Nymphéa

Gabbiani · Chapitre 43 sur 54

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Nymphéa

Chapitre 43

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ROXANE

Voilà dix minutes que je fais des allers-retours devant la porte d’entrée de la colocation, sans oser y entrer. Même si les barrières ont été enlevées, je n’arrive pas à oublier le cirque d’il y a encore quelques jours, quand la police et les pompiers étaient là. Ce que je redoute plus que tout, c’est de monter jusqu’à ma chambre. Pourtant, je sais très bien qu’il n’y a plus rien, tout a été nettoyé et le corps d’Olympia n’y est plus depuis plusieurs jours – je reviens de son enterrement, je le sais mieux que quiconque. Mais cette sensation d’angoisse me colle à la peau.

Pourtant, il va bien falloir que j’y retourne. Ne serait-ce que parce que j’y vis, et que, même si je ne me vois pas quitter l’hôtel pour l’instant, je dois aller récupérer des affaires propres.

– Je suis là, qu’est-ce qui se passe ? Tu vas bien ?

Je lève les yeux vers Matthieu qui arrive au pas de course, visiblement inquiet. Je m’empresse de le serrer dans mes bras pour le rassurer.

– Ça va. Je reviens des funérailles d’Olympia, et tu ne devineras jamais qui j’y ai vu.

Matthieu fronce les sourcils, mais ce n’est pas à cause de ma désobéissance directe aux ordres de son frère. Je ne lui ai jamais caché que j’irais à cet enterrement, coûte que coûte. Ce n’était pas un caprice. C’était quelque chose dont j’avais besoin si je veux pouvoir, un jour, faire mon deuil.

– Qui ?

– Pablo. Le fiancé d’Olympia.

Je lui résume notre discussion en quelques phrases. Son visage se décompose quand je l’informe qu’il s’agit probablement des hommes de Mikheev. Il passe sa main sur sa nuque, nerveux.

– Putain. Le salopard, siffle-t-il, lèvres pincées.

C’est encore trop faible pour exprimer tout ce que je ressens pour ce type.

– Il faut qu’on aille donner ces informations à la police.

– Je sais. Mais avant ça, je veux m’assurer qu’ils n’ont laissé passer aucun indice. C’est pour ça que je suis venue ici. Il va bien falloir que j’arrive à entrer, à un moment donné.

Je fixe la bâtisse devant moi comme s’il s’agissait d’un animal particulièrement menaçant. Matthieu glisse ses doigts entre les miens et embrasse ma tempe. Son parfum familier m’apaise et le savoir près de moi m’apporte le courage qui me manque. Nous montons les marches qui mènent à l’étage côte à côte, et à mesure que nous approchons de la chambre, la boule dans ma gorge grossit.

Je pousse la porte comme si je m’attendais à ce qu’elle explose à mon contact, mais alors que je croyais trouver la chambre vide, une grande silhouette se dessine.

– Narcisse ! Je suis tellement contente de te voir.

Je n’ai eu aucune nouvelle de sa part depuis la découverte de la mort d’Olympia. Je sais par Anton qu’il était en état de choc, ça explique pourquoi il n’a retourné aucun de mes appels ou de mes messages. Après tout, chacun réagit comme il le peut face au décès d’un proche, surtout quand c’est aussi brutal.

Je m’approche pour le prendre dans mes bras, il me rend mon étreinte d’un air absent.

– Comment tu vas ? demandé-je à voix basse.

Je suis frappée par les cernes violacés qui creusent son regard, autrefois si pétillant de vie. Il va s’asseoir avec précaution sur le bord du lit d’Olympia et hausse les épaules.

– Ce n’est pas la grande forme. J’imagine que toi non plus.

Il parle avec difficulté, comme si le moindre mot qui sortait de sa bouche le blessait. Il était très proche d’Olympia, il la connaissait depuis bien plus longtemps que moi. Si je suis bouleversée alors que je ne l’ai côtoyée que quelques mois, je ne peux pas imaginer ce que lui doit ressentir.

