Mama Flora

Alex Haley · Chapitre 44 sur 51

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Mama Flora

Ruthana

 

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44

 

« Il faut que tu lui dises », dit Ruthana à Luke.

Luke semblait dubitatif.

« Elle ne va pas apprécier, dit-il. Elle est si… chrétienne. »

Ruthana éclata de rire.

« Elle t’aime, et elle se fera à l’idée, dit-elle. Elle n’est pas sénile, elle sait ce qui se passe. Quand elle était à Chicago, elle a assisté à une réunion de “Nation d’Islam” avec Diana. »

Luke était fasciné. Flora ne lui en avait jamais parlé.

« Elle a détesté ?

— Bien entendu, confirma Ruthana. Mais elle a écouté. Et elle se dit Noire, pas “de couleur”. »

Une question la taraudait.

« Mais comment cela se passe-t-il quand tu vas à Stockton ?

— Je fais attention. » Luke eut un large sourire. « Je m’arrange pour ne jamais devoir me rendre à l’église. La première fois qu’on a emmené les enfants, on n’est jamais allés dans aucun endroit qui pratique la ségrégation. Je ne voulais pas d’histoires, pour elle.

— Ce n’est pas juste de ne pas le lui dire, insista Ruthana. De toute façon, elle finira par être au courant la prochaine fois que tu emmèneras les enfants là-bas. Et il faut bien que tu y ailles. Ce serait cruel de la priver de ses petits-enfants. »

Luke et sa famille s’étaient convertis à l’islam. Si les parents n’avaient pas encore pris des prénoms musulmans, Bobby aimait que son père l’appelle Daoud, qui signifie « Aimé », et Janine se faisait volontiers appeler Jasmine.

« Ouais, tu as raison, convint Luke. C’est seulement… »

Ruthana attendit.

« Pendant les vingt-sept premières années de ma vie, je n’ai pas eu de Mamé… » Il se reprit : « … de mère. Puis je l’ai retrouvée, et je n’ai pas envie de la perdre une nouvelle fois, ni de lui faire du mal.

— Tu ne pourrais pas la perdre, dit en riant Ruthana. Tu pourrais devenir moine bouddhiste, partir vivre dans un monastère tibétain perché au sommet de la plus haute montagne qu’elle te retrouverait quand même. »

Luke attendit à son tour.

« La seule façon dont tu pourrais lui faire mal serait de cesser de l’aimer. »

Luke fit un signe de tête affirmatif. C’était la vérité. Mais il refusa de se rendre sans tirer sa dernière cartouche.

« Tu lui racontes tout, sur toi ? »

Ruthana haussa les épaules et détourna les yeux, puis soutint de nouveau le regard de Luke.

« Bien sûr que non. »

Daoud et Jasmine vinrent leur souhaiter bonne nuit. Ruthana les embrassa, les câlina. Oh ! comme elle les aimait ! Puis elle prit congé de Luke et de Jessica car le lendemain une dure journée l’attendait.

Elle rentra à pied dans la nuit embaumée. Son petit appartement n’était éloigné que de trois pâtés de maisons de celui de Luke et elle adorait marcher dans Harlem la nuit. Il n’était pas encore tard, et les rues étaient remplies de piétons qui jouissaient de la fraîcheur du soir. On la saluait au passage. On la connaissait bien et on l’admirait pour son travail. Elle s’arrêta pour parler à Shona, une femme qu’elle connaissait. Celle-ci, installée sur sa véranda, vendait des babioles disposées sur un petit tapis à côté d’elle ; un bébé chétif était couché sur ses genoux.

« Salut, Shona.

« M’dame Palmer », répondit Shona en hochant la tête en guise de salutations. Elle avait un œil bleu et tuméfié.

« C’est lui qui t’a fait ça ? »

Shona haussa les épaules.

Ruthana songea à la sermonner, puis renonça. Shona avait déjà entendu trop de discours et, bien que toujours d’accord sur tout, elle refusait de quitter son mari violent.

