Mama Flora

Alex Haley · Chapitre 7 sur 51

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Mama Flora

Chapitre 7

 

La maman de Flora avait beau être vigilante, il n’y avait plus rien à faire. Sa fille était perdue.

Elle pouvait défendre à Flora de sortir, mais elle ne pouvait pas interdire à Lincoln de venir jusque chez eux, car sa riche famille se serait sentie insultée.

Le soir de la fête, Flora rentra à la maison sans rien dire, la tête pleine de Lincoln. Cette nuit-là, elle ne dormit pas, elle rêva de lui. Et du fait que ses rêves n’étaient, elle en était sûre, que des rêves, elle se sentit en sécurité avec eux et s’autorisa à imaginer un avenir doré qui ferait d’elle l’épouse de Lincoln. Elle se montra irritable avec les membres de sa famille, comme s’ils faisaient obstacle à son bonheur. Elle accomplissait ses corvées habituelles et faisait tout ce qu’on lui demandait, mais elle trouvait toujours le moyen de filer en douce pour aller s’asseoir dans les arbres ou au bord du fleuve, afin de songer à Lincoln.

Et puis un jour, il arriva au milieu d’eux. Flora était en train de nettoyer le poulailler lorsqu’elle entendit le pas d’un cheval. Elle risqua un œil au-dehors et vit Lincoln mettre pied à terre devant la masure, avant de s’adresser courtoisement à Gran’ma et Gran’pa qui se trouvaient sur la terrasse couverte. Puis elle aperçut sa maman qui sortait de la maison, en s’essuyant les mains sur son tablier, mais elle ne parvint pas à entendre ce qui se disait.

Elle replongea aussitôt à l’intérieur du poulailler, le cœur battant. C’était elle qu’il venait voir, elle en était sûre. Il était venu l’inviter à sortir avec lui, et puis il l’inviterait une seconde fois et lui ferait une cour empressée, et pour finir il viendrait demander sa main à sa famille. À quoi rêvent les jeunes filles ?

« Il m’aime », confia-t-elle aux poules, et pour la première fois depuis qu’elle avait eu son propre petit poussin, elle eut le sentiment que quelque chose lui appartenait en propre et qu’on ne pourrait jamais le lui reprendre. Elle ne prit pas le temps de se dire que son poussin, devenu grand, avait fait un succulent ragoût.

Elle se faufila hors du poulailler et se dirigea vers l’arrière de leur maison, espérant pouvoir se nettoyer un peu avant de se présenter devant Lincoln. Sa robe était toute salie, elle était pieds nus et avait des plumes dans les cheveux.

Elle n’eut pas de chance.

Josie, qui écossait des petits pois, assise à côté de Gran’ma, l’aperçut et la héla ; aussitôt tout le monde, Lincoln compris, tourna les yeux vers elle, et Flora aurait aimé sentir la terre s’entrouvrir sous ses pas pour l’engloutir.

La terre n’eut pas cette obligeance et Flora s’avança timidement vers Lincoln, en essayant de remettre un peu d’ordre dans sa toilette. Il rit en la voyant et elle rougit, mais il la mit à l’aise en lui disant aussitôt une bêtise, puis il exposa la raison de sa visite.

La grand-mère de Lincoln, sa Nana, comme on l’appelait, n’était pas bien portante, et il se demandait si cela ennuierait Miss Flora de venir passer quelque temps chez lui pour tenir compagnie à la vieille dame plusieurs heures par jour. Bien entendu, Flora aurait toujours auprès d’elle le chaperon qu’imposaient les convenances, elle aurait sa propre chambre et elle serait rétribuée. Il proposa un salaire hebdomadaire supérieur à ce que sa mère ou elle-même gagnait en un mois.

C’était la tyrannie de l’argent.

Ce soir-là, Flora et sa maman n’échangèrent pratiquement pas un mot. Flora était perdue dans ses rêves concernant Lincoln, et sa mère avait été amenée à se faire complice de la séduction de sa propre fille.

