Nymphéa
Chapitre 37
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ROXANE
J’ouvre la bouche puis la referme, comme un poisson hors de l’eau. Celle-là, je ne m’y attendais pas. Pourtant, Amar flirte gentiment avec moi depuis un moment. Je pensais seulement qu’en tant qu’ami de Matthieu, il ne tenterait rien… Il faut que je me rende à l’évidence : il ne lui a pas parlé de moi, ni de ce qui se trame entre nous. Tandis que je demeure interdite, Matthieu se penche vers Amar. Il baisse la voix, mais j’entends tout de même ce qu’ils se disent.
– Je croyais qu’on devait aller boire un coup ensemble ?
Amar pose sa paume sur son épaule.
– Mon vieux, je t’adore, mais j’ai plutôt envie de rester ici. Et comme tu viens de le dire, on n’allait pas traîner de toute façon, non ? On peut remettre ça à ce week-end, avec plaisir.
Matthieu fronce les sourcils et à ce moment-là, je donnerais tout ce que j’ai pour savoir à quoi il pense.
– C’est comme tu veux.
C’est tout ? Sérieusement ? On ne s’est rien promis, on ne se doit rien, mais tout de même… Je croyais que l’attirance que j’éprouvais pour lui était partagée. Je lui avais très clairement proposé qu’on se retrouve ce soir pour passer un moment tous les deux. S’il était intéressé, il aurait au moins montré un minimum de jalousie ou d’agacement face à la proposition d’Amar.
J’ai donc la preuve ultime qu’il n’en a rien à foutre et que tout ça, pour lui, ce n’est qu’un petit jeu pour passer le temps. Une étincelle de colère s’allume en moi, de celles que seul Matthieu Kabinsky sait faire naître.
Il veut jouer ? Eh bien, soit. Jouons.
– Tu peux toujours annuler tes plans et te joindre à nous, lancé-je sur un ton ouvertement provocateur.
Ses yeux s’ouvrent de surprise. Amar, qui ignore tout de la lutte silencieuse qui se joue entre nous, esquisse un sourire en coin.
– Je ne pensais pas que la soirée allait prendre cette tournure mais… pourquoi pas, finit-il par dire. Comme au bon vieux temps, hein ?
Cette dernière phrase, destinée à Matthieu, me foudroie sur place. Mais ce n’est rien en comparaison de ce que je ressens lorsque Kabinsky déclare, en me regardant droit dans les yeux :
– D’accord. Après tout, il est déjà tard. Ce que j’ai à faire peut bien attendre demain matin.
La suite des événements est assez floue. Je suis comme en transe. Jamais je n’aurais cru que Matthieu allait accepter, sinon, je n’aurais pas proposé… Ou alors, si ?
Les deux hommes posent chacun leur tour une main sur le bas de mon dos et m’entraînent à la recherche d’un coin à l’écart. Au passage, Amar récupère une bouteille de champagne et trois flûtes. Nous trouvons assez vite une alcôve, qu’il est possible de fermer grâce à un épais rideau de velours. Dans cet espace confiné, il n’y a pour tout mobilier qu’un grand lit et un tapis aux motifs persans. De quoi annoncer la couleur…
Il y a également une petite enceinte dans le recoin de la pièce qui laisse échapper un son électronique, doux et envoûtant. Je me retrouve à boire une flûte, puis une autre. Amar me complimente encore. Matthieu ne dit rien, comme à son habitude, mais ses yeux rivés sur moi me brûlent comme des billes de feu. Mon cerveau est complètement déconnecté, je ne comprends pas vraiment ce qui m’arrive jusqu’à ce qu’Amar me prenne la main et me colle à lui pour un slow langoureux. Là, tous mes sens se réveillent et je perçois avec acuité la chaleur qui m’envahit.
J’en profite pour l’observer plus en détail. Avec sa barbe noire taillée à la perfection, ses boucles brunes et son teint ambré, il est très séduisant. Ses yeux, d’une couleur grise tout à fait particulière, sont hypnotiques. Il me fait tourner et me plaque dos contre lui. Ses doigts viennent jouer avec la bretelle de ma robe, puis remontent jusqu’à mes cheveux qu’il place sur le côté.
Lorsqu’il se penche pour poser sa bouche dans le creux de mon cou, je retiens mon souffle. Matthieu nous observe, assis sur le coin du lit. Ses pupilles sont dilatées, ardentes. Il me fixe comme un lion qui traque une gazelle et s’apprête à la dévorer toute crue.
