Les héritiers de Sorcha - Intégrale

Nora Roberts · Chapitre 12 sur 69

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Les héritiers de Sorcha - Intégrale

Chapitre 9

9

 

Iona guidait son premier groupe en solo, montée sur Alastar. Elle ignorait si elle devait cette responsabilité à ses mérites, plutôt qu’au désir de Boyle de se débarrasser d’elle, mais peu importait.

Elle savoura cette heure passée avec son cheval et sentit qu’il prenait lui aussi plaisir à se trouver en sa compagnie, même s’il eût préféré un bon galop. Elle-même apprécia la conversation à bâtons rompus avec le couple du Maine ; elle était fière de se sentir à l’aise sur les sentiers, de savoir s’orienter sur le terrain, et de connaître la plupart des réponses aux questions.

Nous gagnons notre vie, pensa-t-elle en flattant l’encolure d’Alastar.

À son retour, Meara sortit des écuries pour les accueillir.

— Je vais prendre le relais, si vous le voulez bien. On a besoin de toi aux grandes écuries, Iona.

— De moi ?

— Et d’Alastar. Tu sais comment y aller ?

— Bien sûr. Tu m’as montré, et je l’ai noté sur ma carte. Mais…

— C’est un ordre de Fin. Tu ferais mieux d’y aller tout de suite. Votre promenade s’est bien passée ? demanda-t-elle au couple.

Perplexe, Iona fit faire demi-tour à Alastar et reprit le chemin qu’elle venait de quitter.

Boyle s’était-il plaint d’elle ? Allait-elle être mise à la porte ?

La confusion de ses pensées était telle qu’Alastar tourna la tête pour la regarder.

— Je suis bête. Je me fais une montagne d’un rien. Boyle est soupe au lait, mais il n’est pas mesquin.

Sans compter que Fin l’aimait bien, ou du moins l’appréciait un peu. Elle saurait de quoi il retournait une fois arrivée là-bas. Du coup, elle s’accorda le plaisir de lâcher la bride à Alastar.

— Allons-y, décida-t-elle, et avant même qu’elle ait pu lui donner le plus petit coup de talon, il partit ventre à terre. Waouh !

Elle leva le visage vers le ciel en riant tandis qu’Alastar avalait le sentier dans un fracas de tonnerre. La griserie d’Alastar, la sienne – une seule et même sensation. Merveilleuse, inséparable. Leurs pouvoirs les éperonnaient l’un et l’autre, si bien que l’espace d’un instant, puis un instant encore, elle sentit qu’ils décollaient tous deux de terre. Volant, cette fois, le vent fouettant cheveux et crinière.

Faisant écho à son rire, Alastar émit un hennissement triomphal.

Il était né pour cela. Comme elle.

— Doucement, murmura-t-elle. Mieux vaut rester au sol. Pour le moment.

Cet envol momentané puis la joie de galoper sur un cheval magnifique dissipèrent toutes ses inquiétudes. Elle le laissa fixer l’allure – cet étalon était d’une vélocité incroyable –, suivit la courbe de la rivière, puis s’en éloigna par un sentier étroit coupant au travers d’arbres poussant dru, pour finalement déboucher dans la clairière où se trouvaient les écuries, derrière un grand terrain de saut d’obstacles.

Elle incita Alastar à ralentir – doucement, doucement –, afin de pouvoir reprendre son souffle et observer les lieux.

La maison de pierre grise était imposante, avec ses deux tourelles fantaisistes et le miroitement de ses nombreuses fenêtres. Une jolie cour pavée, fermée dans le fond par le mur du jardin, la séparait du garage et de l’appartement à l’étage, où habitait Boyle.

Un paddock formait un angle sur la droite. Trois chevaux se tenaient près de la clôture, le regard fixé sur les arbres, comme abîmés dans une profonde contemplation.

Elle aperçut des hommes, des remorques, des pick-up – non ! des camionnettes –, un solide 4 x 4 noir.

Tout donnait une impression de prospérité, de fonctionnalité et de fantaisie mêlées. Ramenant l’allure d’Alastar à un trot digne, elle se dirigeait vers les écuries quand elle s’entendit héler.

Elle aperçut Fin – jean, bottes, et sa belle veste de cuir – qui lui faisait signe de gagner le terrain de saut d’obstacles, qu’il avait presque atteint lui-même.

Il lui ouvrit la barrière pour lui permettre d’entrer.

— Meara m’a dit que tu voulais me voir.

— En effet. (Il pencha la tête sur le côté pour l’étudier de ses yeux verts auxquels rien n’échappait.) Tu t’es donné du bon temps.

— Heu ? Pardon ?

— Ton visage est rayonnant, et je pourrais en dire autant de ton compagnon.

— Oh !… Nous nous sommes offert un bon galop.

— J’en suis sûr, et sans doute un peu plus. Quoi qu’il en soit, continua-t-il sans lui laisser le temps d’inventer une réponse, j’aimerais voir comment Alastar et toi vous tirez de ce parcours.

