Les héritiers de Sorcha - Intégrale

Nora Roberts · Chapitre 19 sur 69

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Les héritiers de Sorcha - Intégrale

Chapitre 16

16

 

 

Iona échangea ses chaussures contre des bottes d’équitation et prit dix secondes pour se mettre du gloss, au cas où elle croiserait Boyle. Ils étaient tous les deux pris ce soir – paperasse pour lui, sortilèges pour elle –, mais elle espérait le convaincre de faire une balade demain après le travail, peut-être suivie d’un repas au pub, et d’une nuit à deux chez lui.

Une fois dehors, elle prit Connor par le bras. L’air était frais et humide, mais indéniablement porteur du printemps, incitant les prunelliers à fleurir.

— Tu as déjà été amoureux ? lui demanda-t-elle.

— Oh oui ! d’innombrables fois, et jamais comme ce que tu décris. J’ai bien eu des bleus et des bosses au cœur, mais il n’a pas été brisé.

— J’ai aussi écopé de bleus et de bosses. Quand j’étais au lycée, je souhaitais de toutes mes forces un vrai chagrin d’amour, juste pour savoir ce que cela faisait. J’ai toujours voulu éprouver ces grands sentiments, tu sais ? L’euphorie et la chute. Ce que j’ai surtout connu, c’est le terrain plat. Choisir quelqu’un par défaut en sachant qu’il a fait de même. On se sent à jamais médiocre.

— Et maintenant ?

— Maintenant, je me sens puissante, je sais où je vais. (Elle décrivit un cercle du bout des doigts, faisant danser de minuscules lumières.) Joyeuse.

— Cela te va très bien.

— Et toi ? Tu as envie de tomber amoureux ?

— Bien sûr, un jour. Elle entrera dans la pièce, très belle, très intelligente, une déesse du sexe avec un cerveau de chercheur et le caractère d’un ange. Elle cuisinera comme ma tante Fiona – insurpassable aux fourneaux –, boira pinte sur pinte au pub, et n’aimera rien tant que d’aller chasser au faucon avec moi.

— Tu demandes bien peu de choses.

Ses yeux d’un vert de mousse pétillèrent d’amusement.

— Pourquoi ne pas demander le maximum, puisqu’on ne sait jamais ce que la vie nous réserve ?

— Pas faux, dit-elle en créant une nouvelle ronde de lumières.

 

À l’écurie, Boyle étrillait Darling autant pour s’apaiser que pour lui faire sa toilette. Il avait renvoyé le personnel d’écurie plus tôt qu’à l’accoutumée, ayant envie d’être un peu seul. À présent qu’il n’avait plus que la compagnie de sa douce jument dans les écuries silencieuses, il pouvait faire le tri dans tout ce qui lui trottait dans la tête.

Il avait des factures à payer, des commandes à passer, et il ne tarderait pas à s’en occuper, n’est-ce pas ? Il avait toute la soirée à sa disposition, ce qui était exactement ce dont il avait besoin.

Ce qu’il voulait, rectifia-t-il.

Un homme avait besoin de temps et d’espace juste pour lui, sans femme réclamant son attention.

Pourquoi diable, dans ce cas, songeait-il à aller la chercher pour qu’elle occupe son temps et son espace ?

Une fois la paperasse terminée, s’il y avait un impératif, c’était de prendre le temps de réfléchir à ce qui s’était passé pendant la journée.

Il faudrait qu’il raconte tout ça à Fin, bien sûr, et il le ferait dès son retour. Ils en parleraient autour d’une bière, il n’y avait donc pas de place pour Iona, même s’il avait envie de la voir.

Ce qui était le cas toute la putain de journée.

Qu’est-ce que c’était que cette histoire, nom d’un chien ? Un homme incapable de garder une femme hors de son espace, encore moins hors de ses pensées ?

Ensorcelé. Il était ensorcelé par des yeux bleus, un rire facile, et un joli corps qu’il était incapable de se retenir de toucher. Et par sa foi inébranlable dans tout ce qu’il y avait de bon et de bonheur en elle, même s’il comprenait de mieux en mieux qu’ils n’avaient pas eu beaucoup de place dans sa vie jusque-là.

Découvrir qu’il voulait lui donner le bonheur et tout ce qu’il y avait de bon dans la vie le troublait plus qu’un peu. N’avait-il pas organisé toute cette journée dans ce seul but ? Ça n’avait pas fonctionné comme prévu d’un bout à l’autre, avec ces visions et cette peur bleue qui lui avaient presque valu une crise cardiaque. Mais il avait tout organisé en pensant à elle.

Il l’avait constamment en tête. Constamment.

Il était temps de se rappeler que ce dont un homme avait besoin, en fin de compte, c’était d’espace, de travail, d’un bon cheval, et d’une bonne pinte à la fin d’une dure journée.

— Ça se ramène à ça, hein, Darling ? Tout ce dont nous avons besoin, nous l’avons ici.