Pourtant, chacune brûlait du désir de parler à l’autre. Flora se conduisait sottement, parce qu’elle se croyait amoureuse, mais elle n’était pas sotte. Elle ne comprenait pas les véritables intentions de Lincoln, mais elle savait bien que s’il lui demandait quoi que ce fût, même ce qu’elle avait de plus sacré, elle ne saurait pas comment le lui refuser. Et sa maman aurait bien voulu la mettre en garde, l’avertir de ce qui ne manquerait pas d’arriver, mais elle ne le pouvait pas, de peur de perdre le salaire proposé.

Au lieu de cela, tout le monde fit semblant de croire au mensonge. Tandis que sa maman lavait et repassait la robe du dimanche de Flora, que Gran’pa faisait de son mieux pour faire briller ses souliers, Gran’ma lui dispensa ses conseils quant à la façon de se tenir dans une grande maison, puisant son savoir dans sa propre enfance de petite esclave. À cette époque, c’était le maître blanc qui aurait fait venir chez lui la jolie négrillonne, afin de la plier à son caprice, et le fait que ce fût aujourd’hui un Noir qui agissait ainsi avait quelque chose d’ironique qui n’échappait pas à Gran’ma. Mais elle ne pouvait pas avertir sa petite-fille.

Seule Josie se hasarda à lâcher une allusion, avec de sottes plaisanteries d’écolière au sujet de cet amour physique dont elle ignorait tout, et elle ne comprit absolument pas pourquoi son intervention lui valut une bonne calotte de la part de sa maman.

Le lendemain, Lincoln vint chercher Flora dans son cabriolet, et se comporta avec une parfaite courtoisie, l’accompagnant jusqu’au véhicule et lui faisant compliment de sa beauté. Flora, inquiète et troublée par l’attitude ambiguë de sa famille vis-à-vis de son nouvel emploi, fit bon accueil à son charme et à ses flatteries. Lincoln devina sa crainte, et comme pour la rassurer sur ses intentions, il lui fit toutes sortes de beaux discours pendant le trajet jusque chez lui.

Les Fleming habitaient la maison de maître d’une ancienne plantation. Personne ne savait exactement comment la famille avait amassé suffisamment d’argent pour acheter la propriété, et peut-être Lincoln lui-même l’ignorait-il aussi, mais le bruit courait qu’il y avait eu des transactions douteuses avec les hommes d’affaires sans scrupule venus du Nord pour réorganiser la région après la guerre de Sécession, et on laissait volontiers entendre que le vieux grand-père Fleming ne s’était pas conduit de façon honorable envers ses frères de race, puisqu’il s’était, au contraire, engraissé sur leur dos. Tout cela était de l’histoire ancienne, cependant, et en grande partie oubliée, car à présent les Fleming étaient le seul exemple que l’on eût dans les environs de Noirs ayant réussi dans l’univers des Blancs, et cela leur valait le respect de tous.

La maison n’était pas en bon état, il en émanait une impression de décrépitude, de luxe envolé, mais elle restait néanmoins assez grandiose aux yeux de Flora. Dans le cœur de la jeune fille, l’excitation se mêlait à l’effroi, tandis que Lincoln arrêtait sa voiture devant l’entrée principale et que des serviteurs accouraient pour les aider à descendre. Il offrit son bras à Flora, pour lui faire gravir le perron et franchir la grande porte d’entrée. Elle se complut à imaginer un avenir où elle serait maîtresse de cette demeure, et elle se laissa aller à oublier qu’elle n’y venait qu’en qualité d’employée. Lincoln la présenta à sa mère, une femme lourdement charpentée, aux larges hanches, vêtue de taffetas criard, laquelle se montra à peine polie et franchement peu amicale envers la jeune arrivante apeurée, comme si elle devinait la véritable raison de sa présence.

On appela une servante qui accompagna Flora jusqu’à une chambre minuscule, située sur le derrière de la maison. C’était un endroit misérable, à peine plus grand qu’un cagibi et meublé en tout et pour tout d’un petit lit et d’une armoire, mais pour Flora qui n’avait encore jamais eu de pièce rien que pour elle, c’était une chambre à coucher princière.