Peu de choses auraient pu la surprendre autant.

— Tu veux que je le teste sur ce parcours ?

— Oui. Tu l’abordes comme tu veux, dit-il en refermant la barrière et en enfonçant les mains dans les poches.

Elle prit un moment pour étudier le parcours. Avec les obstacles installés, il lui semblait de niveau intermédiaire. Deux doubles, pas de pièges apparents, et toute la place voulue pour les aborder.

— C’est toi le patron !

Elle fit avancer Alastar, lui fit exécuter un cercle, puis le talonna légèrement pour passer à un galop tranquille.

Pas un instant elle ne douta de lui – après tout, ils avaient volé ensemble. Elle le sentit se rassembler pour le premier saut. Ils franchirent l’obstacle avec aisance, s’approchèrent du deuxième et le passèrent avec autant de fluidité.

— Qu’est-ce que tu fabriques ? marmonna Boyle en approchant de Fin.

Lui aussi avait les mains dans les poches, mais il crispait les poings. Fin lui accorda à peine un regard.

— Je t’ai dit que je voulais voir de quoi elle est capable. J’ai besoin de savoir. Refais un tour dans l’autre sens, maintenant, cria-t-il à Iona.

Il balaya du regard les bois voisins. Aucune ombre pour le moment, à part celle des arbres, mais cela ne durerait pas. Il fallait qu’il sache.

— Tu n’as pas besoin de moi ici, commença Boyle.

— Tu sais bien que je dois aller à Galway pour nos affaires. L’un de nous doit rester avec elle, pour être sûr qu’elle est capable d’assurer les cours.

— Nous n’avons pas besoin d’elle pour ça.

— Pas besoin non plus de nous passer d’elle. Regarde-moi ça, cette fluidité ! Ce cheval lui appartient déjà. J’en suis même jaloux. Il m’aime plutôt bien, mais jamais il ne m’aimera autant qu’elle. Encore de quoi me briser le cœur.

Il donna à Boyle une tape sur l’épaule.

— Retrouve-moi au pub. Je devrais avoir largement le temps de m’occuper de cette affaire et de rentrer d’ici à huit heures. On s’offrira une pinte et un repas, et tu me raconteras comment elle s’en est tirée. Après ça, on prendra une deuxième pinte, dans l’espoir que ça te délie la langue et que tu me dises ce qui s’est passé entre cette magicienne blonde et toi pour te rendre aussi morose.

— Si tu crois que deux pintes me délient la langue !

— Eh bien ! on ira jusqu’à trois. Bravo, Iona. Vous faites plaisir à voir, tous les deux.

Elle s’approcha au pas, tout en flattant l’encolure d’Alastar.

— C’est inné, chez lui. Je lui sers juste de leste.

— Vous êtes soudés. Nous avons une nouvelle élève qui devrait arriver dans quelques minutes. Elle a onze ans, elle est bonne cavalière et voudrait se mettre au saut d’obstacles. Tu t’en occupes.

— Je m’occupe de quoi ?

— D’elle, de ses cours d’obstacles. Tu toucheras un pourcentage sur chaque leçon, si vous êtes toutes les deux satisfaites. Boyle va rester assister au premier cours, car je dois m’absenter.

Fin l’observa tandis qu’elle posait les yeux sur Boyle, pour aussitôt détourner le regard.

— Entendu. Comment s’appelle-t-elle ? Et quel cheval veux-tu lui attribuer ?

— Elle s’appelle Sarah Hannigan. Sa mère, Molly, assistera aussi au cours. On doit être en train de seller Winifred – diminutif Winnie –, qui est très expérimentée. Le cours sera d’une demi-heure aujourd’hui, histoire de voir si ça plaît à Sarah. Si oui, vous fixerez ensemble le calendrier.

— Ça me va. Pour cette fois-ci, ce n’est pas un problème, mais à l’avenir je préférerais une selle d’obstacle quand je donne un cours.

— Bien sûr, nous te trouverons ça. Bon, j’y vais. On se retrouve au pub, Boyle.

Fin s’éloigna. Jetant un coup d’œil à Boyle, Iona le vit passer d’un pied sur l’autre.

— Alors ?

— Je m’occupe de vérifier qu’ils ont sellé Winnie.

Il se détourna pour gagner les écuries, et Alastar en profita pour lui donner un bon coup de tête dans les fesses.

— Alastar ! Désolée, dit aussitôt Iona en se mordant les lèvres pour ne pas éclater de rire. Ne sois pas malpoli, ajouta-t-elle à l’intention de son cheval, avant de se pencher pour lui murmurer à l’oreille : Même si c’est drôle.

Elle mit pied à terre et passa les rênes autour de la clôture.

— Attends-moi ici. Je peux voir ta Darling ? demanda-t-elle à Boyle.

— Ma quoi ?

— La jument, Darling. Celle que tu as prise à ce salopard.

— Ah ! (Il la regarda d’un air renfrogné, avant de hausser les épaules.) Elle est à l’intérieur.