Dans la stalle voisine, Alastar s’ébroua et renâcla.

— Toi, je te parle pas, non mais ! Sale caractère !

— Tu en sais quelque chose, dit Fin derrière lui. Qu’est-ce que tu rumines, frère ?

Ce sacré Fin avait le don de vous arriver dessus sans crier gare, comme la fumée sortant d’une cheminée.

— Qui dit que je rumine ?

— Moi. (Fin tendit la main pour caresser l’encolure de Darling.) Tu as renvoyé tout le monde plus tôt ?

— Un peu. Tout ce qu’il y avait à faire est fait.

— Je pensais que tu serais en train de te balader avec Iona.

— Nous en avons fait assez, peut-être même trop.

— Des ennuis ? Personnels, ou du genre magique ?

— Les deux, je crois bien. Ça a commencé de bonne heure ce matin, comme tu sais, avec ce rêve où j’ai cogné sur cette maudite engeance.

— Ça t’a causé des ennuis depuis ?

Quand Fin l’agrippa par l’épaule, Boyle se contenta de continuer à brosser Darling.

— Rien de grave ni de durable. Laisse-moi te raconter la suite.

Ce qu’il fit, du début jusqu’au moment où il avait porté Iona hors du monastère.

— Je t’ai dit qu’elle s’en était occupée, grommela-t-il quand Fin lui prit la main. Connor a aussi vérifié.

— Et moi, je vérifie maintenant. (Fin examina le dos de sa main, puis la relâcha en hochant la tête.) Tu dis que tu lui as fait mal. Tu en es toujours sûr, à présent que tu as eu un peu de temps pour y repenser ?

Boyle ferma le poing.

— Je sais quand mon coup porte, mon pote.

— C’est vrai. (Fin fit les cent pas, songeur.) J’y ai réfléchi, et nous allons l’utiliser. Je vais continuer à réfléchir, mais ça, au moins, c’est acquis. J’ai une amulette de protection pour toi, avant que tu ailles te coucher. Iona vient ce soir ?

— Non. J’ai besoin d’une nuit seul, non ? J’ai du boulot, et j’ai besoin de réfléchir moi aussi, tranquillement.

Il le dit d’un tel ton que Fin haussa les sourcils.

— Vous vous êtes engueulés ?

— Non. Je l’ai sortie de ce maudit monastère, et après ça elle a englouti du fish and chips comme si elle criait famine. Je l’ai emmenée à la baie de Clew, puisqu’elle voulait voir l’eau, et puis elle a aperçu d’autres ruines, et un cimetière ; elle y a fait un tour, mais ces endroits-là n’ont pas eu le même effet sur elle. Encore heureux.

— Elle réagit bien, pour quelqu’un qui a découvert tout ça plus tard que la plupart d’entre nous.

— Je suppose. Et c’est pas rien à digérer, malgré son appétit. Moi, je me pose des questions.

— Je t’écoute, dit Fin en l’invitant du geste à continuer.

— Je la veux ici, même quand je ne veux pas. Ou bien je me dis que je ne veux pas, et en fait je veux. (Ce qu’il disait semblait complètement insensé, même à ses propres oreilles, mais il ne pouvait plus s’arrêter.) Je n’ai jamais trop aimé que des femmes viennent chez moi, vu qu’elles ont tendance à faire des histoires et à laisser des trucs derrière elles, ou à apporter leur bazar et à changer la façon dont je m’organise.

— Hum. Et elle ?

— Ben non. C’est suspect, n’est-ce pas ? répondit Boyle en ponctuant sa question d’un geste de l’index, comme s’il venait de conclure brillamment une démonstration.

— Donc, si elle fait ce que tu dis, elle empiète sur ton territoire. Et si elle ne le fait pas, c’est suspect ? Mo deartháir*, tu débloques complètement.

— Pas du tout. (Insulté, Boyle haussa le ton.) Ce n’est pas débloquer que de se demander si elle ne mijote pas quelque chose. Elle a parlé de mariage, figure-toi. D’un mariage à l’abbaye de Ballintubber.

— Un lieu célèbre pour ce genre de cérémonie. Tout en parcourant le chemin de croix, elle t’a demandé en mariage ? Je ne vois pas d’anneau à ton doigt, ni à ton nez.

— Rigole tant que tu veux, n’empêche que je me pose des questions. Je pense trop à elle. C’est pas confortable. J’ai jamais eu quelqu’un comme elle dans mon lit. Jamais. Si bien que je passe la nuit avec elle, ou elle avec moi, et puis on prend le petit déjeuner, et on part au boulot. Il faut bien que je bosse, non ? Eh bien ! même là, je l’ai toujours en tête. Et ça me tape vraiment sur le système, maintenant que je le dis, là, tout haut.

— Je vois ça. Forcément, ce n’est pas supportable d’avoir une femme jolie comme un matin de printemps, aussi fraîche et aussi douce, qui monopolise ton temps et ton attention.