Pressant son épaule du bout des doigts, je lui assure, plus décidée que jamais :

– Nous allons trouver les salopards qui lui ont fait ça. Ils auront ce qu’ils méritent.

Narcisse blêmit. Le pauvre, il a l’air vraiment exténué. Alors que je m’apprête à lui proposer de déjeuner ensemble, il nous demande sans nous regarder :

– Il y a eu du nouveau sur l’enquête ?

Matthieu se tourne vers moi, comme s’il attendait mon consentement avant de répondre. Je hoche la tête et il explique :

– En vérité, oui. Nous allions justement nous rendre au commissariat de police. Nymphéa a réussi à avoir des informations de la part de Pablo concernant cette fameuse nuit.

– Nous savons qui est derrière tout ça, Narcisse, ajouté-je pour le conforter.

– Ah, bien. Très bien.

Mais cette nouvelle n’a pas l’effet escompté. Il me semble encore plus mal à l’aise. Du bout des doigts, il triture le bord de son tee-shirt puis finit par se lever. Je fronce les sourcils en constatant que ses mains tremblent.

Quelque chose cloche. Narcisse n’est pas dans son état normal.

– Tu es sûr que tout va bien ? demandé-je à nouveau d’une voix plus douce.

Il inspire profondément, puis se met à parler très vite, visiblement en proie à un début de crise d’angoisse.

– Oui, oui, ça va… J’ai juste hâte que tout ça soit derrière nous. Ce qui est arrivé à cette pauvre Olympia, c’est vraiment affreux. J’en fais des cauchemars toutes les nuits… Qu’on l’ait pendue pour faire passer ça pour un meurtre, mon Dieu ! C’est tellement brutal ! Vivement qu’on attrape les deux filhos da puta qui lui ont fait ça, et que tout soit fini, termine-t-il presque dans un souffle.

Alors que je m’apprête à lui attraper le bras pour l’aider à se calmer, je me fige.

– Comment sais-tu qu’ils étaient deux, Narcisse ?

Un frisson me secoue le corps. Tout à coup, l’atmosphère devient glaciale.

Narcisse se pétrifie sur place à quelques centimètres de moi. Il me tourne le dos, et je vois à travers le tissu de son tee-shirt qu’il est trempé. Très lentement, il essaie de se justifier, mais sa voix chevrotante le trahit encore plus :

– Je… C’est Anton qui me l’a dit, bien sûr.

Matthieu, qui a lui aussi compris le doute cuisant qui me saisit, rétorque en baissant la voix :

– Anton n’est pas au courant de ce détail. Nous n’avons pas encore eu le temps de lui en parler.

Une seconde passe, puis deux. Il nous tourne toujours le dos mais cette fois, je n’ai plus aucune envie de le réconforter.

– C’est toi la taupe, finis-je par murmurer.

Cette phrase éclate dans la pièce comme un coup de tonnerre. Très lentement, Narcisse finit par se retourner. Ses yeux sont rougis par les larmes qui coulent abondamment sur ses joues. Je recule, horrifiée. Il ne répond pas, il n’en a pas besoin.

Son silence est pire qu’un aveu. Je porte ma main à ma bouche, comme pour couvrir le hurlement qui est coincé en travers de ma gorge.

Ce n’est pas possible. Narcisse est la taupe.

Narcisse travaille pour Mikheev.

Narcisse nous a trahis, les Kabinsky, Olympia et moi.

Une nouvelle fois, mon monde s’écroule.

– Je suis désolé, mais maintenant tu vas devoir nous donner des explications, gronde Matthieu, tout en reculant pour fermer la porte à double tour.

Mon pouls s’emballe furieusement dans ma poitrine, au point de me faire mal. Je me fais violence pour visser mon regard au sien et le questionner :

– Ça fait combien de temps ?

– Combien de temps que quoi ? répète-t-il d’une voix faible.

– Combien de temps que tu fais passer des informations à Mikheev, putain !

Cette fois, il s’empresse de répondre.

– Depuis la fin de l’année dernière.

Ses larmes coulent à nouveau, avant qu’il ne se décide à réagir. Si tout à l’heure il était silencieux, maintenant, il semble ne plus pouvoir s’arrêter de parler.