Bessie, la servante, ne lui adressa pas trois mots, mais elle la toisa de la tête aux pieds et devina tout haut quelle taille de robe il lui faudrait. Flora hocha la tête, d’un air mal assuré, et Bessie la quitta pour revenir quelques instants plus tard avec une robe grise très simple qui pouvait être un uniforme. Elle dit à Flora de se changer puis de venir jusqu’à la cuisine au bout du couloir.

La robe était à peu près à ses mesures, et Flora se rendit à la cuisine. Bessie s’y trouvait, avec la cuisinière et un vieux serviteur ; aucun des deux n’adressa un mot à Flora, se contentant de la dévisager dans un silence maussade, avant d’en revenir à leurs tâches. De plus en plus apeurée par cette absence de gentillesse et même de la moindre espèce de conversation, Flora ne tenait pas en place et se demandait ce qu’elle devait faire. Puis elle entendit une sonnerie.

Bessie jeta un coup d’œil vers une planche où se trouvaient alignées plusieurs sonnettes et se dirigea vers la porte.

« Viens avec moi », marmonna-t-elle à Flora, qu’elle précéda jusqu’à un vaste salon sur le devant de la maison.

La pièce sentait le renfermé, ainsi qu’une odeur de maladie et de médicaments bon marché. Le papier peint se décollait et les boiseries étaient fendues. Il y avait un grand lit de cuivre à baldaquin dans un coin, avec une table de chevet couverte de fioles. Lincoln était assis près du lit, en train de parler avec une vieille femme enfouie sous un drap et des couvertures, malgré la chaleur du jour.

Flora devina qu’il s’agissait de la grand-mère et elle eut le sentiment qu’elle n’était pas aussi malade que le laissaient supposer son aspect et son environnement.

Elle tire au flanc, se dit-elle in petto, et elle faillit pouffer.

Ma foi, pourquoi pas ? Elle était âgée et il était évident qu’elle pouvait se permettre de rester au lit toute la sainte journée, à réclamer la compassion d’autrui, pendant que l’on pourvoyait à tous ses caprices et à tous ses besoins. Lincoln ne prit pas la peine de se lever.

« Nana, voici Flora, dit-il. Elle est venue vous tenir compagnie. »

Nana – tout le monde l’appelait ainsi – jeta à Flora un regard dépourvu d’aménité.

« Elle sait lire, celle-là ? » demanda-t-elle à son petit-fils. Il regarda Flora.

« Un peu », murmura Flora. Mais jamais ses capacités ne furent mises à l’épreuve.

Une routine s’installa. Lincoln, toujours aussi jovial, annonça qu’il avait à faire et quitta la pièce après avoir enjoint à Flora de rester auprès de sa grand-mère. La jeune fille ne savait pas trop où s’asseoir, ni quoi faire, jusqu’au moment où Nana lui lança vertement :

« Tu me caches le jour. » Une pile de journaux et de revues était posée à côté d’elle sur le lit, avec une loupe, et l’intéressait beaucoup plus que le bien-être de Flora.

Flora, un peu piquée, alla s’asseoir sur une chaise assez éloignée du lit et attendit des instructions.

Une heure s’écoula dans un profond silence, et Bessie entra, portant un plateau où se trouvaient un plantureux déjeuner pour la vieille dame et un petit sandwich pour Flora. Elles mangèrent sans rien dire, puis Bessie revint débarrasser.

Elles passèrent une autre heure sans échanger un mot, et Flora était en train de s’assoupir quand elle entendit une voix acide :

« J’ai besoin du pot, ma fille ! »

C’était Nana qui la foudroyait du regard. Flora trouva le récipient et aida la vieille femme à quitter son lit. Quand ce fut fini, elle l’aida à se recoucher et lui demanda si elle avait besoin d’autre chose.

« Va le vider », ordonna Nana.

