Les héritiers de Sorcha - Intégrale
Chapitre 17
17
Elle entendait des voix, des murmures – doux, apaisants. Elle sentait des mains, des caresses – légères, tendres. Elle avait l’impression de flotter sur un courant d’air chaud imprégné du parfum de la lavande et de la cire de bougie. Baignant dans la lumière, elle était en paix.
Les murmures devinrent des mots, confus et indistincts, comme s’ils étaient prononcés dans l’eau.
— Elle a besoin de repos. De repos et de calme. De temps pour guérir.
La voix de Branna, inquiète.
— Elle a repris des couleurs, non ?
Et celle de Connor, anxieuse, tremblante.
— En effet, et son pouls a de nouveau un rythme régulier.
— Elle est forte, Connor. (Celle d’Iona, éraillée par le sommeil ou les larmes.) Nous aussi.
Elle retomba dans le sommeil, flottant, flottant dans un silence réconfortant.
Se réveillant, elle se crut dans un rêve.
Elle vit Connor assis à côté d’elle, les yeux fermés, son visage illuminé par la lueur des bougies disposées çà et là dans la pièce. Comme s’il était recouvert de peinture dorée lumineuse et pâle.
Sa première pensée consciente fut qu’il était ridicule d’être aussi séduisant pour un homme.
Elle voulut prononcer son nom mais avant qu’elle n’ouvre la bouche, il battit des paupières et la regarda droit dans les yeux. La couleur, l’intensité du vert de ses pupilles l’éclairèrent davantage que les bougies alentour.
— Te voilà. (Quand il sourit, l’intensité s’estompa, et ne restèrent plus que Connor et la lueur des bougies.) Ne bouge pas, reste tranquille un moment.
Il passa la main sur le visage de Meara, referma les yeux tout en glissant vers son cœur pour remonter jusqu’à son front.
— C’est bien. Tout va très bien maintenant.
Il ôta quelque chose de son front, de son cou, laissant un léger picotement sur sa peau.
— C’est quoi ?
Était-ce vraiment sa voix ? Ce coassement de grenouille ?
— Des pierres guérisseuses.
— J’ai été malade ?
— Oui, mais tu vas bien à présent.
Il la souleva légèrement, enleva les pierres glissées sous son dos, sous ses mains, les rangea dans une pochette qu’il ferma avec soin.
— Combien de temps ai-je dormi ?
— Oh, presque six heures… pas tant que ça, finalement.
— Six heures ? Mais j’étais… j’étais…
— Ne cherche pas à te souvenir tout de suite. (Son ton brusque mais enjoué l’intrigua.) Tu vas te sentir vaseuse, faible et tremblante pendant un petit moment. Mais ça va passer, je te le promets. Tiens, bois ça. Branna l’a préparé pour que tu le boives, en entier, à ton réveil.
— C’est quoi ?
— Quelque chose qui va te faire du bien.
Il l’aida à se redresser, lui cala le dos contre les oreillers avant d’enlever le bouchon d’une bouteille remplie de liquide rouge.
— Tout ça ?
— Tout. (Il plaça la bouteille entre ses mains, les entoura des siennes pour la porter à ses lèvres.) Bois doucement, mais jusqu’à la dernière goutte.
Elle s’attendait à un mauvais goût de médicament, mais découvrit une saveur rafraîchissante.
— On dirait du jus de pomme, avec les bourgeons.
— C’est en partie de la pomme. Termine, ma chérie. Tu as besoin de chaque goutte.
Ses joues reprenaient des couleurs, remarqua Connor. Et malgré ses paupières lourdes, elle avait le regard clair. Pas vide et fixe comme lorsqu’elle avait succombé au sortilège de Cabhan, ou lorsqu’elle était étendue, inerte, dans l’herbe trempée.
Cette image lui revint à l’esprit, fit trembler ses mains. Alors il la chassa, et la regarda telle qu’elle était dans l’instant présent.
— Ensuite, tu mangeras. (Il dut faire appel à toute sa volonté pour s’exprimer calmement, avec un brin de gaieté.) Branna a préparé un bouillon de viande, mais attendons d’abord de voir si la potion et un thé passent bien.
— Je crois que je meurs de faim, mais je n’en suis pas sûre. J’ai l’impression de ne pas être tout à fait là. Mais ça va mieux. Cette boisson m’a fait du bien.
Elle lui rendit la bouteille, qu’il posa aussi délicatement que si c’était une bombe.
— Apportez le repas !
Il s’efforça de sourire avant de poser ses lèvres sur son front. Là, il fut tout simplement incapable de bouger.
Elle le sentit trembler et lui prit la main. Il la serra si fort qu’elle dut ravaler un cri.
— C’était si grave que ça ?
— Ça va, maintenant. Tout va bien. Mon Dieu.
Il l’attira contre lui, l’étreignit de toutes ses forces. Il l’aurait fait entrer en lui s’il avait pu.
