Nymphéa
Chapitre 46
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ROXANE
Le surlendemain, alors que je rentre d’une promenade avec Mya, le téléphone de Matthieu se met à sonner. En le voyant s’éloigner, je comprends que quelque chose ne va pas. Une fois Mya installée devant la télévision, je m’approche pour en savoir plus.
– Attends, calme-toi, je ne comprends rien !
À mesure que son mystérieux interlocuteur parle, son visage se décompose. Il raccroche après quelques instants et ferme les yeux, se pinçant l’arête du nez, signe évident de son agacement.
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Il y a un problème à La Galerie. Anton est arrivé il y a une demi-heure, il a trouvé la porte ouverte et un bordel monstre à l’intérieur des chambres. Tout a été saccagé. Il était avec la police, en train de faire le point pour voir s’il s’agit d’un vol ou d’un acte de vandalisme.
Je porte mes mains à ma bouche, horrifiée. Avant que je ne pose la question, il poursuit :
– Il n’y avait personne, les femmes de ménage étaient déjà parties, heureusement. En tout cas, ce n’était pas un hasard. Quelqu’un connaissait les horaires de relève des vigiles et a agi pile à ce moment-là.
Je m’adosse contre le plan de travail, sous le choc.
– « Quelqu’un »… Je pense que toi comme moi savons très bien de qui il s’agit !
– Sûrement. Je dois aller à La Galerie, tout de suite. Mais je ne peux pas emmener Mya, et il est trop tard pour appeler une nounou. Je ne sais pas comment je vais faire…
Timidement, je pose ma main sur son avant-bras, dans un geste que je veux assuré.
– Je peux la garder, si tu veux.
Il lève vers moi des yeux où je peux lire un mélange de confusion et d’inquiétude.
– Tu es sûre ? Je ne veux vraiment pas t’imposer ça.
– Mais oui, le coupé-je, Mya est adorable et tu as été assez aimable pour m’accueillir chez toi. Il n’y a aucun problème, je peux bien la surveiller pour la soirée.
Il semble prêt à riposter, mais se ravise. Rejoignant Mya devant la télévision, il se baisse à son niveau pour lui annoncer :
– Ma chérie, papa va devoir s’absenter quelques heures pour le travail. C’est Roxane qui va te garder ici, d’accord ? Tu vas être bien sage avec elle ?
Hypnotisée par l’écran, la petite fille a l’air bien moins perturbée que nous deux par cette perspective. Je grimace un sourire à l’intention de Matthieu, qui se relève et qui s’empare de ses clés.
– Bon… J’y vais alors. Mon portable va rester à proximité. N’hésite pas à m’appeler s’il y a quoi que ce soit. Pour le dîner, il y a des pâtes dans le placard, et du jambon dans le frigo.
– Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer.
J’ai dit ça pour me rassurer tout autant que lui. Après nous avoir jeté un dernier regard et m’avoir promis de me tenir au courant, il quitte l’appartement, refermant la porte derrière lui.
Mais oui, tout va bien se passer. J’ai géré des types complètement saouls au Millésime, et même les participants des soirées dépravées d’Alexeï Mikheev. Je peux bien m’occuper d’une enfant.
Je soupire. Roxane baby-sitter, voici un rôle que je ne pensais pas endosser quand j’ai signé avec les Kabinsky.
Ma parole, cette gamine est infatigable ! Nous avons joué ensemble à la dînette, aux poupées, regardé un film, fait un puzzle, dîné, et elle ne manifeste toujours pas le moindre signe de fatigue. Quant à moi, les effets de ma courte nuit précédente commencent à se faire sentir. Mes yeux me piquent autant que si j’avais versé du citron dedans, je ne peux m’empêcher de bâiller.
En plus, j’ai comme l’impression que cette petite me fait tourner en bourrique. Son sourire innocent aurait dû me mettre la puce à l’oreille lorsque je lui ai demandé à quelle heure son père l’envoyait dormir et qu’elle m’a répondu « Quand je veux ». De même lorsqu’elle m’a proposé de se mettre au lit si je lui lisais une histoire. Quelle erreur ! Cela fait plus d’une heure que je lui relate les aventures de Jojo Lapin, la Belle, la Bête et tous leurs copains. Elle est toujours aussi alerte, tandis que moi, je lutte pour garder mes paupières ouvertes.
La sonnette retentit, ce qui me fait sursauter. Je me lève précipitamment en lançant à Mya :
– Ce doit être ton papa, mais c’est bizarre, il me semblait qu’il avait pris ses clés.
– Il les oublie tout le temps. Tu lui dis pas que je suis réveillée hein ! supplie-t-elle en tirant la couverture sur elle et en fermant les yeux.
Je grogne, à la fois agacée et amusée de la voir jouer les petites filles parfaites.
Les filles et leur père… Toute une histoire. La sonnette insiste, j’allonge le pas pour me dépêcher d’aller ouvrir.
Puis, tout se passe très vite. J’ai à peine le temps de distinguer les silhouettes devant moi qu’on m’attrape par le bras et qu’on me colle une sorte de chiffon humide sous le nez. Une odeur infâme, piquante, me monte aux narines. Je me débats, luttant de toutes mes forces pour ne pas perdre connaissance, mais c’est peine perdue. Ma conscience dérive petit à petit vers un océan de coton. Le noir se fait. Le noir complet, absolu, glaçant.
Une dernière pensée confuse résonne dans ma tête : Mya.
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