— J’ai ma vie, non ? rétorqua Boyle à qui la réponse de Fin donnait de plus en plus l’impression de… débloquer. Et j’ai bien le droit de trouver que ma vie est… était très bien comme elle était.

— Aussi sûr que je suis là devant toi, j’échangerais volontiers ma place contre la tienne si c’était possible, afin d’avoir dans la tête et dans le cœur une femme qui ne demande pas mieux que de m’avoir dans les siens. Mais, naturellement, tu as parfaitement le droit de préférer vivre ta vie sans la partager avec une femme douce, fraîche et jolie.

— Elle est plus que ça, et tu le sais très bien. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme elle, et pourtant je vous connais, Branna, Connor et toi. Mais quand ça la prend, c’est incroyable. Ça me coupe le souffle. Je ne comprends pas pourquoi.

— J’ai une hypothèse.

— Ah ouais ? Et c’est quoi, ton hypothèse ? dit Boyle en imitant le geste de Fin pour l’inviter à répondre.

— Je dirais que tu es amoureux.

— Bien sûr, tu m’aides, tiens ! (Boyle résista à l’envie de lui balancer l’étrille à la figure, uniquement parce qu’il aurait effarouché Darling.) Je te le dis : elle s’est immiscée dans ma tête, dans ma vie, dans mon lit, si bien que c’est à peine si j’ai une minute à moi. Je me suis absenté une journée du travail ! ce que je ne fais jamais, comme tu le sais très bien, pour lui montrer tout le comté de Mayo et celui de Galway. Même quand je dors, je ne peux pas m’éloigner d’elle. Je crois qu’elle m’a jeté un sort.

— Allons donc !

Mais Boyle avait le mors aux dents.

— Elle est venue tard à la magie, comme tu le disais, et elle est emplie de son pouvoir. Eh bien ! je suis sûr qu’elle a créé un philtre d’amour pour que je ne puisse plus m’en dépêtrer.

— Foutaises. Même si elle l’avait voulu, et j’en doute, Branna ne l’y aurait jamais autorisée.

— Branna ne sait pas tout, grommela Boyle en jetant un regard noir à Alastar, qui venait de décocher un coup de sabot dans la cloison. C’est nouveau pour elle – pour Iona –, elle teste pour voir jusqu’où elle a pied, si je peux dire. Et ses tests, elle les fait sur moi, si bien que je me retrouve complètement emberlificoté entre les balades à pied, et les balades à cheval, et les balades en camionnette, et le petit déjeuner à préparer après qu’elle a passé la nuit entortillée autour de moi comme une liane. Donc voilà. Si elle m’a ensorcelé, il faut que tu détruises ce philtre.

— C’est ce que tu penses ? (Iona s’approcha d’eux silencieusement.) Je suis désolée, tu étais trop occupé à hurler pour m’entendre entrer. Tu as vraiment une haute opinion de toi-même, Boyle, et une piètre opinion de moi.

— Iona…

Elle recula, relevant fièrement la tête.

— Tu me crois vraiment si faible, triste et pitoyable que je voudrais quelqu’un qui ne voudrait pas librement de moi ? Que je serais prête à utiliser la magie pour t’ensorceler et te forcer à passer du temps avec moi, à éprouver quelque chose pour moi ?

— Je m’efforce juste de comprendre ce qui se passe.

— Tu t’efforces. (Ses yeux s’emplirent de larmes, donnant à Boyle l’envie de jurer contre lui-même, mais elle se maîtrisa.) Je sais combien s’occuper de moi exige d’efforts. Je vais donc te faciliter les choses. Ce n’est pas nécessaire, et il n’y a pas de philtre d’amour. J’ai trop de respect pour ce que je suis pour me servir de mon pouvoir d’une façon aussi mesquine et égoïste. Et je t’aime trop pour jamais me servir de toi.

Chacun des mots d’Iona lui enfonçait un couteau dans le cœur.

— Viens avec moi là-haut, qu’on en parle.

— Je n’ai plus rien à dire, et je n’ai vraiment pas envie de parler avec toi pour le moment. (Elle se détourna délibérément.) Fin, tu peux me raccompagner, s’il te plaît ?

— Je vais t’emmener… commença Boyle.

— Non. Pas question. Je n’ai pas envie d’être avec toi. Je peux appeler Connor si tu n’es pas disponible, Fin.

— Si, bien sûr.

— Tu ne vas pas partir comme ça…

— Ah non ?

Elle lui lança un regard si malheureux et furieux tout à la fois qu’il ne trouva rien d’autre à dire quand elle tourna les talons et sortit.

— Laisse-la pour le moment, dit Fin tout bas, et profite d’avoir tout le temps et l’espace que tu voulais pour apprendre à ramper dans les règles.

— Et merde !

— Tu as certainement merdé.

