on en voie l'achèvement. Retenons que les matériaux en sont de toute beauté : c'est un albâtre sombre que les ouvriers travaillent d'une main habile, et ce sera un édifice d'une richesse et
d'une beauté incomparables 25 ». Quant à Hahn-Hahn : « À l'intérieur de la Citadelle se trouve la nouvelle mosquée de Méhémet-Ali ; elle est vraiment vaste et particulièrement imposante, aussi bien par sa situation que par son style, et l'ensemble est agréable. La mosquée n'est que partiellement terminée, et plusieurs années seront probablement nécessaires à son achèvement. Selon un curieux dicton qui circule au Caire et dans les environs, le vieux pacha, qui peut mourir d'un moment à l'autre, sera épargné jusqu'à l'achèvement complet de sa nouvelle mosquée. Il est tout à fait possible que cette pensée illusoire ait pris place dans son esprit et qu'il
compte disposer encore de quelques années avant son dernier jour 26. »
En quoi Méhémet-Ali s'abuse. À sa mort la mosquée n'est toujours pas achevée. Elle ne le sera qu'en 1860. À l'entrée, à droite, une balustrade dorée enferme aujourd'hui le tombeau du dernier pharaon. Le sol est recouvert de tapis brodés d'or et de chaque côté sont placés de grands chandeliers en argent massif.
La cour, elle, est entourée d'une colonnade en bel albâtre oriental. Au centre est la fontaine aux ablutions, de forme octogonale et d'une ornementation assez lourde. La galerie du nord-ouest est surmontée d'une tour carrée, noir et or, et d'une espèce de pavillon chinois. L'horloge qui
projette son ombre sur la face ouest de la cour 27 est le présent de Louis-Philippe à Méhémet-Ali pour le remercier du don fait à la France de l'obélisque de Louxor.
Poursuivant son frénétique développement des infrastructures du pays, Méhémet-Ali entreprend un projet de purification d'eau potable par l'alun, suivant un procédé découvert par le chimiste français Félix d'Arcet. Mais il faudra attendre le règne de Saïd pacha pour qu'un véritable service des eaux soit installé dans les quartiers européens, tant dans la capitale qu'à Alexandrie, sur l'initiative de l'orientaliste Koenig, devenu à cette époque secrétaire des commandements du vice-roi. Par contre, le pacha fait peu de chose pour améliorer les communications qui, en l'absence de routes carrossables, continuent de s'effectuer essentiellement par voie d'eau le long du Nil et par le Mahmoudieh. Cependant, pour faciliter les relations commerciales entre l'Inde et l'Europe via la mer Rouge, une société anglaise, dont Méhémet-Ali est d'ailleurs le principal actionnaire, organise un service de voitures entre Suez et la capitale. Le commerce égyptien prenant de plus en plus d'ampleur, il devient également nécessaire d'organiser un service postal régulier. C'est là encore reprendre une création de Bonaparte abandonnée après le départ de l'armée d'Orient. À l'origine, le service en question est avant tout réservé aux correspondances officielles et assuré par une corporation de courriers à pied dirigée par un certain Hamed Omar. Les particuliers n'en bénéficieront que plus tard.
Un nouveau phare est élevé à l'entrée du port d'Alexandrie, à la pointe de Ras-el-Tine. Le premier embryon de chemins de fer élaboré consiste en deux courtes voies, l'une allant des carrières de Tourah au Nil, l'autre du canal Mahmoudieh à un embarcadère sur la mer. Le télégraphe aérien (création de Coste, rappelons-le) relie Alexandrie au Caire.
Une grande route macadamisée va de la porte de Rosette à Ras-el-Tine. Dans un premier temps on y emploie le grès rouge du Mokattam, puis, eu égard à sa fragilité, on le remplace par du mortier de chaux et de
pouzzolane artificielle28. Le reste des routes est simplement empierré.
La ville d'Alexandrie est presque entièrement dallée, un peu selon l'usage de certaines villes d'Italie. Selon Linant, ce dallage était superbe et les berlines y roulaient facilement.
Une expérience d'éclairage par le gaz Lebon est faite au Caire29.
Une commission d'édilité est instituée à Alexandrie pour veiller à la propreté, à la salubrité et à l'embellissement de la ville.
D'imposantes fortifications, œuvre du colonel français Galice, ceignent et défendent le port.
De cette époque datent la rénovation du Mouski (le bazar dit des Francs) et la couverture du khalig, le canal à ciel ouvert qui traverse la ville de part en part.
Les premiers bateaux à vapeur sont mis en service sur la Méditerranée et sur le Nil.
On le voit, c'est un monde qui succède à un autre. Tout se passe comme si d'un seul coup un maelström fondait soudainement sur l'Égypte pour la dépouiller de ses oripeaux millénaires. Que manque-t-il maintenant pour que le bonheur du nouveau pharaon soit complet ? Ses villes croissent. Ses industries prospèrent, son agriculture s'épanouit, ses chars et ses soldats sont prêts à s'élancer aux confins du pays. Mais au-delà du Nil, il y a la mer. Il lui faut donc une marine. C'est à l'accomplissement de cet ultime désir qu'il va consacrer son inépuisable énergie.
