Mama Flora
Chapitre 50
Johnny l’appela le lendemain.
« Aucune nouvelle, dit-il. Mais je me demandais ce que vous faisiez pour le dîner ce soir.
— Je n’ai pas de projet.
— Alors je passerai vous prendre à huit heures. »
Ce fut seulement au moment de raccrocher que Ruthana se demanda s’il s’agissait d’un rendez-vous galant.
Elle passa la journée au Baltimore Herald, à parcourir de vieux numéros du journal. Don lui avait donné le nom de quelques-uns des amis de Diana chez les Panthères noires, en laissant entendre que certains avaient pu être impliqués dans des affaires criminelles. Elle trouva des références aux Panthères et des photos de certains d’entre eux, mais ne trouva Diana mentionnée nulle part, ni personne qui aurait pu être elle. Ce soir-là, elle enfila sa plus jolie robe et attendit Johnny dans le hall. Il arriva en retard.
« Désolé, dit-il. Vous savez ce que c’est. »
Elle ne lui en voulut pas parce qu’elle ne le savait, en effet, que trop.
« Je connais un endroit qui sert de la cuisine africaine dit-il. J’ai pensé que ça vous plairait. »
Le restaurant était petit et la cuisine n’était pas particulièrement bonne, un mélange de plusieurs variétés de cuisines africaines, essentiellement des curries doux avec trop de cacahuètes, mais l’ambiance était sympathique. Le couple qui tenait l’établissement était originaire du Ghana et elle put leur dire quelques mots dans leur propre langue, ce qui leur fit plaisir.
Johnny ne mentionna pas Diana mais parla d’un cas qui le préoccupait : un jeune homme qui allait retourner en prison parce qu’il ne cessait de commettre des délits entraînant la révocation de sa liberté conditionnelle. C’était frustrant, parce qu’il s’agissait d’un gosse intelligent, et Johnny doutait fort qu’il survive à la prison.
« Parlez-moi de l’Afrique. »
Elle se lança. À présent, ses années là-bas lui apparaissaient comme une époque dorée de son existence, même son séjour dans le Karamoja. Elle réussit à le faire rire. Il la déposa devant le « Y ».
« Demain, même heure, dit-il tout en jetant un coup d’œil à sa montre.
— D’accord. »
Elle passa la journée du lendemain dans les locaux du journal, sans avoir davantage de chance que la veille. Puis elle eut une idée.
Elle possédait deux autres photos de Diana en plus de celle qu’elle avait confiée à Johnny. Elle prit un feutre et sur l’une d’entre elles dessina une coiffure afro.
« Ça fait une sacrée différence », constata Johnny en examinant la photo. Il ne la lui rendit pas mais la glissa dans sa poche.
Ce soir-là, ils dînèrent chinois et il la déposa ensuite au « Y », comme les autres soirs.
« Demain même heure », lança-t-il, comme d’habitude.
Ruthana accepta et lui souhaita bonne nuit ; il démarra. Elle resta plantée sur le trottoir, intriguée.
Se déciderait-il un jour à l’embrasser ?
Elle s’octroya une journée de congé, loin des vieux journaux, et la passa à explorer Baltimore. Ce qu’elle vit de la ville lui plut. Elle s’acheta une nouvelle robe et la porta ce soir-là pour le dîner.
« Joli », admira-t-il.
Ils étaient retournés dans le premier restaurant, et s’attaquaient ensemble à un énorme plat de crevettes bouillies. Johnny avait de grandes mains et un appétit plus grand encore, mais il savait décortiquer les crevettes proprement et avec beaucoup de délicatesse.
« À demain, même heure, dit-il en la déposant devant le “Y”.
— Entendu », confirma-t-elle. Elle se pencha vers lui et l’embrassa doucement sur les lèvres.
« C’était en quel honneur ?
— Pour rien, dit-elle. J’en avais envie. »
Il sourit : « Est-ce que j’y aurai encore droit demain ? demanda-t-il.
— Si tu veux.
— Oui, je veux. »
Le lendemain était un samedi. Elle se promena encore en ville et alla voir un film. Johnny travaillait parce que le samedi était le jour où il s’occupait de ses papiers en retard.