— Explique-moi juste où la trouver. Il faut que je jette un coup d’œil à Winnie pour voir à quoi m’attendre pendant le cours.

— D’accord.

Il partit d’un bon pas ; elle adressa un regard entendu à Alastar, puis le suivit, bien décidée à garder le silence.

Comme il ne la présentait pas aux palefreniers, ni au chien noir et blanc qui agitait la queue à tout va, elle se présenta toute seule. Sans paraître remarquer l’impatience de Boyle, elle serra la main de Kevin et de Mooney, et grattouilla derrière les oreilles Bugs le bien nommé (parce qu’il croquait tous les insectes).

Ces écuries étaient apparemment moitié plus grandes que celles qu’elle connaissait déjà, mais les odeurs, les sons et le décor lui parurent familiers.

Boyle s’arrêta devant la stalle d’une belle jument baie.

— Voici Winnie.

— Elle est intelligente, n’est-ce pas ? Hé ! Winnie, tu es une vraie futée, toi !

Compacte, se dit-elle en caressant la joue de Winnie. D’une bonne taille pour une enfant de onze ans, avec un regard tranquille de bon augure pour une débutante en saut d’obstacles.

— Je peux la seller pour la leçon si tu me montres où est la sellerie.

— Kevin va s’en charger. Kevin ! La petite Sarah va arriver pour sa première leçon d’obstacles. Elle montera Winnie.

— D’accord, je m’en occupe.

Iona se retourna. Et aperçut la pouliche blanche.

— Mon Dieu, que tu es belle !

D’un blanc presque pur, le poil lustré, royale – jeune, se dit Iona en approchant –, la pouliche tourna vers elle des yeux d’un brun doré.

— C’est…

— Aine, termina Iona. La reine des fées dont parlait Fin. Encore princesse pour le moment, mais un jour…

Quand Iona avança la main, Aine pencha la tête comme si elle lui accordait une grande faveur.

— Elle est incroyablement belle, et elle le sait parfaitement. Elle est fière, elle attend son heure. Et son heure viendra.

— Nous allons attendre, sans doute un an, avant de la faire saillir.

Ce n’était pas à cette heure-là qu’elle avait pensé, mais elle se contenta de hocher la tête.

Tu voleras, pensa-t-elle. Et tu aimeras.

— Fin s’y connaît en chevaux, commenta-t-elle en s’écartant.

— Ah ça ! oui.

Continuant à progresser le long de la pente en béton, elle s’arrêta pour saluer les autres chevaux. De bonnes montures, en bonne santé, parmi lesquelles se trouvaient quelques vraies beautés – même si aucune ne pouvait rivaliser avec Alastar ou Aine –, logées dans des stalles spacieuses et propres. Elle atteignit enfin la jument rouanne aux grands yeux émouvants, portant une grande étoile blanche sur son chanfrein, et comprit aussitôt.

— Tu es Darling, et ce nom te va à merveille.

Avant même que Boyle soit arrivé à ses côtés, la jument se tourna vers lui, ses grands yeux prenant une expression chaleureuse, le corps frissonnant. Pas de peur, devina Iona, mais de bonheur.

Elle avait senti Boyle, deviné sa présence avant même de le voir. Et c’est son amour et une dévotion totale pour lui qui lui firent tendre le cou pour lui donner un petit coup de tête à l’épaule, léger comme un baiser.

— Voilà ma fifille, dit Boyle d’un ton presque mièvre.

Darling hennit doucement et tourna la tête pour qu’il la caresse. Il ouvrit la stalle et s’y glissa.

— Tant que je suis là, autant en profiter pour vérifier sa jambe avant.

— Ça va mieux, dit Iona. Mais elle n’a pas oublié combien elle a eu mal, et faim, et peur. Jusqu’à ton arrivée.

Sans répondre, il s’accroupit pour palper la jambe, tandis que Darling lui mordillait les cheveux pour jouer.

— Tu as une pomme dans la poche de ton manteau ? Elle est à peu près sûre que oui.

C’était… déconcertant de bénéficier d’une traduction simultanée des pensées de son cheval, mais il se releva et passa les mains le long des flancs de Darling.

Si une jument en avait été capable, Darling aurait ronronné, songea Iona.

Autant Aine l’avait émerveillée par sa beauté et par sa grâce, autant Darling et son entière dévotion lui allaient droit au cœur.

Darling et elle savaient ce que c’était de vouloir désespérément être aimée, ou de vouloir du moins être comprise et acceptée. De souhaiter de toutes ses forces et du fond du cœur trouver sa place, son but dans la vie.

Elles avaient apparemment été toutes deux exaucées.

Boyle plongea une main dans une poche pour en extraire une pomme, prit de l’autre main un couteau de scout. Iona perçut le plaisir que procuraient à Darling non seulement la gourmandise, mais l’offre en elle-même.

— Tu te remplumes bien, ma fifille, mais après tout, qu’est-ce qu’un petit bout de pomme ?