— Tout va bien, c’est fini, répéta-t-il en boucle, pour se réconforter lui autant qu’elle.
— J’ignore comment il a réussi à passer malgré le collier qui te protège. Il n’est pas assez fort. Je ne l’ai pas fait assez fort. Il t’a pris le bijou, alors que je n’aurais jamais cru cela possible. Il l’a emporté et tu as failli étouffer. J’aurais dû faire plus. Je vais faire plus.
— Cabhan. (Ses souvenirs étaient confus.) J’étais en train… de retourner le tas de fumier. Le compost. Et d’un coup… je n’étais plus là. Tout est confus dans ma tête.
— Ne t’énerve pas. (Il passa la main dans ses cheveux, sur ses joues.) Ça te reviendra dès que tu auras repris des forces. Je vais te fabriquer un autre collier, plus puissant. Les autres vont m’aider, puisque le précédent n’a pas suffi.
— Le collier. (Elle porta la main à son cou. Se rappela.) Il est dans ma veste. Je l’ai enlevé, je crois.
Alors qu’elle fouillait dans ses souvenirs, Connor se détendit lentement.
— Tu l’as enlevé ?
— Pour dire à quel point j’étais de mauvais poil. Je l’ai enlevé, je l’ai fourré dans la poche de ma veste. J’ai été odieuse avec le pauvre Mick – et avec tout le monde, d’ailleurs, même Boyle… Oui, et Boyle m’a envoyée retourner le tas de compost. J’ai enfilé une veste de travail et laissé la mienne à l’écurie.
— Tu ne le portais pas ? Et les talismans que je t’ai faits ?
— Dans ma poche. Celle de la veste que j’ai laissée à l’écurie. Je n’y ai pas pensé parce que… Connor…
Il se leva brusquement, son visage n’exprimant qu’une colère froide.
— Tu l’as enlevé, et tu es sortie sans, uniquement parce qu’il vient de moi.
— Non. Oui. (Quel méli-mélo dans sa tête !) Je n’avais pas les idées claires, tu ne comprends pas ? J’étais dans une colère noire.
— Parce que je t’aime, ça t’a mise suffisamment en rogne pour que tu sortes sans les pierres protectrices.
— Je n’ai pas vu les choses sous cet angle, sur le moment. Je n’ai pas réfléchi. J’ai agi bêtement. Pire que ça. Connor…
— Bon, c’est fait, et tu es à l’abri maintenant. Je vais demander à Branna de t’apporter à manger.
— Connor, reste avec moi. S’il te plaît, laisse-moi…
— Tu as besoin de calme pour guérir complètement, coupa-t-il. Je n’arrive pas à garder mon calme dans l’immédiat, alors je ne peux pas rester avec toi.
Il quitta la pièce, referma la porte entre eux.
Elle voulut se lever mais ses jambes refusèrent de lui obéir. Alors elle, une femme qui se flattait d’être forte, en bonne santé, dut se recoucher comme une invalide.
Allongée, respirant mal, la peau moite, le cœur et l’esprit perturbés par les conséquences d’un acte imprudent accompli sous le coup de la colère…
Quand Branna entra en portant un plateau, sa frustration était si vive qu’elle avait envie de pleurer.
— Où est-il ?
— Connor ? Il avait besoin de prendre l’air. Il est demeuré des heures à ton chevet.
Branna disposa le plateau – le plateau d’une impotente avec des pieds, conçu pour être posé à cheval sur les jambes des malades et des faibles. Meara le fixa avec un dégoût profond.
— Le bouillon et l’infusion vont te redonner des forces. C’est normal que tu te sentes faible.
— J’ai l’impression d’avoir passé la moitié de ma vie malade.
Elle leva les yeux, domina suffisamment son mécontentement pour s’apercevoir que Branna paraissait épuisée et soucieuse.
— Je suis chiante, hein ? Jamais été malade plus de quelques heures. Tu y veilles, depuis toujours. Je suis vraiment désolée, Branna. Je m’en veux pour tout ça.
— Ne dis pas de bêtises. (Le regard las, les cheveux rassemblés à la hâte, Branna posa une fesse sur un coin du lit.) Allez, mange. C’est l’étape suivante.
— Vers quoi ?
— Vers tes retrouvailles avec toi-même.
Puisque c’était son souhait – comment pourrait-elle se rabibocher avec Connor alors qu’elle avait du mal à soulever une cuiller ? –, elle commença à manger. La première cuillerée lui fit l’effet du nectar.
— Je croyais que j’étais affamée, mais en fait je ne sentais pas grand-chose. C’est merveilleux de sentir la faim, et c’est délicieux. Je n’arrive pas à assembler les pièces du puzzle. Je me rappelle l’essentiel, assez clairement jusqu’à ce que je décide de retourner aux écuries. La suite est floue.