Fin se dépêcha de rattraper Iona et lui ouvrit la portière.

— Il n’a jamais eu ce genre de sentiments pour quelqu’un, commença-t-il.

— N’essaie pas d’arranger les choses, s’il te plaît. En fait, si tu veux me faire une faveur, ne dis rien. Rien du tout. Je veux juste rentrer à la maison.

Il fit ce qu’elle lui demandait et garda le silence pendant le court trajet. Il sentait son chagrin, telle une pulsation émanant d’elle, aiguisant l’atmosphère de l’habitacle à tel point que cela semblait un miracle qu’il ne fasse pas couler le sang.

L’amour, comme il le savait trop bien, pouvait vous mettre en pièces sans laisser de cicatrices visibles.

Il s’arrêta devant la maison. Un filet de fumée sortant de la cheminée dessinait des volutes dans l’air, et une incroyable palette de couleurs florales chatoyait dans la pénombre du crépuscule. Quelque part à l’intérieur se tenait Branna, aussi distante que la lune.

— Tu veux que j’entre ?

— Non. Merci de m’avoir ramenée.

Quand elle ouvrit la portière pour sortir, il se contenta de lui toucher la main.

— Tu n’es pas difficile à aimer, deirfiúr bheag*, mais, pour certains, l’amour est un territoire étrange et tourbeux.

— Il peut faire attention où il met les pieds, dit-elle d’une voix qui restait ferme malgré ses lèvres tremblantes. Mais il ne peut pas reprocher à quelqu’un d’autre de l’avoir entraîné.

— Tu as raison. Je suis désolé que tu aies entendu…

— Tu n’as pas à être désolé. Mieux vaut voir les choses en face, et savoir que l’on est une idiote, que de garder les yeux fermés et de continuer à se conduire comme telle.

Elle sortit rapidement. Il attendit qu’elle soit entrée dans la maison pour démarrer. Il regrettait presque de ne pas être amoureux d’elle, pour lui montrer ce que c’était que d’être chérie.

Puisque ce n’était pas possible, et puisque ce n’était probablement pas une bonne idée de rentrer pour taper à coups de marteau sur cette tête de lard de Boyle, il allait passer chercher Connor. Ils se réuniraient à trois autour d’une bouteille de whiskey, et soûleraient Boyle à la place, comme le font les bons copains.

Iona entra dans la maison. Elle n’avait aucune intention de pleurer sur l’épaule de Branna, ni sur celle de qui que ce soit d’autre. Elle n’avait d’ailleurs aucune intention de pleurer. Elle allait au contraire préserver sa colère, ce qui lui permettrait de survivre au plus gros de la tempête.

Elle fila tout droit dans la cuisine, où Branna était attablée avec son énorme grimoire couvert de cuir brun ouvragé et soigneusement entretenu, ainsi qu’un iPad, un carnet, et plusieurs crayons bien taillés.

Branna leva les yeux et pencha la tête d’un air interrogateur.

— Eh bien quoi ! tu as fait demi-tour à peine arrivée, pour revenir ici ?

— Oui. Je vais me servir un très grand verre de vin. Tu en veux un ? demanda-t-elle en allant prendre la bouteille.

Cette fois, Branna plissa les yeux.

— Ce n’est pas de refus. Que s’est-il passé ? Une nouvelle rencontre avec Cabhan ?

— Il n’y a pas que Cabhan et ses putains de maléfices anciens dans la vie.

Comme elle l’avait annoncé, elle se versa un énorme verre de vin, puis servit un autre un peu moins plein à sa cousine.

— Ce changement d’humeur est intervenu en moins de vingt minutes. Ton cheval n’était pas content de te voir ?

— Je ne suis même pas allée jusqu’à Alastar, ce qui est une raison de plus d’être furax. Je n’ai même pas vu mon cheval ni fait ma balade. (Elle tendit son verre à Branna, puis trinqua.) Sláinte*.

Comme Iona s’effondrait sur une des chaises, Branna but une gorgée de vin, tout en examinant sa cousine. Elle était certes en colère, mais blessée aussi. D’un ton volontairement désinvolte, Branna continua.

— Ni Cabhan ni ton cheval, qu’est-ce qui nous reste ? Voyons voir, est-ce que ça pourrait être Boyle ?

— Ça se pourrait, en effet. Quand je suis entrée dans l’écurie, il était en train de se plaindre à Fin que c’était vraiment trop malcommode pour lui de m’avoir tout le temps dans les pattes, dans son espace. Et dans son lit, « entortillée autour de lui comme une liane », dixit Mr McGrath.

— C’est un idiot, et j’espère qu’il a reçu ton pied aux fesses. Les hommes peuvent se montrer abominables, surtout quand ils s’y mettent à plusieurs.

— Oh ! il ne s’est pas arrêté là, comme si ça ne suffisait pas. Il a décidé que puisque j’avais réussi à m’insinuer dans sa vie, dans sa tête et dans son lit, c’est que j’avais utilisé un philtre d’amour.