La chanson Please, Mr. Postman, des Marvelettes, qui flottait depuis la fenêtre ouverte d’un appartement, disparut au profit des hurlements de Chubby Checker pendant le passage de deux garçons munis d’un transistor.

« ’lut, M’dame Palmer », clama l’un d’eux. Ruthana fit un petit signe de tête tout en s’efforçant de se rappeler son nom et son délit ou problème, en vain : elle en avait vu trop, trop de délits, trop de problèmes.

« Comment vont les gosses ? » demanda-t-elle à Shona.

Elles bavardèrent quelques instants, puis Ruthana poursuivit son chemin. Si Shona n’était pas une de ses grandes réussites, elle n’en était pas moins une des raisons de son succès actuel. C’était pour des femmes telles que Shona que Ruthana et quelques autres avaient ouvert à Harlem leur propre refuge pour femmes, cinq ans auparavant. Lors de son arrivée à New York à ses débuts, Ruthana avait eu peur de Harlem et trouvait déprimante l’ampleur des problèmes de ce quartier. À présent, après dix ans de travail social et sans presque avoir entamé les problèmes en question, elle n’aurait voulu vivre ailleurs pour rien au monde.

Sauf en Afrique.

C’était Ben qui l’avait initiée à la réalité de Harlem, et lui avait révélé la vérité sur l’Afrique. Du reste, si Ben lui avait affirmé que l’Antarctique était un endroit merveilleux, elle l’y aurait suivi sans hésiter. Elle aurait toujours suivi Ben n’importe où, sauf là où il se trouvait à présent, perdu à tout jamais pour elle.

Elle ouvrit la porte de son minuscule appartement constitué d’une pièce agrémentée d’un petit placard qui servait de cuisine. Elle partageait une salle de bains avec les voisins. C’était propre et confortable et c’était son nid, son chez-soi, envahi de photos de son immense famille, réelle ou adoptive. Elle était la mère, la grande sœur ou la tante de douzaines d’êtres qu’elle avait aidés au fil des ans et, si elle ne portait pas à tous une égale affection, elle aimait en conserver des photos car lorsqu’elle les regardait, cela lui rappelait leur histoire, leur douleur, et les raisons qui les avaient conduits jusqu’à elle.

Une photo de Ben trônait à la place d’honneur dans un cadre en cuivre, à côté d’une photo de Zora, en vêtements voyants, Zora qui avait été sa meilleure amie et lui avait montré comment survivre à New York.

Ruthana avait débarqué à Manhattan avec pour toutes richesses ses quelques rêves et une possibilité d’emploi. La plupart de ces rêves étaient en miettes, mais elle avait décroché le boulot et s’était retrouvée plongée dans une fourmilière dont elle n’avait strictement aucune expérience et où elle avait bien failli se perdre. Le centre d’œuvres sociales de Henry Street était établi dans le Lower East Side. L’arrivée massive d’immigrants originaires du Honduras et de la République dominicaine menaçait alors de submerger le quartier. Cet afflux n’avait pas manqué de provoquer des problèmes avec les résidents traditionnels, Juifs et Italiens, et il y avait eu quelques affrontements. Les résidents de longue date en étaient sortis perdants et avaient déménagé vers d’autres quartiers. L’espagnol était devenu pratiquement la première langue du district.

Tous les immigrants étaient pauvres, venus là dans l’espoir de faire fortune. Souvent ils étaient clandestins. En moins d’une semaine, le grand cœur de Ruthana était plein à craquer, débordant de tous les problèmes dont elle avait été témoin. Une semaine plus tard, elle se jugeait incapable de jamais devenir une bonne assistante sociale et, à la fin de la troisième semaine, elle était prête à boucler ses valises.

Luke qui veillait sur elle essaya de l’aider, et l’avertit que son seul espoir de survie consistait à s’endurcir, sans quoi elle ne serait d’aucune utilité à personne.