— Une fois que tu seras remise sur pied, tes souvenirs te reviendront. C’est un réflexe de protection.
— Mon Dieu.
Meara ferma les yeux, les paupières serrées.
— Tu as mal quelque part ? Trésor…
— Non, non… pas physiquement. Branna, j’ai fait quelque chose d’absurde. J’étais bouleversée, tellement de mauvaise humeur que j’étais incapable de raisonner. Connor… il a dit qu’il m’aimait. D’un amour qui conduit au mariage et aux bébés et à la maison accrochée à la colline, et ça m’a chamboulée. Je ne suis pas faite pour ce genre de vie, tout le monde le sait.
— Personne ne sait rien de ce genre, mais je ne conteste pas le fait que tu le penses. Tu as besoin de calme, Meara. (Branna passa la main sur la jambe de Meara.) Repose-toi si tu veux récupérer vite.
— Comment veux-tu que je garde mon calme alors que Connor est parti, furieux contre moi comme jamais ? Et il y a pire, bien pire.
— Pourquoi serait-il furieux contre toi ?
— Je l’ai enlevé, Branna. (Ses doigts effleurèrent son cou, à l’endroit où le collier aurait dû se trouver.) Je n’ai pas réfléchi, je te jure. J’ai agi sous le coup de la colère. Alors j’ai enlevé le collier qu’il m’a donné et l’ai fourré dans ma poche.
La main apaisante se figea.
— La calcédoine bleue avec les perles de jade et de jaspe ? avança prudemment Branna.
— Oui, celui-là. Je l’ai mis dans ma poche, avec les talismans. Et je me suis disputée avec tous ceux qui croisaient ma route jusqu’à ce que Boyle en ait sa claque de moi. Il m’a envoyée retourner le compost, et comme c’est un boulot salissant et qu’il pleuvait des cordes, j’ai troqué mon caban pour une veste de travail. Je n’ai pas réfléchi. J’avais oublié que j’avais enlevé le collier, tu comprends. Sinon je ne serais jamais sortie sans. Je te le promets, même furieuse, je ne l’aurais jamais fait délibérément.
— Tu as enlevé ce qu’il t’a donné par amour, ce qu’il t’a offert pour te protéger du mal, toi, celle qu’il aime. Tu lui as brisé le cœur, Meara.
— Oh, Branna, je t’en prie ! (Elle sanglota tandis que Branna allait se poster devant la fenêtre, scrutant la nuit.) S’il te plaît, ne me repousse pas.
Branna pivota soudain vers elle, les yeux brillants de colère.
— Tu dois être insensible et cruelle pour me dire ça.
Meara blêmit.
— Non, non, je…
— Insensible, cruelle et égoïste. Aussi loin que mes souvenirs remontent, tu as été toujours été mon amie, ma sœur de cœur. Et tu imagines que je serais capable de te tourner le dos ?
— Non. Je ne sais pas. Je suis perdue, complètement chamboulée…
— Pleurer te fait du bien, déclara sèchement Branna en soulignant sa phrase d’un hochement de tête. Tes larmes sont rares, et tu as besoin de les laisser couler. Pour te purger, en quelque sorte. Nous sommes cinq dans cette maison. Non, c’est faux, puisque Iona et Boyle sont partis dès ton réveil. Ils sont allés chercher tes affaires.
— Chercher mes…
— Tais-toi, je n’ai pas terminé. Ces cinq personnes t’aiment, et aucun de nous ne mérite que tu imagines qu’on puisse se détourner de toi dès que tu te montres blessante.
— Je suis désolée. Excuse-moi.
— Je sais que tu regrettes. Mais je suis là, Meara, entre toi et Connor, et je vous aime tous les deux. Il s’en veut, tu sais, de ne pas t’avoir offert de protection suffisamment forte.
— Je sais. (Sa voix se brisait et tremblait à chaque mot.) Il me l’a dit. Je m’en souviens. Je lui ai dit. Il m’a quittée.
— Il a quitté la pièce, Meara, pauvre sotte. Nous parlons de Connor O’Dwyer, l’homme le plus généreux, loyal et fidèle que la terre ait jamais porté. Ce n’est pas ton maudit père ni même un homme qui lui ressemble de près ou de loin.
— Je ne voulais pas…
Tout remonta à la surface, avec une limpidité si vive qu’elle étouffa.
— Du calme. Reste calme. (Branna accourut auprès d’elle, lui prit les mains, enrayant une crise de panique par la seule force de sa volonté.) Tout va bien se passer, respire profondément. Mes yeux, regarde-moi dans les yeux. Il y a de la sérénité, il y a de l’air.
— Je me souviens maintenant.
— Retrouve d’abord ton calme. La souffrance n’entre pas ici ni le mal. Nous avons allumé des bougies, disposé des herbes médicinales et des pierres un peu partout. Ceci est ton refuge.