La jument prit délicatement sa moitié, gardant les yeux fixés sur la seconde moitié tandis qu’elle mangeait.

— Celle-là, c’est pour Winnie si elle est sage avec son élève.

— Tu l’as sauvée, dit Iona à Boyle, attendant qu’il sorte et referme la stalle. Elle sera toujours tienne.

Elle avança la main pour la caresser, et Darling tendit le cou avec docilité.

— Elle n’est pas peureuse avec toi, remarqua Boyle. C’est un progrès. Elle est encore un peu nerveuse avec les étrangers.

— Nous nous comprenons, toutes les deux.

Quand Darling inclina la tête pour presser sa joue contre celle de Boyle, et qu’il prit la seconde moitié de pomme dans sa poche pour la lui donner, Iona sut qu’elle était fichue.

— J’en prendrai une autre pour Winnie, dit-il. Tu n’en as pas eu assez dans ta vie.

— Je me rends, marmonna Iona. Je suis très forte pour me mettre en pétard, surtout quand c’est justifié. Ou du moins quand je le pense. Mais je suis nulle sur la durée. Je ne sais pas entretenir ma colère, c’est trop lourd. Alors, si je dois en plus être témoin de cette histoire d’amour, c’est plus possible. Si jamais ça t’intéresse, je cesse donc officiellement d’être en pétard contre toi.

Boyle la regarda avec une certaine prudence.

— Les journées et le travail se passent assurément mieux s’ils ne sont pas plombés par les conflits.

— Je suis bien d’accord. Dans ce cas, on fait la paix ? proposa-t-elle en lui tendant la main.

Un instant, il contempla sa main en fronçant les sourcils, puis il la prit. Il avait eu l’intention de la lâcher aussitôt, mais il la garda dans la sienne.

— Tu travailles pour moi.

— C’est vrai.

— Tu es la cousine d’un de mes meilleurs copains.

— C’est vrai aussi, dit-elle, malgré l’accélération de son pouls.

— Ça fait à peine une semaine que j’ai posé les yeux sur toi pour la première fois.

— Je ne peux pas dire le contraire.

— Et ce que tu es, c’est… une autre question.

Ce fut le tour d’Iona de froncer les sourcils.

— En quoi est-ce une question ?

— Hum, une question de faits, d’une part. D’autre part, c’est quelque chose que tu commences juste à découvrir toi-même.

— Bon. Et c’est le fait en lui-même qui est un problème pour toi ?

— Je n’ai pas dit que c’était un problème.

— Tu fais partie des sectaires hostiles à la magie ?

L’insulte se lut sur son visage, le vert de ses yeux devenant si intense qu’il en masquait le brun doré.

— C’est une question parfaitement idiote, dans la mesure où je suis ami avec trois magiciens, l’un d’eux étant aussi mon associé.

— Dans ce cas, pourquoi avoir mentionné la magie comme l’une des raisons pour lesquelles tu n’es pas intéressé par moi, ou ne devrais pas l’être ?

— Parce que c’est là. Ça existe. Et je voudrais bien connaître un seul homme, continua-t-il avec flamme, que ça ne ferait pas réfléchir un bon bout de temps.

— Peut-être devrais-je de nouveau me mettre en pétard. Mais j’ai du mal à trouver l’énergie avec Darling juste à côté qui te contemple avec adoration, poursuivit-elle après réflexion. Sans compter que tout ce que tu dis est vrai. Je ne peux le nier. Si tout cela te pose problème, il faut en tenir compte, même si ça ne m’en pose aucun à moi.

— Mais tu n’es pas à ma place.

— Non, c’est vrai. La paix tient bon. (Ce qui pouvait aussi s’appliquer à lui, qui lui tenait toujours la main.) Ça marche comme ça ?

— Certaines de ces questions devraient te poser problème aussi.

— Pourquoi ? Les relations de couple entre patron et employé, ça arrive tout le temps. Pour moi, ça ne pose aucun problème du moment que personne ne profite de sa position hiérarchique pour faire pression sur l’autre. Avoir une relation avec le parent d’un ami, c’est aussi monnaie courante. Quant à ce que je suis, je ne peux ni ne veux le changer.

— Être logique ne change rien au problème.

Elle ne put s’empêcher de rire.

— Être illogique, ça y change quelque chose ?

— Ce n’est pas… Bon sang !

Pour la deuxième fois de la journée, il l’attira brusquement à lui, mû par un même sentiment de frustration. Et comme elle riait toujours, il la fit cesser en lui écrasant les lèvres des siennes.

Si la lumière avait un goût, c’était celui d’Iona : chaud, lumineux, pétillant d’énergie. Il le remuait profondément, ce goût, si bien qu’il en voulait plus, toujours plus. Iona l’empêchait de penser clairement, c’était tout. Si chaude et si lumineuse, dans la pénombre habitée de l’odeur familière des chevaux. Son univers, dont elle faisait désormais partie.

Sans compter qu’elle lui nouait les bras autour du torse comme si elle ne devait plus le quitter.