Dieu sait que j’en crève d’envie.
Tandis qu’Amar ondule toujours contre moi, je lève une main timide. Mon appel silencieux fait son effet puisqu’en moins de deux secondes, Matthieu est face à moi. Avec une lenteur exquise, il vient accrocher ses doigts à ma hanche, puis les fait remonter sensuellement jusqu’à ma joue. Il dessine le contour de ma bouche entrouverte puis vient y glisser le bout de son pouce. Ce geste me rend folle, ou peut-être sont-ce les baisers d’Amar le long de ma clavicule. Je ne sais plus trop.
Ce que je sais, c’est que je suis au bord de l’apoplexie, que mon bas-ventre est en feu et que je désire plus que tout goûter aux deux beaux mâles qui me cajolent.
Matthieu me jauge du regard. Quelque chose le retient, c’est comme s’il attendait une confirmation.
– J’en ai envie, lui confirmé-je dans un murmure.
Un sourire vient éclairer ses yeux noisette.
– Ce n’est plus du tout le temps d’être raisonnable, hein ?
Je secoue la tête avec vigueur et, l’instant d’après, il fond sur ma bouche. Amar s’éloigne d’un pas, caressant mes cheveux tout en nous laissant le loisir de nous découvrir.
Notre baiser est à l’image de notre relation : plein de non-dits, de tensions, d’envies refoulées. Mais ça m’importe peu. Je me contenterai du langage non verbal créé par la danse suave de sa langue contre la mienne.
Je chancelle, entraînée par la fureur de Matthieu et ses paumes en coupe autour de mon visage. Un de mes bras repose sur son flanc, tandis que l’autre est réquisitionné par Amar qui fait courir sa bouche tout le long de mon épiderme, s’attardant sur le creux délicat de mon coude. Je frissonne, étonnée par la sensibilité de cette zone érogène qui m’était inconnue jusque-là.
D’un geste moins délicat qui atteste de son excitation, Amar colle son bas-ventre durci dans le creux de mon dos. Mon cri de surprise meurt contre la bouche de Matthieu, très vite remplacé par un halètement alors que l’un des deux hommes – je ne saurais dire lequel – vient caresser la pointe tendue de mes seins à travers mon corset.
Oh mon Dieu. Ça va vraiment arriver, alors ? Je vais franchir le pas et m’abandonner à ces deux beaux mâles. Savoir qu’ils sont deux à me toucher, à me désirer me met dans tous mes états. Je pense que je pourrais jouir comme ça, sans aller plus loin.
Les limites de mon corps m’échappent alors, ma vision devient floue. J’ai l’impression que leurs mains se baladent partout sur moi, effleurant chaque parcelle de ma peau. Des doigts habiles défont les lanières de mon porte-jarretelles, d’autres cajolent mes cuisses puis se pressent sur mes fesses… Il n’y a plus de Roxane, plus de Nymphéa. Je ne suis plus que sensations, spasme divin des sens.
– Je peux ? me murmure Matthieu toujours collé à moi.
Je hoche la tête, incapable de répondre tant le bruit de mon cœur cognant contre ma cage thoracique est assourdissant. Ses doigts habiles défont les laçages de ma robe, qui tombe au sol, dévoilant ma poitrine. Je me recule pour me débarrasser du vêtement et jeter un regard aux deux hommes devant moi. Amar, si élégant avec sa coiffure impeccable et sa chemise d’un blanc immaculé. Et Matthieu, son perpétuel air énigmatique et sa barbe de trois jours. Il porte une chemise noire dont les manches sont remontées au niveau de ses avant-bras.
Il est si beau que j’ai du mal à croire qu’il va enfin être à moi, ce soir. En quelque sorte. Car dans la continuité du petit jeu qui me consume, nous choisissons des chemins détournés pour nous autoriser à être ensemble.
Amar est charmant, cela ne fait aucun doute, et vu la précision de ses caresses, il me promet de passer un moment délicieux en sa compagnie.
Mais Matthieu… L’alchimie qu’il y a entre nous est incomparable. Ça bouillonne, ça crépite, ça explose parfois. Je n’ai jamais rien ressenti de comparable. Il me pousse, il me défie. Quand je suis avec lui, je me sens bien. Entière. Il a vu les différentes facettes de ma personnalité, moi les siennes. On est tous les deux conscients de nos fêlures et de nos parts d’ombre, et pourtant, quand on est ensemble, rien de ça ne compte.