— Je me souviens, répéta-t-elle, d’une voix plus apaisée. Il était là.
— Laisse ton être intérieur retrouver la paix. J’ai beau souhaiter que tu te souviennes de tout, nous attendrons d’être tous réunis pour cela. De cette façon, tu n’auras pas besoin de te répéter.
Et Connor, se dit Branna, méritait d’entendre toute l’histoire.
— Que m’a-t-il fait ? Ça au moins, tu peux me le dire ? À quel point c’était horrible ?
— Bois d’abord ton bouillon.
Impatiente, reprenant déjà des forces, Meara porta le bol à ses lèvres et but tout son contenu d’un trait.
Branna eut un petit rire.
— Voilà qui est fait.
— Raconte-moi… oh !
Elle eut l’impression de recevoir une décharge électrique, d’avoir un orgasme soudain, ou d’être frappée par la foudre. Traversée par une onde d’énergie, elle se laissa retomber contre les oreillers.
— C’était quoi ?
— Quelque chose qui se boit lentement, mais tu n’en fais qu’à ta tête.
— Je me sens pousser des ailes. Je pourrais courir jusqu’à Dublin. Je te remercie.
— De rien. Nous allons garder ça pour plus tard.
Prudente, Branna posa l’infusion hors de sa portée.
— Je pourrais manger un sanglier que j’aurais encore une petite place pour le dessert. (Elle serra la main de Branna.) Je suis désolée. Sincèrement.
— Je le sais. Sincèrement.
— Raconte-moi, si tu veux bien, ce qu’il m’a fait. Il m’a empoisonnée, comme Connor ?
— Ce n’était pas du poison, non. Tu étais disponible et sans défense, et il l’a bien senti. Il a eu recours aux ténèbres, et je pense que ça t’a coupée du monde pendant un moment. Mais elles se sont suffisamment dissipées au bout du compte. Comme dit Connor, il ne peut pas garder sa cage fermée trop longtemps. Nous étions tous en chemin. Ça aussi, il a dû le sentir, alors il a agi rapidement, et avec cruauté. Le sortilège qu’il t’a jeté ressemble un peu à celui de la Belle au bois dormant, mais en moins joli et moins féerique. Ça s’apparente à la mort.
— Je… il m’a tuée ?
— Non, ce n’est pas aussi simple. Il t’a privée de ta respiration. Il a arrêté ton cœur. C’est un état similaire à la paralysie, de sorte que le premier venu t’aurait crue morte. Si personne n’intervient, ça peut durer plusieurs jours, plusieurs semaines. Voire des années. Mais tu aurais fini par te réveiller.
— Un peu comme… quoi ? Un zombie ?
— Tu te serais réveillée, Meara, dans une rage folle. Tu aurais creusé la terre avec tes ongles, ou tu aurais déliré jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ou… il serait venu te rejoindre, au moment de son choix, et il aurait fait de toi sa créature.
— Alors je serais morte, déclara Meara. Tout ce que je suis aurait disparu. Il n’aurait jamais pu me faire ça si j’avais porté le collier protecteur que m’a donné Connor.
— Non. Il aurait pu te nuire, essayer de t’attirer à lui. Mais il ne peut pas te jeter un tel sort quand tu es protégée. (Elle se tut un instant.) C’est Connor qui t’a ramenée à la vie. Il t’a retrouvée en premier. Il t’a ranimée, t’a insufflé de l’air dans les poumons, a relancé ton cœur. Ensuite, nous sommes tous arrivés en même temps, alors qu’il t’extirpait du sommeil. Et même pendant ces quelques minutes, Meara, tu n’avais toujours aucune force. Tu sanglotais, et tu tremblais, c’est tout. Il a dû te rendormir, te plonger dans un sommeil réparateur pour que tu sois calme et qu’il puisse agir sur toi.
— Les bougies, les pierres, les herbes. Les mots. Je vous ai entendus… toi, Connor et Iona.
— Fin aussi, un petit moment.
Cinq personnes qui l’aimaient, se dit Meara, toutes mortes de peur à cause de son imprudence.
— Il aurait pu nous détruire, juste parce que j’ai été puérile.
— Ce n’est pas faux.
— J’ai honte, je regrette, Branna, et c’est ce que j’aimerais dire à tout le monde. Mais je me demande si je pourrais d’abord parler à Connor seul à seul.
— Bien sûr, bonne idée.
— Tu pourrais m’aider à m’arranger un peu ? (Elle esquissa un sourire hésitant.) Je reviens d’un bref séjour chez les morts, ça doit se voir.
Comme la pluie ne se calmait pas, Connor s’était réfugié dans l’atelier de Branna, où il buvait sa deuxième bière en broyant du noir au coin du feu.
Quand Fin entra, il le regarda de travers.
— Tu devrais faire demi-tour. Je ne suis pas d’humeur à bavarder.