Pour la première fois, Flora commença à éprouver un vague sentiment de sécurité. Elle avait quelque chose à faire. Elle savait enfin quelle était sa place.

Elle couvrit le pot d’un linge et regagna la cuisine. La cuisinière l’aperçut et lui indiqua la porte d’un geste de la tête.

« C’est dehors », dit-elle. Flora sortit et, guidée par l’odeur, trouva le chemin de la fosse d’aisances. Elle vida le pot, le lava à la pompe et regagna la chambre de Nana en passant par la cuisine. Personne ne lui adressa un mot.

Nana avait posé son journal et paraissait sommeiller. Flora se rassit sur sa chaise et, tout en regardant par la fenêtre, elle se posa toutes sortes de questions sur cette maison si peu accueillante. Ce qui l’étonnait, c’était que Lincoln fût aussi aimable, au milieu de tant de gens revêches.

« Tu restes oisive, ma fille », lança sèchement Nana.

Flora, tirée en sursaut de sa rêverie, lui jeta un regard torve.

« Qu’est-ce que je dois faire ? » demanda-t-elle sans se démonter.

Nana lui indiqua du doigt une petite pile de vêtements sur un siège.

« Tu sais coudre, j’imagine », dit-elle toujours aussi sèchement.

La rancœur commença à croître chez Flora, tandis qu’elle inspectait les vêtements. Tous ses rêves de jours heureux passés en compagnie de Lincoln, à prendre soin de sa charmante grand-mère, s’étaient évanouis. Elle se trouvait ici en tant que domestique, pour laver, coudre et vider les pots de chambre, ni plus ni moins. Elle se demanda pourquoi Lincoln s’était donné la peine de la faire venir. Tout au fond d’elle, une petite cloche sonnait le tocsin et elle se demanda de quoi ses nuits seraient faites.

Elle était sûre que Lincoln viendrait la retrouver la nuit.

Elle dénicha la corbeille à ouvrage et se mit à raccommoder un accroc dans un chemisier. Puis elle entendit la voix de Nana, qui lui sembla arriver de très loin. Elle leva les yeux et vit que la vieille femme la dévisageait fixement, mais presque sans la voir.

« Les nègres se la coulent douce à présent, dit Nana à mi-voix. Tu peux pas t’imaginer comment c’était.

— C’était comment ? » demanda Flora.

Nana émit un petit ronflement méprisant et garda le silence un court instant. Puis elle se remit à parler, évoquant sa jeunesse et son enfance.

C’étaient les mêmes affreuses histoires que Gran’ma et Gran’pa avaient racontées à Flora, les histoires de l’ancien temps, de l’esclavage, mais empreintes d’une amertume que Flora ne connaissait pas. Avec le passage des ans, les grands-parents de Flora avaient fini par oublier la réalité des jours de servitude. Après l’affranchissement et la fin de la guerre, étant jeunes tous les deux, ils avaient considéré leur nouvelle existence d’hommes libres comme une grande aventure. Au début, le travail ne manquait pas, parce que beaucoup de Noirs avaient fui le Sud. Mais à mesure que les années passaient et qu’ils prenaient de l’âge, le travail était devenu plus dur, et la liberté ne s’était pas avérée être la bénédiction dont ils avaient rêvé, en dehors du fait qu’ils étaient libres. Les règles étaient différentes dans ce Sud reconstruit, l’existence était plus précaire, plus dangereuse. D’une certaine façon, ils regrettaient la sécurité de leurs jeunes années, et dans leurs souvenirs ils commencèrent à voir leur ancien maître d’un œil plus indulgent. Ils avaient au moins mangé à leur faim, ils avaient été soignés, ne serait-ce que parce qu’ils avaient une certaine valeur marchande, et ils avaient rarement été battus.

Les histoires de Nana étaient plus brutales. Son maître et la famille de son maître avaient été impitoyables et cruels, traitant les esclaves comme des sauvages. En écoutant ces récits, Flora tremblait à l’idée de la vie atroce que ces gens avaient menée, et cela l’aida à comprendre un peu la vieille femme. Quand l’esclavage avait pris fin, le mari de Nana n’avait pas cru à l’avenir heureux qu’on leur promettait et il s’était juré que seule une véritable fortune saurait assurer pour de bon le bien-être des siens.