Ce soir-là, ils dînèrent d’une pizza accompagnée par une bouteille d’un vin rouge râpeux dans un petit restaurant italien plein de chahut.
Il arrêta la voiture devant le « Y ».
« Je me disais qu’on pourrait aller faire un tour en voiture demain, dit-il. Autour de la baie. À moins que tu n’aies d’autres projets.
— Non, répondit-elle. Je n’ai aucun projet. »
Elle attendit qu’il l’embrasse, en vain. Déçue, elle s’apprêta à sortir de la voiture. Il l’attrapa par le bras.
« Il faut que tu comprennes, dit-il. Je ne peux demander à personne de partager ce que j’ai, et je ne changerai jamais : mon travail passera toujours en premier. Je ne prends aucune initiative. »
Elle le dévisagea.
« Alors c’est moi qui dois faire tout le boulot dans cette histoire ? demanda-t-elle.
— Oui. C’est ça. »
Elle remonta dans la voiture.
« Au moins, maintenant, je connais la règle du jeu. »
Elle l’embrassa sur la bouche, et il répondit. Ses lèvres étaient douces, pleines et complaisantes ; puis elle sentit sa langue chaude et épaisse s’insérer dans sa bouche et fut heureuse, tellement heureuse, parce que c’était ce qu’elle avait désiré.
Le lendemain, dimanche, il pleuvait, ce qui n’entama pas leur détermination. Ils firent le tour de la baie brumeuse et s’arrêtèrent pour déjeuner dans un restaurant de poissons à bon marché. Lorsque la pluie cessa, ils se promenèrent sur la plage par cet après-midi hivernal, lovés l’un contre l’autre pour se protéger du froid.
« Je n’ai pas beaucoup d’expérience des hommes, l’informa-t-elle.
— Heureux de l’apprendre, dit en souriant Johnny. Moi non plus. »
Elle lui expédia un coup de poing et éclata de rire.
« Je ne sais pas pourquoi tu t’es crue obligée de me dire ça, reprit-il, plus sérieux. Tu croyais que je ne le savais pas ? »
Elle demanda « Comment ? » sans trop savoir si elle devait se sentir vexée.
Il s’expliqua : « C’est mon boulot. Évaluer les gens. Écouter ce qu’ils disent et en déduire ce qu’ils cherchent à dire vraiment. Tu le sais bien. Tu fais la même chose. On me dit d’ailleurs que tu le fais très bien.
— À qui as-tu parlé ? exigea-t-elle de savoir en riant.
— Quelle importance ?
— Oui, reconnut-elle, ça n’a aucune importance. »
Il prenait désormais toutes les initiatives. Il l’attira vers lui, la prit dans ses bras et l’embrassa longuement, langoureusement.
Elle le sentit, dur contre elle, et se pressa contre lui pour lui faire comprendre que c’était bien ainsi.
« Qu’est-ce qu’on va faire ? chuchota-t-elle.
— Je ne sais pas, dit-il. Tout s’arrangera. »
Le lendemain, elle retourna au journal mais abandonna à la moitié de la matinée. C’était inutile. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Elle ne savait plus que faire. Elle n’avait aucune idée de la façon de s’y prendre pour retrouver Diana, et son séjour à Baltimore commençait à lui revenir cher. Mais il y avait Johnny, et elle n’avait aucune envie de partir. Elle résolut de tenter de trouver un arrangement avec lui le soir même.
À son retour au « Y », un message de Johnny l’attendait. Elle le rappela à son bureau et il lui annonça qu’il passerait la prendre une demi-heure plus tard.
« J’ai pensé qu’elle dépendait sans doute de l’aide sociale, lui expliqua-t-il. Alors j’ai fait circuler la photo, celle avec la coiffure afro. Nous ne savons pas si c’est bien elle. »
Ils s’arrêtèrent devant des logements sociaux misérables dans le pire quartier de la ville. La rue était ignoble, le bâtiment à demi en ruine, avec des planches clouées sur la moitié de ses fenêtres. À chaque coin de rue, des jeunes gens voyants et blasés concluaient leurs affaires illégales. Des jeunes femmes, plus voyantes et plus blasées encore, racolaient en toute illégalité, bien qu’il fût à peine midi.