– Je n’avais pas le choix, ils ont menacé ma famille ! Ils ont débarqué chez moi, ils ont tout saccagé, ils ont fait peur à ma mère et à mes sœurs. Au début, ça ne devait pas être grand-chose, juste leur répéter ce que j’entendais, leur donner des informations sur l’organisation de La Galerie. Et puis, ils ont commencé à devenir plus exigeants, ils m’ont demandé de voler des documents… Jusqu’à cette nuit-là, où ils m’ont demandé de les aider à pénétrer dans le bureau de la direction.

Tout à coup, je comprends.

– Ta fête d’anniversaire, tu as tellement insisté pour qu’elle ait lieu à La Galerie, pour que tout le monde soit présent. C’était une diversion, n’est-ce pas ?

Narcisse me jette un coup d’œil navré, puis hoche la tête. Je serre les poings, la mort dans l’âme, tandis que la colère et le chagrin montent à nouveau en moi, ravageant tout sur leur passage.

– Les hommes de Mikheev m’ont demandé de mettre en place un stratagème fiable pour savoir exactement où seraient Anton et Matthieu tandis qu’ils se trouveraient au bureau. Je suis désolé, je ne voulais pas te mêler à ça Nymphéa, geint-il.

Écœurée, je détourne le regard, ne pouvant supporter davantage son air désespéré. Matthieu finit par poser la question qui me brûle les lèvres mais que je ne parviens pas à formuler :

– Mais au moment où ils voulaient passer à l’action, Olympia a débarqué, c’est ça ?

La voix de Narcisse n’est plus qu’un chuchotement.

– La soirée battait son plein, je savais où tout le monde était. J’ai laissé Anton avec un des danseurs, Matthieu venait d’arriver et discutait avec toi et Olympia… C’est à ce moment-là que je les ai fait entrer dans le bureau. Olympia n’aurait jamais dû venir là, je ne sais pas pourquoi elle n’était plus à la fête.

J’échange un regard avec Matthieu. Ça coïncide avec le moment où je suis partie avec Amar et Matthieu. Peut-être qu’Olympia s’ennuyait, elle aura voulu partir, ou sortir prendre l’air… On ne le saura jamais exactement. Ce qui est sûr, c’est qu’à partir du moment où elle n’était plus avec moi, elle est allée se jeter tout droit dans la gueule du loup.

Ma gorge se met à brûler, mais je m’efforce de ravaler les larmes qui remontent.

– Que s’est-il passé ensuite ? demande Matthieu.

– Ça a dû durer en tout et pour tout trente minutes. Je ne sais pas ce qu’ils cherchaient, mais ils ne l’ont pas trouvé, et ils étaient furieux. J’allais les faire sortir quand Olympia a débarqué. Elle était surprise de me voir là, de voir ces types qu’elle ne connaissait pas…

La respiration de Narcisse devient sifflante, entrecoupée par ses sanglots.

– J’ai essayé de la protéger, je vous jure. J’ai voulu les convaincre qu’elle ne dirait rien à personne… Ils ne m’ont pas écouté. Olympia s’est évanouie quand ils l’ont assommée, et quand j’ai voulu m’interposer, ils m’ont roué de coups dans l’estomac. Ils m’ont parlé de mes sœurs qui étaient sous leur étroite surveillance, pour me convaincre de poursuivre le plan initial. De retourner avec Anton et de faire comme si de rien n’était. Ensuite, ils sont partis en emmenant Olympia.

Cette fois, c’en est trop. La scène devient trop nette, trop réelle dans mon imagination fertile. Je visualise sans peine le corps inanimé d’Olympia embarqué par ces brutes, laissant derrière elle Narcisse, La Galerie, et toute forme d’espoir. Qu’a-t-elle ressenti ? Avait-elle conscience à ce moment-là que c’était la fin ?

Mes joues s’inondent de larmes. Je ferme très fort les paupières et essaie de me concentrer sur ma respiration pour ne pas me laisser submerger par la vague d’angoisse qui me saisit les tripes.