« C’est marche ou crève », avait-il expliqué.

C’est Zora qui lui avait appris à marcher. Zora, son aînée d’un an, était originaire de Détroit et connaissait la rue. Récemment débarquée à New York pour soigner des bleus à l’âme consécutifs à une rupture sentimentale, elle était descendue au Y.W.C.A. C’était une fille courageuse, pleine de culot et d’assurance.

Zora, en robe décolletée lamé or et drapée dans sa dignité, était montée un soir dans l’ascenseur du « Y » au moment où les portes étaient sur le point de se refermer.

« Franchement y sont pas croyables les hommes dans cette ville ! s’exclama-t-elle à l’adresse de l’ascenseur, et à Ruthana qui se trouvait là par hasard. I’m’persuade de venir à un rancart et moi j’crois qu’on va se faire un ciné, et lui pense qu’il va avoir c’qu’y veut sans même un café ou un s’il vous plaît ! »

Elle fit éclater sa bulle de chewing-gum.

« Je lui dis comme ça : “Mon vieux, si tu crois que je suis une fille comme ça, tu peux aller te faire voir ailleurs !” Faudrait quand même qu’il me sorte ou qu’il m’offre quelques cocktails avant d’étaler la couverture pour c’pique-nique-là. Si tu vois ce que je veux dire. »

Elle lança un regard mauvais à Ruthana.

« Qu’est que t’as ma fille ? On dirait que tu vas fondre en larmes ? »

Il n’en fallait pas plus à Ruthana qui venait de vivre une journée épouvantable pleine de maris volages, de mères abandonnées et d’enfants sous-alimentés, tous s’exprimant dans un patois espagnol qu’elle comprenait à peine, son espagnol à elle étant plus classique.

Elle éclata en sanglots. Zora parut choquée.

« Hé ! p’tite ! J’espère que c’est pas quéqu’chose que j’ai dit, crut-elle murmurer de sa voix de stentor. C’t’un homme qui t’a laissée tomber ? »

Dans l’univers de Zora, les hommes étaient à l’origine de tous les maux, ce qui ne l’empêchait pas de les adorer.

« Non, sanglota Ruthana, ce n’est pas un homme, du moins pas dans le sens où vous l’entendez. C’est juste… Je ne m’en sortirai jamais ! Je veux rentrer chez moi.

— Chut, ma caille, ça doit pas être si grave que ça, l’apaisa Zora. Allons, viens donc tout raconter à Tata Zora. »

Se muant instantanément en mère face à la détresse d’une autre, elle baissa la voix d’un décibel ou de vingt et parvint presque à chuchoter : « J’ai une bouteille de bourbon dans ma chambre. J’sais bien que c’est pas permis, mais merde ! Faut bien qu’une fille ait un peu de compagnie pour les jours de pluie. »

Elle pilota Ruthana jusqu’à sa chambre sans rien vouloir entendre à ses protestations contre l’alcool.

« Qu’est-ce que tu veux dire, t’as jamais bu d’alcool ? Mais où t’as passé ta vie, ma fille ? »

Ce n’était pas vrai : il était arrivé à Ruthana de boire à l’occasion, à l’université, mais elle n’avait jamais particulièrement apprécié cela et préférait donc s’abstenir.

Ce jour-là, il n’y avait aucune échappatoire possible. Elle but quelques gorgées du bourbon dilué d’une rasade d’eau, toussa, et prit une autre gorgée.

L’alcool lui délia la langue et elle déversa ses problèmes à Zora qui l’écouta attentivement et leur trouva une solution simple.

« Et voilà comment ils sont les hommes, répétait Zora comme une litanie. Faut jamais se laisser faire, jamais. »

Dans l’univers de Zora, quel que soit le problème, à son origine, on trouvait toujours un homme.