— Foutaises ! (La compassion qu’elle avait veillé à voiler laissait place à la stupéfaction devant cette insulte.) Il devait plaisanter, essayer de faire marcher Fin, qui l’avait sans doute taquiné.

— Il ne plaisantait pas, Branna. Il était furieux, il hurlait. C’est pour ça qu’il ne m’a même pas entendue entrer. Et à ce moment-là, il disait – très fort – qu’il n’avait quasiment plus une minute à lui depuis que je m’étais pendue à son cou et que je lui avais jeté un sort. Que tout ça, c’était nouveau pour moi, que je testais pour voir jusqu’où j’avais pied, et que j’avais décidé de pratiquer mes tests sur lui, en créant un philtre d’amour. Il a demandé à Fin de le détruire.

— Quels jobards que ces deux-là !

— Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais je suppose que c’est une insulte, alors très bien. Sauf que pour Fin, non. Lui aussi a dit que c’étaient des foutaises.

— Enfin une bonne nouvelle. On ne va pas être obligées de le transformer en limace pour le noyer dans la bière.

Iona essaya de rire, mais chaque fois cela s’étranglait quelque part au passage.

— J’aime bien ce mot, foutaises, je vais me mettre à l’utiliser souvent. Foutaises, foutaises, foutaises.

Ses yeux s’embuèrent, sa gorge la brûlait. Alors elle secoua la tête et avala une gorgée de vin.

— Non, non, non ! Je ne vais pas pleurer. Il faut que je reste furax.

— Tu as parlé à Boyle, ou tu t’es contentée de transformer son pénis en une petite verrue ridicule ?

— Je lui ai parlé. (Elle essuya une larme qui avait réussi à se faufiler.) Je lui ai dit que je me respectais trop pour utiliser la magie afin d’obliger quelqu’un à me vouloir. À m’aimer. Il a essayé de se trouver des excuses. Des foutaises, hein ? J’ai demandé à Fin de me ramener, et c’est ce qu’il a fait. Il s’est montré gentil.

Il pouvait l’être, songea Branna, d’une immense gentillesse. Avec certains.

— Je suis contente qu’il ait été là. Je ne vais pas trouver des excuses à Boyle. Ce qu’il a dit était dur et insultant sans raison pour les gens comme toi et moi. Et c’est d’autant plus douloureux que tu éprouves de tels sentiments pour lui. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il lui arrive d’être d’une humeur noire, bourru aussi, mais que je ne l’ai jamais vu faire du mal à quelqu’un comme il t’en a fait ce soir. Je crois qu’il est complètement pris au dépourvu par les sentiments qu’il éprouve pour toi.

— Il n’en veut pas. Je ne vais pas pleurer à cause de quelqu’un qui ne veut pas éprouver de sentiments pour moi. Je vais peut-être m’enivrer un peu, mais certainement pas pleurer.

— Ça me paraît très raisonnable. (La sonnerie du téléphone de Branna retentit.) C’est Connor. Je te demande une seconde. Tu es où ? dit-elle en décrochant. Elle est là, oui. Non, nous nous passerons très bien de toi, vu que tu es un homme, n’est-ce pas ? C’est le mieux. Et quand je voudrai tes merveilleux conseils, je te les demanderai. C’est ça, passez la soirée comme les trois ânes bâtés que vous êtes, et tu peux dire à Boyle de ma part qu’il a bien de la chance que je ne le transforme pas en âne pour le restant de sa vie.

Elle raccrocha.

— Fin est passé chercher Connor à la fauconnerie. Je suppose que tu as compris : je lui ai dit de rester là-bas, tant les hommes peuvent compliquer les choses. J’ai bien envie d’appeler Meara, sauf si tu préfères que je m’abstienne. Nous pourrions passer la soirée à boire du vin et à dire toutes les horreurs et les vérités que les hommes méritent, sans avoir aucun d’entre eux dans les pattes.

— Ce serait sympa. Réellement. Mais tu travailles.

— Je m’y remettrai plus tard.

— Tu me plains.

— Je serais une drôle de fille si je ne te plaignais pas. Mais je suis autant en colère que toi : pour toi, pour moi, pour toutes les magiciennes et toutes les femmes qui se respectent. Un philtre d’amour ! Mon cul.

 

Quand Connor et Fin entrèrent dans la maison, Boyle faisait les cent pas dans le séjour de Fin.

— Qu’est-ce qui t’a pris tout ce temps ? commença-t-il avant d’apercevoir Connor. Ah ! te voilà. Avant que tu me sautes dessus, je n’avais aucune idée qu’elle était là, et j’étais juste en train de pester. J’ai tout de même bien le droit de pester dans ma propre écurie.

— Une question, avant que l’on aille plus loin, dit Connor en levant un doigt. Es-tu en train de dire qu’Iona a utilisé la magie pour te piéger ? Un philtre d’amour ?