Après je ne sais combien de temps, j’entends la voix désincarnée de Matthieu comme si elle venait de très, très loin.

– Après tout ça, tu as retrouvé Anton ?

Je rouvre les yeux. Son visage exprime un mélange d’écœurement et de tristesse. Quant à Narcisse, je n’arrive plus à le confronter. C’est trop dur. J’appuie mon front contre la vitre froide de la fenêtre, le regard perdu à l’extérieur.

– Je n’ai pas réussi à faire comme si de rien n’était. J’ai attendu encore une heure ou deux, je ne sais pas, puis j’ai prétexté une migraine pour partir. J’ai appelé Olympia un millier de fois, elle n’a jamais répondu. Ce n’est qu’en tout début de matinée que j’ai trouvé le courage de me rendre à la colocation pour voir si elle y était. Quand je suis arrivé, j’ai vu l’ambulance et les voitures de police… j’ai compris qu’il était trop tard.

Narcisse se laisse tomber à genoux, le visage enfoui entre ses mains. Son corps est agité de spasmes. Matthieu s’approche silencieusement de lui. Dans un geste infiniment doux, il soulève son tee-shirt. J’ai un mouvement de recul spontané lorsque je découvre l’état de son épiderme. Des bleus recouvrent tout son abdomen, une longue trace jaunâtre part du haut de sa hanche jusqu’à son estomac. Je tressaille lorsqu’il tourne son visage larmoyant vers moi.

– J’ai essayé de la protéger, répète-t-il. Je te le jure Nymphéa. Je suis tellement désolé.

La pitié m’envahit en le voyant si démuni, si blessé, si pitoyable. Je finis par le rejoindre et, l’agrippant par le bras, je l’aide à se relever avant de le guider sans trop de manières jusqu’à mon lit où il s’assied. Je l’observe un moment, recroquevillé sur lui-même, sanglotant comme un enfant. Alors que je crois qu’il s’est un peu calmé, il murmure, terrorisé :

– Je vous ai tout dit. Et maintenant, ils vont venir pour moi… Ils vont venir me tuer !

Je lève la tête et plonge mes pupilles embuées de larmes dans celles tout aussi humides de Matthieu. Les émotions se bousculent douloureusement en moi.

Colère. Désespoir. Trahison.

Mais aussi la peur. Peur de voir celui que je considérais il y a encore quelques heures comme mon ami finir de la même façon qu’Olympia, si ce n’est pire. J’imagine sans peine ce dont Mikheev est capable maintenant.

– Mikheev ne vous fera aucun mal, ni à toi, ni à ta famille, déclare Matthieu d’une voix assurée. Je te le promets, Narcisse. Nous allons vous mettre en sécurité, ainsi que tous les employés de La Galerie et leurs proches. J’ai quelques coups de fil à passer. Restez là, enfermez-vous, je reviens dans dix minutes.

Il s’éclipse, me laissant seule avec Narcisse à l’autre bout du lit. Je m’efforce de ne pas trop le juger. Mikheev a menacé sa famille, les gens qui comptent le plus pour lui. Qui peut prévoir quelle serait sa réaction s’il se trouvait à sa place ?

Je me lève pour ouvrir un tiroir et en extraire une petite trousse à pharmacie que je lance à côté de lui.

– Tiens, il devrait y avoir de quoi soulager ta douleur, ainsi qu’une pommade à l’arnica. Olympia s’en servait quand elle se cognait au yoga.

Les mots restent coincés en travers de ma gorge. Les yeux noirs et humides de Narcisse croisent les miens. J’y lis une profonde détresse qui me bouleverse. J’aimerais avoir la force d’aller vers lui. De le serrer dans mes bras, de lui dire que ce n’est finalement pas sa faute. Que tout ira bien.

Mais j’en suis tout bonnement incapable. Ça sonne trop faux.

Alors, je me contente de rester plantée là, sans rien dire, évitant soigneusement de le regarder tandis qu’il passe de la pommade sur ses ecchymoses, tout en s’efforçant de ne pas montrer à quel point il souffre. Tout comme moi.