1 Campagnes d'Égypte et de Syrie (dictées à Bertrand), 2 vol., Paris, 1847.
2 Né le 17 novembre 1808 dans le département des Vosges, à Châtel-sur-Moselle, il avait dès son enfance montré des dispositions si remarquables pour les mathématiques que ses maîtres le dirigèrent vers la carrière d'ingénieur. Élève de Polytechnique puis des Ponts et Chaussées, il s'était, ses études à peine terminées, distingué dans les travaux du port de Fécamp.
3 Association scientifique anglaise qui subventionna divers explorateurs du continent noir tels que Mungo Park, Hornemann et Burckhardt.
4 Bellefonds, op. cit.
5 Ibid.
6 Baptisé ainsi en l'honneur du sultan.
7 Driault, 1927, op. cit.
8 Coste, op. cit.
9 Ancien nom du Péloponnèse depuis le Moyen Âge (morus, mûrier).
10 Entre autres sa grande monographie, L'architecture arabe ou monuments du Kaire (1837).
11 Cadalvène et Breuvery, op. cit. Marcellus, in Souvenirs de l'Orient, 2 vol., Paris, 1839, évalue à 7000 le nombre de fellahs morts. Mais d'autres voyageurs avancent des chiffres plus élevés : Joseph Michaud, 12000, Schœlcher, op. cit., 18000, J.-J. Ampère in Voyage en Égypte et en Nubie, Paris, 1868, 30000.
12 Cet état de choses avait déjà attiré l'attention de Bonaparte qui, après une enquête menée par ses ingénieurs des ponts et chaussées, avait fait clore le canal.
13 Carré, op. cit.
14 La correspondance d'Enfantin confirme qu'il fut effectivement question à cette date d'utiliser comme carrière, pour la construction du barrage, non pas la Grande Pyramide, mais une pyramide quelconque. « Le Père » n'hésitait pas à approuver l'idée. En pur réformateur social, il ne s'embarrassait guère des reliques. Voir Fonds saint-simonien de la Bibliothèque de l'Arsenal.
15 Revêtement qui recouvre le fond d'un canal, qui lui sert de fondation et le protège contre les infiltrations souterraines.
16 Lorsqu'en 1882 il fut question de restaurer le barrage, le colonel Scott Montcrief, alors sous-secrétaire d'État, fit à nouveau appel à Mougel qui, son fils ayant été engagé comme professeur en Égypte, était revenu dans le pays. Malgré son grand âge – il avait alors soixante-quinze ans – il accepta la proposition anglaise et fut nommé ingénieur conseil du barrage. Les travaux de réfection furent poussés activement. Dès 1890 ils étaient presque terminés et Mougel put s'éteindre en novembre de la même année, avec sans doute la satisfaction du devoir enfin accompli.
17 Chaix, op. cit.
18 Ibid.
19 Sur l'origine du nom, nous sommes confrontés à deux hypothèses. La première laisse à penser que le lieu doit son nom aux casernes où auraient résidé des soldats uzbek. La deuxième hypothèse, la plus vraisemblable, nous propose le nom d'un général arabe appelé Azbak qui fit creuser vers le milieu du XVe siècle un petit canal à la hauteur du pont Limoun, pour amener l'eau dans la dépression qui s'étendait de la place de Bab el-Hadid jusqu'à la place Ibrahim pacha et de l'hôtel Victoria à la place d'Ataba el-Khadra. Azbak aurait acheté pour y élever ses chameaux une partie du terrain sur lequel s'étendait le quartier qui porte désormais son nom.
20 Valentia, Voyages and travels to India, Ceylon and the Red Sea, Abyssinia and Egypt, 3 vol., Londres, 1809.
21 Visit to monasteries in the Levant, Londres, 1849.
22 Wiet, Méhémet-Ali et les Beaux-Arts, Le Caire.
23 Ibid.
24 An appeal to the antiquaries of Europe on the destruction of the monuments of Egypt, Londres, 1841.
25 The American in Egypt, New York, 1842, in Gaston Wiet, op. cit.
26 Letters from Turkey, and Holy land, 3 vol., Paris, 1843, Londres, 1845, in Gaston Wiet, op. cit.
27 Une correspondance du Caire, datée du 19 septembre 1846 et publiée dans Le Sémaphore de Marseille du 29, rapporte ceci : « M. Barrot [consul de France] a remis hier à Son Altesse une magnifique pendule que lui envoie le gouvernement français ; elle est de la valeur de 100000 francs. Et le consul d'Angleterre de préciser : “C'est une pièce d'une grande beauté, elle représente un monument de style arabe, qui porte des inscriptions en vers, en persan et en turc.” »
28 La pouzzolane est une variété de terre d'origine volcanique, formée de scories restées à l'état meuble, et qui, mélangée à la chaux, entre dans la composition de certains ciments.
29 La compagnie de gaz fondée à cette occasion continuera d'exister à Boulaq jusqu'à sa nationalisation par Nasser en 1958.
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