— C’est bien dommage.
Fin se laissa tomber sur une chaise, une bière à la main.
— Tu as dit qu’elle s’était réveillée et qu’elle allait mieux – mais c’est tout. Branna n’est pas encore descendue, et comme Iona et Boyle viennent de rapporter ses affaires, j’aimerais savoir ce qu’il en est. Elle va mieux, comment ?
— Réveillée, consciente. Elle a bu la potion, et elle avait repris des couleurs lorsque je l’ai quittée.
— Tant mieux.
Fin but une gorgée, dans l’attente de précisions. Devant le silence de Connor, il s’apprêtait à lui tirer les vers du nez quand Boyle entra.
— J’ai apporté des fringues, des bottes et tout un tas de trucs, assez pour un mois à mon avis mais d’après Iona, c’est juste l’essentiel. On m’a viré de la chambre, et je ne m’en plains pas.
Comme Fin, il s’assit, une bière à la main.
— Branna dit qu’elle a bien récupéré, qu’elle prend une douche. Tu parles d’un choc, une frayeur pareille… Un putain de choc. (Il but de longues gorgées.) C’est moi qui l’ai envoyée dehors. Elle était hargneuse, elle cherchait des noises à tout le monde. J’en ai eu ma claque, je l’ai expédiée à la Montagne de Merde. J’aurais dû lui trouver du boulot dans l’écurie, à la sellerie peut-être. J’aurais dû…
— Ce n’est pas ta faute, dit Connor en se levant pour marcher de long en large. Tu n’as pas à te sentir responsable, tu n’y es pour rien. Elle l’a enlevé. Je lui ai dit que je l’aimais. Quand je pense que ça m’a amusé de la voir sortir en trombe en affirmant qu’elle devait filer au centre équestre de si bonne heure.
— C’est donc pour ça que j’ai perdu une heure de sommeil, ce matin ! Et, ajouta Boyle, c’est ce qui lui a mis les nerfs en pelote.
— Elle a enlevé quoi ? demanda Fin, en revenant à l’explication de Connor.
— Le collier, la calcédoine bleue avec les pierres de jaspe et de jade que je lui ai offert pour la protéger. Elle l’a enlevé, elle est sortie sans, parce que je lui ai dit que je l’aimais.
— Ah, non… (Fin leva les yeux au ciel.) Les femmes ! Elles vont finir par nous rendre dingues, et pour quoi faire ? La question devrait être, pourquoi voulons-nous être avec elles alors qu’elles nous diabolisent à la moindre occasion ?
— Parle pour toi, suggéra Boyle. Avec la mienne, ça se passe à la perfection.
— Tu vas voir, avec le temps, dit sombrement Fin.
— Va te faire voir. Elle était de mauvais poil, ajouta Boyle en observant Connor. C’était imprudent et irréfléchi, mais comme n’importe qui, quand on est mal vissé, on se comporte bêtement, sans réfléchir.
— Nous aurions pu la perdre.
— Ça n’arrivera jamais, promit Fin.
— Elle était morte, pendant un moment… ça m’a semblé durer des années. (Cette seule idée lui remuait les tripes.) Tu l’as vue de tes yeux, Boyle, tu n’es arrivé que quelques secondes après moi.
— Et pendant ces quelques secondes, j’ai eu l’impression que la vie me quittait, moi aussi. J’étais sur le point de lui faire un massage cardiaque mais tu m’as repoussé.
— Je suis désolé d’avoir été brusque.
— Tu n’as pas à être désolé. Tu savais ce qu’il fallait faire et je te gênais. Tu lui as insufflé de la lumière. Je n’avais jamais rien vu de tel.
Revivant tout, Boyle prit une longue inspiration.
— Tu étais à califourchon sur elle, par terre, tu en appelais aux dieux et aux déesses, et tes yeux, tu peux me croire, étaient presque noirs. Le vent qui tourbillonnait, les autres qui arrivaient en courant, et tu as levé les bras au ciel comme si tu t’accrochais à une bouée de sauvetage. Tu as extrait de la lumière de la pluie, de la pluie vers toi, tu t’es enflammé comme une torche. Et tu la lui as insufflée. Tu as fait ça à trois reprises, de plus en plus brûlant chaque fois, tant et si bien que j’ai cru que tu allais partir en flammes.
— Il faut répéter l’action trois fois, dit Fin, avec le feu et la lumière.
— Alors je l’ai vue respirer. Sa main a bougé, juste un peu, dans la mienne. La vache.
Boyle but une longue gorgée de bière.
— Je te dois tout, dit Meara, sur le pas de la porte. (Les mains serrées devant elle, ses cheveux retombant librement, les yeux débordants d’émotion.) J’aimerais pouvoir parler seul à seul avec Connor. Juste un petit moment, si ça ne vous dérange pas.
— Bien entendu. (Boyle se leva d’un bond et alla la serrer dans ses bras.) Tu as l’air en forme.