« N’espère pas trop, dit-il. Je ne sais pas si c’est elle. »
Il la précéda dans l’immeuble. L’entrée puait. Les murs pelaient, les huisseries pourrissaient sur pied. Quelque part, au loin, Ruthana perçut les pleurs d’un enfant. Ruthana aurait donné cher pour pouvoir rebrousser chemin, partir de là. Elle avait vu la même chose, pis même, à New York, mais ne supportait pas l’idée de Diana vivant dans de telles conditions. Mais Johnny la précédait, et elle le suivit. Les pleurs de l’enfant augmentaient de volume, et plus haut, une femme criait à quelqu’un ; un peu plus tard, la même femme s’emporta encore, puis se mit à pleurer.
Ils arrivèrent devant une porte sans numéro, et Johnny haussa les épaules.
« Ça doit être là », dit-il en frappant à la porte.
Il n’y eut pas de réponse, si ce n’est que l’enfant qui pleurait se trouvait certainement dans la pièce.
Johnny essaya la poignée. Elle céda et il entra. Ruthana le suivit.
La pièce était aussi sale que l’entrée, et presque vide de tout meuble. Il y avait une ou deux chaises branlantes et une vieille table, un matelas double jeté à même le sol, avec des couvertures répugnantes, et un homme inconscient.
En face du matelas se trouvait un petit réchaud devant lequel se tenait une femme portant un enfant d’environ deux ans sur la hanche. L’enfant pleurait. La femme remuait bien inutilement une poêle vide sur le réchaud. Elle était manifestement défoncée. Ruthana estima qu’elle devait avoir pris une substance plus forte que de la marijuana.
Elle avait les cheveux sales et emmêlés, une coiffure afro négligée depuis un certain temps déjà. Ses vêtements étaient en loques.
« Diana ? » hasarda prudemment Ruthana.
La femme se tourna vers elle, essaya d’ajuster son regard sur elle.
« Diana ? » répéta Ruthana plus vivement.
Pendant un instant infime, Ruthana douta, puis elle acquit une certitude sans savoir pourquoi, et s’approcha d’elle.
« Diana, dit-elle. Je suis venue pour te ramener chez toi. »
La femme ne manifesta en rien qu’elle avait entendu ou compris, mais des larmes se mirent à couler sur ses joues et elle tendit l’enfant à Ruthana.
« Il a faim, dit-elle. Mickey a faim. »
Ils l’emmenèrent parce qu’elle semblait vouloir partir ; elle serait allée n’importe où pourvu qu’elle y trouve de quoi nourrir son enfant. Ils allèrent au bureau de Johnny, où quelqu’un dénicha quelque chose à manger pour Mickey et un sandwich pour Diana. Elle resta assise dans un coin du bureau, tenant fermement l’enfant contre elle, sans laisser qui que ce soit le toucher ou le nourrir.
Ce fut seulement quand le garçonnet fut rassasié et calmé qu’elle laissa Ruthana tenter de le lui enlever. Ses yeux exprimaient une certaine reconnaissance. Mais Mickey se mit à crier, refusant de quitter sa mère. Johnny s’approcha de lui, et l’enfant se calma puis se laissa prendre dans ses bras.
Ils se rendirent ensuite dans une maison que connaissait Johnny où Angie, une femme chaleureuse et maternelle, prit les choses en main. Elle jaugea Diana du regard.
« Elle a besoin d’un bon repos », estima-t-elle.
Diana fut installée dans une petite chambre propre et spartiate. Elle s’endormit, ou s’évanouit, presque aussitôt.
Johnny tenait toujours Mickey. Ruthana essaya de le prendre, mais il refusait d’aller avec elle.
Angie leur montra une salle de bains, où Johnny donna un bain à Mickey, le débarrassa de la crasse dont il était recouvert et changea sa couche.
« Tu as des coups de fil à passer ? » demanda-t-il.