S’il n’y avait pas là de quoi troubler un homme…

Il se recula brusquement.

— Ce n’est pas raisonnable.

— Je ne réfléchissais pas aux aspects raisonnables ou déraisonnables. Embrasse-moi encore, et je réfléchirai.

Elle dut se hisser sur la pointe des pieds et attirer de force sa tête vers elle, mais leurs bouches se trouvèrent. Elle avait l’impression d’avoir enlacé un volcan juste avant l’éruption, ou de voler sur un nuage prêt à se transformer en tornade.

Et quand les flammes sortiraient du cratère, quand la tornade s’abattrait ?

Elle avait très, très envie de découvrir ce que cela donnerait.

Mais il se dégagea une fois de plus.

— Tu ne réfléchis pas.

— C’est vrai, j’ai oublié. Il faut réessayer.

Il se mit à rire à son tour, et même si son rire était un brin douloureux, il l’aurait sans doute prise au mot. Si ce n’est que quelqu’un se racla bruyamment la gorge derrière lui.

— Désolé, mais Sarah et sa mère sont arrivées, dit Kevin avec un grand sourire. Winnie est sellée et prête… quand vous le serez aussi.

— J’arrive. Il y a des papiers à remplir ? demanda-t-elle à Boyle.

— Juste un formulaire à faire signer par sa mère. Je m’en occupe.

— Entendu. Je commence sans toi.

Tandis qu’elle s’éloignait vers la sortie, Darling hennit de nouveau, peut-être bien de rire, cette fois. Kevin enfonça les mains dans les poches en sifflotant.

— Je ne veux pas entendre un mot, grommela Boyle. D’aucun de vous deux.

 

Comblée par sa journée, Iona rentra chez elle en passant par les bois. Ça lui avait fait tellement de bien d’intervenir de nouveau en tant que monitrice d’équitation. Son élève était très prometteuse. À présent qu’elle avait entrebâillé cette porte, peut-être Fin ou Boyle lui confieraient-ils un ou deux autres élèves.

À propos de portes entrebâillées, l’interlude inattendu et hautement satisfaisant dans l’écurie avait fait un bien fou à la fois à son ego et à son moral.

Sans compter que cette porte offrait des perspectives très intéressantes.

Boyle McGrath. Dur à cuire, taciturne, soupe au lait. Et un vrai cœur d’artichaut en présence de cette jolie jument traumatisée qui l’adorait. Iona avait vraiment envie de mieux le connaître, de vérifier si ses papillons dans le ventre et ses frissons relevaient seulement de l’attirance physique, ou s’ils signifiaient davantage.

Toute sa vie, elle avait espéré connaître cela.

Que Boyle soit réticent, tiraillé par des envies contradictoires et un peu en colère exacerbait tout ce qu’elle ressentait. Il ne pouvait s’en empêcher ; c’était tellement sexy !

Et si elle l’invitait un soir ? Rien de trop intime. Un verre au pub ? Un film ? Il faudrait d’abord qu’elle se renseigne sur les cinémas dans le coin.

Si elle avait su cuisiner, elle se serait invitée chez lui pour préparer le dîner. En l’état actuel des choses, la soirée tournerait au désastre. Alors, peut-être plutôt…

Elle s’arrêta et regarda autour d’elle, complètement déconcertée. Elle n’était tout de même pas sortie du sentier ? C’est vrai qu’elle n’avait pas été très attentive, mais depuis plus d’une semaine qu’elle l’arpentait dans tous les sens, c’était devenu instinctif.

Pourtant, quelque chose clochait. Elle n’avait pas l’impression d’aller dans la bonne direction.

Elle tourna sur elle-même en se frottant les bras, car il faisait soudain froid.

Et observa le brouillard, rampant sur le sol.

— Ho ! ho !

Elle fit un pas en arrière, essayant de retrouver ses repères. Impulsivement, elle tourna à droite, emprunta le chemin étroit au petit trot. Il ne lui fallut que quelques secondes pour comprendre qu’elle avait commis une erreur, et qu’elle s’enfonçait plus avant dans les bois.

Quand elle fit volte-face pour revenir sur ses pas, d’énormes arbres lui barraient la route. Le brouillard s’insinuait entre leurs troncs rugueux.

Elle se mit à courir. Mieux valait avancer dans n’importe quelle direction que de se retrouver prise au piège. Mais sur sa droite des arbres sortaient de terre, perçant le sol dans des craquements sinistres, la forçant à bifurquer.

La lumière devint grisâtre comme le brouillard. Un vent glacé sifflait entre les branches qui s’entrelaçaient pour masquer le soleil.

Elle comprit soudain : l’air, la terre dont sortaient les arbres, l’eau sous forme de brouillard… Il utilisait les éléments contre elle.

Elle se força à s’arrêter, à puiser en elle son pouvoir malgré la peur qui l’accompagnait. Projetant les mains, elle les tint devant elle, une boule de feu dans chaque paume.