Au bout d’un moment, Ruthana pouffa de rire et, bien que parfaitement ignorante en matière d’hommes, elle en vint à partager le point de vue de Zora sur eux. Les ricanements se muèrent en rires, puis en larmes parce qu’elle avait trop bu ; quand elle fut malade, Zora l’aida à regagner sa chambre, la mit au lit, et resta quelques instants auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle sombre dans le sommeil.

Le lendemain, Ruthana était en piètre état. Elle s’emportait pour un oui ou pour un non et perdit patience avec un Dominicain qui ne l’avait pas comprise, bien qu’elle s’exprimât en bon espagnol. Devant sa fureur, il se confondit en excuses, et par la suite n’éprouva plus aucune difficulté à la comprendre.

Une fois calmée, Ruthana se sentit beaucoup mieux. Elle venait d’apprendre sa leçon la plus importante pour son avenir d’assistante sociale. Elle cessa de porter son cœur sur sa main, et le replaça là où il n’aurait jamais dû cesser d’être. Elle écoutait attentivement, aidait lorsqu’elle le pouvait, mais ne se laissait plus marcher sur les pieds.

Elle se tourna vers Zora comme un lotus cherche le soleil, et ce duo improbable prit un immense plaisir à être ensemble et à explorer la ville. Elles décidèrent de partager un appartement, ce qui faillit avoir raison de leur amitié, mais elles s’aimaient trop pour permettre que cela arrive. Zora accepta de ne plus ramener d’hommes dans l’appartement et Ruthana de montrer moins de pruderie en ce qui concernait les nombreux amis masculins de Zora.

« Il s’rait temps que tu te trouves un homme, chérie, lui dit Zora. Tu s’ras p’têt’ jamais Miss Idaho, mais t’es pas si moche que ça. »

Malheureusement, Ruthana ne la croyait pas. Elle tenait pour vrai ce qu’on lui avait répété toute sa vie, et qui avait fini par devenir la vérité. Elle se jugeait laide.

Elle n’avait jamais de rendez-vous galant, pensant que les hommes ne pouvaient vouloir qu’une seule chose, et n’avait donc pratiquement aucune expérience de la gent masculine. Ce qu’elle savait d’eux, et des relations hommes-femmes, lui venait de son travail et comme elle ne voyait que mariages ou familles en crise, elle ne se faisait guère d’illusions quant à un avenir familial. Bien qu’elle rêvât de trouver un homme bon et qui l’aimerait, elle ne croyait pas vraiment que cela pût exister.

Mais par-dessus tout, elle désirait des enfants, et elle faillit envisager de coucher avec le premier homme qui le lui demanderait pour réaliser ce rêve. Cependant il y avait déjà bien assez d’enfants sans père en ce monde, son travail le lui avait suffisamment prouvé. Et puis elle était ridiculement romantique. Elle voulait ce qu’elle pensait que Willie avait trouvé avec Ernestine et ce que Luke possédait certainement avec Jessica. Leurs deux enfants étaient devenus ses chéris et elle leur tante aimante.

Zora tenta de l’entraîner dans ses sorties du samedi soir, et lui présenta plusieurs hommes dont elle pensait qu’ils la traiteraient convenablement, ou du moins pas trop mal, mais ces initiatives n’aboutirent à rien car Ruthana ne savait pas s’y prendre.

« Qu’est-ce qui cloche chez toi, ma fille ? lui demandait Zora après chacun de ces échecs.

— Il n’était pas fait pour moi, expliquait Ruthana.

— Tant que t’auras pas testé la marchandise, t’en sauras rien », répétait Zora comme un refrain.

Après quelque temps, Zora renonça à sa quête d’un homme pour Ruthana, et elles vécurent leurs vies bien différentes, chacune trouvant chez l’autre ce dont elle avait besoin.

Zora, qui aimait tant les hommes et faisait preuve de si peu de discernement dans ses choix, était souvent blessée. C’était alors Ruthana qui la consolait, la conseillait ou lui offrait une épaule solide sur laquelle pleurer.