Ruthana partit téléphoner à Ernestine à Chicago. Willie était au travail, et Ruthana espéra qu’il y ait quelqu’un dans la maison avec elle, car Ernestine, en larmes, allait avoir besoin de quelqu’un.
Ensuite, elle appela Flora qui loua le Seigneur.
« Amène-les ici », exigea-t-elle.
Ruthana avait ses doutes.
« C’est à Willie et Ernestine de décider.
— Eux, je m’en charge.
— C’est encore très tôt, M’man, dit Ruthana. Elle n’est pas en bonne santé ; nous devons l’emmener chez un médecin…
— Fais ce que t’as à faire, conclut Flora. Puis amène-les-moi ! »
Le téléphone était dans l’entrée et, pendant que Ruthana téléphonait, un jeune homme entra avec un air quelque peu hanté, traqué. Il pénétra dans une chambre. Un peu plus tard une jeune femme arriva, avec le même air nerveux. Elle salua Ruthana d’un signe de tête et monta.
Pendant ce temps, Johnny, assis sur une chaise dans la pièce principale, bavardait avec Mickey, installé sur ses genoux. L’enfant portait des vêtements qu’Angie lui avait dénichés, trop grands pour lui, mais propres. Les murs étaient couverts de posters contre la drogue.
« Dis quelque chose à Tata », demanda Johnny à Mickey. L’enfant parut très dubitatif. Ruthana s’approcha d’eux, et s’agenouilla pour ne pas sembler une menace aux yeux de l’enfant.
Après quelques cajoleries de Johnny, Mickey se laissa prendre par Ruthana. Johnny consulta sa montre.
« Faut que j’y aille, dit-il.
— Merci, dit Ruthana, merci du fond du cœur.
— Je passerai plus tard », dit-il. Et il s’en alla.
Ruthana resta dans le fauteuil avec Mickey sur les genoux, lui chuchotant doucement à l’oreille. Il finit par s’endormir.
Angie s’approcha d’elle et conseilla : « Mieux vaut le mettre avec sa M’man. Elle aura besoin de lui à son réveil. »
Ruthana porta le petit garçon dans la chambre de Diana et l’étendit, endormi, dans les bras de sa mère. Diana, toujours endormie, s’enroula autour de lui comme pour le protéger, sans cesser de dormir.
Ruthana alla ensuite trouver Angie qui lui dit que Diana et Mickey pouvaient rester là. Un médecin qu’elle connaissait passerait un peu plus tard les ausculter. Ruthana avait bien compris qu’il s’agissait d’un centre de désintoxication pour jeunes ayant des problèmes de drogue ou d’alcool, ou des problèmes tout simplement, et elle qui ne savait plus si elle croyait en Dieu Le remercia qu’il existât des femmes comme Angie en ce monde.
Angie lui prépara une tasse de café puis Ruthana retourna dans la chambre de Diana et resta assise à côté d’elle.
À son réveil, Diana la dévisagea d’un air légèrement soupçonneux. Mickey se réveilla au même moment et Ruthana lui offrit une vieille peluche usée qu’elle avait dénichée. Mickey adora le nounours borgne, il s’en empara et le cajola.
« Veux-tu du café ? » demanda Ruthana à Diana.
Diana fit un signe affirmatif.
« Tout va bien, dit Ruthana, tandis qu’elles buvaient toutes les deux leur café à petites gorgées. Quoi qu’il ait pu se passer, quoi que tu aies fait, cela n’a plus d’importance. » Diana resta silencieuse un long moment. Puis laissa échapper un violent sanglot et renversa tout son café.
Alors elle pleura longtemps, et Ruthana la tint dans ses bras.
« Je veux rentrer à la maison », dit Diana.
Johnny passa un peu plus tard.
« Elle s’en sortira, dit Angie. Ici, il ne peut rien lui arriver. »
Ils sortirent dîner dans leur habituel restaurant de poissons. Johnny avait pu reconstituer une partie de l’histoire de Diana. Elle avait un petit casier judiciaire pour comportements violents à l’époque où elle militait avec les Panthères noires, mais rien qui puisse compromettre son avenir. Ensuite, elle semblait avoir dérivé, d’une ville à l’autre, d’un homme à l’autre. Il ignorait qui était le père de Mickey, et doutait fort que Diana elle-même le sache.