S’écartant d’elle, il lui tapota affectueusement le dos et disparut.
Fin se leva plus lentement, observant ses yeux s’emplir de larmes. Il ne dit rien du tout, mais l’embrassa sur la joue avant de sortir à son tour.
Connor ne bougea pas.
— Branna t’a donné son feu vert pour que tu te lèves ?
— Oui. Connor…
— C’est mieux que tu parles devant tout le monde, pour t’éviter d’avoir à tout répéter.
— Je vais le faire. Connor, je t’en prie, pardonne-moi. Il faut que tu me pardonnes. Sinon, je ne le supporterais pas, comme je ne supporterais pas d’avoir tout fichu en l’air. J’ai eu tort, de toutes les façons possibles, et je ferai n’importe quoi, tout ce dont tu as besoin, tout ce que tu veux ou me demandes pour que tout s’arrange entre nous.
Sa honte, son chagrin se déversèrent dans des torrents de larmes. Et pourtant, il ne se résignait pas à faire un pas vers elle.
— Alors réponds à une question sans mentir.
— Je ne te mentirai pas, même si la vérité me coûte. Je ne t’ai jamais menti.
— As-tu enlevé ce que je t’ai donné parce que tu croyais que je m’en étais servi pour te retenir, pour te garder auprès de moi, pour te laisser croire que tu étais à moi ?
Sous le choc, elle marcha vers lui en vacillant.
— Oh, non. Mon Dieu, sûrement pas ! Tu ne ferais jamais ça. Jamais je ne pourrai imaginer de telles choses, pas venant de toi. Jamais, Connor, je te le jure.
— Très bien. (Alors, enfin, son cœur meurtri trouva de l’apaisement.) Ne t’énerve pas.
— C’était de la colère, dit-elle. Un coup de sang et… de la peur aussi. (Honnête, sois honnête, s’ordonna-t-elle.) De la peur avant tout, et c’est ce qui m’a fait perdre mon sang-froid, et ceci s’ajoutant à cela, je n’avais plus les idées claires. Je te le jure, je jure que je n’ai pas fait exprès de sortir sans. J’ai oublié. J’étais dans tous mes états quand Boyle m’a envoyée dehors, j’ai changé de veste sans penser que toutes mes protections étaient dans ma poche.
Se taisant, elle pressa ses paupières.
— Lis dans mes pensées. Entre dans ma tête… (Ses doigts se placèrent sur ses tempes.) Fouille mes pensées, car tu y trouveras la vérité.
— Je te crois. Je sais reconnaître la vérité quand je l’entends.
— Me pardonnes-tu ?
Avait-elle autant de mal à l’implorer que lui à accorder son pardon ? se demanda-t-il. Possible. Pourtant, ils devaient tout clarifier avant qu’il ne puisse répondre.
— Je t’ai donné un objet auquel je tiens parce que je tiens à toi.
— Et je l’ai négligé, tout comme je me suis peu souciée de toi. Ma négligence nous coûte cher à tous. (Elle esquissa un pas vers lui.) Pardonne-moi.
— Je te donne mon amour, Meara, comme je ne l’ai jamais donné à personne. Mais tu n’en veux pas.
— Je ne sais pas quoi en faire, mais c’est une autre question. Et surtout j’ai peur. (Elle posa ses deux mains sur son cœur.) J’ai peur parce que je ne peux pas contrôler ce qui se joue en moi. Si tu ne me pardonnes pas, si tu ne peux pas m’accorder ton pardon, je crois qu’une partie de moi mourra de chagrin.
— Je te pardonne, bien sûr.
— Je ne te mérite pas.
— Meara… soupira-t-il. L’amour n’est pas une récompense accordée aux plus méritants. On ne le reprend pas à la première erreur. C’est un don, autant pour celui qui donne que pour celui qui reçoit. Le jour où tu lui ouvriras les bras, où tu l’accepteras pleinement, tu n’auras plus peur.
Il secoua la tête sans lui laisser le temps de répondre.
— Arrêtons là. Tu ne te rends pas compte à quel point tu es fatiguée, et tu dois encore nous raconter ce qui s’est passé. Tu devrais t’asseoir un moment, puis nous verrons ce que Branna nous a préparé à manger. Le petit déjeuner remonte à loin.
Alors qu’il traversait l’atelier, elle lui prit la main.
— Merci. Pour la lumière. Pour l’air. De m’avoir sauvé la vie. Et merci, Connor, pour ce que tu me donnes.
— C’est un bon début, dit-il en l’accompagnant vers la cuisine.
Elle leur fit son récit sans marquer de pause, tout en dévorant ses spaghettis aux boulettes de viande, plat qu’elle appréciait particulièrement. Plus elle mangeait et buvait, plus elle avait faim et soif – même si la tête lui tourna après quelques gorgées de vin.