Mais quand les blessures ont été infligées au niveau de l’âme, existe-t-il seulement un remède pour les guérir ?

Après ce qui me semble être une éternité, Matthieu revient dans la chambre.

– J’ai appelé la police. Ils vont venir prendre ta déposition puis vous irez chercher ta mère et tes sœurs, dit-il à l’intention de Narcisse. Je leur ai expliqué la situation, ils vont vous transférer dans un logement sécurisé. Des gardes seront avec vous jour et nuit pour assurer votre protection. Pour le reste de l’équipe, vous allez pouvoir réintégrer la colocation mais sous étroite surveillance. Des vigiles seront placés dans la rue autour de chaque appartement et du Millésime, et les chauffeurs vous emmèneront pour tous vos déplacements. En attendant que je parle de tout ça à Anton et qu’on décide quoi faire, La Galerie reste fermée. C’est trop dangereux de vous y rendre pour l’instant.

Je ne peux m’empêcher de m’approcher pour lui prendre la main, reconnaissante. Je sens le regard de Narcisse sur nous, mais je m’en contrefiche. Matthieu semble enfin assumer ses responsabilités de dirigeant, donnant la priorité à la sécurité de ses employés. Chose qu’Anton a l’air d’avoir quelque peu oubliée ces derniers temps… Je ne peux donc que le soutenir.

– Nymphéa, on va aller chercher tes affaires qui sont restées à l’hôtel et les rapporter. Comme ça, tu vas pouvoir te réinstaller dans ta chambre au plus vite.

Une vive angoisse me compresse la poitrine. Je regarde autour de moi, cette chambre que j’ai longtemps partagée avec Olympia. Ce sera la première fois que j’y dormirai sans elle depuis que j’ai intégré La Galerie.

– Tu ne te sens pas bien ? me demande tout à coup Matthieu en s’approchant.

Je lève les yeux vers lui, et il comprend que quelque chose ne va pas. Il intime à Narcisse l’ordre de nous attendre en bas. Une fois seule avec lui, j’articule avec peine :

– Je… Je ne sais pas si je suis capable de dormir ici ce soir. Partout où je regarde, je la vois…

Matthieu attrape mes doigts que je suis en train de triturer nerveusement et m’oblige à lever la tête vers lui. Dans ses yeux, je ne vois pas de jugement. Que de l’empathie et autre chose que je n’arrive pas à définir.

– Je comprends, tu n’as pas besoin de te justifier. Tu vas venir dormir chez moi, ce soir, et aussi longtemps que tu le voudras.

La proposition est plus que séduisante, surtout quand Kabinsky me dévisage avec une telle intensité. C’est un fait : depuis la mort d’Olympia, j’avance dans une sorte de brouillard, faisant de mon mieux pour ne pas me laisser submerger par ma tristesse. Les seuls moments où je me suis sentie redevenir moi-même, c’était dans ses bras.

– Tu es sûr ? Je ne veux pas m’imposer.

– Tu ne t’imposes pas, vu que je te le propose. On va aller chercher tes affaires, passer au commissariat puis je te ramène à mon appartement. Je t’y rejoindrai un peu plus tard dans la soirée.

– Tu vas aller où ?

L’expression de son visage s’assombrit.

– Je vais aller voir Anton pour lui annoncer que Narcisse est la taupe. Il faut qu’il l’entende de ma bouche, ça atténuera peut-être le choc…

Anton. Je n’y avais même pas pensé ! Il va être dévasté quand il apprendra que Narcisse nous a tous trahis. Je coule un regard vers Matthieu. Encore une fois, il endosse toutes les responsabilités. Il prend tellement soin des autres, quitte à s’oublier lui-même.

Mais cette fois, je veux qu’il sache qu’il n’est pas seul.

– Je suis là, murmuré-je en me hissant sur la pointe des pieds pour embrasser le coin de ses lèvres.

Sa main chaude remonte le long de ma joue tandis qu’il me rend mon baiser avec plus d’intensité.

– Je suis là pour toi aussi.

– Je sais.

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