Dans le plus simple appareil, je m’avance vers Matthieu pour l’aider à se défaire de sa chemise. Il s’attaque à la pointe de mes seins, quand je me rends compte qu’Amar reste en retrait. Je m’empresse de lui faire signe d’approcher.
Ce soir, il ne s’agit pas de lui ou de Matthieu. Seulement de moi, de mes désirs et de ce fantasme que j’ai très envie de réaliser…
Après tout, c’est ça, la raison d’exister de La Galerie non ? Donner vie à nos fantasmes les plus fous. Aujourd’hui, je n’ai plus peur de les explorer, surtout en si bonne compagnie.
Les vêtements de mes amants d’un soir rejoignent les miens au sol. Je ne peux m’empêcher d’admirer, les joues en surchauffe, leurs virilités nues qui se dressent devant moi. Je suis obligée de serrer les cuisses pour calmer ma tempête intérieure.
Comme s’ils étaient synchronisés, ils se rapprochent, m’entourant de leurs bras protecteurs. Cette fois, c’est Amar qui m’embrasse avec gourmandise, sa main cajolant un de mes seins. Ne pouvant plus refréner mon désir, la mienne glisse jusqu’à son pénis, qui frémit à mon contact.
Mon autre main n’est pas en reste : Matthieu s’en empare et la pose sur son sexe bandé, que je m’empresse de flatter à son tour. Il se colle ensuite contre ma cuisse, m’obligeant à écarter les jambes. Mon baiser devient plus agressif, mes dents s’entrechoquent contre celles d’Amar lorsque je sens les doigts de Matthieu caresser mon intimité déjà trempée.
La tête enfouie contre mon épaule, Matthieu se met à grogner de plaisir avant de susurrer :
– Laisse-moi te goûter. J’en rêve depuis si longtemps.
Avant que je ne comprenne ce qui se passe, il passe sa main sous une de mes fesses et pose ma jambe sur son épaule. Pour garder l’équilibre, mes doigts s’accrochent à ses cheveux tandis que son souffle répand une chaleur presque démoniaque sur mon entrejambe. Je vacille légèrement sous son premier coup de langue, et au deuxième, Amar me serre fermement contre lui pour que je ne tombe pas. Il ne me faut pas plus de cinq minutes pour jouir, la caresse de la bouche de Matthieu étant prodiguée avec plus de délicatesse que je ne l’aurais imaginé.
Il plonge un doigt en moi que je sens à peine, tant je suis prête. Et affamée. Ma faim est insatiable. J’ai envie de me repaître de leurs corps avec autant de voracité qu’ils me le permettront, et qu’ils en fassent de même avec le mien.
Mes membres tremblent quand je réponds à l’interrogation muette d’Amar. Avec une témérité nouvelle, je plaque mes paumes sur les abdominaux saillants de Matthieu et le pousse sur le lit, où il s’assied. Je fais courir mes doigts sur ses cuisses, jouant de mes ongles tandis qu’Amar s’agenouille à son tour derrière moi, frôlant mes courbes.
Mon regard croise à nouveau celui de Matthieu, enfiévré comme je ne l’ai jamais vu, même pendant notre dernier jeu sensuel.
– À mon tour, maintenant.
Sa verge gonflée est à la fois dure comme la pierre et douce comme la soie sous mes doigts. Je l’empoigne une nouvelle fois, avec la ferme intention de le faire chavirer. L’occasion est trop belle : j’ai envie de voir Matthieu Kabinsky perdre pied, se laisser totalement aller sous mes caresses. Il prend une profonde inspiration alors que ma langue vient taquiner son gland. Avec une lenteur mesurée, je lèche et suçote, prenant soin de ne pas aller trop loin, trop vite. Il est entièrement à ma merci, et j’adore ça…
Néanmoins, mes efforts sont légèrement mis à mal par Amar, qui cajole mon postérieur. Lorsqu’il se met à frôler ma fente humide du bout de son sexe, je dois rassembler tout le self-control dont je suis capable pour continuer ma besogne et ne pas me laisser aller à mes propres sensations uniquement.
C’est technique, à trois !
Mais c’est divin, aussi.
Des mains dans le creux de mon dos, d’autres dans les boucles de mes cheveux, je me courbe et me penche pour prendre enfin Matthieu dans ma bouche, ce qui lui arrache un râle de plaisir qui résonne jusqu’au creux de mes reins. C’est à ce moment-là qu’Amar me pénètre par-derrière, mettant un terme à sa délicieuse torture. Sa brusque entrée en moi est si voluptueuse que mes yeux s’écarquillent tout seuls. Je m’arrête un instant afin de caler le rythme de ma gâterie sur le va-et-vient de ses coups de hanches.