Un gloussement amusé fusa tout bas, lui hérissant la peau comme au contact d’un millier de pattes d’araignées. Elle frissonna au murmure de son nom. Puis un froissement de feuilles et un sourd grondement firent trembler tous ses muscles.

— Kathel.

Mais ce qui émergea de la lumière grise fut le loup de son cauchemar.

Pas un rêve, cette fois. Aussi réel que sa terreur, que les battements affolés de son cœur.

Comme il s’approchait de son pas silencieux et furtif, elle vit rougeoyer le bijou qu’il portait au cou.

— Plus un pas ! lança-t-elle, menaçante.

Le loup montra les crocs.

Jamais elle ne parviendrait à le distancer si elle se mettait à courir, songea-t-elle tout en reculant d’un pas. Et la lueur mauvaise dans les yeux de la bête montrait qu’elle le savait.

Elle lança une boule de feu, puis une autre, pour les voir disparaître en fumée à quelques centimètres du loup qui la traquait. Désespérée, elle essaya frénétiquement d’en créer une autre, mais ses mains tremblaient, et son cerveau était paralysé par la terreur.

Esprit calme, s’ordonna-t-elle, mais son esprit était plus près de hurler.

Tout cela était réel. Jusque-là, parler de sorciers maléfiques, de malédictions, de combattre le mal tapi dans l’ombre avait eu un côté fantastique, irréel.

Tout était pourtant éminemment réel. Il avait l’intention de la tuer.

Le loup s’apprêtait à bondir, quand soudain l’oiseau de proie fondit sur lui avec un cri sauvage. De ses serres, il lui laboura le flanc, faisant couler un sang aussi noir que sa fourrure, avant de remonter droit vers le ciel.

Le répit fut de courte durée. Derrière Iona retentit un nouveau grondement sourd. Elle fit volte-face et soupira de soulagement en voyant Kathel, qui montrait les dents. Iona passa à côté de lui, posa une main sur sa tête, et une onde de calme la traversa alors même que Connor puis Branna émergeaient du brouillard.

Connor leva son bras ganté, et la buse vint s’y percher, les ailes déployées.

— Prends ma main, dit-il à Iona, sans cesser de fixer le loup d’un regard calme et froid.

— Et la mienne.

Connor et Branna se tenaient de part et d’autre d’elle, et quand leurs mains s’unirent, ce n’est pas du calme qu’elle ressentit, mais une montée brûlante de pouvoir qui l’emplit comme la vie même.

— Veux-tu te mesurer à nous ici ? lança Branna d’un ton de défi. Veux-tu le tenter sans plus tarder ?

Un éclair sinueux comme la foudre jaillit de sa main tendue et alla se ficher en terre, à quelques millimètres des pattes avant du loup. Il battit en retraite. La pierre rougeoyait toujours, menaçante ; son grognement féroce résonnait tel le tonnerre, mais il battit en retraite.

Le brouillard se ramassa sur lui-même, diminuant d’instant en instant. Connor leva la main, toujours unie à celle d’Iona. La lumière qui en émanait s’étendit, gagna en intensité jusqu’à ce que la nappe de brouillard se déchire et disparaisse.

Avec elle, le loup se volatilisa.

— Grand Dieu, j’ai… j’allais…

— Pas ici ! dit Branna d’un ton sec à Iona. Pas question de parler ici.

— Ramène-la à la maison, ordonna Connor. Roibeard et moi allons vérifier les alentours avant de vous rejoindre.

Branna acquiesça.

— Prends soin de toi.

— Comme toujours. Va avec Branna, dit-il à Iona en lui serrant la main pour la réconforter. Offre-toi une lampée de whiskey, et ça ira mieux.

Gardant la main d’Iona dans la sienne, toujours vibrante de son pouvoir, Branna traversa vivement le bois. Impatiente de rentrer, Iona se laissa entraîner malgré ses genoux tremblants.

— Je n’ai pas pu…

— Attends que nous soyons rentrées. Pas un mot de plus ici.

Le chien ouvrait la voie, restant toujours en vue. Quand Iona devina – enfin – la maison à travers les arbres, elle observa la buse de Harris qui tournoyait dans le ciel lourd de nuages.

Dès qu’elles furent à l’intérieur, Iona se surprit à claquer des dents. Comme des mouches commençaient à lui danser devant les yeux, elle prit appui sur ses cuisses et se plia en deux, la tête entre les genoux.

— Désolée. Ça tourne.

— Ne va pas te répandre par terre.

Malgré son ton impatient, Branna lui posa une main ferme et douce sur la nuque, et l’étourdissement passa aussi vite qu’il avait commencé.

— Assieds-toi, ordonna-t-elle, poussant Iona vers le séjour, où elle réveilla au passage le feu couvant sous les cendres, faisant danser les flammes qui répandirent leur chaleur. Tu as eu un choc, voilà tout. Assieds-toi, respire.

Elle se dirigea droit vers une carafe et versa deux doigts de whiskey dans un verre.

— Et bois.

Iona but une gorgée, toussa un peu, but de nouveau.