— Je l’ai dit, et tu le sais parfaitement, mais ce n’est pas ce que je dis maintenant. Je piquais une rogne, c’est tout. Ou presque.

— Tu crois qu’elle a utilisé la magie avec toi ?

— Non, pas quand je…

— « Non » me suffit pour l’instant, répondit Connor. « Non » m’évite d’avoir à te mettre mon poing dans la gueule, ce qui t’amènerait à me réduire en chair à saucisse, alors que je préférerais boire une bière. Bon sang, Boyle ! tu nous connais, tout de même, tu sais qu’il y a des limites que nous ne franchissons pas. Tu devrais deviner qu’il en va de même pour Iona.

— Je le sais bien. C’est juste… Oh, et puis merde ! balance-moi ton poing dans la gueule. Je ne te frapperai pas, puisque je l’ai bien mérité.

— Il n’y a aucune satisfaction à frapper dans ces conditions-là.

— Je vais le faire pour toi, proposa Fin.

— Toi, tu n’es pas son cousin ! rétorqua Boyle, avant de lever les mains et de présenter son menton. Vas-y ! balance.

Fin se contenta de sourire.

— Je mets ton offre de côté pour plus tard, et je te balancerai mon poing au moment où tu t’y attendras le moins.

— Pourquoi n’ai-je pas pensé à ça ! dit Connor en se débarrassant de sa veste. Je veux ma bière, et après ça tu me raconteras ce que tu comptes faire pour te réconcilier avec Iona.

— Si elle voulait bien être raisonnable…

— T’as tout faux, mon pote. (Connor se laissa tomber sur le grand canapé en cuir.) Des chips pour accompagner la bière ?

— Je m’en occupe. Il y a des steaks, et Boyle n’aura qu’à s’occuper de les faire cuire un peu plus tard, décida Fin. Histoire de s’entraîner à être humble et contrit.

— Écoute ! (Boyle s’assit et se pencha en avant.) Tu m’as demandé si je le pensais vraiment ? J’ai dit non, et voilà, on en reste là. On est raisonnables.

— Et tu en attends autant d’elle ?

— Je piquais une rogne, insista Boyle. Quand elle se sera calmée, je lui dirai que j’étais juste… comment dit-on ? juste en train de me défouler, voilà, et que ça ne voulait rien dire. C’est tout.

Connor resta un instant silencieux, puis leva les yeux vers Fin, qui revenait chargé de bouteilles de Smithwick’s et d’un sac de chips.

— Je sais qu’il n’est pas né de la dernière pluie et qu’il a déjà fréquenté des femmes, dit Connor sur le ton de la conversation. Je l’ai vu, de mes yeux vu, et j’en ai même rencontré quelques-unes. Sans ça, je jurerais que cet homme vient de sortir d’une caverne à l’âge adulte sans jamais avoir eu le moindre contact avec la gent féminine.

— Hé ! fiche-moi la paix.

— Ramper, je ne vois que ça.

Fin lança une bière à Connor, une autre à Boyle, et se laissa tomber sur le canapé, posant les pieds sur l’immense table basse qu’il avait trouvée lors d’un de ses voyages.

— Pas question !

— Mo deartháir*, je suis sûr que tu le feras tôt ou tard. Je suis prêt à parier cent euros. Il est complètement dingue d’Iona, dit-il à Connor.

— Raison de plus pour qu’il se plante sur toute la ligne, non ?

— Je ferais mieux d’aller la voir maintenant, qu’on en finisse tout de suite.

— Je ne te le conseille pas, dit Connor en prenant une poignée de chips. Elle est avec Branna, et ma sœur ne t’a pas trop à la bonne en ce moment. Je suis sûr qu’elle va appeler Meara à la rescousse, si bien qu’elles seront trois à te maudire en pensée, pour le moins.

— Nom de Dieu ! je vois pas comment je peux nous rabibocher si elle refuse de me parler, et si elle est gardée par une magicienne et par une femme à la langue aiguisée comme un rasoir !

— Résigne-toi à mariner dans ton jus ce soir, et peut-être un jour ou deux de plus, lui conseilla Fin. Après ça… je crains que les fleurs ne suffisent pas, cette fois-ci.

— C’est une romantique, notre Iona, dit Connor en s’interrompant pour avaler une longue gorgée de bière, mais les fleurs, c’est misérable, compte tenu de l’insulte.

— Je ne l’ai pas insultée ! commença Boyle, avant de se mettre à jurer et à boire sa bière. Bon, d’accord, je l’ai insultée. Je le reconnais. Reconnaître que j’ai eu tort et présenter des excuses, ça devrait suffire.

Fin se laissa glisser en position semi-allongée.