Une merveilleuse danse débute. Je ferme les yeux pour savourer au maximum toutes ces sensations qui m’envahissent. Le plaisir se propage dans chacun de mes pores, mon cerveau reçoit tellement d’informations et de stimuli qu’il a du mal à tous les assimiler. Je me concentre alors sur le bruit de nos chairs qui s’entrechoquent. Ça pourrait paraître cru, mais c’est étonnamment harmonieux.
Une mélodie décadente qui me berce.
Mes gémissements, à demi étouffés par Matthieu toujours entre mes lèvres, emplissent la pièce, de plus en plus forts à mesure qu’Amar augmente la cadence.
S’il ne se calme pas un peu, je vais probablement exploser en plein vol alors qu’on vient à peine de commencer. Car j’en suis convaincue, nous n’en sommes qu’aux prémices d’une nuit aussi indécente qu’incroyable.
Matthieu semble lui aussi s’en rendre compte et me caresse la nuque pour attirer mon attention. Il dit quelques mots à Amar que je n’entends pas, mais très vite – bien trop vite à mon goût –, celui-ci stoppe ses assauts sensuels et se retire. Je relève la tête et Matthieu m’aide à me mettre debout, les mains de part et d’autre de ma taille. Je lui en suis reconnaissante : mes jambes tremblent tellement que mes genoux s’entrechoquent. Je les masse un instant, ils sont rougis par le frottement contre la moquette.
Mais je n’ai pas le temps de m’y attarder. M’attrapant par la nuque, Matthieu renverse ma tête en arrière pour m’embrasser. Il aspire ma langue, la suçote, la mordille. Il se recule, et j’ai à peine le temps de reprendre mon souffle qu’une deuxième bouche est sur la mienne.
Très vite, le rodéo reprend, et nos trois corps s’explorent et s’entremêlent. Je commence à distinguer le style de chacun : Amar, appliqué, autoritaire, et Matthieu, plus fougueux. Je remarque que les deux amis prennent de grandes précautions pour ne pas se toucher. Même s’ils se font confiance au point de partager un moment si intime, ils ne sont pas attirés sexuellement l’un par l’autre. Ils sont deux forces contraires, opposées, reliées à cet instant par une seule et même entité frémissante : moi. Je suis le jouet de leur luxure, ils peuvent faire de moi ce qu’ils veulent et je suis vraiment prête à tout leur donner.
Emportée par la vague de folie sensuelle qui nous submerge, je suis émerveillée par le nombre de combinaisons qu’il est possible de créer avec plus d’un partenaire. Debout, assis, à genoux, sur le côté. Mes mains caressent, mes lèvres embrassent, ma langue lèche et mon intimité devient aussi lisse que de la soie pour accueillir tour à tour les deux hommes en moi.
Quelle folie. Quel pied. Je n’ai jamais rien ressenti de comparable. Je transpire à grosses gouttes, des mèches de cheveux sont collées à mon front, je suis trempée… absolument de partout.
Le temps a arrêté de s’écouler lorsque j’ai sombré dans les premiers spasmes de la jouissance. Mon pouls tambourine jusque dans mes tempes lorsqu’Amar me demande d’une voix rauque, tout en me caressant les fesses :
– Nymphéa… Est-ce que tu nous autorises à te prendre tous les deux en même temps ?
– Tu as le droit de dire non, renchérit Matthieu.
Je mets quelques secondes à comprendre ce qu’ils veulent dire. Mon regard passe de l’un à l’autre. Leurs cheveux désordonnés, leurs lèvres gonflées par nos baisers, leurs torses luisants qui se soulèvent de manière saccadée… Le spectacle qu’ils m’offrent à ce moment-là appelle tellement à la luxure que c’en est indécent. Je suis certaine que je ne revivrai jamais une nuit comme celle-ci, même si je m’initie à la Chambre bleue. Jamais ça ne sera aussi spontané, aussi imprévu, aussi intense. Alors, je fais le choix de me livrer entièrement à eux.
– Oui, c’est d’accord. J’en ai envie.
De nouveau, leurs mains se mettent à parcourir mes courbes. Mon corps est tellement sensible grâce à toutes leurs caresses que le moindre contact m’arrache un frisson, comme s’ils soufflaient sur des braises incandescentes.
– Viens sur moi.