« C’était facile, à cette époque, gloussa Nana. Les nègres avaient pas d’argent, mais les maîtres n’avaient plus de nègres. »

Cette idée parut la combler d’aise et elle rit tout fort. « On pouvait payer un nègre trois fois rien et lui faire faire à peu près n’importe quoi. Ils s’en fichaient, eux, du moment qu’ils étaient libres ! »

Elle peignit un tableau qui horrifia Flora, le tableau de la furieuse convoitise qui avait propulsé la famille jusqu’à sa présente position. D’anciens esclaves s’étaient échinés à faire à peu près tout ce que le mari de Nana exigeait d’eux, remplissant les fonctions les plus abjectes pour des salaires de misère, ravalés au rang d’esclaves sous tous les rapports sauf celui du nom. Alors, voilà comment leur famille a fait fortune, se dit Flora, en grugeant ses frères de race.

Nana finit par se lasser de parler et elle s’assoupit de nouveau, laissant Flora livrée à elle-même.

Et cette journée devint le modèle de toutes celles qui suivirent. Chaque matin, Flora venait dans la chambre de Nana et restait assise auprès d’elle, à attendre qu’on eût besoin d’elle. Nana, comme irritée de se dire que la jeune fille ne leur en donnait pas pour leur argent, finissait par lui imposer une tâche toute simple, mais très vite elle retombait dans les souvenirs de son affreuse jeunesse. Elle amenait Flora à comprendre l’égoïsme de la famille Fleming, qui ne comptait que sur elle-même et considérait avec antipathie et méfiance tous les étrangers, et jusqu’à ses serviteurs. Les Fleming ne se fiaient à personne qui ne fût pas de leur sang.

D’ailleurs, dans l’esprit de Nana, il n’y avait pas de véritable séparation entre les Blancs et les Noirs. Dans une certaine mesure, elle paraissait avoir davantage de sympathie pour les Blancs. Ils étaient le cruel ennemi, mais cet ennemi, les Fleming l’avaient combattu et ils en avaient triomphé, en tout cas jusqu’à un certain point, grâce à la fortune qu’ils avaient amassée. Les Noirs miséreux, en revanche, étaient plus dangereux, ils rappelaient constamment à Nana ce que seraient les Fleming sans leur argent. Elle n’avait guère que du mépris pour son peuple qui à ses yeux manquait d’énergie et d’ambition.

Elle se venge, se dit Flora. Elle nous traite comme on l’a traitée, elle.

Alors pourquoi Lincoln était-il différent ? Pourquoi était-il un homme si bon, si compatissant, si joyeux, alors qu’il avait été élevé par cette famille hargneuse ?

La réponse lui fut donnée la première nuit qu’elle passa chez les Fleming et ce fut la leçon la plus dure qu’elle reçut de toute sa vie.

Congédiée par Nana, Flora mangea dans la cuisine avec les serviteurs silencieux, puis on lui ordonna d’aider à faire la vaisselle. Les bribes de conversation qu’elle surprit n’étaient guère encourageantes. Elle en retira l’impression que Lincoln n’était pas l’homme qu’elle croyait, que ses façons joviales n’étaient qu’un masque, cachant un autre aspect de sa personnalité, plus proche du reste de sa famille.

Tôt couchée, la maisonnée était déjà plongée dans le silence, une heure après la tombée de la nuit. Dans sa chambre minuscule, Flora songeait non sans désespoir à l’écroulement de ses rêves et se demandait quand – et si – elle reverrait Lincoln.

Lorsqu’elle entendit gratter à sa porte, elle ne fut pas étonnée. Elle éprouva un bref éclair de joie à l’idée qu’il était venu la retrouver, lui restituant tous ses beaux rêves, mais sa joie était tempérée par le doute qu’il fût venu la visiter en tout bien tout honneur.

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