Ruthana, qui adorait son travail et y réussissait bien, ne s’en serait pas aussi bien sortie sans Zora, qui la maintenait en équilibre, redonnait à sa vie le sens des proportions et une bonne dose de rires, ô combien nécessaires !

« Chérie, je bosse comme une Noire toute la semaine pour pouvoir vivre comme une Blanche le week-end ! » décrétait Zora le vendredi soir. Elle faisait la même déclaration tous les vendredis soir.

Ce fut à cause de Zora que Ruthana se fit arrêter pour la première fois. Le pasteur Adam Clayton Powell avait organisé un piquet de grève devant un grand magasin de Harlem, et Zora avait entraîné Ruthana. Zora, qui exerçait un emploi de serveuse dans un petit restaurant, rêvait de travailler dans un grand magasin, comme vendeuse de produits de beauté et de parfums, or le magasin en question n’embauchait pas de Noirs.

« Ça me fait dégueuler, constata Zora. C’est les Noirs qui les enrichissent en achetant, mais ils nous emploieraient pas. »

Ruthana était réticente, car elle y voyait une activité politique qui risquait de compromettre son statut neutre de travailleuse sociale, mais jugeant qu’il s’agissait d’une juste cause, elle finit par accepter d’y participer.

Ils étaient une centaine à former un piquet de grève devant le magasin, encouragés par une foule de plusieurs centaines de badauds, quand Ruthana entendit le hurlement des sirènes et vit arriver les voitures de police. Son cœur fit un bond. Sous les flashes de la presse, tandis que la police l’embarquait dans le panier à salade, Ruthana se félicita que Mama Flora ne puisse la voir en ce moment.

Dans le fourgon, une fois remise du choc, Ruthana constata que Zora n’était pas avec elle. Elle se sentit gagnée par le découragement, n’ayant aucune idée de l’attitude à adopter pour la prochaine heure de sa vie.

Un homme assis en face d’elle lui sourit.

« Ça sera pas si terrible », la rassura-t-il.

Ruthana lui lança un regard reconnaissant.

Il était grand, mince, et n’avait rien de particulièrement séduisant tant qu’il ne souriait pas. Son visage était un peu de travers, mais son sourire rendait un certain équilibre à ses traits, et sa personnalité chaleureuse procura à Ruthana un sentiment de sécurité.

Il lui apprit qu’il se prénommait Ben.

Ils furent inculpés pour troubles à l’ordre public et libérés sous caution personnelle. Ruthana eut droit, inévitablement, aux foudres de son patron, mais par la suite, comme elle était bonne professionnelle, il passa quelques coups de fil pour elle. On abandonna les poursuites contre Ruthana et la plupart des autres cas n’aboutirent à rien. Quelques manifestants furent condamnés à verser des amendes, et on réunit un fonds pour ceux qui n’avaient pas les moyens de s’en acquitter. Fait curieux, l’impression générale fut que les manifestants avaient gagné, bien qu’il fallût encore attendre un long moment avant que le magasin ne modifie sa politique de recrutement. À présent, tant d’années après, les choses avaient bien changé, songea Ruthana, sans détacher les yeux des photos ornant les murs de son studio. Aux dernières nouvelles, Zora était rentrée à Détroit. Dans tout le pays, les écoles renonçaient à la ségrégation, jusque dans le Sud. Les emplois jusqu’alors interdits aux Noirs commençaient à leur être ouverts. La Cour suprême s’était révélée un allié inattendu du Mouvement des droits civils ; un nouveau président, jeune et plein de promesses pour l’avenir, était l’hôte de la Maison-Blanche et Ruthana commençait un nouvel emploi le lendemain, en tant que conseillère au bureau du maire pour les questions sociales.

Sa vie lui plaisait, mais elle se sentait désespérément seule. Zora lui manquait. Ben aussi.

Elle avait su, presque dès le premier instant, que l’aimer ne la mènerait à rien, mais elle n’avait pas pu s’empêcher de tomber amoureuse de lui.

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