« Comment pourrais-je jamais te remercier ? » dit Ruthana.
Johnny décortiquait une crevette.
« Pas facile de répondre à celle-là… dit-il, sans lever les yeux, toujours concentré sur sa crevette. Tu pourrais venir t’installer à Baltimore, dit-il enfin en mettant la crevette en bouche. Trouver du travail ici, et m’épouser. »
Ruthana ne répondit pas tout de suite. Elle prit une crevette, la décortiqua, et la mangea.
« Oui, reconnut-elle enfin. Je pourrais. »
Willie et Ernestine arrivèrent de Chicago par avion le samedi suivant. Leurs retrouvailles avec leur fille furent difficiles tout d’abord car Diana souffrait de manque et, en outre, se méfiait de ses parents.
Mickey brisa la glace. Mickey, pourtant effrayé par toute femme qui n’était pas sa mère, fut parfaitement heureux de se laisser prendre dans les bras de sa grand-mère et serrer contre son cœur.
Pour Diana, ce fut tout autre chose. Elle accepta leurs étreintes sans enthousiasme. Ils voulaient la ramener à Chicago, mais Ruthana était contre. La désintoxication de Diana allait prendre un certain temps, et Ruthana ne pensait pas que Chicago, avec ses nombreuses tentations, serait le meilleur endroit pour la mener à bien.
Elle savait qu’elle allait devoir se montrer cruelle, mais Johnny et elle en avaient discuté en professionnels. Et Diana et elle en avaient discuté en tant que parentes.
« Elle ne veut pas aller à Chicago », articula Ruthana.
Elle lut la blessure dans leurs yeux.
« Elle veut aller à Stockton, poursuivit Ruthana. Maman s’occupera d’elle, et vous pourrez aller la voir là-bas et refaire connaissance avec elle.
— Flora n’y arrivera jamais, pas toute seule, objecta Ernestine.
— Ô que si ! la contredit Willie, avec un léger sourire.
— Alors j’irai là-bas moi aussi, décida Ernestine. Je m’installerai quelque temps chez P’pa.
— Oui, dit Ruthana. Bonne idée. Mais pas encore. Attends quelques semaines. Vois comment cela évolue. »
Elle-même n’était toujours pas convaincue que Flora puisse y arriver, mais elle n’avait pas de meilleure idée d’un endroit où Diana et Mickey puissent aller. Elle résolut de passer une quinzaine de jours à Stockton, pour s’assurer que Flora saisisse bien l’ampleur des problèmes de Diana.
Elle trouva un emploi à Baltimore, puis un petit appartement. Elle proposa que Johnny et elle vivent ensemble quelque temps, quand elle rentrerait de Stockton. Mais Johnny ne voulut pas en entendre parler.
« Tu as peur de t’engager ? demanda-t-il.
— Je t’aime, répondit-elle simplement. C’est un engagement ça.
— Alors épouse-moi, exigea-t-il.
— D’accord. »
Au bout de trois semaines, Angie jugea Diana suffisamment rétablie pour voyager, tout en doutant de la sagesse de leur décision de l’envoyer à Stockton. Diana était profondément blessée et porterait de nombreuses cicatrices, et elle n’était pas certaine que cette petite vieille qui vivait à la campagne disposerait des ressources nécessaires pour traiter ce genre de problème.
« On voit que vous ne connaissez pas la petite vieille en question », constata Ruthana avec un sourire.
Aussitôt qu’elles descendirent du train, Ruthana sut que tout allait bien se passer.
Flora était là, avec Albie. Elle ne prêta pas la moindre attention à Ruthana ni même, dans un premier temps, à Mickey, bien qu’elle brûlât d’envie de le prendre dans ses bras.
À ce moment, elle n’avait de pensées que pour Diana. Elle s’avança vers sa petite-fille et la jaugea du regard.
« Toi, t’as besoin qu’on t’engraisse.
— Oh ! Gran’! » s’écria seulement Diana.
Elle confia Mickey à Ruthana, se laissa envelopper dans les bras de sa grand-mère, et se laissa aimer.
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