— Tu ferais mieux de t’en tenir à l’eau pour ce soir, conseilla Branna.
— Une partie de moi sait que ce n’était pas réel, mais ça avait l’air si vrai. Tout ce que je voyais, les sensations, les odeurs, les bruits. Les jardins, la fontaine, les chemins, exactement comme dans mes souvenirs. La maison, le costume de mon père, sa façon de se tapoter l’arête du nez du bout du doigt.
— C’est parce qu’il a créé ce sortilège à partir de tes pensées et de tes souvenirs visuels.
Fin lui remplit son verre d’eau.
— Il m’appelait « sa princesse ». (Meara hocha la tête.) J’avais l’impression d’être une princesse à la moindre preuve d’attention de sa part. Il était…
L’évoquer lui était pénible.
— Vous savez, il était la touche de fantaisie de la famille. Son rire bruyant, sa façon de nous glisser un billet ou du chocolat dans la main comme s’il partageait un secret avec nous. Je l’adorais, et tout est revenu, ces sentiments, pendant que nous nous baladions dans le jardin, avec l’oiseau qui chantait dans le mûrier.
Elle se tut le temps de se ressaisir.
— Je l’adorais, répéta-t-elle, et il nous a quittés – il m’a abandonnée, sans même se soucier de moi. Parti sur la pointe des pieds comme un voleur, et au bout du compte, c’est bien ce qu’il était puisqu’il a emporté tous les objets de valeur. Mais là, dans le jardin, c’était exactement comme au bon vieux temps. Le soleil brillait, et toutes ces fleurs, j’étais si heureuse…
» Et puis il a retourné sa veste, tout à coup. Il a affirmé qu’il était parti à cause de moi, parce que j’étais amie avec vous. Que je lui ai fait honte en frayant, en conspirant, pour reprendre ses termes, avec des magiciens. Que j’étais maudite à cause de ça.
— C’est une ruse. Il a puisé dans ton esprit et distordu tes pensées, expliqua Branna.
— Mes pensées ? Mais je n’ai jamais cru qu’il était parti parce que nous étions amis.
— Mais tu as pensé, plus souvent qu’à ton tour, que tu étais responsable de son départ. Je n’ai pas besoin de m’immiscer dans ta tête pour le savoir, ajouta Connor.
— Je sais que c’est faux. Je veux dire que je sais qu’il n’est pas parti à cause de moi.
— Pourtant, ça suffit à te faire douter de toi-même, dit Iona, compréhensive. Quand tu n’as pas le moral, ça te pousse à te demander ce qui, en toi, empêche les autres de t’aimer. Je sais ce que c’est, et je sais que c’est dur d’accepter que quelqu’un qui devrait te vouer un amour inconditionnel ne t’aime pas. Ou pas assez. Mais ça ne vient pas de moi ni de toi. Le problème, c’est eux, un vide en eux.
— Je le sais, mais tu as raison. Parfois… La rose qu’il m’a donnée a commencé à saigner et il m’a traitée de putain parce que je couchais avec un sorcier. Mais avant le départ de mon père, c’est certain que ça ne m’était jamais arrivé. Et à bien y réfléchir, mon père était trop lâche pour dire ce genre de choses en face.
Elle se tut, la tête baissée vers son assiette.
— Il était si faible, mon père. Ce n’est pas facile d’admettre qu’on a aimé quelque chose… quelqu’un d’aussi faible.
— On ne choisit pas nos parents, dit Boyle, pas plus qu’ils ne nous choisissent. Nous ne pouvons que nous débrouiller tant bien que mal pour avancer.
— Et aimer… (Connor s’interrompit le temps qu’elle lève la tête vers lui.) On ne doit jamais en avoir honte.
— Ce que j’aimais n’était qu’illusion, tout comme ce que j’ai vu aujourd’hui. Mais j’ai cru aux deux, un moment. Et aujourd’hui, j’ai eu un déclic quand il m’a dit ces horreurs, si dures, car malgré tous ses défauts, mon père n’aurait jamais dit ça. Alors j’ai de nouveau entendu la pluie tomber, et Roibeard crier, et j’ai compris qu’il n’était que mensonge. J’avais la fourche à la main. Je ne l’avais pas pendant notre promenade, mais elle est réapparue. Je la lui ai lancée, il a vite réagi et elle n’a fait que lui frôler l’oreille. Puis tout s’est mis à tourner autour de moi. Et toi, Connor, tu as surgi comme un démon sur le dos d’Alastar, et Boyle est accouru, et Kathel et… Il m’a souri. C’était bien Cabhan à ce moment-là, plus du tout mon père.
Elle le revoyait clairement, son sourire cruel et charmeur.
— J’ai eu l’impression qu’on me transperçait le cœur. Une douleur vive et froide, pendant qu’il souriait et s’évanouissait en virevoltant avec le brouillard.