— Je suis forcé de reconnaître que tu as raison à propos de la caverne, Connor, même si cela me chagrine. Iona n’est pas un homme, frère, alors ne compte pas t’en tirer avec un : « Désolé, mon pote. Je t’offre une bière ? » Des fleurs, puisqu’elle est romantique, et un petit quelque chose de bien brillant pour montrer que tu comprends la gravité de ta faute.

Stupéfait, Boyle se redressa dans son fauteuil, droit comme un cierge.

— Non, mais ça va pas ! Je ne vais pas lui acheter un bijou juste parce que je piquais une rogne alors qu’elle était même pas censée être là ! Je ne le ferai pas. (C’était une question de fierté et de force de caractère, non ?) C’est du chantage.

— Penses-y plutôt comme à un investissement, suggéra Fin. Bon sang, Boyle, ça ne t’est jamais arrivé de t’embourber jusqu’au nombril avec une femme et de devoir ensuite te tirer de là ?

— Si j’ai eu tort, je dirai que j’ai eu tort, répondit-il d’un air buté. Et si ça ne suffit pas, eh bien ! voilà, ça ne suffira pas. Je ne suis jamais sorti avec une femme qui comptait pour moi, et…

— Et elle, elle compte, conclut Connor.

— Ça paraît évident. (Il contempla sa bière d’un air morose.) Je vais certainement pas lui acheter des fleurs et des bijoux pour arranger les choses. Je lui présenterai des excuses, parce que je suis vraiment désolé qu’elle ait fait cette tête-là à cause de moi. Furax, c’est pas grave. On crie un bon coup, et c’est fini. Mais je l’ai blessée, et je le regrette.

» Je vais m’occuper des steaks, ajouta-t-il en se levant.

— Complètement dingue d’elle, répéta Fin après que Boyle fut sorti.

— Et paniqué, ce qui serait plutôt drôle s’il n’y avait pas cette embrouille. Elle lui pardonnera, parce qu’elle a le cœur tendre et qu’elle est complètement dingue de lui, elle aussi. Mais elle ne rayonnera plus tant qu’il ne lui rendra pas ce qu’elle lui donne si volontiers.

— De quoi parles-tu ?

— De l’amour, donné librement et sans conditions. Les fleurs, les bijoux, ça la fera sourire quand elle sera prête. Mais il faudra qu’il se donne tout entier pour qu’elle rayonne de nouveau.

— C’est ce qui nous fait tous rayonner, dit Fin.

Dans le séjour de Branna, éclairé de bougies et réchauffé par un feu de tourbe dans l’âtre, Iona était blottie dans un coin du canapé. Meara était non seulement venue, mais elle avait apporté une pizza et de la glace.

— De la pizza, de la glace aux cookies, du vin, des filles… on ne fait rien de mieux, dit Iona en levant son verre pour trinquer.

— J’ai toujours de la pizza et de la glace au congélateur pour ce genre de crise.

— Parfait. Nous devrions toutes être lesbiennes.

— Parle pour toi.

Amusée, Meara prit une deuxième part.

— Les Amazones étaient probablement lesbiennes. Ou du moins certaines. C’est ce que j’ai pensé la première fois où je t’ai vue.

S’étouffant avec sa bouchée de pizza, Meara avala une gorgée de vin.

— Tu m’as aperçue, et ta première pensée a été : Tiens ! une lesbienne.

— Une Amazone. Je ne pensais pas à ton orientation sexuelle, jusqu’à ce que je te voie avec Boyle et que je m’imagine que vous étiez en couple, même si je me trompais. Une Amazone, répéta Iona. Grande, belle, bien bâtie. Je suis éméchée. (Elle sourit à Branna.) Merci.

— De rien.

— Nous pourrions toutes être des Amazones.

— Tu es un peu petite pour ça, fit remarquer Meara.

— Il devait bien y avoir des avortons parmi les portées.

— Petite mais formidable, à ce qu’on dit, ajouta Branna.

— Exactement ! Tu as vu ce que je sais faire ?

Elle fit jaillir une boule de feu instable dans sa main.

— Mieux vaut ne pas jouer avec le feu, ou la magie, quand on est éméché, conseilla Branna.

— Tu as raison. (Elle la fit disparaître.) Mais je peux le faire, c’est ce qui compte. Je peux prendre soin de moi. Je vais m’acheter une voiture, comme ça, quand je voudrai me balader dans le coin, je n’aurai pas besoin d’une foutue camionnette. Je suis puissante, je sais où je vais. Je n’ai pas besoin d’un homme.

— Si nous étions des Amazones, nous les utiliserions juste pour le sexe, ou pour toute autre fantaisie, avant de les jeter dehors ou de les tuer.

Iona hocha la tête.

— Faisons ça. Pas les tuer, c’est un peu extrême. Mais le sexe et les autres fantaisies. J’aime vraiment le sexe.

— Trinquons à ça ! dit Meara en levant son verre et en buvant, avant de jeter un coup d’œil à Branna.

— Tu ne bois pas au sexe ?