— Juste un peu… (Elle soupira.) Morte de trouille.

— Pourquoi as-tu quitté le sentier, et pourquoi étais-tu si loin dans les bois ?

— Je ne sais pas. C’est arrivé comme ça. Je n’ai pas tourné, ou du moins je ne m’en souviens pas. J’étais juste en train de revenir ici, en pensant à différentes choses. À Boyle, reconnut-elle. Nous nous sommes réconciliés.

— Oh ! c’est parfait, alors. (Branna ôta brusquement deux épingles et les jeta sur la table, libérant sa chevelure.) Tout va pour le mieux.

— Je ne suis pas sortie du sentier, pas volontairement. Quand je me suis rendu compte que je n’étais pas au bon endroit, j’ai voulu faire demi-tour. Mais… le brouillard est arrivé avant.

Elle regarda son verre vide, le posa sur la table.

— Je savais ce que ça voulait dire.

— Et tu ne nous as pas appelés, tu n’as pas appelé ton guide ? Aucun d’entre nous ?

— Tout s’est produit tellement vite. Les arbres… ils bougeaient. Le brouillard s’est refermé sur moi. Soudain, le loup était là. Par quel miracle êtes-vous arrivés ? Comment avez-vous su ?

— Connor était dehors avec Roibeard ; le rapace a vu ce qui se passait, depuis le ciel. Tu peux le remercier de nous avoir appelés, Connor et moi.

— Je le ferai. Je lui suis vraiment reconnaissante. Branna…

Elle s’interrompit en voyant la porte s’ouvrir et Connor entrer.

— Il n’y a plus rien. Il est parti se terrer dans son gîte, où qu’il soit. (Il alla se servir un whiskey à son tour.) Comment te sens-tu, cousine ?

— Ça va. Merci. Je suis désolée d’avoir…

— Je ne veux pas de « je suis désolée », dit Branna sèchement. Je veux comprendre. Où est ton amulette ?

Iona porta la main à sa poitrine, et aussitôt se souvint.

— Je l’ai laissée dans ma chambre ce matin. J’ai oublié…

— Ne l’oublie plus. D’ailleurs, ne l’enlève pas.

— Hé ! ne sois pas si dure, dit Connor en posant brièvement la main sur le bras de Branna avant d’aller s’asseoir à côté d’Iona. Tu nous as fait une belle peur, reprit-il en lui caressant le bras, instillant aussitôt en elle une sensation de calme. Ce n’est pas ta faute. Ce n’est pas sa faute, répéta-t-il avant que Branna puisse brusquer de nouveau Iona. Elle a à peine une semaine d’expérience. Nous, nous avons eu toute notre vie.

— Elle n’aura ni le temps ni l’occasion d’en apprendre plus si elle n’a pas le bon sens de porter l’amulette qui peut la protéger, ou d’appeler son guide, et nous, quand ça ne suffit pas, assena Branna.

— Qui s’est chargé de son instruction jusqu’à maintenant ? rétorqua Connor.

— C’est ça ! c’est ma faute si elle n’a pas plus de bon sens qu’un nourrisson dans son berceau.

— Ne vous disputez pas à cause de moi, et ne parlez pas de moi comme si je n’étais pas là. C’est ma faute. (Se sentant plus solide sur ses jambes, Iona se leva pour se rapprocher de la cheminée et de sa chaleur.) J’ai enlevé l’amulette, et je n’ai pas fait attention. Ça ne se reproduira pas. Je suis désolée…

— Par tout ce qui est sacré, je jure que tu auras les lèvres cousues pendant une semaine si j’entends encore une fois « je suis désolée » !

Iona leva les bras en signe d’impuissance.

— Je ne sais pas quoi dire d’autre.

— Raconte-nous juste, dans le moindre détail, ce qui s’est passé avant notre arrivée, dit Branna. Pas ici, dans la cuisine. Je vais préparer le thé.

Iona la suivit, et s’accroupit à côté de Kathel pour le caresser et le remercier.

— Je rentrais à la maison, depuis les grandes écuries.

— Que faisais-tu là-bas ?

— Fin m’avait fait dire de venir. Ils m’ont donné une élève, pour le saut d’obstacles. Je suis allée là-bas avec Alastar. Nous avons volé un peu.

— Douce Brighid !

— Je n’ai pas fait exprès, pas vraiment, et j’ai vite arrêté. Après ça, Fin a dû partir, mais Boyle est resté pour s’assurer que je ne commettais pas d’erreur, je suppose. J’ai demandé à faire la connaissance de Darling, mais j’ai d’abord vu Aine, et c’est une vraie merveille.

— Ce ne sont pas les chevaux qui m’intéressent, lui rappela Branna.

— Je sais, mais j’essaie de t’expliquer. J’ai donc fait la connaissance de Darling, et en les voyant ensemble, Boyle et elle, je ne pouvais pas continuer à être en colère contre lui. Et comme je n’étais plus en colère, une chose en a amené une autre…

— Pourquoi étais-tu en colère au départ ? s’étonna Connor.