— Un éclair noir, déclara Boyle. Pour moi, ça ressemblait à ça, un flash qui a jailli de la pierre qu’il porte au cou.
— Je ne l’ai pas vue. (Meara prit son verre d’eau et le vida d’un trait.) J’ai essayé de marcher, mais j’avais l’impression de nager dans de la boue. J’avais la nausée, le tournis, et je ne sentais plus la pluie à cause des ténèbres denses qui se refermaient autour de moi.
» Je n’arrivais pas à en sortir, je n’avançais pas, j’étais incapable de crier à l’aide. Il y avait des voix dans les ténèbres. Celle de mon père, celle de Cabhan. Des menaces, des promesses. Je… il a dit qu’il me donnerait des pouvoirs. Que si je tuais Connor, il m’offrirait l’immortalité.
Elle tendit la main vers celle de Connor et fut rassurée qu’il la prenne.
— Je n’arrivais pas à me sortir de là, et il faisait de plus en plus noir. Je ne pouvais ni parler ni bouger, comme si j’étais attachée, et le froid était mordant ! D’un coup, tu es apparu devant moi, Connor, tu me parlais, et il y avait de la lumière. Tu étais la lumière. Tu m’as demandé de te donner la main. Je ne savais pas comment faire, mais tu répétais de te prendre ta main.
— Tu l’as prise.
— Je ne pensais pas y arriver, je souffrais trop. Mais tu répétais que j’allais y arriver. Tu répétais : « Prends ma main et viens avec moi. »
Elle entrelaça leurs doigts, les serrant plus fort.
— Quand j’ai saisi ta main, j’ai eu l’impression que tu me tirais hors d’une fosse pendant que quelque chose me retenait en arrière. Tu tirais, tirais, et la lumière, c’était aveuglant. Et j’ai de nouveau senti la pluie. C’était douloureux, tout l’était : mon corps, mon cœur, ma tête. Les ténèbres, c’était atroce, mais j’avais envie d’y replonger pour ne plus souffrir.
— C’est en partie dû au choc, dit Branna. Et à ce qu’il a utilisé pour te prendre. Et à la brutalité du retour. C’est pour cela que Connor t’a plongée dans le sommeil.
— Je vous dois tout.
— Nous sommes un cercle, se récria Boyle. Pas de dettes entre nous.
— Au contraire. Je vous suis reconnaissante d’être venus à mon secours. Mais c’est vrai, nous sommes solidaires. Et je vous dois des excuses pour mon comportement insensé qui lui a donné l’occasion de m’enlever. En agissant de la sorte, je nous ai tous mis en danger.
— Ce qui est fait est fait.
Boyle lui poussa gentiment l’épaule.
— Tout à fait, confirma Branna. Maintenant, tu vas boire une infusion et rester au calme, dans ton lit.
— J’ai assez dormi.
— Je ne pense pas, mais tu peux prendre ton infusion devant la cheminée si tu n’es pas encore prête à aller te coucher.
— Je vais t’aider à t’installer.
Meara regarda Fin, les sourcils froncés.
— Je peux encore marcher jusque-là.
— Après toutes ces excuses, le moment est mal choisi pour chipoter.
Sans lui en laisser l’occasion, il fit le tour de la table pour la soulever de sa chaise.
— Tu es une fille robuste, Meara Quinn.
— Tiens, tiens, je suis robuste, maintenant !
Il adressa un grand sourire à Connor par-dessus son épaule et alla la déposer sur le canapé. D’un claquement de doigts, il attisa les flammes et étala un plaid sur elle pendant qu’elle le considérait d’un œil torve.
— Je déteste qu’on s’occupe de moi.
— Moi aussi, ça me répugne autant que le poison. C’est pour ça que je le fais. Tu mérites qu’on t’embête un peu.
— Ne te gêne pas pour me faire culpabiliser un peu plus.
— Pas la peine. (Il s’assit à la hauteur de sa taille, l’examina un court instant. Et sortit la calcédoine bleue de sa poche.) Je me suis dit que tu le voulais peut-être.
— Oh ! Comment as-tu…
— J’ai juste fait un saut à l’écurie, récupéré ta veste et sorti ça de ta poche. (Il laissa le cordon pendre au bout de ses doigts.) Tu n’en veux pas ?
— Mais si, je le veux !
Il le lui passa autour du cou.
— Prends-en grand soin, et de lui aussi.
— D’accord. (Elle plongea les yeux dans les siens.) Je t’en fais la promesse. Merci. Merci, Fin.
— De rien. Je vais voir si je te trouve quelques biscuits pour accompagner ton infusion.
S’éloignant, il jeta un coup d’œil vers elle. Elle tenait les pierres dans sa main, les caressait d’un doigt délicat.
L’amour…, se dit-il. Un sentiment capable de changer quiconque en idiot ou en héros. Ou les deux à la fois.
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