— Je veux bien porter un toast, mais je n’ai pas pratiqué depuis des lustres !

Iona soupira, légèrement ivre.

— Tu pourrais avoir des relations sexuelles avec n’importe qui. Tu es tellement belle.

— Merci beaucoup, mais n’importe qui ne m’attire guère.

— Elle est difficile sur ce point, ajouta Meara.

— Moi aussi, ou du moins jusqu’à maintenant. Je crois que je vais arrêter. Le sexe avec Boyle, c’était spectaculaire.

— Raconte ! commenta Meara. Et je ne plaisante pas. J’ai tout mon temps.

Iona se mit à rire, but une nouvelle gorgée.

— Brûlant, frénétique, humide de sueur et du reste. Comme si le monde allait prendre fin d’une minute à l’autre et que l’on devait absolument se posséder avant ça.

— Ah ! je n’ai pas expérimenté cette variété depuis longtemps.

— Terminé. (Iona balaya l’air de la main.) Maintenant, l’heure est au cynisme, parce que l’amour, ça craint. Qui en a besoin quand on a de la pizza, de la glace, des filles, et du vin à gogo ?

— Pour moi, ça a toujours été le glaçage sur le gâteau.

Iona pointa un index vengeur en direction de Meara.

— Le glaçage, ça fait grossir, et ça donne des caries.

— C’est un risque, c’est sûr, mais… Reste qu’il faut préparer le gâteau, non ? Et faire en sorte qu’il soit bon. Après ça, on peut décider d’ajouter un glaçage, ou pas.

— L’amour en option ?

Non, se dit Iona. Non. L’amour vous tombait dessus sans vous donner le choix.

— Mais comment choisit-on l’option ? On a préparé son gâteau, on l’a devant soi et on se dit qu’il est joliment bon, que c’est suffisant. Et puis voilà qu’on a à peine le temps de battre des paupières que tout ce merveilleux glaçage lui tombe dessus, venu de nulle part.

Meara haussa les épaules.

— Tu peux toujours t’en débarrasser.

— On peut, reconnut Branna. Mais on enlève une partie du gâteau avec, et on n’enlève jamais tout le glaçage.

— C’est triste, murmura Iona. Triste et vrai. Pas question d’être tristes ! Je refuse. Il nous faut de la musique, décida-t-elle. Tu veux bien jouer, Branna ? J’adore t’entendre jouer.

— Pourquoi pas ? dit Branna en se levant. Je suis d’humeur à jouer. Je vais aller prendre mon violon, et toi, Meara, accorde tes tuyaux.

Iona se leva pour tisonner le feu quand Branna sortit.

— Je connais la réponse de Branna, parce que je l’ai vue avec Fin, et que j’ai entendu leur histoire. Mais toi, tu as déjà été amoureuse ?

— Autant garder la même métaphore, hein ? J’ai plongé le doigt dans le bol de glaçage, et j’ai goûté une ou deux fois, mais rien de plus. (Assise à l’autre bout du canapé, Meara changea de position.) Tu sais, Boyle peut se conduire comme un véritable idiot.

— Branna l’a traité de jobard.

— Vrai aussi, comme pour la plupart des hommes. Sans compter que nous avons nous aussi nos moments de grande stupidité, même si cela me peine de le reconnaître. Quant à Boyle, ça fait longtemps que je le connais, et jamais je ne l’ai vu regarder une autre femme comme il te regarde.

Elle en était convaincue. Elle l’avait senti. Mais…

— J’aimerais que ça puisse suffire. Mon problème, c’est que je veux plus.

— Pourquoi est-ce un problème ?

— C’en est un quand on ne l’obtient pas.

Elle se laissa retomber sur le canapé quand Branna entra avec son étui à violon.

— Il est dehors, dit Branna.

— Boyle ?

Et son cœur aussitôt s’emballa, idiote qu’elle était.

— Non. Cabhan.

Cette fois-ci, ce furent ses nerfs qui tressautèrent tandis que Meara et elle se mettaient debout.

— La maison est complètement entourée de brouillard, qui se presse jusqu’aux fenêtres tel un voyeur.

— Qu’allons-nous faire ? (Iona le voyait à présent, ce rideau gris, comme elle s’approchait de la fenêtre avec ses amies.) Nous ne pouvons rester sans agir.

— Bien entendu. Nous allons faire de la musique, dit Branna calmement en sortant son violon et l’archet. Il ne peut pas franchir la protection que j’ai érigée autour de cette maison. Alors nous allons continuer à boire du vin et jouer de la musique. Et il pourra aller se faire voir ailleurs !

— Quelque chose de vif, alors. (Meara dressa son majeur en direction de la fenêtre avant de se détourner.) Un air à danser. Histoire de voir si je peux apprendre quelques pas à Iona.

— J’apprends vite, répondit-elle, s’adressant autant à ce qui rôdait dehors qu’à Meara.

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