— Oh ! il y a eu un truc, ce matin, quand il est passé me chercher.

— Il l’a embrassée à lui faire couler le cerveau par les oreilles, expliqua Branna, et Connor eut un large sourire.

— Boyle ? C’est vrai ?

— Après ça, il s’est montré grossier et mesquin, et ça m’a fichue en pétard. Mais ensuite, en les observant, Darling et lui, j’ai senti ma colère se dissiper, donc je le lui ai dit, et c’est là qu’une chose en a amené une autre… Il m’a de nouveau agrippée, et il a recommencé. J’ai probablement perdu vingt pour cent de mon cerveau à cause de lui. Après ça, la leçon s’est bien passée – j’étais si contente d’avoir de nouveau une élève –, j’étais donc sur un petit nuage, et je pensais à autre chose, reconnut-elle ; je me demandais si je n’allais pas inviter Boyle à boire un verre, ou au cinéma, quelque chose comme ça. La journée s’était tellement bien passée, après un début houleux, que j’avais l’esprit totalement occupé. Et puis, tout à coup, je n’étais plus là où j’aurais dû être.

Elle leur rapporta tous les détails dont elle se souvenait.

— Tu ne t’es pas assez concentrée sur ta cible, dit Branna. Si tu veux utiliser le feu pour te défendre ou pour attaquer, tu dois le vouloir vraiment.

— Elle ne l’avait encore jamais utilisé contre qui que ce soit ou quoi que ce soit, fit remarquer Connor. Mais elle a eu la présence d’esprit de faire appel au feu, et suffisamment de pouvoir pour le créer. La prochaine fois, elle lui mettra le feu aux fesses. Pas vrai, Iona chérie ?

— Tu peux en être sûr.

Car elle refusait de se sentir de nouveau aussi impuissante et terrorisée.

— Je m’apprêtais à réessayer, et j’étais terrifiée, je le reconnais. À ce moment-là, Roibeard a fondu sur nous. Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau de ma vie.

— Il n’est pas mal, dit Connor avec un sourire.

— Kathel est arrivé, puis vous deux. J’ai été paralysée, reconnut-elle. J’avais l’impression d’être prisonnière d’un rêve. Le brouillard, le loup noir, la pierre qui rougeoyait à son cou…

— Ça alimente son pouvoir, expliqua Branna. La pierre, et ta peur. Nous allons travailler deux fois plus. Tu porteras l’amulette. Connor t’accompagnera le matin quand tu vas à l’écurie, et nous veillerons à ce qu’il y ait quelqu’un pour te raccompagner le soir.

— Oh ! mais…

— Branna a raison. En une semaine, il t’a attaquée dans tes rêves et dans l’ici et maintenant. Nous serons plus prudents, voilà tout. Jusqu’à ce que nous ayons décidé ce que nous devons faire. Va chercher ton amulette maintenant, puis mettons-nous au travail.

— Merci d’être là, dit Iona en se levant.

— Tu es nôtre, dit Connor simplement. Et nous sommes tiens.

Les mots, la loyauté sans ostentation de ses cousins lui mirent les larmes aux yeux tandis qu’elle se hâtait de gagner sa chambre.

— Elle a assimilé beaucoup de choses en très peu de temps, commença Connor.

— Je sais. Je le sais parfaitement.

— Et tu t’es montrée abrupte avec elle parce que tu as eu peur pour elle.

Branna resta silencieuse un moment, répétant juste les gestes familiers et réconfortants de la préparation du thé.

— C’est moi qui l’instruis.

— Ce n’est pas plus ta faute que la sienne. Nous avons tous appris une leçon. Il s’est enhardi depuis l’arrivée d’Iona.

— À présent que nous sommes tous trois réunis, il sait aussi bien que nous que l’heure approche. S’il peut lui faire du mal ou la retourner…

— Elle ne retournera pas sa veste.

— Pas volontairement, non. Je crois qu’elle a ta loyauté, et bien trop de gratitude pour le peu qu’on lui donne.

— Quand on a été privé de certaines choses, on est reconnaissant si quelqu’un vous donne la moindre cuillerée supplémentaire. Toi et moi, nous avons toujours été là l’un pour l’autre. Et nous avons toujours été aimés. Ce qu’elle veut, c’est l’amour ; aimer et être aimée. Je n’ai pas été indiscret, ajouta-t-il. Cela fait tellement partie d’elle que je ne peux pas ne pas le voir.

— Je le vois, moi aussi. Eh bien ! elle nous a, maintenant, que ça lui plaise ou non.

Connor prit le thé que lui proposait sa sœur.

— Alors, comme ça, c’est Boyle ? Qui saute sur notre cousine et l’embrasse à lui faire perdre la tête, si j’ai bien suivi. La voilà à peine arrivée qu’il lui saute dessus.

— Arrête donc ! tu es un vrai gamin.

— Et pourquoi m’arrêterais-je alors que je m’amuse comme un fou ? demanda-t-il en riant et en buvant son thé.

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