Matthieu s’allonge directement sur le sol, un coussin sous la tête. Je me passe la langue sur les lèvres en voyant à nouveau son sexe rose fièrement dressé en direction du ciel. Ils ont pris un truc, ce n’est pas possible d’avoir cette endurance ! Il le malaxe, tout en m’observant prendre place à califourchon sur lui. Sa paume sur ma fesse, il m’accompagne tandis que je l’enfonce en moi jusqu’à la garde sans la moindre difficulté.
Ses doigts autour de ma taille, il se met à onduler du bassin. Lentement. Très lentement. Je geins. Putain, que c’est bon.
Amar vient de changer de préservatif et revient vers nous, les mains luisantes.
– Penche-toi, belle Nymphéa.
Mon cœur bat furieusement jusque dans mon estomac. Je ressens une légère appréhension, mais l’excitation la surpasse au centuple. Oh, c’est indécent, mais j’ai tellement envie de le sentir là. De les sentir tous les deux en moi, en même temps.
Je me cambre, les bras posés sur le torse presque glabre de Matthieu et en profite pour lui ravir un baiser. Au même moment, Amar se place dans mon dos, je sens son souffle dans mon cou. Je tressaille lorsque son doigt se fraie un chemin sur cet endroit sensible, peu souvent sollicité
J’ai bien essayé ce genre de pratique une ou deux fois, quand j’étais avec Thibault, mais je n’en ai jamais retiré un plaisir extrême. C’était davantage un cadeau que je lui faisais car il insistait.
Mais aujourd’hui, c’est différent. Matthieu et Amar sont des virtuoses de la volupté, et les tableaux qu’ils esquissent avec mon corps enfiévré sont parmi les plus harmonieux que j’aie connus.
Alors que Matthieu se met à augmenter la cadence, me faisant soupirer d’aise, le doigt d’Amar glisse en moi. À son contact chaud et humide, je comprends qu’il a mis du lubrifiant. Ce n’est pas douloureux. Il y a même un côté agréable à ce frottement lent qu’il exécute, en contraste avec les assauts de Matthieu.
Il se penche et mordille d’abord mon oreille, puis la peau fine sous mon cou, ce qui m’envoie une petite décharge électrique jusqu’entre les cuisses.
– Prête ? souffle-t-il.
Je confirme avec empressement, presque frustrée par la mesure dont il fait preuve alors que chaque parcelle de mon être le réclame.
L’instant d’après, mes fesses s’écartent et je sens le bout de son gland pulser contre moi. Il se met à effectuer de minuscules cercles. Malgré moi, je retiens mon souffle, mais me cambre davantage encore pour lui faire comprendre que je suis prête à l’accueillir. Matthieu reprend un rythme modéré pour nous faciliter la tâche.
Un petit cri m’échappe lorsque je sens Amar pénétrer mon antre interdit, centimètre par centimètre, avec une douceur dont je lui suis reconnaissante, car je sens bien à sa paume brûlante contre ma cuisse qu’il est impatient de se mettre à l’ouvrage.
Je ferme les yeux, savourant chaque sensation envoyée à mon cerveau. Quand il semble être correctement positionné, je n’attends pas qu’il me demande confirmation pour lui lancer :
– Vas-y, continue.
Ce qui s’ensuit alors est au-delà de tous mes rêves érotiques les plus osés. Matthieu et Amar coordonnent leurs mouvements, infligeant à mon corps une délicieuse torture. Je pensais avoir mal, mais la douleur a duré à peine une seconde. Je me surprends même à leur demander d’augmenter la cadence, tant je suis affamée, avide de cette expérience sensuelle qu’ils m’offrent.
Mes sens sont à cran, mes sensations sont décuplées lorsqu’ils me prennent ainsi.
Devant, derrière.
Les ongles de Matthieu s’enfoncent dans mes hanches.
Les bras d’Amar enserrent ma poitrine.
Leurs halètements remplissent la pièce. Ils expirent mon surnom – ce nouveau nom que j’endosse depuis des mois maintenant avec de plus en plus de facilité – avec une ferveur presque religieuse : Nymphéa.
De mon côté, la boule de jouissance qui monte en moi est tellement intense que je ne sais plus à quel saint me vouer, ni quel nom crier – j’ai pourtant le choix.
Nous nous mettons à vibrer ensemble, de plus en plus fort, jusqu’à ce que la digue cède. Je crie. Aucun nom, juste un cri de pure libération, l’alarme qui annonce la fin de la tempête.
L’extase déferle en moi, puissante, dévastatrice, avec tant de fureur que je tremble encore de longues minutes après l’arrêt de nos va-et-vient.
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